Claude-Henri Belgrand, comte de Vaubois, né le à Clairvaux et mort le à Beauvais, est un général français de la Révolution.
À la tête d'une division lors de la première campagne d'Italie de Napoléon Bonaparte, il commanda le port de La Valette entre 1798 et 1800, pendant le blocus de Malte. Il siégea ensuite au Sénat conservateur sous le Consulat et l'Empire, puis à la Chambre des pairs sous la Restauration.
Ancien Régime Claude-Henri Belgrand est né en 1748 à Clairvaux, dans la province de Champagne. Son père, Henri Belgrand (1707-1792), était maître de forges et receveur des fermes du duché de Châteauvillain pour Louis de Bourbon, petit-fils de Louis XIV et de Madame de Montespan. Sa mère Anne (1712-1786) était la fille d'Abraham Febvre, lui aussi maître de forges dans la région d'Arc-en-Barrois. Son ascendance maternelle le rattachait à la noblesse de la régionVaubois descendait des Vaillant de la Perrière, dont la généalogie indique que leur ancêtre Tanneguy Vaillant, capitaine des gardes de Louis XII, avait épousé la petite-fille illégitime du roi Charles VI de France et de sa maîtresse Odette de Champdivers. L'ascendance maternelle de Vaubois le rattachait aussi à la famille d'Armynot. D'origine bretonne (leur nom viendrait de l'hermine), elle s'était installée dans la région de La Ferté-sur-Aube à la fin du XV siècle, quand le comté de Vertus était passé dans le domaine de la famille des ducs de Bretagne.. Il était par ailleurs un lointain cousin du maréchal Marmont.
Connu sous le nom de Vaubois, Belgrand étudia chez les oratoriens à Troyes. À vingt ans, il entra dans l'armée comme aspirant à l'école royale d'artillerie d'Auxonne. Lieutenant d'artillerie en 1770, il accéda au grade de capitaine en 1784, au régiment de la Fère, où il fit la connaissance du jeune Napoléon Bonaparte en 1788.
Révolution et campagne d'Italie À l'automne 1791, peu après la fuite manquée du roi, Vaubois fut élevé à la dignité de chevalier de Saint-Louis. Son plus jeune frère, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem, émigra à Malte après la nationalisation des biens de son ordre. Lorsque leur père mourut en septembre 1792, ses forges furent saisies par la République nouvellement proclamée. Rayé des cadres de l'armée révolutionnaire, Vaubois décida néanmoins de s'engager au sein du 3 bataillon de volontaires de la Drôme, dont il fut élu commandant.
Armée des Alpes À l'été 1793, son bataillon fut attaché à l'armée des Alpes du général Kellermann, le vainqueur de Valmy, qui menait les forces républicaines pendant le siège de Lyon. Kellermann le nomma général de brigade à titre temporaire le (promotion confirmée le par la Convention). À Lyon, les colonnes de Vaubois s'emparèrent du pont Morand le , puis du quartier des Brotteaux la semaine suivante. Les insurgés capitulèrent le et la ville fut le théâtre d'une sévère répression ordonnée par le Comité de salut public .
À la fin de l'année 1793, tandis que la « Terreur » s'intensifiait avec la loi des suspects, le général Kellermann fut emprisonné. Vaubois fut quant à lui envoyé en Savoie : l'ancien duché, enlevé l'année précédente au royaume de Sardaigne, constituait désormais le département du Mont-Blanc. Il prit le commandement des troupes présentes dans la vallée de la Tarentaise et progressa vers le sud, franchissant les Alpes en direction du Piémont, jusqu'à s'emparer en , dans un combat au corps à corps, de la gorge dite « des barricades » – ouvrant ainsi l'accès à la vallée de la Stura. Kellermann, libéré par la Convention thermidorienne, reprit en 1795 sa place à la tête de l'armée des Alpes. Vaubois fut nommé général de division.
Armée d'Italie Le , Napoléon Bonaparte prit le commandement de l'armée d'Italie et remporta une série de victoires face aux Sardes, contraignant le roi Victor-Amédée III à renoncer à son alliance avec l'Autriche. En mai, le Directoire ordonna au général Kellermann – avec qui Bonaparte refusait de partager le commandement – de détacher une division de 12 000 hommes pour renforcer l'armée d'Italie, laquelle poursuivait son avancée en Lombardie. La division fut placée sous les ordres de Vaubois et arriva pour soutenir celle du général Sérurier pendant le siège de Mantoue.
Tandis qu'il se dirigeait vers Bologne, Bonaparte ordonna à Vaubois de marcher sur Reggio le . Après l'armistice signé avec le pape, le général en chef se tourna vers le grand-duché de Toscane et prit possession du port de Livourne le , où les Français confisquèrent les marchandises n'ayant pu être embarquées par les Anglais. Le commandement de la ville fut confié à Vaubois. Le , Bonaparte lui adressa une lettre de mécontentement, lui reprochant de s'être aliéné les négociants toscans et génois, et d'avoir cédé aux injonctions du commissaire Garrau en lançant une proclamation contre les émigrés.
Le , au lendemain de la bataille de Castiglione, Vaubois fut rappelé auprès de Bonaparte pour remplacer le général Sauret. L'armée autrichienne – commandée par le maréchal alsacien Dagobert von Wurmser, âgé de 72 ans et frappé de surdité – s'était repliée dans le Tyrol. À la fin du mois d'août, Bonaparte était à Rivoli avec les 13 000 hommes de la division de Masséna. Sur l'aile droite, la division d'Augereau (9 000 hommes) occupait Vérone. Sur l'aile gauche, la division de Vaubois (11 000 hommes) se positionnait à Salò, sur la rive occidentale du lac de Garde. Avec la division de Sahuguet à Mantoue et la cavalerie de réserve de Kilmaine, l'armée française comptait 45 000 hommes, une force équivalente à celle de Wurmser.
Le , les Autrichiens séparèrent leur armée en deux : le général Davidovitch reçut l'ordre de défendre le Tyrol avec 20 000 hommes, pendant que le maréchal Wurmser menait le reste de ses troupes (les divisions de Quasdanovich, Sebottendorf et Mészáros) dans la vallée de la Brenta, afin de briser le siège de Mantoue en contournant les positions françaises.
Dans son ouvrage consacré à la campagne d'Italie, Carl von Clausewitz s'est montré très critique de la stratégie autrichienne : les forces de Davidovitch étaient dispersées en trois points du Tyrol et seuls 14 000 de ses hommes firent face à l'armée française du côté de Trente. Le , Vaubois repoussa le prince de Reuss à MoriMartin Boycott-Brown, The Road to Rivoli : Napoleon's First Campaign, Londres, Cassell & Co, 2001, p.423-425, tandis que Masséna battit Vukassovich à Rovereto puis à Calliano. Près de 10 000 soldats ennemis furent mis hors de combat et 3 000 furent capturés. Davidovitch dut se replier jusqu'à San Michele. Au crépuscule, Vaubois traversa l'Adige et arriva à Trente le à midi, peu après Masséna.
Comprenant la manœuvre de Wurmser, Bonaparte se lança à sa poursuite dans la vallée de la Brenta le . Il laissa derrière lui la division de Vaubois à Lavis, pour qu'elle contînt Davidovitch au nord du lac de Garde. Les troupes de Wurmser furent mises en déroute à la bataille de Bassano le et se précipitèrent en direction de Mantoue, s'y enfermant le .
L'empereur François I confia au baron Josef Alvinczy von Borberek, membre du conseil de guerre des Habsbourg, la mission de porter secours au maréchal Wurmser. Le , 20 000 hommes se mirent en marche depuis le Frioul. Dans le Tyrol, Davidovitch reçut des renforts qui portèrent ses effectifs à 20 000 soldats. Il devait faire la jonction avec Alvinczy à Vérone en s'emparant de la vallée de l'Adige.
Bonaparte pensait que les forces françaises dans le Tyrol surpassaient encore celles des AutrichiensMartin Boycott-Brown, The Road to Rivoli : Napoleon's First Campaign, Londres, Cassell & Co, 2001, p.447 : le , Berthier transmit à Vaubois l'ordre d'attaquer Davidovitch et de le repousser jusqu'à Kaltern. Le , ses colonnes s'avancèrent vers San Michele, Cembra et Segonzano. Il se heurta à Vukassovich et dut reculer le lendemain devant l'avancée du corps de Davidovitch. Trente fut abandonnée le .
Louis Bonaparte rendit compte de la tournure des événements dans un message à son frèreMartin Boycott-Brown, The Road to Rivoli : Napoleon's First Campaign, Londres, Cassell & Co, 2001, p.449. Napoléon, inquiet de la situation, reprocha à Vaubois ses errements tactiques et sa faible connaissance du terrain. Il lui envoya Joubert pour l'assister dans sa retraite.
Le , des combats féroces se déroulaient autour de Calliano. À 4 heures de l'après-midi, la panique s'empara des Français lorsqu'une colonne de Croates les contourna et attaqua leurs arrières. Il s'ensuivit une retraite désordonnée vers Rivoli. En cinq jours, les pertes de la division de Vaubois s'étaient élevées à plus de 4 000 hommes (le bilan était comparable du côté autrichien).
Davidovitch temporisa, pensant à tort que la division de Masséna était venue aider celle de Vaubois. Le , Bonaparte affronta Alvinczy à Caldiero. La bataille tourna à son désavantage et il fut contraint de se replier sur Vérone. La mauvaise coordination entre les deux armées autrichiennes offrit un répit décisif aux Français. Le soir du , menacé d'être pris en tenaille, Bonaparte mit au point un plan audacieux et engagea son armée sur la rive sud de l'Adige, pour surprendre les arrières d'Alvinczy (bataille du pont d'Arcole).
Vaubois reçut l'ordre de tenir à tout prix sa position. Le , sommé de faire la jonction avec Alvinczy à Vérone après dix jours de tergiversations, Davidovitch attaqua Rivoli. Ses forces y submergèrent rapidement celles des Français. 1 000 soldats (dont les généraux de brigade Fiorella et Valette) furent capturés. Vaubois échappa de justesse à l'ennemi et se réfugia à Peschiera.
Auréolé de sa victoire d'Arcole, qui avait provoqué la retraite de l'armée d'Alvinczy, Bonaparte fit demi-tour et força Davidovitch à retourner dans le Tyrol. Il ôta sa division à Vaubois, jugeant dans une lettre au Directoire que les événements l'avaient révélé inapte au commandement dans une guerre de mouvementMartin Boycott-Brown, The Road to Rivoli : Napoleon's First Campaign, Londres, Cassell & Co, 2001, p.483, sans tenir compte de l'infériorité numérique dans laquelle il s'était trouvé. Bonaparte le remplaça par Joubert et l'affecta de nouveau au gouvernement militaire de Livourne.
Une deuxième offensive d'Alvinczy donna lieu en à la fameuse bataille de Rivoli, remportée par les Français. Le siège de Mantoue s'acheva le , avec la reddition de Wurmser.
Gouverneur militaire de Corse En , Vaubois fut envoyé en Corse pour y exercer la fonction de gouverneur militaire (l'île avait été reprise aux Britanniques six mois auparavant). Ses lettres au Directoire témoignent des difficultés qu'il rencontra pour faire appliquer les lois sur un territoire dominé par des familles rivales se livrant à la vendetta.
Fin 1797, après le coup d'État du 18 fructidor, les clercs et les fonctionnaires de l'île durent prêter un serment de « haine à la royauté et à l'anarchie » et de « fidélité à la République ». Les opposants au Directoire, menés par deux proches du royaliste en exil Matteo Buttafoco, se rassemblèrent le au couvent Saint-Antoine de Casabianca. Ils décidèrent de prendre les armes et firent appel à un général de 80 ans, Agostino Giafferi – fils de Luigi Giafferi –, qui avait présidé le Parlement anglo-corse. Les insurgés arboraient sur leurs habits de petites croix blanches, auxquelles ils attribuaient des pouvoirs surnaturels : le mouvement est resté connu sous le nom de Crocetta.