Gyalo Thondup, aussi écrit Dhondup (en ), né le à Taktser (Hongya (红崖村) en chinois) dans une région sinisée de l'Amdo (province du Qinghai sous la république de Chine) et mort le à Kalimpong, est un résistant, premier ministre et diplomate du gouvernement tibétain en exil.
Il est le deuxième frère aîné de Tenzin Gyatso, le dalaï-lama. Sans que le dalaï-lama, selon Carisse Busquet, n'en soit informéDalai lama, Carisse Busquet, La Sagesse du cœur. Le Dalaï-Lama par lui-même p. 41 , Gyalo Thondup a servi d'interlocuteur principal entre les Tibétains et la CIA, dans le programme tibétain de la CIA How the CIA got involved in Tibet, Gylao Thondup's The Noodle Maker of Kalimpong reviewed by TWBR team, The Washington Book Review, 16 juin 2015 : . et, parlant chinois couramment, a été à plusieurs reprises l'envoyé officieux du dalaï-lama auprès de la Chine : .
Biographie vignette|redresse|gauche|Fin 1935, le jeune dalaï-lama avec sa mère, son père et son frère ainé Gyalo Thondup à Taktser. Gyalo Thondup est né le dans une famille paysanne tibétaineEthnie tibétaine tant du côté maternel que paternel, selon les sources tibétaines, chinoises et occidentales (par exemple Sam van Schaik, Tibet: A History, Londres et New York, Yale University Press, 2011, , : , Elliot Sperling, A Note on the Chi-kyā Tribe and the Two Qi Clans in Amdo, in Les habitants du Toit du monde : études recueillies en hommage à Alexander W. Macdonald, Samten Karmay et Philippe Sagant, Eds. (Nanterre: Société d'ethnologie), 1997, : et Thomas Laird), à l'exception de Nathan W. Hill qui décrit le 14e dalaï-lama comme monguor, Nathan Hill, compte rendu de Sam Van Schaik's Tibet: A History, xxiii, 324 pp., Yale University Press, London and new York, 2011, in Bulletin of the School of Oriental and African Studies, University of London, 75 (1), . : (Pour finir, la remarque selon laquelle "Yonten Gyatso... reste le seul non-Tibétain à avoir exercé la fonction de dalaï-lama" () présente un Monpa (le sixième dalaï-lama) et un Monguor (le dalaï-lama) comme Tibétains alors que ni l'un ni l'autre ne parlait le tibétain comme langue maternelle »); (Nathan Hill, spécialiste de l'Asie et des langues sino-tibétaines, voir https://www.soas.ac.uk/staff/staff46254.php dans le village de Taktser.
Il est le fils de Sonam Tsomo (Diki Tsering) et Choekyong Tsering qui eurent 16 enfants, dont 7 dépassèrent la petite enfance. Il naquit après Tsering Dolma, née en 1919, Thupten Jigme Norbu, né en 1922, et avant Lobsang Samten, né en 1933, Tenzin Gyatso (le dalaï-lama), né en 1935, Jetsun Pema, née en 1940 et Tendzin Choegyal, né en 1946Michael Harris Goodman, Le Dernier Dalaï-Lama ?, p. 41.. Dans sa famille, il est surnommé Mig Chenpo, signifiant grands yeux en tibétain Tibet Album, British photography in Central Tibet 1920-1950, Gyalpo Dhondup . Sa langue maternelle n'était pas le tibétain de l'Amdo (comme sa mère), mais le dialecte chinois de Xining adopté par le groupe des Chi-kya Stag-mthser sde-ba dont fait partie sa famille paternelle, à l'instar de nombreux clans tibétains de la région Elliot Sperling, A Note on the Chi-kyā Tribe and the Two Qi Clans in Amdo, in Les habitants du Toit du monde : études recueillies en hommage à Alexander W. Macdonald, Samten Karmay et Philippe Sagant, Eds. (Nanterre: Société d'ethnologie), 1997, pp. 111-124 : .
Études à l'université de Nankin vignette|Gyalo Dhondup à Lhassa en 1948-1949. vignette|gauche|Le président Chiang Kai shek, Madame Chiang, le responsable tibétain Dzasak Lama Thupten Samphel et Gyalo Thondup à Nankin en 1946. vignette|redresse|Gyalo Thondup et Zhu Dan le jour de leur mariage en 1948. vignette|Gyalo Thondup devant le Potala. Gyalo Dhondup arriva à Lhassa à l'âge de 11 ans. À 13 ans, il se rendit à Nankin, siège du Kuomintang, à l'invitation du général Tchang Kaï-chek pour étudier. Ce dernier avait insisté auprès de la famille du dalaï-lama pour que Gyalo Dhondup soit autorisé à s'y rendreThomas Laird, avec le Dalaï-Lama, Christophe Mercier Une histoire du Tibet : Conversations avec le Dalaï Lama, Plon, 2007, , p. 293 : . C'est en 1942 que Gyalo Dhondup se rendit en Chine avec Phuntsok Tashi Takla, se formant avec lui au chinois, à l'anglais et aux mathématiques à l'université des sciences politiques de Nankin The Cremation of Phuntsok Tashi, Report from India, 10 juin 1999 : Robert Barnett, Lhasa: Streets with Memories, p. 19 : . Entre et l'été 1949, il était régulièrement invité à manger à la maison des Chiang Kai-shek. Là-bas, il reçut un enseignement de l'histoire et de la politique à partir d'un point de vue chinois. Il parle couramment le tibétain, le chinois et l'anglais. Il parvient à gagner Taïwan avec Zhu Dan, son épouse, et sa fille Yangzom Doma. Cependant, les services secrets taïwanais découvrent une lettre que lui a adressé Zhu De en 1949, et il est soupçonné d'être un espion à la solde des communistes chinois. En résidence surveillée dans un grand hôtel, il fait la connaissance de ressortissants américains qui lui proposent de se rendre aux États-Unis .
Retour à Lhassa
Gyalo Thondup part de Formose avec son épouse et sa fille pour les États-Unis en 1951. Ils séjournent trois mois à Fairfax auprès de son frère Thupten Jigme Norbu, et il lui fait part de son souhait rentrer à Lhassa avec sa mère, alors à KalimpongThupten Jigme Norbu, Tibet, patrie perdue, raconté en tibétain à Heinrich Harrer, traduit de l'allemand par Louise Servicen, éd. Albin Michel, 1963, p. 262. Après un séjour de cinq mois aux États-Unis, Gyalo Dhondup rentre à Lhassa en avec sa mère depuis l'Inde. Il s’indigne de constater que nombre de fonctionnaires tibétains sont devenus avides de l'argent chinois octroyé pour très peu de travail. Lui-même est reçu comme le fils prodigue par des Chinois éminents, ce qui peut paraître ambigu .
Peu après son retour, étant informé des atrocités commises en Chine lors de la réforme agraire, il va voir Lukhangwa et Lobsang Tashi, les deux premiers ministres tibétains, et leur propose un projet de réforme agraire pour le Tibet. Pour lui, il est indispensable de redistribuer immédiatement les terres, avant que les Chinois ne le fassent bien plus brutalement. Lui-même est prêt à abandonner toutes les propriétés Yapshi Taklha. Les deux premiers ministres lui conseillent de ne pas ébruiter ses opinions à Lhassa en raison du grand nombre d'espions et d'indicateurs à l'époque .
Le dalaï-lama voulait moderniser le Tibet, car il avait entendu parler des injustices et des inégalités importantes dans le partage des richesses du Tibet, ce qui est opposé aux enseignements du Bouddha. Profitant de la trêve qui suit la démission des deux premiers ministres fin , il met en place un comité de réforme qu'il envisage depuis qu'il constate la misère de ses concitoyens lors de son voyage en 1950 vers la vallée de Chumbi. Il veut établir une justice indépendante, un système d’éducation, et construire des routes. Il est du même avis que Gyalo Dhondup sur la nécessité d'une réforme agraire, les grandes propriétés devant revenir à l'État pour être redistribuées aux paysans après indemnisation des propriétaires. Cependant, les grands propriétaires s'y opposent, et surtout les Chinois ne veulent pas se faire ravir la vedette.
Gyalo Dhondup, voulant aider le peuple du Tibet et le dalaï-lama, presse le gouvernement tibétain de donner suite aux réformes du dalaï-lama concernant les propriétés des terres. Le gouvernement y est opposé, mais Gyalo Dhondup se résout à montrer l'exemple et entreprend de donner les deux domaines qu'il possède à ceux qui les ont travaillés et d’annuler les dettes qui les y lient depuis des générations. C'est le moment où le président Mao enjoint au général Tan Guansan de nommer Gyalo Dhondup à la tête de la délégation de la jeunesse tibétaine. Gyalo Dhondup assure y être sensible, mais préfère mener à terme son projet de réforme agraire personnelle .
Gyalo Dhondup veut quitter le Tibet et se rendre en Inde pour inciter les Chinois à la modération envers le Tibet et obtenir une aide extérieure. En , il contacte Sumal Sinha , le représentant indien à Lhassa, lequel lui fait savoir dès le lendemain que Nehru lui accorde l'asile politique.
Exil en Inde En 1952, Gyalo Dhondup s'exile en Inde. En 1953, la CIA entre secrètement en contact avec lui à Darjeeling Give up on the US, deal directly with China: Gyalo Thondup, site de Lobsang Wangyal, 7 septembre 2005.
Gyalo Dhondup, Tsepon W. D. Shakabpa et Khenchung Lobsang Gyaltsen font partie du Comité de protection sociale tibétain (anglais : Committee for Tibetan Social Welfare, Wylie : Bod-kyi Bde-don tshogs-pa). Lors de la visite du dalaï-lama à Mao Zedong à Pékin de 1954 à 1955 le comité déclare que l'absence du dalaï-lama du Tibet est contraire à la volonté du peuple tibétain. Le comité voyage au cours de la visite du dalaï-lama en Inde, où il rencontre à plusieurs reprises des ministres indiens. Avec eux, ils parlent des violations de l'accord en 17 points dans les provinces tibétaines du Kham et de l'Amdo et ils expriment leurs craintes que cela puisse s'étendre à l'U-Tsang.
Lors de la révolte au Tibet oriental en 1958, les Chinois l'accusent d'être un des 9 Tibétains qui, en Inde sous l'influence d'impérialistes, en sont responsables. Ils exigent que la nationalité tibétaine leur soit retiréeDalaï-Lama, Ma terre et mon peuple, éd. John Didier, p. 170.
En 1959, lorsque l'Irlande et la Malaisie mettent la question du Tibet à l'ordre du jour de l'Assemblée générale des Nations unies, Gyalo Dhondup avec Tsepon W. D. Shakabpa et Rinchen Sadutshang vont à New-York en mission de soutien. Lors de l'assemblée générale qui se tient les 20 et , la Résolution 1353 adoptée rappelle le respect des droits de l'homme et souligne l'identité culturelle et religieuse du Tibet. La résolution ne fait toutefois aucune mention de la république populaire de Chine Shakabpa, Wangchuk Deden, Tibet: A Political History, 1988, Potala Publications, New York, , p.p. 308, 312, 321.
À l’automne 1960, J.J. Singh et Purshottam Trikamdas accompagnent Gyalo Thondup à New York pour utiliser le soutien de la Conférence afro-asiatique sur le Tibet et contre le colonialisme en Asie et en Afrique qui se tient en avril cette même année et obtenir une résolution de l'ONU en faveur de l'autodétermination du Tibet. Ils réussissent à introduire la résolution, mais elle ne peut être discutée lors des deux séances régulières, qui s'enlisent vers la fin de l'année 1960, et elle est examinée lors de la séance du printemps suivant John Kenneth Knaus, Orphans of the Cold War: America and the Tibetan struggle for survival, PublicAffairs, 2000, , p. 252 : .