Les Houthis ou Houthistes (en ) sont une organisation islamiste chiite zaydite, disposant d'une branche politique et d'une branche armée. Elle est classée terroriste par de nombreux États.
Elle est active initialement dans le gouvernorat de Sa'dah et le nord-ouest du Yémen, puis à partir de 2014, dans tout le pays. Le véritable nom du mouvement est Ansar Allah (, aussi transcrit Ansârollâh ou Ansarullah. et signifiant « les partisans de Dieu »).. Ses membres n'acceptent pas l’appellation « houthistes » car elle renvoie à une tribu dont étaient issus les membres du mouvement à ses débuts., dont leurs dirigeants Hussein Badreddine al-Houthi., (« Who are the Houthis? ») : . et ses frères, (« La province de Saada aux mains des rebelles chiites ») : ., tandis que le mouvement s'identifie à un mouvement national..
Le groupe est issu du Forum des jeunes croyants, organisation religieuse et culturelle cofondée en 1992 par Hussein Badreddine al-Houthi et Mohamad Azzane.. Ses membres sont majoritairement zaïdites, un courant religieux généralement rattaché au chiisme, mais une partie d'entre eux est sunnite. L'objectif du mouvement était de résister à la marginalisation socio-économico-religieuse de leur province et de lutter contre l'alignement du gouvernement sur la politique américaine dans la région. Il s'agissait aussi d'une réponse à la propagation du salafisme au Yémen, financée par l'Arabie saoudite. En 2004, l'assassinat par les forces de sécurité yéménites d'un parlementaire et fondateur du Forum des jeunes croyants, Hussein Badreddine al-Houthi, a déclenché la première insurrection des houthistes contre l’État. Jusqu'alors pacifique, le mouvement se scinda en deux factions, l'une modérée et pacifiste et l'autre prônant la lutte armée, qui deviendra par la suite les houthistes.
En conflit avec le gouvernement de la République du Yémen, dans le cadre de l'insurrection houthiste au Yémen., ils se sont emparés à partir de 2014 d'une grande partie du pays, y compris de la capitale Sanaa. L'Arabie saoudite crée en mars 2015 une coalition militaire comprenant une quinzaine de pays, notamment les Émirats arabes unis et l’Égypte, pour vaincre les houthistes et rétablir au pouvoir le gouvernement du président Abdrabbo Mansour Hadi, en exil. Le conflit s'enlise et les houthistes conservent le contrôle de l'ancien Yémen du Nord.
Le mouvement est soutenu par l'Iran dans le cadre de la guerre civile yéménite. Pour cette raison, ce conflit est quelquefois considéré comme une guerre par procuration entre l'Arabie saoudite et l'Iran.. D'autres sources mentionnent que l'Iran aurait au contraire essayé de les freiner.. Certains analystes affirment que le soutien iranien aux houthistes est de faible ampleur et fondé principalement sur la lutte contre les alliés des États-Unis au Moyen-Orient. Considérer les houthistes comme un mouvement politiquement aligné sur les intérêts iraniens serait en ce sens exagérer leurs liens avec l’Iran..
Depuis 2015, les houthistes combattent l'intervention dirigée par l’Arabie saoudite au Yémen, qui vise à établir le contrôle territorial total du gouvernement internationalement reconnu au Yémen. Les houthistes se sont également heurtés au Mouvement du Sud, à Al-Qaïda, aux Frères musulmans locaux (sous le parti Al-Islah, alliés du gouvernement internationalement reconnu), à la mouvance salafiste et à l'organisation terroriste Daech.
En 2023, les houthistes tentent de gêner le commerce maritime en mer Rouge en réaction aux opérations militaires israéliennes à Gaza.. Ils lancent des attaques contre des navires commerciaux en mer Rouge, par missiles et drones. Plusieurs puissances occidentales menées par les États-Unis constituent une coalition pour les combattre..
Contexte Contexte historico-religieux Le Yémen est peuplé d'une majorité sunnite mais aussi d'une forte minorité chiite essentiellement présente dans les montagnes du nord-ouest du pays, le fief des houthis. Cette branche du chiisme, très proche du sunnisme, implantée là depuis le , est le zaydisme, qui ne reconnait que cinq imams chiites dans la succession d'Ali, contrairement aux ismaéliens ou duodécimains (les courants majoritaires du chiisme). Un imamat zaydite a contrôlé ces territoires depuis le Moyen Âge et a fondé le royaume mutawakkilite du Yémen en 1918 lors de l'indépendance acquise de l'Empire ottoman à la suite de la Première Guerre mondiale. En 1990, le parti Hizb al-Haqq, dont seront issus les houthis, est fondé pour défendre les aspirations culturelles des zaydites. À la différence de certains partis religieux zaydites, le Hizb al-Haqq rejette l'imamat et défend le régime républicain.
Contexte historico-politique La monarchie zaydite yéménite a été abolie à la suite d'un coup d'état républicain en 1962 (soutenu par l'Égypte de Gamal Abdel Nasser), conduisant à la mise en place du Yémen du Nord. À la suite de l'unification du Yémen en 1990, les zaydites deviennent minoritaires dans un Yémen majoritairement sunnite regroupant le Nord et le Sud. Les zaydites obtiennent toutefois des garanties du président Ali Abdallah Saleh dans le cadre de la guerre civile yéménite de 1994 (avec la tentative avortée de sécession du Yémen du Sud).
Les houthis obtiennent dans les années 1990 des élus au Parlement mais leurs relations avec le gouvernement d'Ali Abdallah Saleh deviennent conflictuelles, notamment concernant la coopération sécuritaire avec les États-Unis, qui multiplient les assassinats ciblés au Yémen. L'analyse des relations internationales, et en particulier la dénonciation des États-Unis et de son allié israélien, occupe alors une place grandissante dans les discours du mouvement. S'estimant insatisfaits, ils ont pris les armes en 2004 contre le gouvernement, après la décision du gouvernement d'arrêter Hussein Badreddine al-Houthi, qui est tué par la police..
Revendications Né dans les provinces à majorité zaïdite du nord du Yémen, le mouvement houthis entend initialement porter les revendications politiques et culturelles de populations lentement marginalisées par l'influence du wahhabisme saoudien. Le mouvement développe également une rhétorique de dénigrement de et du sionisme, ce dernier étant considéré comme une extension du premier..
Au cours de la période de crise politique qui succède au renversement du président Ali Abdallah Saleh en 2012, les houthistes tentent de contrebalancer l'influence ascendante du parti islamiste Al-Islah., qui détient alors de nombreux portefeuilles gouvernementaux.
Histoire
En 2004 éclate la guerre du Saada menée par le gouvernement yéménite après des manifestations remettant en cause son pouvoir. Le gouvernement doit par ailleurs faire face à l'insurrection d'islamistes affiliés à Al-Qaïda.. Les houthistes n'ont cependant aucun lien avec Al-Qaida.
L'Arabie saoudite intervient aux côtés du gouvernement yéménite et combat les houthistes. Des centaines de civils y perdent la vie ainsi que le chef de file du mouvement Hussein Badreddine al-Houthi, tué le ; sa dépouille est enterrée en prison, de peur que son mausolée ne devienne un lieu de recueillement. Son frère Abdul-Malik al-Houthi lui succède alors..
Le gouvernement d'Ali Abdallah Saleh a utilisé du phosphore blanc pendant cette première guerre, arme interdite internationalement..
En 2009, lors de l'opération Terre brûlée, l'armée yéménite, aidée par l'armée saoudienne, échoue à réprimer la rébellion zaydite. En entretenant le discours sectaire d’une guerre menée contre des « chiites safavides » (un terme emprunté au vocabulaire salafiste et qui fait référence à la dynastie perse qui se convertit massivement au chiisme entre les ), en pillant et en bombardant des villages dans les zones rebelles du gouvernorat de Saada avec, de surcroît, le concours de milices tribales venues de régions lointaines et parfois salafistes ou djihadistes, le camp gouvernemental cumule les fautes stratégiques. En réaction, les tribus du nord du Yémen basculent progressivement du côté de la rébellion. En 2010, les rebelles et le gouvernement s'entendent sur un cessez-le-feu.
En 2013, en geste de bonne volonté, le président du gouvernement de transition Abdrabbo Mansour Hadi restitue aux houthis la dépouille de leur chef Hussein Baddredine al-Houthi pour favoriser le dialogue national. La même année, il est rapporté que les houthis combattraient aux côtés du régime de Bachar el-Assad dans le cadre de la guerre civile syrienne..
Les houthis s'estiment de plus en plus marginalisés après les meurtres de deux de leurs représentants dans le conseil de transition national. Ils contestent aussi la fin des subventions sur le pétrole et les carburants., cela les incitant à manifester ; ces manifestations sont réprimées violemment.
En 2014, avec l'aide des forces restées fidèles à l'ancien président Ali Abdallah Saleh, les rebelles houthistes prennent le contrôle de la ville d'Amran puis annoncent vouloir la rendre au gouvernement après des accords ; en septembre, ils prennent le contrôle total de la capitale Sanaa, font démissionner le Premier ministre et forcent le pouvoir en place à créer un nouveau gouvernement qui leur est plus favorable. Le discours du dirigeant Abdul-Malik al-Houthi est diffusé par des écrans géants dans la capitale. Le , ils s'emparent du palais présidentiel à Sanaa, ce qui conduit à la démission du président Abdrabbo Mansour Hadi.
En septembre 2016, le gouverneur de Marib déclare que des armes destinées aux houthis seraient envoyées par l'Iran en transitant par Oman et par la province du Hadramaout, en direction de Sanaa..
Le , l'ancien président Saleh, leur allié depuis 2014, rompt son alliance et tend la main à la coalition dirigée par l'Arabie saoudite.. Les houthis l'assassinent lors de la bataille de Sanaa deux jours plus tard, le 4 décembre.. , a affirmé la chaine de télévision des houthis, Al-Massirah, en citant un communiqué.
Le , les houthis annoncent la mort le 19 avril, dans une attaque aérienne, de Saleh Ali al-Sammad, président du Conseil politique suprême et ainsi chef de l'État de facto dans les territoires tenus par le mouvement.. Mehdi Hussein al-Machat lui succède..
Le 30 août 2020, la coalition dirigée par l'Arabie saoudite intercepte et détruit un drone chargé d'explosifs à l'aéroport international d'Abha et un bateau chargé d'explosifs télécommandé lancé par des houthis. Selon l'agence de presse de l'État saoudien (SPA), des éclats sont tombés sur l'aéroport au sud de la mer Rouge sans faire de blessés car le drone a été intercepté..
Le gouvernement de Donald Trump envisage en 2020 de déclarer officiellement les houthis organisation terroriste. Les Nations unies soulignent qu'une telle décision pourraient entraver les interactions avec des responsables houthis, la gestion des impôts, l'utilisation du système bancaire, la rémunération du personnel médical, l'achat de nourriture et de pétrole ou encore l'accès à internet.. En février 2021, Joe Biden dans une de ses premières allocutions sur la politique étrangère annonce le déclassement des houthis de la liste des organisations terroristes, décidée le mois précédent par le président sortant Trump..
Les houthis revendiquent l'attaque du 17 janvier 2022 à Abou Dabi..
Depuis fin 2022, des négociations directes ont lieu entre l’Arabie saoudite et les houthis en vue d'un accord de paix.