Achille Tondu (né le à Noyon et mort en 1787 à Constantinople), est un astronome français de l’Observatoire de Paris sous Cassini IV puis à la Cour de Turquie à Constantinople auprès de laquelle il avait été placé à la demande de Halil Hamid Pacha par Marie-Gabriel-Florent-Auguste de Choiseul-Gouffier, l’ambassadeur de France auprès de la Sublime Porte.

Jeunesse Achille Tondu est le frère cadet de Pierre Hélène Tondu, dit Lebrun, journaliste, homme politique et Ministre des Affaires Étrangères du premier gouvernement de la République Française rassemblé autour de Danton à la suite de la journée du 10 août 1792.

Fils de Christophe-Pierre Tondu, un bourgeois aisé de Noyon, marguillier de la paroisse Saint Martin de cette ville, et détenteur de divers offices, et d'Elisabeth-Rosalie LebrunFrançois Moureau, Anne-Marie Chouillet, Jean Balcou, Dictionnaire des journalistes (1600-1789): supplément, Centre de recherche sur les sensibilités, Université des langues et lettres de Grenoble, 1984, 212 pages, pp. 106-107 .,il est né le à Noyon, où il a été baptisé paroisse Sainte-Madeleine sous les prénoms de Georges Achille.

Il rejoint son aîné au collège Louis-le-Grand, à Paris, comme lui grâce à l'une des bourses d'études dite du collège d'Inville administrées conjointement par les chanoines de leur ville de Noyon et ceux de la ville d'ArrasCe type de fonctionnement, très courant au , était la base de l'organisation des grandes institutions éducatives, d'ailleurs la plupart du temps tenue par des religieux, tels les Jésuites à Louis le Grand.. Camille Desmoulins, également boursier au titre d’un autre « collège », de Laon (Ain), et qui a exactement son âge y sera son condisciple « Mémoires « authentiques » de Maximilien de Robespierre »Par Charles Reybaud. Achille y démontre à l’égal de son aîné un talent certain pour les disciplines scientifiques.

Les difficultés financières importantes de leur père conduit son frère, plus âgé de six ans, qui excelle dans les matières scientifiques à Louis-le-Grand où il a même entamé une carrière d’enseignant, à solliciter en 1777 une position de pensionnaire à l'Observatoire de Paris, dont les conditions de fonctionnement sous Cassini, quatrième du nom, sont en ces années plutôt misérablesCharles Wolf, "Histoire de l'Observatoire de Paris de sa fondation à 1793", 1902, chez Gauthier-Villars, p93, p243, p369-372, p384. . Achille l'y rejoint en 1778Son nom apparaît pour la première fois le 9 avril 1778 dans le Journal des Observations de Mr Cassini, Histoire de l'Observatoire de Paris de sa fondation à 1793 de Charles Wolf 1902, chez Gauthier-Villars- Page 244.. Il est alors tout juste âgé de 18 ans, et il ne peut guère être au mieux que l’assistant de son frèreJournal des sciences, des lettres et des arts: Histoire de l'Astronomie en 1794, par Jérôme Lalande, édité par Millin, Noël et Warins, tome premier, imprimerie du magasin encyclopédique, rue St Honoré n°94 l'an troisième (1795) ; Lalande y précise que Achille Tondu avait été formé à l’astronomie par son frère aîné. Tous deux y partagent très probablement la petite chambre attribuée à ce dernier, dite « salle de veille » qui jouxte le deuxième cabinet d'observations.

Carrière d’astronome Achille fait ses classes d’astronome par de longs et minutieux relevés des taches solaires tout au long de 1778archives des cahiers de mesures de l’Observatoire de Paris, 1778, Achille Tondu.

Début 1779, son frère abandonne son état de clerc et quitte l'Observatoire de Paris pour un itinéraire de rupture qui le mènera dans un premier temps à dix années d’exil à Liège. Achille reste auprès de Pierre Méchain, pour le compte duquel il partira en mission d'observations et de mesures dans les Antilles sans doute dès 1782 : il est détaché auprès de l’intendant de Guadeloupe, Joseph-François FoulquierJoseph-François Foulquier (1744-1789), conseiller au Parlement de Toulouse, intendant de la Guadeloupe, puis de la Martinique (voir article Liste des intendants des Îles-du-Vent de l'Amérique ou de la Martinique), amateur des lettres et des arts graphiques, notamment la gravure, qu'il pratiquait. Détails biographiques dans Étienne Léon Lamothe-Langon (baron de), Alexandre Du Mège, « Biographie toulousaine, ou Dictionnaire historique de personnages qui par des vertus, des talens, des écrits, de grandes actions, des fondations utiles, des opinions singulières, des erreurs ... se sont rendus célèbres dans la ville de Toulouse ... par une société de gens de lettres, ouvrage précédé d'un précis de l'histoire de Toulouse, de tables chronologiques… », chez L.G.Michaud, Paris, 1823, Pages 245 à 247, ; vérifié le 27 mai 2013., qui se flatte d’astronomie et a souhaité créer un office d’astronome pour animer ce qu’il qualifie pompeusement d’ « observatoire » selon une mention des Annales, Volume 2- Page A-10 Université de Toulouse. Observatoire astronomique, magnétique et météorologique de Toulouse - 1886.. Il y est, en tout cas, en 1783, année où il réalise des observations des satellites de Jupiter et d’une éclipse de LuneSur les traces des Cassini : astronomes et observatoires du sud de la France par Paul Brouzeng, Suzanne Débarbat, p.193, lettre de Mr Foulquier datée du 11 octobre 1783. et des mesures des maréesTondu, Observations de la Marée faites en 1783 à la Basse Terre de Guadeloupe. Archives de l'Académie des. Sciences, pochette de Séance du 09/06/1784.

Il rentre en France à une date variant selon les sources entre fin 1783 et début 1784, en raison de problèmes de santé, mais ses lettres de 1784 ne font aucune allusion à la raison exacte.

En 1784, Mr de Choiseul-Gouffier prépare son départ pour Constantinople, où il vient d’être nommé ambassadeur. La capacité de la Sublime Porte à détourner l’attention de l’Empire austro-allemand d’ambitions en Flandre est un élément central de la stratégie de politique étrangère de Mr de Vergennes, qui dirige ce ministère depuis de longues années. La France aide l’empire Ottoman à se moderniser et soutient vivement son vizir, Halil-PachaHalil Hamid Pasha,grand vizir du 31 décembre 1782 au 30 avril 1785, voir Liste des grands vizirs ottomans et Halil Hamid Pasha. Celui-ci est un réformateur conscient du retard des Turcs en matière d’armements, de technologie. Il se pique également d’intérêt pour les sciences en général. Pour flatter Halil-Pacha, qui avait formé une école d'artillerie et de génie, pour laquelle on traduisait les livres élémentaires des écoles d’ingénieurs de FranceJournal des sciences, des lettres et des arts par Millin, Noel et Warins, tome premier, imprimerie du magasin encyclopédique, rue St Honore n°94 l'an troisième (1795)- Histoire de l'Astronomie en 1794, par Jérôme Lalande, et le vice-amiral Capitan-Beyil s'agit d'un titre donné au commandant de la flotte; Lalande ne donne pas son nom, qui avait des instruments d’observations astronomiques et qui avait fait traduire l’Abrégé d'astronomie de Lalande, Mr de Choiseul-Gouffier cherche donc à s’entourer de scientifiques tout autant que d'officiers du génie, d'artillerie ou de marine pour participer d'une vaste coopération de modernisation de la puissance ottomanePhilippe Le Bas « Dictionnaire encyclopédique », article Choiseul, Firmin Didot frères, 1841. Faute de pouvoir décider l’un des astronomes titulaires de l’Observatoire, il se résigne à examiner le jeune Achille Tondu que lui recommande Méchain. Achille Tondu à qui son expédition aux Antilles a donné le goût des lointains exotiques y trouve aussi, peut-être surtout, une possibilité d’amélioration substantielle de ses conditions matérielles, la rétribution de leurs aides par les astronomes de Cassini étant plutôt maigre, alors qu’il doit soutenir une sœur encore célibataire lettre d'Achille Tondu à Cassini, Inventaire général et sommaire des manuscrits de la Bibliothèque de l’Observatoire de Paris par M. G. Bigourdan (1895), et sans doute aussi sa mère, alors que son frère aîné, devenu journaliste par conviction libertaire, tire le diable par la queue à Liège.

De 1785 à 1787, il procède à des mesures de longitude qu’il transmet à l’Observatoire, notamment en 1785 à Tarapia (pour l’étoile « phi » du Sagittaire), aux Dardanelles et à Smyrne. Il réalise des chronométrages de plusieurs occultations réalisés aussi par ailleurs à Paris, et objets de calculs par Méchain.

Achille Tondu semble s’être attiré les faveurs de Halil-Pacha au-delà de toutes les espérances de Mr de Choiseul-Gouffier. Très vite, dès le début de 1785, Halil-Pacha demande à l’ambassadeur de lui céder son jeune astronome à qui il compte donner des responsabilités pour son propre compte, une opportunité inespérée pour Achille Tondu. Halil-Pacha en fera un professeur titulaire d’hydrologie à l’Université d’Empire de Constantinople The Vicissitudes of a Scientific Institution - a Decade of Change at the Paris Observatory, by S.L.Chapin, S. L, JOURN. HISTORY OF ASTRONOMY V.21, NO. 3/AUG, pp.235-274,note 30 p265, 1990. Par ailleurs, Achille Tondu est plus spécialement chargé de la traduction d'enseignements de pilotage et de navigation maritime pour le compte du Capitan-Bey, le vice-amiral de la flotte, qui, disposant de bases en français et surtout italien, est un assistant assidu des formations dispensées par les officiers françaisLéonce Pingaud, Choiseul-Gouffier: la France en Orient sous Louis XVI, Alphonse Picard éditeur, Paris, 1887.

Il meurt en 1787 à Constantinople.

Travaux scientifiques Les circonstances et la brièveté de sa vie (il meurt à tout juste 27 ans) n’ont guère permis à Achille Tondu de laisser son nom dans l’Histoire de l’astronomie par quelque découverte retentissante ; il semble toutefois avoir joui d’une excellente réputation dans le petit cercle des astronomes européens, une poignée de chercheurs passionnés, souvent dénués de moyens, et tributaires de mécénats, qui échangent leurs précieuses et difficiles mesures et s’efforcent notamment de préciser les questions de longitude, de distances et de forme de la Terre par l’analyse de mesures d’un même phénomène en des endroits différents (« occultations » d’astres, éclipses…). Sa disparition est ainsi déplorée par Jérôme Lalande en 1794Journal des sciences, des lettres et des arts par Millin, Noel et Warins, tome premier, imprimerie du magasin encyclopédique, rue St Honore n°94 l'an troisieme (1795)- Histoire de l'Astronomie en 1794, par Jerome Lalande. A la séance du de la Classe d'Astronomie de l'Académie Royale des Sciences, Cassini avait glissé son nom comme candidat au poste d'assistant-astronome qui vient de devenir vacantRené Taton. « Condorcet et Sylvestre-François Lacroix ». In : Revue d'histoire des sciences et de leurs applications. 1959, Tome 12 n°2. pp. 127-158, une position qui voit postuler Joseph Le Paute d'Agelet (1751-1788), professeur à l'École royale militaire, qui sera retenu, Louis Monge, (1748-1827), également professeur à l'École militaire, Jean-Baptiste Delambre (1749-1822), qui est alors un élève de Jérôme Lalande, Antonio Cagnoli (1743-1816)... tous ses aînés de plus de dix ans. Cassini lui avait proposé dans le même temps l’un des trois postes « d’élève-astronome » dont il venait d’obtenir la création; il est très probable qu’Achille Tondu aurait accepté avec enthousiasme, il est tout aussi probable que son employeur du moment, l'ambassadeur Choiseul-Gouffier, s’y soit opposé pour ne pas indisposer Halil Pacha. Achille Tondu ne pouvant donner d'horizon pour son retour, Cassini se tourna vers d'autres impétrants.