Louis Dominique Garthausen, dit Cartouche (aussi appelé Bourguignon, Petit ou LamarreCartouche est fréquemment appelé « Louis Dominique Bourguignon » ; or ce nom de « Bourguignon » fait référence au pseudonyme utilisé par Cartouche en 1721, année de son arrestation. Il avait alors usurpé l'identité d'un certain Jean Bourguignon, lors d'une escapade en Lorraine avec son complice, Gruthus du Châtelet, surnommé, quant à lui, « le Lorrain ». Son véritable patronyme est « Garthausen », du nom de son père, ancien mercenaire allemand installé à Paris. La francisation du nom produit ensuite les formes Gartouse, Gartouche puis Cartouche.), né en 1693 et mort exécuté le , est un brigand puis un chef de bande ayant surtout sévi à Paris, durant la Régence de Philippe d'Orléans.

Arrêté et condamné à mort, à la suite de sa dénonciation par l'un de ses comparses, il est soumis à la question, mais garde alors le silence. Il meurt roué en Place de Grève, en ayant pu bénéficier d'un retentum. Cette exécution sera suivie de l'arrestation de quelques centaines de complices supposés, dont plus de soixante-dix seront condamnés à mort , de la fin de l'année 1721 et jusqu'en 1723 au moins ; d'autres seront condamnés aux galères, au bannissement ou à l'internementCfr. les Arrêts ayant pour cadre l'affaire Cartouche..

Le personnage de Cartouche, autour duquel sont venues, avant même son arrestation, se broder des légendes, souvent bienveillantes à son égard au point de faire de lui un héros, est évoqué dans différentes œuvres.

Biographie Débuts d'un brigand Né en 1693 à Paris, rue du Pont-aux-Choux, fils de Jean Garthauzsien., un ancien mercenaire allemand originaire de Hambourg, devenu tonnelier dans le quartier de la Courtille après avoir été valet chez le marquis de Beuzeville de la Luzerne (Normandie), Louis Dominique est appelé « Cartouche » par francisation de son patronyme« Garthauzsien » serait devenu « Gartouse », puis « Gartouche », et enfin « Cartouche ».. Enfant, il est élève au collège de Clermont, chez les Jésuites, avant d'en être rapidement chassé. Il s'entraîne alors à couper quelques bourses et, jeune amoureux, dérobe pour sa belle des présents qu'il lui offre : tabatières, mouchoirs, bonbonnières, boîtes à mouches, gardes d'épée… À l'âge de onze ans, à la suite d'une sévère réprimande de la part de son père très pointilleux sur l'honnêteté , le jeune Cartouche quitte le domicile parental.

Il est recueilli par une bande de tziganes qui lui enseignent tours de cartes, bonne aventure et technique des petits larcinsHenri-Robert, « Le Vrai Cartouche », dans L'Histoire pour tous, , .. Avec un certain Galichon , il vole flacons de vins et d'eau-de-vie et s'entraîne à l'épée. Un temps laquais chez monsieur de La Cropte, marquis de Saint-Acre et lieutenant général des armées du roi, il brille par sa dextérité au jeu. Le tricheur est néanmoins congédié. Ces petits « exploits » le rendent localement célèbre, et il prend la tête d'une petite bande en Normandie. Repéré par les autorités, il exerce un temps le rôle d'informateur pour le lieutenant de police d'Argenson, avant de partir pour l'armée. Après avoir servi quelque temps, notamment en tant que racoleur militaire, il s'entoure d'anciens soldats qui forment le noyau de sa nouvelle bande lors de son retour à ParisCette nouvelle bande comprend également ses frères, François (ou Francis Antoine) et Louison, bientôt rejoints par ses cousins, les Tanton, dont le père, Jacques, dit « Châteaufort », est un spécialiste de l'évasion.. Il prend alors la tête d'une centaine de bandits, hommes et femmes, qui commettent quotidiennement des vols et des assassinats dans la capitaleNotamment le poète Jacques Vergier aurait été assassiné en 1720 par un complice de Cartouche, le « chevalier Le Craqueur », lequel finira « rompu vif » à Paris le ..

Chef de bande

Voulant donner à sa bande une bonne organisation inspirée de l'armée, avec hiérarchie et discipline, Cartouche se fait élire chef après une remarquable harangue de ses troupes. Pourtant, avec ses longs cheveux bruns, son visage fin, ses grands yeux noirs et sa petite taille, il est surnommé « L'Enfant » ou « Le Petit ». Deux groupes criminels bien distincts officient alors : l'un, sous son autorité directe, et le second, sous les ordres de Gruthus du Châtelet, dit « Le Lorrain », petit noble, ancien soldat des gardes-françaises. Ces bandes de « cartouchiens » rassemblent des individus d'horizons divers : on y trouve même Balagny, dit « Le Capucin », un membre de la famille du premier valet de chambre du RégentJean-Pierre Balagny, dit « Le Capucin », l'un des lieutenants de Cartouche, est le neveu de Ponce Coche, premier valet de chambre du Régent et gouverneur du Palais-Royal.. D'ailleurs, certains historiens se demandent, au vu de la qualité de certains de ses complices, si le bandit n'est pas manipulé par le pouvoirGilles Henry, Cartouche, le Brigand de la Régence, Tallandier, 2001.. À l'époque, des ragots rapportent même que le Régent l'aurait rencontré et qu'intimidé, il aurait hésité à ordonner son arrestation… En tout cas, il possède de nombreux indicateurs, notamment parmi les oublieursFrançois-Joseph-Michel Noël, Nouveau dictionnaire des origines, inventions et découvertes, , , Paris, Janet et Cotelle, 1834, ()., et crée un réseau efficace de receleurs et d’armuriers.

Intelligent, acrobate et spirituel, Cartouche gagne vite une certaine estime parmi une population exaspérée par les corruptions de l'époqueUne légende, non confirmée aujourd'hui par les sources disponibles, ferait de Cartouche un bandit d'honneur prenant aux riches pour venger les pauvres, voir leur redistribuant une partie du bénéfice de ses crimes. L'origine de cette légende vient peut-être du fait qu'il s'attaquait à des nantis.Gilles Henry, « Cartouche, un chef de bande », dans Bruno Fuligni (dir.), Dans les secrets de la police, L'Iconoclaste, 2008.. Un jour, il sauve du suicide un marchand ruiné en payant des créanciers, qu'il vole ensuite ! Une nuit, il s'empare d'une épée que le Régent comptait offrir. S'apercevant qu'elle est factice, il la rend avec le commentaire suivant : « Au premier voleur du royaume, qui a tenté de faire tort à Cartouche, son confrère. » Ses acolytes ne sont pas en reste dans l'espièglerie. Lors d'un carnaval, ils promènent une charrette de mannequins représentant les forces de l'ordre afin de permettre aux badauds de les fouetter à volonté. Sa bande se rend célèbre, parmi d’autres faits, pour ses attaques des carrosses faisant le trajet de Versailles à ParisCe sera une des raisons de l'éclairage de cette route bien plus tard, en 1777., ainsi que pour ses pillages de bijouteries ou ses incursions dans des hôtels particuliers. Mais le coup de maître reste la prise d'un million trois cent mille livres d'actions du système de Law, rue Quincampoix, en 1720.

Cartouche est également un séducteur : plusieurs anecdotes le laissent entendre. Un soir, il pénètre dans l'appartement d'une duchesse. Celle-ci s'attend à être cambriolée, mais le bandit lui demande simplement de commander un souper arrosé de champagne. Le repas terminé, l'hôtesse est complimentée sur la qualité des mets, mais il lui est reproché le mauvais breuvage. Quelques jours après, la duchesse reçoit une caisse de champagne de bonne qualité. Un autre soir, c'est Hélène de Courtenay, marquise de Bauffremont, qui voit arriver le célèbre voleur par sa cheminée. Ce dernier lui demande de lui indiquer la sortie avec la plus grande des corrections. Il prend même soin de remettre cendres et tisons dans la cheminée pour ne pas gâter le tapis. En compensation du dérangement occasionné, l'intrus fait ensuite porter à madame de Courtenay une lettre d'excuses, un diamant « estimé à deux mille écus » et … « un laissez-passer pour exhiber aux voleurs la nuit »Madame de Créquy, Souvenirs de la marquise de Crequi, 1834-1836, 9 volumes in-8.Lettres inédites de la marquise de Créqui à Sénac de Meilhan, 1782-1789, mises en ordre et annotées par Édouard Fournier, précédées d'une introduction par Sainte-Beuve (1856) & Maurice Cousin de Courchamps, Souvenirs de la marquise de Créquy de 1760 à 1803, Notice n° : FRBNF36577049.. Le , Cartouche épouse son ancienne complice Marie-Antoinette Néron (l'acte est passé devant notaire). Pourtant, il conserve son succès auprès des femmes et a plusieurs maîtresses, comme il le révélera lors de ses interrogatoires en citant « sa sœur grise », la « sultane régnante », une poissonnière de la halle…

Dans les derniers temps, on estime que la bande de Cartouche compte près de deux mille membres. Le bandit est alors autant craint qu'adulé. Un complice, voulant un jour le dénoncer, est injurié devant les autres, puis égorgé sur son ordreDans la nuit du , Gruthus convainc le traître Lefèvre de le suivre aux Chartreux. En ces lieux, Cartouche, qui l'attend au pied d'un moulin, ordonne à ses hommes de lui couper le nez et la gorge, de lui fendre le ventre et de l'émasculer. Le Lorrain écrit sur un panneau avec le sang de la victime : « Ci-gît Jean Rebaty, qui a eu le traitement qu'il méritait. Ceux qui en feront autant que lui peuvent attendre le même sort. ». Cartouche aurait lui-même tué par quatre fois, parfois de sang-froid, notamment dans le cas d'un archer à ses trousses.

Une anecdote de 1719 illustre bien sa malice. Croisant un pauvre commerçant ruiné sur un pont allant lâcher prise pour se suicider, il l'arrête et lui promet les sommes nécessaires pour rembourser les créances. Il lui demande de convoquer ses hommes d'affaires tous le même jour. Ce commerçant reçoit les quittances de règlement. Les hommes de main cartouchiens détroussent immédiatement tous ces affairistes.

L'étau finit cependant par se resserrer et la police est sur ses traces. En , trois compères sont arrêtés et sommés de dénoncer leur chef. On arrête aussi des provinciaux en liaison avec lui. Ses frères sont pris et torturés. Lui-même est arrêté une première fois en , mais il parvient à s'évader. Le , le Régent ordonne son arrestation. Cartouche échappe avec tant d'adresse aux recherches que, le , une récompense est promise à ceux qui le mettront entre les mains de la justice. Sous l'action du commissaire Bizoton, la bande commence alors à se mettre en déroute, et les trahisons se multiplient.

Arrestation et exécution