Vivre et laisser mourir ou la Fin tragique de Marcel Duchamp est un ensemble de huit tableaux signés collectivement par les peintres Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo et Antonio Recalcati, réalisé en 1965, dans le cadre de l'exposition « Figuration narrative dans l'art contemporain » à la galerie Creuze à Paris et aujourd'hui conservé au Musée Reina Sofia à MadridVivre et laisser mourir ou la Fin tragique de Marcel Duchamp, Arroyo, Aillaud, Recalcati, 1965, Musée Reine Sophie, Madrid..

Ce polyptyque, véritable manifeste des intentions picturales du mouvement de la figuration narrative, est accompagné d'une préface rédigée par Gilles Aillaud et représente les trois artistes mettant à mort Marcel Duchamp dans une séquence de narration chronologique, telle un sordide thriller, entrecoupée de reproductions de trois des toiles les plus célèbres de l'artiste conceptuel, introduites par son fameux Nu descendant un escalier. Il fut réalisé avec la collaboration de Gérard Fromanger, mais aussi de Francis Biras et Fabio Rieti, chargés des reproductions des œuvres de Duchamp.

La série de huit tableaux s'attaque à l'art conceptuel de cette figure emblématique de l'avant-garde, symbole des falsifications intellectuelles de la culture bourgeoise, qui « anesthésie les énergies vitales et fait vivre dans l'illusion de l'autonomie de l'art et de la liberté de création »Figuration narrative, Jean-Luc Chalumeau, éditions Cercle d'Art, p. 6., ainsi qu'aux formes d'art estimé dévoyé, qui s'en réclamaient alors, du Pop art et du Nouveau réalisme. Ainsi, dans la et dernière toile, on voit leurs défenseurs américain comme européen, Andy Warhol et Pierre Restany, soutenir de part et d'autre l'arrière du cercueil de Duchamp, recouvert du drapeau américain et conduit par Robert Rauschenberg, suivi d'Arman, Claes Oldenburg et Martial Raysse.

Cette œuvre divisera les 68 artistes invités à l'exposition « La Figuration narrative dans l'art contemporain », en suscitant une pétition hostile associant Hervé Télémaque et Jan Voss au groupe surréaliste. L'année suivante, en 1966, Gerhard Richter, tenant également du retour à la figuration, s'opposera lui aussi à l'influence de Duchamp, en évoquant le même tableau de celui-ci dans sa toile Ema, Akt auf einer Treppe (Ema, nu sur un escalier, Musée Ludwig)Ema, Akt auf einer Treppe, Gerhard Richter, 1966, Musée Ludwig, Cologne., manifeste de sa technique du flou initiée en 1963 (Hirsch).

Les auteurs de ces toiles critiquaient chez Duchamp son refus de s'engager, eux qui pratiquaient une peinture politique qu'ils voulaient plus proches de la vraie vie que des musées. Avec ses ready-mades, Duchamp mystifiait, à leurs yeux, l'image de l'artiste, comme s'il suffisait qu'il touche un objet pour en faire une œuvre d'art.

Aillaud explique dans la préface de l'œuvre : Artpress 2 numéro 8, 2008 .

Notes et références

Catégorie:Polyptyque Catégorie:Tableau de Gilles Aillaud Catégorie:Tableau d'un peintre espagnol Catégorie:Tableau d'un peintre italien Catégorie:Tableau réalisé en 1965 Catégorie:Marcel Duchamp Catégorie:Escalier dans la peinture Catégorie:Mort dans la peinture Catégorie:Drapeau des États-Unis dans la peinture Catégorie:Œuvre conservée au musée national centre d'art Reina Sofía