L'Humanité Magazine, précédemment intitulé L'Humanité Dimanche, est un supplément hebdomadaire du quotidien communiste L'Humanité qui paraît le jeudi. Son directeur est le même que celui de L'Humanité, mais sa rédaction est différente.

Histoire (...) du journal que l'on vend le matin d'un dimanche, à l'affiche qu'on colle aux murs du lendemain, je n'en finirai pas d'écrire ta chanson... ma France (...)

Quand le chanteur Jean Ferrat évoque dans Ma France en 1969 un journal du dimanche, une partie du public reconnait de quel journal il s'agit.

Le titre L'Humanité Dimanche, abrégé en HD, est pourtant victime de la notoriété du quotidien, dont son titre a longtemps prolongé la diffusion des idées communistes le septième jour de la semaine. Toujours « oublié » des revues de presse audiovisuelles, mis à l'écart de la presse politique hebdomadaire par la plupart des distributeurs de presse, sabordé un temps par des responsables politiques du Parti communiste français qui le rebaptisèrent L'Humanité Hebdo, il demeure aujourd'hui encore un des rares titres de la presse politique à faire l'objet d'une diffusion militante.

Les recueils des Unes historiques, publiés par une section du PCF et diffusés à la fête de l'Humanité, ignorent la petite consœur de la presse communiste. L'ouvrage « officiel » paru en 2004 à l'occasion du centenaireBernard Chambaz, 1904-2004 L'Humanité, reproduit une page une de l'hebdomadaire, page 260, mais ne mentionne pas sa naissance quand il survole l'année 1948... du titre L'Humanité ignore le titre L'Humanité Dimanche, de même que le volume publié en 2004 par un aréopage d'historiens réputésL'Humanité de Jaurès à nos jours, éditions nouveau monde, Paris, 2004 ne contient pas un seul article sur l'hebdomadaire.

Il y a cependant un témoin historique de cet hebdomadaire, en la personne d'André Carrel, qui en a été le rédacteur en chef entre 1957 et 1981. Ses notes concernant L'Humanité DimancheL'ouvrage où il livre ses mémoires, paru en 2009 (cf. sources), dévoile peu de choses sur le journal dont il assumait la rédaction en chef, hormis ses méthodes de travail. Ainsi le lecteur reste sur sa faim concernant la diffusion, les chiffres de tirage et de vente. Il est plus disert sur L'Humanité Dimanche dans le livre consacré à L'Huma, paru en 1989 : il passe en revue avec éloges ses collaborateurs et collaboratrices, en témoin passionné (« une passion nommée L'Humanité Dimanche » titre-t-il un de ses chapitres). permettent d'utiles éclairages sur « son » journal.

La vente de L'Humanité le dimanche Comme l'ensemble de la presse, lorsque L'Humanité est créé en 1904, le journal paraît sept jours sur sept. Il ne semble pas que des points de vente militante aient cours avant la 1914. Le réseau de diffusion des journaux est dense, y compris à la criée. La situation perdure dans les années 1920, mais en 1929, dans le cadre de poursuites judiciaires liées à la faillite de la Banque ouvrière et paysanne et dans un contexte de durcissement politique contre le Parti communiste, l'existence du journal est menacée. Se créent alors les CDH (Comités de défense de L'Humanité). Leur rôle est d'abord financierArticle de Jean-Yves Mollier, « André Tardieu et la tentative d'interdiction de L'Humanité », dans l'ouvrage déjà cité, L'Humanité de Jaurès à nos jours, pages 76-95.. Certains comité locaux de défense de L'Humanité entreprennent de vendre le journal à la criée le dimanche matin, comme moyen de propager les idées communistes. Cette activité, qui fait apparaître au grand jour les militants d'un parti accusé de menées subversives et leur fait nouer avec la population des rapports fructueux en termes de reconnaissance, n'est toutefois pas légale. La vente ambulante de la presse est soumise à la possession d'une carte « professionnelle ». La non-possession de la carte vaut aux militants l'attention des services de police, en période de tension politique. Le Parti communiste, qui se débarrasse à partir de 1933 de sa gangue politique sectaire, lance à partir de des journées de diffusion de masse de son journal. C'est André Marty, qui supervise L'Humanité, sans la diriger officiellement, qui impulse alors cette forme de militantismeArticle d'André Marty, dans L'Humanité du dimanche 25 novembre 1934 : « Magnifique départ », fait l'historique des ventes de masse récentes du journal. Les deux premières journées auxquelles il se réfère ne sont pas des dimanches. Le 11 novembre 1933, exemplaires supplémentaires auraient été diffusés; le 2 janvier 1934 ce seraient exemplaires ; le dimanche 22 avril 1934, pour le trentième anniversaire du journal le chiffre monterait à (sic). Il est difficile de déterminer si les chiffres sont fiables, mais ils indiquent l'existence de l'événement et éclairent des tendances probables ou possibles de diffusion.. La vente massive du semble marquer un départ : exemplaires d'un numéro spécial (de 2 pages) de L'Humanité sont commandés, et Humanité de plus qu'un dimanche habituel seraient diffusés. 742 organisations (CDH local, cellules) auraient participé à cette journéeUne affiche tirée à exemplaires appuyait l'initiative, selon L'Humanité du 26 novembre..Désormais, rendue plus visible et massive avec la montée du Front populaire, la présence dans les rues des vendeurs de l'Huma devient une des formes du militantisme politiqueD'autres journaux recourent à cette forme de militantisme, tels en 1936 L'Action française, diffusé par les « Camelots du roi », et Le Populaire, diffusé par les socialistes de la SFIO.

En , dimanche normal sans moyen extraordinaire, 151 CDH (Comité de défense de L'Humanité) locaux et 151 cellules diffusent plus de journaux. En mai de la même année, pour le second tour des élections municipalesChiffres relevés dans L'Humanité du 15 mai 1935 pour la vente du dimanche 12 mai. journaux supplémentaires sont diffusés à la criée, sur un tirage total de journaux, dont environ sont vendus par le réseau traditionnelCe nombre est celui de la vente quotidienne de L'Humanité en septembre 1935. Voir Marcel Cachin, Carnets 1935-1947, Paris, CNRS éditions, 1997, page 322.Durablement instaurée la vente militante du dimanche se heurte en 1948 à un obstacle de taille.

3 octobre 1948, premier numéro de L'Humanité Dimanche En 1948, le gouvernement décida arbitrairement, sous prétexte que le papier manquait encore, de supprimer la vente des quotidiens le dimanche. Or c'était le dimanche que les militants vendaient L'Humanité.Pour contourner l'obstacle L'Humanité Dimanche est créé. Telle est selon André CarrelAndré Carrel, Mes humanités, pages 159-160 la circonstance qui fait naître le journal. Rédacteur en chef durant 34 ans, André Carrel ajoute : , avec des rubriques de détente et de jeux.

Existait-il en 1948 une volonté gouvernementale (il s'agit du gouvernement Queuille, comprenant des socialistes) visant particulièrement L'Humanité, dont la vente bénévole du dimanche assurait le meilleur tirage de la semaine ? Dans le contexte de la guerre froide, alors qu'une grève des mineurs, durement menée et sévèrement réprimée commence la semaine suivanteA l'appel de la CGT, l'ensemble des bassins miniers sont en grève du 5 octobre au 20 novembre, c'est possible. Mais la mesure correspondait aussi à une revendication des ouvriers du Livre avancée lors de la grève de la Presse parisienne de février-Madeleine Rebérioux, les ouvriers du Livre et leur fédération, 1881-1981, éditions Temps actuel, Paris, 1981, page 178, transcription d'un avis d'un militant du groupe « Révolution prolétarienne »..

Le numéro 1 est un journal de 4 pagesCe paragraphe est renseigné par un article du journaliste de l'HD, Robert Lechène, paru dans le numéro 1000 de L'Humanité Dimanche N¨138 de la nouvelle série, du 27 octobre 1967, sous le titre : Les 999 d'avant. grand format. Il se distingue de L'Humanité par l'ajout du mot Dimanche, imprimé en rouge. Le directeur du journal, Marcel Cachin, signe en une le billet, où il déclare être Le numéro 7, du , est diffusé à plus d'un million d'exemplaires, et il passe à 6 pages.

le CDH, comité de défense de L'Humanité En effet, la grande originalité de L'Humanité Dimanche (et avant 1948, de L'Humanité du dimanche) réside dans sa diffusion militante, sous diverses formes. Pour la clientèle fidélisée, les militants organisent des tournées de portage à domicile, musettes remplies de journauxLa musette du « diffuseur » ne contient pas que L'Humanité Dimanche. En zone rurale il contient souvent le journal La Terre, et dans les zones de forte implantation communiste, comme en banlieue parisienne, un hebdomadaire local. Les journaux Vaillant, puis Pif le chien, y sont également, et parfois encore d'autres titres de la presse communiste, tels Heures claires organe de l'Union des femmes françaises, ou France nouvelle, un autre hebdomadaire s'adressant aux « cadres » du PCF. Et chaque année jusqu'en 1997, dernière année de sa parution, à partir du mois d'octobre, la musette contient aussi l’Almanach ouvrier et paysan ou Almanach de L'Humanité. à l'épaule, notant sur des carnets spéciaux les sommes encaissées, les exemplaires non payés en cas d'absence, les nouveaux lecteurs, les périodes de vacances pendant lesquelles il est inutile de sonner à la porte le dimanche matin. Plus voyants, souvent munis de présentoirs voire de table, sont les « points fixes » tenus dimanche après dimanche par un ou plusieurs vendeurs. Enfin, régulièrement, selon une fréquence qui varie en fonction de l'intensité du débat politique, des luttes sociales, ou des échéances électorales, il y a les « ventes de masse » mobilisant le maximum de militants en ventes à la criée ou au porte à porte. Dès 1936 un système d'émulation entre CDH est mis en place et une carte spécifique est attribuée aux diffuseurs. Dans les années 1960, la carte de CDH est tombée en désuétude, mais un timbre-vignette annuel est apposée sur la carte d'adhérent.

En 2011, cette vente militante, réduite au seul titre L'Humanité Dimanche, demeure. Relancé en 2006, l'hebdomadaire a fait appel à ses lecteurs, et ses diffuseurs bénévoles en créant une structure dite . Dans une circulaire adressée à chacun des « cofondateurs », datée de , Patrick Le Hyaric livrait un chiffre de diffusion de exemplaires chaque semaine, ajoutant que (contrairement au quotidien L'Humanité) « chaque numéro de l'HD dégage de bénéfice ».

Les multiples vies de L'Humanité Dimanche De nombreuses formules éditoriales jalonnent l'existence du titre, dont il est curieux de constater que depuis 1971 chaque nouvelle formule redémarre au numéro 1... ce qui rend assez difficile un recensement total des numéros parus. On relève également de subtiles nuances dans l'intitulé même du journal.

L'Humanité Dimanche thumb|Magazine du Parti communiste français paraissant le dimanche depuis 1948. - : numéros 1 à 862, grand format. La formule tient près de 17 ans. Mais une évolution dans la fabrication du journal intervient le premier Article de Robert Lechène, Au matin des dimanches, dans le supplément de L'Humanité Dimanche du 27 avril 1984. : la première page est imprimée en couleurs, par procédé de l'héliogravure. L'imprimerie commune aux deux titres est alors située à Paris dans le bâtiment qui fait l'angle de la rue du faubourg Poissonnière avec le boulevard Poissonnière. L'entreprise d'héliogravure, l'imprimerie Crété, se trouve à Corbeil-Essonnes. Des éditions spéciales du journal incluent des pages posters en couleur au milieu du journal pour marquer l'événement : la foule aux obsèques des victimes de l'affaire de la station de métro Charonne en 1962, le cortège et la foule rassemblée lors de l'enterrement de Maurice Thorez en 1964.