Le lycée Paul-Langevin est un établissement public local d'enseignement français construit en 1927, regroupant un lycée. Il est situé 4, rue Maurice-Payret-Dortail, à Suresnes (Hauts-de-Seine)

Initialement baptisé du nom de son architecte Maurice Payret-Dortail puis de celui de l'homme politique tchécoslovaque Édouard Bénès, il porte depuis 1948 le nom du physicien Paul Langevin (1872-1946).

Historique du lycée Projet et construction Contexte et objectifs

En juillet 1920, l'architecte Maurice Payret-Dortail participe au concours lancé pour la conception d'un nouveau groupe scolaire à Suresnes, dont l'idée était en germe depuis 1914. Il doit être construit sur un ancien terrain agricole d' hectare du plateau nord de Suresnes, entre la rue Voltaire, le chemin des Cherchevets et la rue de la Liberté. Ce quartier est encore peu urbanisé mais son développement est rapide, à cause de la croissance démographique de la commune ( habitants en 1901, contre en 1921), due à l'exode rural, au mouvement de population de Parisiens lassés des habitats vétustes de la capitale et au besoin de main-d'œuvre (Suresnes compte alors de nombreuses usines automobiles, aéronautiques et radiophoniques). Cependant, le plateau nord n'est encore doté ni de services publics, ni de routes, et reste isolé du reste de la ville, située en bas des coteaux, derrière la ligne ferroviaire. Partisan du socialisme municipal et promoteur de onze cités-jardins en région parisienne (notamment celle de Suresnes, sur le plateau sud), le maire Henri Sellier initie donc un programme social et urbain raisonné afin d'organiser ce nouveau quartier. Défini dans le cadre de l'intercommunalité, le groupe scolaire prévoit dès le départ d'accueillir également les élèves des nouveaux HBM de Puteaux, qui surplombent le cimetière municipalT. Hedoux et J.-CI Lacroix, « Le lycée Paul-Langevin », lyc-langevin-suresnes.ac-versailles.fr, consulté le 29 novembre 2018.« La brochure du musée de Suresnes sur le lycée », lyc-langevin-suresnes.ac-versailles.fr, 24 mars 2017. et qui étaient éloignés des écoles putéoliennes. En échange, la municipalité verse une subvention à SuresnesRené Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, p. 538-541..

D'un coût de 15 millions de francs, financé en grande partie par l'État et le département, le projet de Payret-Dortail est retenu en 1924 et les travaux se terminent en 1927, l'inauguration ayant lieu le . Le groupe scolaire, qui ne s'appelle pas encore « lycée », réunit alors sous sa tutelle et de manière cohérente six structures éducatives différentes : une école maternelle, une école élémentaire de garçons et une de filles, une école primaire supérieure (EPS), une école pratique de commerce et une d'industrie. Ces deux dernières formations répondent notamment aux besoins des industries situées à Suresnes et dans les communes environnantes, également pourvues d'usines le long de la Seine (Puteaux, Levallois-Perret, Boulogne, etc.). En plus de ces parcours scolaires, des enseignements professionnels et de perfectionnement y sont dispensés à des ouvriers et à des apprentis, à des créneaux horaires différents de ceux des élèves.

Un établissement moderne avec une attention portée à l'esthétisme

Pour l'époque, cette école est très moderne, disposant d'équipements de dernier cri pour les cours scientifiques (postes individuels afin de réaliser des expériences, amphithéâtre de physique-chimie avec paillasse, hotte et local technique, ateliers reliés à l'électricité), ainsi que d'une aération et d'un chauffage centraux par radiateurs de la dernière génération. Il répond aussi aux idées hygiénistes en vogue, avec une piscine dotée de bains-douches, un gymnase modulable en salle des fêtes, un vaste réfectoire, des services sociaux et médicaux, de larges couloirs et escaliers pour permettre une bonne circulation des élèves, des sanitaires, et un ensoleillement maximal permis par des fenêtres à guillotine. Pour le confort de la population scolaire, le mobilier est pensé de façon ergonomique. Les bâtiments sont à taille humaine, ne dépassant pas deux niveaux de classe. Réalisés sur le modèle du campus, respectant les dénivelés du terrain, ils sont disposés comme des entités reliées entre elles mais indépendantes, chacune disposant d'une cour et d'une entrée particulière. Au cœur du pâté de maisons entièrement occupé par l'établissement se trouvent les bâtiments collectifs, comme la piscine, créant des points de convergence pour les élèvesPanneau historique explicatif situé devant le lycée Paul-Langevin.. Ces derniers venant pour la plupart de milieux modestes, peu habitués aux contraintes de la vie collective, des loges sont aménagées aux différentes entrées afin d'avoir une surveillance efficace du corps scolaire.

Un soin particulier est par ailleurs apporté à l'esthétisme de l'établissement, la brique rouge et le béton ayant vocation à donner une dimension chaleureuse aux bâtiments, rompant avec la traditionnelle sobriété des espaces scolaires. Il s'agit également de matériaux résistants, choisis pour durer. La cour d'honneur, accessible depuis l'actuelle rue Maurice-Payret-Dortail et donnant accès à la façade monumentale du gymnase, se présente sous la forme d'une allée pavée bordée par des pelouses, arbustes, parterres de fleurs et des sculptures (deux Centaure de Louis de Monard devant le gymnase, vases Élysées en grès œuvres de la manufacture nationale de Sèvres). Sur certaines façades figurent des céramiques également réalisées par les ateliers de Sèvres. Le long des bâtiments de la rue Maurice-Payret-Dortail sont aussi présentées deux sculptures : Le Bûcheron de Paul Richer et le vase en grès émaillé L'Âge d'or de Jules Dalou. La dimension pédagogique est clairement inscrite dans la pierre, des devises éducatives et urbaines étant gravées sur les murs, par exemple : Le patrimoine des communes des Hauts-de-Seine, Flohic éditions, 1994, p. 389.. Les entrées de chacune des écoles, avec des arcatures plein cintres et de petites colonnes adossées, rappellent le porche des églises, rejoignant l'aspect messianique des valeurs d'éducation et de progrès promues à l'époque. Plus discrète, la décoration intérieure présente toutefois des boiseries sur les chambranles des portes, des carreaux de faïence ou encore des rampes d'escalier aux lignes courbes.

Comme le note le musée d'histoire urbaine et sociale de Suresnes, .

Évolutions Entre-deux-guerres et Seconde Guerre mondiale vignette|Le lycée dans l'entre-deux-guerres. Initialement, le groupe scolaire devait compter 80 % d'élèves domiciliés à Puteaux, mais ses capacités sont rapidement dépassées : la première année, l'établissement accueille 22 classes au lieu des 17 prévues. 125 Suresnois devaient y étudier et finalement on en compte 600. Au fur et à mesure, la part de Putéoliens diminue. Les bâtiments sont agrandis en 1937, sous la supervision de l'architecte Georges Demay, qui crée le bâtiment E. L'EPS, située dans le bâtiment A, échange ses locaux avec l'école primaire de filles, qui siégeait dans le bâtiment C. Il y a désormais 1500 élèves, répartis en vingt sections. En 1939, l'établissement est renommé « École primaire supérieure et École pratique de commerce et d'industrie de garçons Édouard-Benes », en hommage à l'homme politique tchécoslovaque. La même année est créée l'Association amicale des anciens élèves de l'école primaire supérieure. Des abris antiaériens sont aussi construits, alors que la Seconde Guerre mondiale commence. Dans les années 1930, la poursuite d'études secondaires pour les filles est encouragée à travers la création d'un lycée de jeunes filles construit non loin, bâtiment connu de nos jours sous le nom de collège Émile-Zola.

En 1940 est fondée une (ancien cours préparatoire à l'EPS) ainsi qu'un Centre de formation professionnelle. Le de la même année, des bombardements endommagent légèrement les bâtiments. Des tracts appelant à la résistance y sont distribués, alors que l'année d'après, six professeurs créent le groupe clandestin Le Gaulliste. La loi sur le statut des Juifs est appliquée et des enseignants sont sanctionnés pour « appartenance à des sociétés interdites ». En 1941, sur ordre des autorités allemandes, le cours de radio est supprimée, finalement déguisé en cours d'électricité ; un maître volontaire d'éducation générale chargé des cours de morale est installé. L'établissement est renommé « Collège moderne et technique ». L'année suivante, on y cache des numéros de Résistance, L'Insurgé, Défense de la France et Université libre, avant leur distribution. En 1943, des professeurs principaux sont institués pour chaque classe, alors qu'une remplace la du brevet supérieur. Les soubresauts de résistance dans l'école se poursuivent, notamment grâce à Bertrand, qui a des contacts dans le maquis du Vercors, de Corrèze et de Normandie, et à Claude Burgod, professeur de latin, ce qui permet de faire fuir vers l'Espagne des élèves récalcitrants au STO. L'école est fermée du 15 au car il n'y a plus de chauffage. Une section du syndicat de l'enseignement technique y est reconstituée clandestinement et M. Basquin, un professeur, crée des faux papiers et sauve les archives du colonel de Jussieu. La Libération voit les élèves aller manifester leur joie au mont Valérien, tout proche, alors que certains professeurs participent aux combats. Il y a cette année-là, 888 élèves et on ouvre une classe de préparation au baccalauréat de philosophie et de mathématiques, qui remplace la troisième année du brevet supérieur.

Années 1940-1960 vignette|Le peintre Youla Chapoval, qui a réalisé des oeuvres pour décorer le lycée. En 1945, l'établissement est renommé « Collège de Suresnes », les élèves sont recensés, notamment ceux dont les parents ont été victimes de la guerre, et la publication du bulletin de l'Association des anciens élèves reprend. En 1947, il se jumelle avec un centre d'apprentissage automobile, qui compte 56 élèves, et des échanges linguistiques ont lieu avec le collège anglais de Woking. Il ne prend le nom de « Collège Paul-Langevin » qu'en 1948 et l'année d'après « Lycée Paul-Langevin moderne et technique », mais reste dépendant administrativement du lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine (il ne devient autonome qu'en 1950). Une association de parents d'élèves voit le jour.