L’offensive d'Ostrogojsk-Rossoch (en ) est le nom donné par l'historiographie soviétique à la troisième phase de l'offensive hivernale soviétique 1942-1943 après l' et l', dans le cadre des campagnes militaires sur le front de l'Est lors de la Seconde Guerre mondiale. Déclenchée à partir du dans la région du cours supérieur du Don, elle conduit en quelques jours à la défaite complète du contingent hongrois, allié de l'Allemagne nazie et implique dans la catastrophe militaire le Corps alpin italien, dernière formation encore active de l'ARMIR () après la débâcle de .

Les restes des unités allemandes, italiennes et hongroises trouvent un salut miraculeux après la bataille de Nikolaïevka menée par les Alpins du général . Cette deuxième phase de la défaite de l'armée italienne en Russie, dans l'historiographie italienne est appelée, avec la bataille de décembre, « seconde bataille défensive du Don ».

Après cette retraite, le front allemand méridional, déjà en difficulté après l'encerclement de la allemande à Stalingrad, dans la région de Rostov et dans le Caucase, est totalement perturbé, ouvrant à l'avancée soviétique les voies de Kharkov et de Koursk, et mettant à découvert la position défensive de Voronej, défendue par la allemande qui se voit engagée dans l'offensive soviétique suivante de Voronej.

La situation Dans les premiers jours de , la situation des forces des puissances de l'Axe dans le secteur méridional du front apparait très difficile après l'échec de la tentative allemande de secourir la prise au piège dans la poche de Stalingrad depuis le () et la reconquête par les forces soviétiques du général Rodion Malinovsky de Kotelnikovo (). Le sort des troupes allemandes encerclées est définitivement compromis, le , si bien que Hitler autorise le retrait du groupe d'armées « A » du général von Kleist du Caucase (retraite à effectuer avec méthode et organisation et en maintenant une large tête de pont dans la péninsule de Taman, dans l'espoir de reprendre la conquête du Caucase.

Le groupe d'armées du Don du feld-maréchal von Manstein est employé à combattre deux batailles défensives alors qu'il est à la fois en grave infériorité en hommes et en moyens. Au sud du Don, la armée affaiblie du général Hermann Hoth se bat contre les puissantes forces de Malinovski qui a pris le commandement du front de Stalingrad pour remplacer Ieremenko) pour essayer de garder la possession de Rostov. Au nord du Don, les deux regroupements improvisés des généraux Fretter-Pico et Hollidt tentent de freiner l'avancée du front du Sud-Ouest du général Vatoutine, qui, en décembre a écrasé une grande partie de l'ARMIR et a déferlé jusque dans les aérodromes allemands qui approvisionnent la poche de Stalingrad. Les différentes panzerdivision (19, 6, 11, 17, 23, 3, 27, SS Wiking) continuellement engagées dans les batailles et les mouvements permanents afin de colmater les brèches du front, épuisent progressivement leurs forces malgré l'arrivée de la Panzerdivision composée de 146 panzer et d'un bataillon de chars lourds Tiger, le , depuis la France et de la d'infanterie motorisée du Caucase).

Alors que la situation stratégique allemande semble se dégrader rapidement, Staline et ses généraux font des évaluations et prennent des décisions opérationnelles difficiles, pour exploiter l'affaiblissement allemand et obtenir d'ici la fin de l'hiver une victoire décisive dans le Sud. Au cours de cette phase, l'attention principale de Staline se porte toujours sur Stalingrad, désireux d'une conclusion rapide de la bataille afin de disposer des importantes forces du front du Don de Rokossovski employé contre la poche pour d'autres missions offensives sur d'autres lignes. Il fait preuve d'impatience à l'encontre de Voronov chargé de l'écrasement de la armée. Après plusieurs confrontations houleuses avec Staline, Voronov commence enfin l' sur le front de Stalingrad, le .

Alors qu'il est toujours anxieux et attend avec impatience un règlement rapide de la poche, Staline se concentre sur des objectifs apparemment atteignables, détruire le groupe d'armées « A » dans le Caucase. Malgré des demandes répétées du dictateur et l'intervention personnelle de Vassilevski, les forces soviétiques dans le Caucase, en raison de difficultés liées aux forces disponibles, au climat et aux territoires imperméables, échouent dans leur mission. Von Manstein, avec une grande habileté, réussit à contenir l'avancée des corps blindés de Malinovski sur Rostov. Le , le groupe d'armées du Caucase réussit à s'échapper par la route de Rostov.

Alors que se déroulent des opérations complexes, sous la supervision directe de Joukov et Vassilievski et sous le contrôle permanent de Staline, une nouvelle puissante attaque s'organise, la troisième phase (après Uranus et Saturne) de l'offensive hivernale soviétique de 1942-43, dans la région du haut Don défendue par les troupes hongroises ( armée) et les restes de ARMIR italien (Corps d'armée alpin) et différentes unités de soutien allemand et de réserve mobile ( Panzerkorps). Depuis le , Staline a confié personnellement au général Filipp Golikov le commandement du front de Voronej afin d'étudier, planifier, organiser sur le plan opérationnel cette nouvelle offensive dont le succès doit enfin rompre le front allemand au Sud, ouvrant la voie à une avancée vers les grandes villes de Koursk, de Kharkov, vers le Dniepr et la mer d'Azov.

Le front de Voronej, chargé de la mission, se voit renforcé par l'affectation d'une importante artillerie lourde afin d'écraser les défenses fixes hongroises le long du Don et surtout par l'arrivée de la puissante provenant de la réserve stratégique positionnée dans la région de Toula, qui, dans le plus grand secret, est destinée au secteur gauche du front d'attaque de Golikov et dont l'impact serait décisif pour briser les lignes précaires des forces de l'Axe dans la région de Novaïa Kalitva-Kantemirovka dès l'effondrement des défenses italiennes sur le Don.

La percée soviétique Certaines études du général Kirill Moskalenko, commandant de la , étant prêtes depuis début de décembre, à partir du , les travaux préparatoires de Golikov se déroulent rapidement sous la pression constante de Joukov et de Vassilievski. En particulier Joukov se montre très actif, incitant à agir rapidement, montrant une attention constante aux détails et au secret du plan d'attaque.

À cet égard, quelques jours avant l'offensive, Joukov a une violente altercation avec le commandement du front en raison du dispositif de sécurité. En fait, l'attaque prend par surprise les forces de l'Axe, les Allemands (le groupe d'armées B du général Maximilian von Weichs) apparemment conscients du danger mais incapables de faire face en raison du manque de réserves, les Hongrois et les Italiens (aussi bien au niveau du commandement suprême du maréchal Cavallero qu'au niveau du commandement de l'ARMIR avec le général Gariboldi), illusoirement convaincus de l'épuisement des ressources offensives soviétiques et donc maladroitement confiants dans une trêve d'hiver dans la région.

Le secteur du Don attaqué, compris entre la région au sud de Voronej et celle au sud de Kantemirovka, est défendu au nord par la armée hongroise du général Jany, déployée le long du Don avec neuf divisions d'infanterie et la réserve de la armée. La division blindée hongroise est équipée d'une centaine de chars M38 d'origine tchèque et de PzKpwIV avec des canons courts. Après les troupes hongroises, se trouvent plus au sud, toujours appuyées sur le Don, les forces italiennes du Corps alpin (général Nasci) qui alignent les divisions alpines Tridentina, la division d'infanterie Vicenza et la division alpine Cuneense. Depuis Novaya Kalitva, sont déployés le Panzerkorps (général Wandel) avec deux divisions allemandes ( et ), le groupe SS Fegelein, la division alpine Julia et une modeste réserve de la Panzerdivision (une douzaine de chars). À Starobielsk, est stationnée, couvrant le commandement de l'ARMIR, la Panzerdivision, elle aussi peu équipée. Au total, le déploiement est fragile, avec peu de réserves mobiles et des menaces sur la gauche et la droite, dans le secteur hongrois, les Soviétiques possèdent une importante tête de pont au sud du Don à Storozevoïe.

Le plan soviétique prévoit une double attaque sur les deux côtés par une manœuvre en tenaille convergeant vers la ville d'Alekseïevka afin d'encercler complètement les troupes de l'Axe. Le nord de la tête de pont de Storozevoïe serait attaqué par la du général Moskalenko, protégée à droite par le blindé en provenance de la région de Stalingrad, le centre par le soviétique sur la petite tête de pont de Shuch'e et enfin la masse principale de la blindée du général Pavel Rybalko aurait écrasé sur la gauche le Panzerkorps allemand afin d'atteindre Rossoch et Alekseïevka pour rejoindre la soviétique provenant du nord.

Sur la gauche, le de cavalerie et une partie de soviétique (front de Vatoutine) aurait couvert les chars de Rybalko, s'avançant vers Valouïki. En raison des difficultés de mouvement et des intempéries hivernales, l'attaque est repoussée, le blindé ne réussit pas à arriver dans les temps et la blindée, déplacée avec beaucoup de difficulté de la région reculée de Toula en raison d'un engorgement ferroviaire, entre en action avec seulement une partie de ses forces, 400 chars au lieu des 550 prévus. Pour maintenir l'effet de surprise, Joukov, Vasilievsky et Golikov décident d'agir : le Moskalenko commence l'attaque sur le secteur nord et le l'attaque principale débute.

L'attaque du est immédiatement un énorme succès, en particulier sur le secteur hongrois, la puissante concentration d'artillerie soviétique brise les défenses à Shuch'e et Storozevoje, provoquant un effondrement rapide de l'armée hongroise. Les colonnes soviétiques poursuivent immédiatement vers Ostrogojsk et Alekseïevka pour encercler en groupe séparé les divisions hongroises déjà en déroute. L'intervention d'un fantomatique « groupe Kramer » composé des blindée hongroise et d'infanterie allemande, n'obtient aucun résultat et l'avancée soviétique continue. Le , la situation est déjà compromise dans le secteur hongrois, et le Corps alpin, exposé sur ses deux flancs, commence à envisager un repli préventif rencontrant le refus catégorique des commandements supérieurs allemand et italien. Les bases d'une résistance inutile et d'une inévitable retraite imposée par l'ennemi dans le chaos et la désorganisation sont jetées.

Le , la puissante blindée passe à l'attaque dans le secteur sud. Ainsi débute avec cette première campagne de guerre, l'épopée de cette formation blindée soviétique et de son commandant le général Rybalko, qui à la fin de la guerre, après de grandes victoires et quelques douloureux échecs (troisième bataille de Kharkov), devient l'unité blindée la plus connue et le plus crainte de l'Armée rouge.

Après quelques difficultés initiales, les chars soviétiques entrent sur le théâtre d'opérations dans l'après-midi du premier jour, la vague de 400 chars ( et blindé) submerge les défenses du Panzerkorps. Le blindé soviétique débouche directement à Jiline, siège du quartier général de la Panzerkorps, écrasant le quartier général ; le général Wandel est tué lors des combats.

La situation des troupes de l'Axe s'effondre : la colonne de droite ( blindé soviétique) dans la matinée du pénètre par surprise dans Rossoch, siège du Corps des Alpins. Après la confusion initiale, une contre-attaque les repousse mais dès le , les chars soviétiques retournent à l'assaut, Rossoch tombe. Le , le soviétique atteint Alekseïevka, où il rejoint les unités de la , l'armée soviétique qui a mis en déroute les défenses hongroises.