Le Léman ( ), ou par pléonasme lac Léman, également dénommé lac de Genève notamment dans le canton de Genève et dans plusieurs langues, est un lac d'origine glaciaire situé en Suisse et en France ; par sa superficie, c'est le plus grand lac alpin et subalpin.

Le lac, d'une longueur d'environ et d'une largeur maximale inférieure à , est en forme de croissant orienté de l'est vers l'ouest. Le rivage nord et les deux extrémités sont suisses et sont partagés entre les cantons de Genève, de Vaud et du Valais. Le rivage sud, quant à lui, est français et situé dans le département de la Haute-Savoie. La frontière franco-suisse passe au milieu du lac..

Le Léman est principalement alimenté par le Rhône, fleuve franco-suisse qui coule d'est en ouest, constituant 75 % des apports.. Sa formation a des origines multiples : plissement tectonique pour la partie du Grand-Lac et action du glacier du Rhône pour le Petit-Lac (entre Yvoire et Genève). Il s'est constitué lors du retrait progressif du glacier du Rhône après la dernière période glaciaire, il y a près de seize mille ans. Ses berges ont été fortement artificialisées..

En 2006, selon une étude de la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman (CIPEL), seulement 3 % de côtes sont encore sauvages. Hors 23 % de prés semi-naturels et de cultures, environ 60 % des berges et abords sont aménagés, enrochés, pavés, privatisés, ce qui limite probablement l'expression de l'écopotentialité du site.

Toponymie Léman vignette|redresse=0.8|gauche|Affiche de 1904 de la Compagnie générale de navigation sur le lac Léman. Le toponyme Léman renvoie à une racine indo-européenne, signifiant « lac ». L'origine du nom fait que « lac Léman » est un pléonasme ou une tautologie, puisque cela signifie « lac lac ». Cette formulation existe cependant depuis l'Antiquité.

Au , le grec Strabon parle de « ». Cette forme est ensuite reprise par les autres auteurs grecs, comme Dion Cassius au (« »), avant d'être popularisée par les textes en latin. Elle est utilisée par Jules César en et les géographes de l'époque, qui parlent de « »Jules César, Commentarii de Bello Gallico, I.2.5 . Au début de l'ère commune, Pomponius Mela et Pline l'Ancien reprennent cette même forme, suivis par Ammien Marcellin au .

Les humanistes et cartographes du Sebastian Münster et Gérard Mercator reprennent « Léman », dont se sert l'administration bernoise, puis les autorités révolutionnaires (république lémanique, département du Léman). François Bonivard, en 1529, parle du « lac Lemanne » mais précise . Au , des auteurs tels que Jean-Jacques Rousseau, Voltaire et Lord Byron utilisent « Léman », donnant une certaine célébrité au nom.

Au , la carte Dufour utilise la forme « Lac Léman » et la forme prend le dessus sur « lac de Genève ». Dès lors, « Léman » figure sur toutes les cartes nationales des grands États par souci de normalisation.

Lac de Lausanne La forme « lac de Lausanne » s'impose dès le . Sa première apparition, dans l’Itinéraire d'Antonin, utilise « » ou « ». La plus ancienne carte géographique connue de la région lémanique, la table de Peutinger, copie du de cartes romaines antiques, reprend cette forme ( ou ).

La forme « lac de Lausanne » aurait ainsi prévalu au Moyen Âge ; à la fin du , dans son Saint voyage de Jérusalem, Ogier IX d'Anglure mentionne le « lac de Lozanne », et une gravure de Lausanne à Venise datant de 1567 porte l'inscription « ». La forme « lac de Lausanne » n'est plus utilisée à partir du milieu du .

Lac de Genève

Le nom de « lac de Genève » apparaît au , mais il coexiste avec « Léman », qui réapparaît grâce à l'étude des textes anciens réalisée par les humanistes de l'époque. En 1538, Aegidius Tschudi parle alors de . En 1552, dans un plan de la ville de Genève, Sebastian Münster écrit que . Les nombreuses cartes italiennes de la seconde moitié du utilisent quant à elles « lac de Genève ».

Au , les cartes utilisent « lac de Genève » pour le Petit-lac et « lac de Lausanne » pour le Grand-lac. Cette distinction disparaît cependant au siècle des Lumières. Le nom de « lac de Genève », ou « bassin de Genève », est cependant toujours attribué au petit lac du Léman, soit la partie du lac entre Genève et Nyon ou Versoix., notamment sur les cartes officielles suisses..

Dès le , « lac de Genève » est utilisé couramment dans les langues étrangères et les premiers guides touristiques : , déjà attesté au ; ; l'italien utilise la double nomenclature « » et « ». En français, cette forme n'est cependant utilisée que par les auteurs genevois.

L'appellation alternative « lac de Genève » pour l'ensemble du lac subsiste encore toutefois sur la carte nationale suisse jusqu'en 2003., pour être ensuite utilisée uniquement pour le Petit-lac.

Léman ou lac de Genève ? Le nom du lac est le sujet d'un débat entre certains Genevois, qui l'appellent « lac de Genève », et les Français, les Valaisans et les Vaudois, qui l'appellent « Léman »...

Dans Le Léman : monographie limnologique, le naturaliste originaire de Morges François-Alphonse Forel écrit : .

Géographie Situation vignette|redresse=1.4|Carte des principales communes autour du Léman. Le Léman se situe à l'ouest de la Suisse et au nord du département français de la Haute-Savoie., au pied du massif du Jura.. La frontière entre la France et la Suisse, fixée à l'origine par le traité de Lausanne de 1564 entre le duché de Savoie et la Suisse, se trouve sur l'axe du lac jusqu'à ce que celui-ci soit rejoint par le prolongement de la frontière terrestre.

Le niveau du lac est régulé artificiellement à une altitude fluctuant entre depuis 1884. L'altitude moyenne de la surface du lac, mesurée entre 1943 et 2008, se trouve à ; son altitude minimum a été mesurée à en 1949 et son maximum à en 1977. La profondeur maximale du Léman se situe à au-dessous de la surface du lac, tandis que la profondeur moyenne du lac est de .

Les rives du lac s'étendent sur , dont 58 en France, 102 dans le canton de Vaud 7,6 en Valais et 32,6 dans le canton de Genève. Le Léman est le plus grand lac d'Europe de l'Ouest. Sa superficie totale de est partagée entre la France () et la Suisse ( dont dans le canton de Vaud, en Valais et dans le canton de Genève). Les principales villes au bord du Léman sont Genève, Lausanne et Montreux en Suisse et Évian-les-Bains et Thonon-les-Bains en France.. Au total, sont riveraines du Léman.

Origine et géologie

Contexte régional

Le bassin lémanique est constitué par trois unités géologiques principales... Les roches sédimentaires mésozoïques du domaine jurassien constituent le substratum rocheux profond dont la partie émergente forme le massif du Jura ainsi que le Salève. Son implication sur le Léman se réduit à la présence d'accidents décrochant qui traversent le bassin lémanique du nord-ouest au sud-est mais sans avoir d'impact sur les dépôts superficiels quaternaires.. À la verticale du Léman, ces roches constituent un substratum plongeant sous les reliefs des Préalpes et des massifs cristallins externes dans le cadre de l'orogenèse alpine. La dépression occasionnée par la flexure de la plaque eurasiatique plongeant sous la plaque africaine constitue le bassin d'avant-pays nord alpin dont le remplissage molassique forme l'encaissant du lac. La molasse, datant de l'Oligocène et du Miocène, est subdivisée en deux grands ensembles tectoniques. La molasse du plateau (Chattien - Aquitanien) est très peu déformée et correspond à la moitié nord-ouest de l'encaissant du lac. La moitié sud-est du lac est creusée dans la molasse subalpine ou molasse charriée (Rupélien). Cette dernière chevauche la molasse du plateau et se distingue par de nombreuses déformations entraînant la formation de reliefs d'altitude modérée tels que le mont Pèlerin. La molasse subalpine est surmontée à son tour par les nappes helvétiques des massifs subalpins (massif des Bornes) et ultrahelvétiques à penniques du massif du Chablais (Trias à Éocène). Ces dernières servant aussi localement (Meillerie - Saint-Gingolph) de substrat rocheux au Léman. Ainsi le Grand-Lac repose sur une juxtaposition d’unités tectoniques depuis les nappes penniques des Préalpes jusqu’à la molasse du Plateau tandis que le Petit-Lac est intégralement creusé dans la molasse du Plateau.

Origine du lac

vignette|Vue satellite du Léman.

Trois écoles se sont opposées sur l'origine du Léman (et des grands lacs alpins en général) entre la seconde moitié du et les années 1970.. : l'influence tectonique, l'origine glaciaire et un modèle mixte invoquant à la fois une érosion fluviatile et une déformation tectonique. Si l'origine tectonique bénéficie de nombreux soutiens jusque dans les années 1970, les travaux réalisés à partir de l'imagerie sismique du substratum lacustre dans les années 1980 corroborent la thèse de l’émergence du Léman par surcreusement glaciaire du glacier du Rhône lors des grandes phases des glaciations quaternaires..

Hypothèse tectonique Louis Albert Necker est le premier à proposer en 1841 une origine tectonique au Léman.. Elle bénéficie d'un appui large auprès de la communauté scientifique dès les années 1860. Trois mécanismes différents sont proposés pour justifier une origine tectonique du Léman.

Le premier invoque la formation de plis : Pierre Jean Édouard Desor suggère que des plissements auraient favorisé la formation d'un lac de cluse (le Grand-Lac) tandis que la partie occidentale du Léman depuis Lausanne serait un lac d'érosion.. Charles Lyell est le premier à proposer une théorie générale des lacs alpins en 1864. ; selon lui, le soulèvement des Alpes aurait été suivi par une série d'affaissements qui auraient engendré des cuvettes finalement comblées par l'eau. Cette théorie est ensuite reprise et développée par Albert Heim en 1891..

Le second modèle décrit la cuvette du Léman comme un graben et sous-entend la présence de failles normales qui longeraient le lac, l'une au nord longeant la côte vaudoise de Lausanne à Villeneuve et une seconde au sud sur la rive française entre Lugrin et le Bouveret. Bernhard Studer, en 1864, est l'un de ses premiers promoteurs. Alphonse Favre (1885) propose un modèle décrivant la formation du Léman par un assemblage de plis et de cassures. Ce modèle est tardivement remis au goût du jour par la supposée identification de failles dans le substratum du Léman à partir des données d'imagerie sismique et qui délimiterait une structure en graben dans le Petit-Lac... Bien qu'ils ne prouvent pas que le Grand-Lac soit lui aussi d'origine tectonique, un autre travail datant de 1969 aurait identifié la présence d'une faille au large d'Évian-les-Bains et suggérerait que le socle lémanique serait découpé en plusieurs compartiments qui auraient joué lors d'une phase de néotectonique générale de l'Europe. Les données sismiques ont par la suite infirmé l'existence d'une faille au nord tandis que la faille sud s'est révélé être le plan de chevauchement au font de la nappe des Préalpes médianes.. Les failles identifiées par Vernet et Horn. sont par la suite retrouvées entre Excenevex et Yvoire d'où elles se prolongent jusqu'aux ramifications terminales du décrochement de Pontarlier–Aubonne au large de Buchillon. Elles sont décrites comme un ensemble de failles inverses dans la molasse du Plateau qui seraient générées par la proximité du plan de chevauchement de la molasse charriée sur la molasse du Plateau. L'orientation des plans de faille (plongement vers le sud-est) est par ailleurs en contradiction avec une théorie tectonique..