Gustave Hervé, né à Brest le et mort le à Paris, est un journaliste et homme politique français.
Journaliste, polémiste et leader antimilitariste dans la période précédant la Première Guerre mondiale, il évolue, durant l'entre-deux-guerres, vers un socialisme national anticommuniste que certains ont qualifié de fasciste. Ainsi, il participe en 1919 à la création du Parti socialiste national. Mais le mouvement décline très rapidement et Hervé tente, en 1925, de lancer le Parti de la République autoritaire puis, en 1927, un nouveau Parti socialiste national. Par la suite, dans la décennie 1930, il s'engoue pour le maréchal Pétain, souhaite le voir arriver au pouvoir et publie donc une brochure intitulée C'est Pétain qu'il nous faut.
Biographie Famille et jeunesse Gustave Alexandre Hervé naît à Brest, dans le quartier de Recouvrance, fils d'un sergent fourrier à l'arsenal ayant eu six enfantsParmi lesquels le commandant d'artillerie coloniale Alfred Gaston Hervé, officier de la Légion d'honneur, né à Brest en 1872 et tué à l'ennemi dans la Somme en 1916., et qui mourut en 1881 en laissant sa famille dans une certaine détresse sociale.
Boursier, il fait de bonnes études secondaires, inscrit au lycée Henri-IV, où il a comme condisciples en classe de philosophie Léon Blum et Élie Faure. Il devient répétiteur dans plusieurs lycées successifsAu lycée de Laval, et de Quimper., enseigne à Lesneven dans un établissement privé, puis est reçu à l'agrégation d'histoire en 1897. Il est alors affecté à Rodez, puis Alençon et enfin en 1899 au lycée de Sens (Yonne) où il commence une carrière de journaliste, collaborant au Travailleur socialiste de l'Yonne.
Socialiste antimilitariste Ses premiers articles antimilitaristes signés « Sans Patrie » sont remarqués. C'est dans ce journal socialiste qu'il publie, le , un article violemment antimilitariste, « L'anniversaire de Wagram », qui lui vaut d'être révoqué de l'enseignement.
Militant successivement au Parti socialiste français, puis au Parti socialiste de France, il participe en 1905 à la création de la SFIO en étant délégué au congrès d'unification dit « du Globe ». Il milite aussi à la CGT. En , le député du Gers, Joseph Lasies, demande la suppression des livres d'Hervé des écoles de l'État.. Sa collaboration au journal Le Pioupiou de l'Yonne lui vaut des procès en correctionnelle et même devant la cour d'assises, où il est défendu avec succès par Aristide Briand.
vignette|Affiche rouge de 1905 ayant causé la condamnation de Gustave Hervé à 4 ans de prison.
Il est jugé avec 27 autres antimilitaristes dans l’affaire de l’affiche rouge placardée les 6, 7 et à Paris. L’affiche en question était adressée aux conscrits : . Gustave Hervé est condamné à 4 ans de prison pour . Interviewé par Le Matin le lendemain du verdict, Gustave Hervé se déclare de sa condamnation dans laquelle il voit un . Il effectue un peu plus de 6 mois de prison, bénéficiant en effet de la loi d’amnistie du .
En , Jacques Lardy signale dans Les Annales politiques et littéraires que l'antimilitariste Hervé, après avoir échappé par trois fois à des poursuites en province pour des provocations à la désobéissance militaire Fénéon, 1906, p. 107., est condamné par les juges parisiens à une année d'emprisonnement pour injures et diffamations envers l'armée.
Un antimilitarisme radical : l'« hervéisme » vignette|Gustave Hervé, leader de La Guerre sociale et antimilitariste, fraternise avec Lucien Lacour, Camelot du roi, tous deux emprisonnés en 1911.|214x214px Sa doctrine, fondée sur le recours à l'insurrection en cas de guerre, acquiert une audience nationale. Jean Jaurès , auteur d'une proposition de loi consacrée à l'armée nouvelle, ne partage pas sa radicalité et se démarque régulièrement de ses positions, minoritaires dans le parti ; on parle alors d'« hervéisme », qui mêle antimilitarisme et antiparlementarisme. Ces positions de Hervé, très minoritaires dans la SFIO, sont alors violemment condamnées en 1910 par Charles Péguy, dans Notre Jeunesse : Charles Péguy, Œuvres en prose complètes, tome III, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1992, 110-112..Ses démêlés judiciaires lui ayant fait perdre sa qualité de fonctionnaire de l’Instruction publique, il peut se consacrer entièrement au militantisme. Il participe à l'Association internationale antimilitariste (AIA), ce qui lui vaut une condamnation à quatre ans de prison fin , l'AIA ayant publié une affiche appelant à la grève insurrectionnelle en cas de mobilisation. vignette|259x259px|Gustave Hervé (à gauche) et le gérant de La Guerre sociale Louis Auroy (droite) devant la Cour d'assises en septembre 1911 pour injures à l'armée À partir de 1907, il dirige le journal La Guerre sociale qu'il a fondé. Régulièrement condamné pour délits de presse à de lourdes peines de prison, il prend des positions de plus en plus radicales entre 1910 et 1914, allant jusqu'à prôner l'action directe et des sabotagesGilles Heuré, « Gustave Hervé, cas pratique de biographie », Le Mouvement social : bulletin trimestriel de l'Institut français d'histoire sociale, janvier 1999, consultable sur gallica.bnf.fr... Il vit alors difficilement, à Paris, tout en gardant des liens très forts avec la fédération socialiste de l'Yonne. Par ailleurs, son antimilitarisme lui fait prendre des positions très en pointe pour l'époque sur la colonisation, qu'il dénonce avec véhémence.
De l'antimilitarisme à l'Union sacrée vignette|Édition du de la La Guerre sociale, journal fondé par Gustave Hervé, Miguel Almereyda et Eugène Merle en 1906. En août 1914, Gustave Hervé retourne (selon Charles Fraval). Dès 1912, il a entamé sa marche vers le patriotisme de cœur et de raison, et il se range, en juillet 1914, contre les partisans de la grève générale (lui qui en avait défendu le principe), comme moyen d'empêcher la guerre qui vient.
Constatant, en 1910, l'échec de la grève des chemins de fer en France mais le succès de la révolution portugaise, obtenu grâce au ralliement d'une partie de l'armée, il renonce progressivement à l'antimilitarisme et propose une stratégie de propagande révolutionnaire au sein de l'armée. À la différence de la majorité des révolutionnaires de cette époque qui considèrent l'armée comme une « école du crime », il considère les soldats comme des prolétaires en uniforme. Il incite notamment les révolutionnaires à essayer d'atteindre des postes de sous-officiers, là où ils seront les plus utiles en cas de révolution..
Il est pourtant resté pour beaucoup le symbole d'une certaine intransigeance doctrinale et pratique. Pour d'autres, comme Alfred Rosmer, en revanche, c'était un gauchiste de paroles, multipliant les folies verbales dans son journal. vignette|Gustave Hervé en 1915. Il ne fut pas le seul socialiste à substituer au mot d'ordre « Non à la guerre » celui de « Défense nationale d'abord » (à l'instar de Mussolini en Italie, avec qui on l'a comparé). Il passe d'un ultra-pacifisme à un ultra-patriotisme. Il transforme le titre La Guerre sociale en La Victoire, le Notice de la BNF.. En août de la même année, il écrit un article intitulé « Sur le chemin de la scission » dans lequel il développe pour la première fois l'idée d'un Parti socialiste national répudiant à la fois le marxisme et l'Internationalisme.
Son cheminement apparaît à certains comme un reniement et sa conversion est considérée par les pacifistes comme une trahison. En , à la demande d'Alice Regnault, il rédige le faux « Testament politique d'Octave Mirbeau » et prononce, sur la tombe du grand écrivain, un discours jugé récupérateur qui fait fuir les véritables amis de Mirbeau. Il est exclu de la fédération de l'Yonne de la SFIO en Le Radical, 26 septembre 1918..
Le « socialisme national » après la guerre
En 1919, Hervé entend fonder son Parti socialiste national (PSN). Il recevrait l'appui de Jean AllemaneLa Lanterne, 3 août 1919., figure historique du mouvement ouvrier français et communard de 1871. Il rejoint ou est rejoint par Alexandre ZévaèsLa France, 9 juillet 1919, L'Heure, 2 août 1919.Le Siècle, 6 août 1919., ancien député guesdiste devenu socialiste réformiste et germanophobe, avocat de l'assassin de Jaurès, et l'ancien militant anarchiste Jacques Prolo, devenu également réformiste et germanophobe comme son ami Zévaès. Prolo et Zévaès avaient fondé un parti portant le même nom en Yves Billard, « Zévaès avocat de Villain, paroxysme d'une controverse à épisodes et à transformations », Jean Jaurès Cahiers trimestriels, juillet 1997, n° 145, . Émile Tissier, rédacteur à La Victoire, qui fut lui aussi anarchiste, accompagne Gustave Hervé dans ce nouveau parti, composante mineure du Bloc national.
En 1925, Hervé tente le lancement du Parti de la République autoritaireLa Croix, 28 octobre 1925. (PRA, 1925), puis recrée en , sans grand succès, un Parti socialiste national (PSN). Il le présente lors d'un meeting parisien salle Wagram, ce qu'il n'avait plus fait depuis 1914Journal des débats politiques et littéraires, 10 novembre 1927, La Liberté, 10 novembre 1927, « A la salle Wagram. Gustave Hervé part en croisade », L'Avenir, 10 novembre 1929, L'Oeuvre, 9 novembre 1927.. Ce petit parti est animé notamment par un ancien communiste, Albert Crémieux, et par Émile Tissier. vignette|Page du livre Lettre aux ouvriers de Gustave Hervé paru en 1928.|413x413px
Il fait diffuser une affiche qui informe sur ses motivations et son projet, publiée aussi dans le journal L'Avenir de son ami Émile Buré :
Ces conceptions peuvent faire penser à une forme de fascisme français, « Résurrection », Le Populaire, 8 novembre 1927 d'autant plus que lors de la marche sur Rome (1922), il salue son « vaillant camarade Mussolini ».. Le quotidien catholique La Croix souligne que le programme d'Hervé rejette l'anticléricalisme et le laïcisme et La Croix, 10 novembre 1927. Il préconise en effet une restauration religieuse et affirme avoir trouvé la foi en 1935.
Activité politique dans les années 1930 Il fonde ensuite la « Milice socialiste nationale » (MSN, 1932-1933)L’Œuvre, 20 décembre 1932 . dont il confie la direction au futur collaborateur Marcel BucardL'Action française, 16 décembre 1932.. Ce sont des groupuscules, moqués par ses adversaires et ses rivaux. Fin 1933, Bucard part avec l'équipe de la Milice socialiste nationale pour fonder le francisme. Hervé soutient aussi le national-socialisme allemand mais, en 1933, s'en prend à l'antisémitisme des nationaux-socialistes allemands dont il jugeait positivement d'autres options politiques et avertit Hitler. :
Hervé, qui ne veut pas la guerre avec l'Allemagne et qui est prêt, pour l'éviter, à l'abandon des colonies françaises à Berlin, ne renonce pas à son philo-sémitisme, comme le montre l'éditorial qu'il publie après la nuit de Cristal. Il s'agit, selon l'historien israélien Simon Epstein, d'un des plus beaux textes protestataires de cette période :
Hervé vitupère l'Allemagne :
En 1938, Gustave Hervé est une exception : il est l'un des rares sympathisants du national-socialisme à avoir renoncé à ses préférences idéologiques au vu des persécutions anti-juives et des menaces pesant sur la France. vignette|308x308px|Gustave Hervé en 1939 Dans les années qui précédent la guerre, il continue à dénoncer les faiblesses du régime parlementaire et à vouloir fonder une « dictature républicaine et nationale du Salut public » dont il souhaiterait que le maréchal Pétain assume la présidence. Dans son livre C'est Pétain qu'il nous faut (1935), il écrit : « La condition du maintien de la République, en la transformant en un régime autoritaire, était que la franc-maçonnerie ferait sa place légitime à la religion dans l’éducation morale de la nation et que le socialisme international de lutte de classe et de guerre civile se transformerait en un socialisme national de paix sociale et de fraternité française, inspiré de la vieille tradition socialiste de chez nous. »
Diffusion et disparition de La Victoire