Dans la mythologie romaine, Junon /ʒy.nɔ̃/, (latin : Juno /ˈjuːnoː/) est la plus importante des déesses de Rome, reine des dieux et protectrice du mariage et de la fécondité. Elle manifeste un caractère guerrier marqué et, en tant que porteuse de richesses, préside à la monnaie.
Elle est à la fois sœur et épouse de Jupiter. Elle a été assimilée à l'Héra des Grecs. Protectrice des femmes, elle symbolise le mariage lorsqu'elle est représentée recouverte de voiles, et elle est associée à la fécondité lorsqu'elle en tient l'emblème : la pomme de grenade.
Le quatrième mois du calendrier romain aurait été nommé juin en son honneur par les Romains.
Étymologie Iūnō, dont le nom signifie celle « qui a la force vitale/la jeunesse » est construit à partir d'une base *iūn- que l'on retrouve dans le lat. iūnī-x « génisse » José L. García Ramón, « Hera and Hero: Reconstructing Lexicon and God-names », in David M. Goldstein, Stephanie W Jamison, Brent Vine (Hg.), Proceedings of the 27th Annual UCLA Indo-European Conference, UCLA Proceedings 27, 2017. 272 pages Helmut Rix, « Rapporti onomastici fra il panteon etrusco e quello romano », in Giovanni Colonna et al. (eds.), Gli etruschi e Roma: Atti dell’ incontro di studio in onore di Massimo Pallottino, 1981, pp.104–126.
Origine Junon n'a ainsi pas toujours été vue comme l'épouse de Jupiter. Marcel Renard la rapprochait de Janus, qualifié de JunoniusMarcel Renard, Aspect de Janus et de Junon, Revue belge de Philologie et d'Histoire, Année 1953, 31-1, pp. 5-21. Le couple formé de Jupiter et de Junon n'a été créé que par la suite selon l'image du couple souverain du panthéon grec ; ce qui a fait de Junon, sous l'influence d'Héra, une déesse du mariagePierre Noailles, Junon, déesse matrimoniale des Romains, 1948.
Son nom évoque l'idée de jeunesse et de force vitaleRobert Schilling, Janus. Le dieu introducteur. Le dieu des passages, in: Mélanges d'archéologie et d'histoire, T.72, 1960, pp. 106 et suiv. : le iuuen- (iuuenis) signifie que l'homme est au moment où sa force vitale est à son sommetGeorges Dumézil, La religion romaine archaïque, revue et corrigée, Paris : éditions Payot, 1987, p. 299 et suiv.. Au regard de la signification de son nom, Junon est originellement une déesse de la jeunesseMarcel Renard, « le nom de Junon », Mélanges Joseph Hombert, Phoibos, tome V, 1951, pp.141-143. Jean Haudry voit en elle une Aurore indo-européenne et plus précisément une Aurore jeune présidant à la durée de la vie et porteuse de richessesJean Haudry, Juno Moneta, Aux sources de la monnaie, 2002.
Religion En accord avec sa fonction première, Junon en tant que Iuno Sororia, déesse de la jeunesse, veillait à l'initiation des jeunes filles, à leur rôle de futures mères et intervenait lors du passage de l'état d'enfant à celui de fille nubileRobert Schilling, Janus. Le dieu introducteur. Le dieu des passages, In: Mélanges d'archéologie et d'histoire T.72, 1960, pp. 112..
Déesse de la force vitale, elle étend son action bienfaisante aux fruits de la terre. Ainsi, le mois de juin qui porte son nom contient de nombreux rites destinés à favoriser les récoltes. Les bovidés et les capridés jouent également un rôle important dans son culte.
Sous la forme de Iuno Moneta, elle est, selon Jean Haudry, le prolongement d'une ancienne « déesse au collier », distributrice de richesses. De ce fait, elle intervient indirectement dans l'épisode de l'attaque des Gaulois Sénons en -390 au cours duquel une rançon est payée. De cette époque date la construction de son temple qu'Ovide attribue à Camille qui fit vœu de le construire là où se trouvait la maison de Manlius qui repoussa les Gaulois. Les Romains établiront un atelier monétaire à proximité de ce temple où elle préside aux fonctions monétaires ou prémonétairesDominique Briquel, Jean Haudry, Juno Moneta. Aux sources de la monnaie, Milan, Archè, 2002, 199 pages, Revue de philologie, de littérature et d'histoire anciennes, 2002/2 (Tome LXXVI), pages 315 à 340.
Elle présidait ainsi à la monnaie. De nombreuses monnaies romaines à la légende Ivno regina représentent Junon debout, parfois voilée, tenant une haste et sacrifiant à l'aide d'une patère, un paon quelquefois à ses pieds. D'autres, au revers Ivno victrix, montrent une Junon victorieuse, tenant un casque et une lance, avec un bouclier et parfois un captif à ses pieds.
Son qualificatif sospes, sospita « qui sauve (au combat) » a été interprété par Georges Dumézil comme guerrier. Lié aux qualificatifs de Mater et Regina, il forme un ensemble trifonctionnel, la fonction guerrière étant associée au domaine de la fécondité et au domaine politico-religieuxMarcel A. J. Meulder, L’équipement de Junon à Lanuvium est quadrifonctionnel, Dialogues d'histoire ancienne, Année 2016, 42-1 pp. 69-96.
Plus tard par assimilation avec Héra, elle préside aux mariages et aux accouchements. Alors, et selon le cas, on l'invoquait sous les noms de Juga, Pronuba, Lucine, etc. Junon prenait un soin particulier des parures et des ornements des femmes : c'est pour cela que, dans ses peintures, ses cheveux paraissaient élégamment ajustés.
Culte vignette|upright=2|Junon lavienne à droite avec sa coiffe, son javelot et un bouclier. Junon intervenait avec Janus aux calendes, premier jour de chaque mois du calendrier romain. Elle facilitait la tâche du dieu qui préside aux commencements et aux passages grâce à la vitalité dont elle est la dépositaire. Ainsi la collaboration effective entre Janus et Junon, qui concourent parallèlement à la transition d'un mois à l'autre, c'est-à-dire à l'heureuse naissance de la nouvelle luneRobert Schilling, Janus. Le dieu introducteur. Le dieu des passages, in: Mélanges d'archéologie et d'histoire, T.72, 1960, pp. 108. Benjamin W. Fortson, « Linguistic and Cultural Notes on Latin: Iūnius and Related Topics ». In Mark Southern (ed.), Indo-European Perspectives, pp.61–77. Washington, D.C.: Institute for the Study of Man, IV, 2002. Ceci explique pourquoi les anniversaires de presque tous les cultes de Junon tombent sur le des mois respectifs : Iuno Sospita le février, Iuno Lucina le mars, Iuno Moneta le juin, Iuno Regina le septembre, Iuno Sororia le octobre, et Iuno Couella qui était invoquée à chaque premier jour des mois de l'année. Ainsi, le pontife mineur annonce à Iuno Couella les calendes (les jours sacrés pour Junon), quand la nouvelle lune devient visible.
Son culte était ancien en Italie centrale et, elle avait été, sous la forme Uni, empruntée par les Étrusques. Cinq cités latines donnaient son nom à un mois. Les poètes en font une déesse importante de Gabii. Plusieurs gloses montrent que la Juno Curitis de Tibur était une protectrice armée. Le même caractère guerrier est fortement marqué dans la Junon de Lavinium qui portait une peau de chèvre, une javeline, un petit bouclier et des escarpins recourbés en pointe sur le devant. Agressive, bien montée sur un char au galop, la lance en avant, tendant du bras gauche un bouclier, le type de déesse que montrent statues et monnaies est clairement et uniquement guerrier.
Junon a par ailleurs été rapprochée de deux divinités sabelliennes, Vesuna et Pupluna- qui perdure sous le nom d'Iūnō Populōna.
À Rome, après la prise de Véies en 396 av. J.-C., la statue de Junon Reine fut transportée avec beaucoup d'égards de Veies à RomeTite-Live, Histoire romaine, livre V, 22.
Dans l'Afrique romaine et à Carthage, Junon Cælestis (la céleste) se substitua à la punique Tanit.
Ordinairement elle est représentée en matrone majestueuse, quelquefois un sceptre à la main, ou une couronne radiée sur la tête ; elle a auprès d'elle un paon, son oiseau favori.
Junon a été célébrée lors d'une très importante manifestation religieuse, en 207 av. J.-C., qui incluait de la danse.
Attributs
Ses attributs sont un sceptre surmonté d'un coucou et une grenade, symbole de l'amour conjugal et le lys.
Le paon lui est associéGuy De Tervarent, Attributs et symboles dans l'art profane : Dictionnaire d'un langage perdu (1450-1600), Droz, 1997,
Représentations artistiques L'épervier et l'oison lui étaient aussi consacrés : ils accompagnent quelquefois ses statues. Le dictame, le pavot, la grenade lui étaient donnés en offrande ; ces plantes ornaient ses autels et ses images. La victime immolée ordinairement en son honneur était une toute jeune brebis ; cependant, le premier jour de chaque mois, on lui immolait une truie.
Liens de parenté
Frères et sœurs Junon était fille de Saturne et de Rhéa, sœur de Jupiter, de Neptune, de Pluton, de Cérès et de Vesta.
Enfants Mars (avec Jupiter) Vulcain (avec Jupiter) Juventas (avec Jupiter) Lucine (avec Jupiter)
Dans l'art et la littérature Elle est la principale instigatrice de la persécution et de l'errance en Méditerrannée des survivants troyens dans lÉnéide de Virgile. Ce rôle est apparemment paradoxal au vu de son statut de déesse tutélaire de Rome, et du fait que l'Énéide représente un mythe national qui fait des Romains les descendants des Troyens à la recherche d'une seconde patrie. Au début du poème, Virgile l'érige en outre en partisane de la rivale de Rome Carthage. Tout au long du poème, elle et Vénus (mère d'Énée) s'affrontent et se disputent âprement les faveurs de Jupiter pour influencer le sort d'Énée. Au livre IV, l'union, funeste, d'Énée et Didon, résulte en partie d'un accord temporaire entre les deux déesses pour lui laisser la vie sauve tout en le fixant à Carthage (ainsi qu'une tentative d'émancipation des deux déesses vis-à-vis de Jupiter, qui sépare indirectement Énée de son destin). Virgile, dans cette opposition, explique symboliquement le fait qu'Auguste a érigé Vénus comme génétrice puis protectrice personnelle de la gens iulia quand Junon faisait l'objet d'un culte distinct de la fécondité par l'ensemble de la cité. Jean de La Fontaine met la déesse en scène dans une de ses Fables intitulée Le Paon se plaignant à Junon. Le peintre Antonio de La Gandara réalisa un tableau de la statue de Junon située au jardin du Luxembourg. Junon est l'une des dont le nom figure sur le socle de l'œuvre contemporaine The Dinner Party de Judy Chicago. Elle y est associée à la Déesse de la fertilité, deuxième convive de l'aile I de la tableMusée de Brooklyn - Junon. Junon fait partie des nombreux dieux cités dans la série de bande dessinée Astérix.
Bibliographie Georges Dumézil, La Religion romaine archaïque, avec un appendice sur la religion des Étrusques, Payot, deuxième édition revue et corrigée, 1974 Jean Haudry, Juno Moneta, Aux sources de la monnaie, 2002 Pierre Noailles, Junon, déesse matrimoniale des Romains, 1948 Marcel Renard, « Aspect de Janus et de Junon », Revue belge de Philologie et d'Histoire, Année 1953, 31-1, pp. 5-21 Robert Schilling, Janus. Le dieu introducteur. Le dieu des passages. In: Mélanges d'archéologie et d'histoire, T.72, 1960 Fritz Graf, Iuno. In: Der Neue Pauly (DNP). Tome 6, Metzler, Stuttgart 1999, pp. 72–76.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Religion romaine Viriplaca Fluonia
Liens externes
Ca. 400 images de Junon dans le Warburg Institute Iconographic Database
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