vignette|upright=1.6|La famille Romanov en 1913. vignette|upright=1.6|Fondrière à Ganina Yama où les bourreaux ont placé les corps de la famille Romanov.
L’assassinat de la famille impériale russe se produit lors de son exil à Ekaterinbourg dans la nuit du au , sur les ordres de Lénine. Le déroulement de l'assassinat des Romanov, et de celui de leurs compagnons d'exil, le , Anna Demidova, Alekseï Egorovitch Trupp et Ivan Kharitonov, est établi par le juge d'instruction Nikolaï Sokolov, qui enquête sur place à compter de 1919 et publie une partie de son rapport en 1924. Ses conclusions sont remises en cause par des recherches controversées, mais sont admises par la majorité des historiens et des scientifiques.
Le , l’Église orthodoxe russe annonce la canonisation des Romanov pour . Le , la Cour suprême de la fédération de Russie poursuit la campagne de réhabilitation des Romanov et estime que et sa famille ont été victimes de la répression politique.
Contexte
vignette|La maison Ipatiev en 1928. Le , , qui a abdiqué quelques jours plus tôt dans le cadre de la révolution russe, est placé en résidence surveillée avec sa famille au palais Alexandre situé à Tsarskoïe Selo près de Saint-Pétersbourg. La même nuit, une bande de soldats profane le tombeau de Raspoutine, conseiller intime du couple impérial assassiné quelques mois plus tôt, et jette son cadavre sur un bûcher. Le corps brûle pendant six heures jusqu'à ce que les cendres soient dispersées par le vent.
En , le gouvernement provisoire d’Alexandre Kerenski évacue les Romanov à Tobolsk en Sibérie, selon lui, pour les protéger contre les débordements de la révolution. Là, ils vivent plutôt confortablement dans l’ancien hôtel particulier du gouverneur. Après la prise du pouvoir des bolcheviks en , les conditions de leur détention se durcissent. L’imminence de leur procès est fréquemment évoquée tandis que la famille subit régulièrement insultes et vexations : on interdit à de porter ses épaulettes, les sentinelles griffonnent des dessins obscènes sur la clôture pour choquer ses filles Le , la famille vit sur des rations de soldats et doit se séparer de dix serviteurs.
La guerre civile russe, opposant les révolutionnaires bolcheviks de l’Armée rouge et les Armées blanches des monarchistes partisans du retour à l'ancien régime tsariste, s’intensifie et la famille est rapatriée en deux convois (le tsar , la tsarine Alexandra et leur fille Maria en avril, tandis que le tsarévitch Alexis, trop malade pour accompagner, reste avec ses sœurs Olga, Tatiana et Anastasia et le groupe ne quitte Tobolsk qu’en ) dans la direction de Moscou avant de bifurquer vers l’Oural et d'être enfermés dans la maison Ipatiev à Ekaterinbourg.
La peur que des membres de la famille Romanov s'évadent ou soient exfiltrés par les Britanniques ( étant le cousin et ami du roi du Royaume-Uni ) a ainsi poussé les autorités russes à passer d'une résidence surveillée à Tsarskoïe Selo à une détention dans la maison IpatievMarc Ferro, « La famille Romanov : fin ou survie ? », émission La Marche de l'Histoire sur France Inter, ..
Son frère, le grand-duc Michel Alexandrovitch de Russie, qui lui a succédé pour une journée en (sous le nom de ), est également placé en résidence surveillée à Perm. Dans la nuit du au , il est assassiné avec son secrétaire, sur ordre de la Tchéka. Le grand-duc Michel est le premier membre de la famille impériale à être assassiné. Du au , dix-huit membres de la famille impériale sont assassinés..
Déroulement de l'assassinat vignette|redresse|gauche|Iakov Iourovski en 1918. Au cœur de l’été 1918, le geôlier des Romanov est remplacé par le nouveau commissaire de justice Iakov Iourovski. La pression des Armées blanches sur les faubourgs de Ekaterinbourg accélère les événements : un télégramme donnant l’ordre d’exécuter les prisonniers au nom du Soviet régional de l'Oural est signé par Iakov Sverdlov. Vers minuit, le , Iakov Iourovski ordonne au de réveiller les Romanov et leurs quatre derniers serviteurs et de leur demander de se préparer pour un voyage dont on leur tait la destination. Ils sont conduits vers une pièce dans l’entresol. L’ex-empereur fait apporter trois chaises pour son fils, sa femme et lui-même. À , onze hommes armés font leur apparition et le geôlier déclare :
Les tirs ont lieu à bout portant. Iourovski lève son arme et tire sur , qui est le premier tué. Les autres bourreaux tirent jusqu’à ce que toutes les victimes tombent, leurs cris pouvant être entendus à l’extérieur. Le tsarévitch n’étant pas mort, Iourovski tire encore deux balles sur l’enfant qui gît dans une mare de sang. Les dernières survivantes (Olga, Tatiana, Maria et Anastasia, dont les diamants cousus dans leurs vêtements leur ont servi un temps de gilet pare-balle) sont sauvagement transpercées à coups de baïonnette. Les corps sont placés dans des draps et conduits en camion dans la forêt, vers un puits de mine abandonné à trente kilomètres de là, où ils sont déchargés par un peloton d’une dizaine d’hommes toujours armés. Les bourreaux découpent leurs victimes en morceaux et certains défoncent leurs visages à coups de crosse. Les corps sont ensuite dissous à la chaux et à l’acide sulfurique. Un bûcher est allumé pour brûler les victimes ; les corps n’étant pas complètement consumés sont jetés dans le puits de mine.
Le lendemain, , Sverdlov annonce lors d’une séance du Conseil des commissaires du peuple que les prisonniers ont été exécutés sur l’ordre de l’Uralispolkom (Soviet de l'Oural) en raison de l’approche des Armées blanches tchécoslovaques. La presse nationale, sous contrôle, indique deux jours plus tard que le monarque a été tué car il projetait de s’enfuir, mais que la tsarine et ses filles sont toujours vivantes. Cette annonce suscite des interrogations sur le sort du reste de la famille qui officiellement a été évacué par les Bolcheviks (déclarations des dirigeants bolcheviks, notamment en du commissariat du peuple aux Affaires étrangères Gueorgui Tchitcherine).
Bien que les officiels soviétiques placent la responsabilité de la décision sur l’Uralispolkom, Léon Trotsky écrit dans son journal personnel que cet assassinat a été commis sous l’autorité de LénineJournal de Léon Trotsky, comme le cite .. Trotsky affirme alors dix-sept ans après les faits que les Bolcheviks ont massacré toute la famille dans le but de terroriser l'ennemi ; l'auteur, trotskyste, reproduit l'extrait et prend l'affirmation au premier degré comme un acte louable de salut public..
En 1989, le rapport de Iakov Iourovski est publié. Selon ce rapport, les unités des légions tchèques approchaient des lieux. Craignant que ces légions prennent la ville et libèrent les Romanov, les geôliers les ont exécutés, faisant valoir qu’il n’y avait pas de 100 великих казней, M., Вече, 1999, et suivantes .. Mais d'après ce rapport, que copie le rapport Sokholov, les corps ont été tous incinérés, ce qui expliquerait qu'on ne les ait pas retrouvés entre et .
Liste des hommes ayant participé à l’assassinat de la famille impériale Iakov Mikhaïlovitch Iourovski, né le et mort le . ; il se confesse le ; la même année sa fille est envoyée dans les camps de travail. Grigori Petrovitch Nikouline, né le et mort en 1965, adjoint de Iakov Iourovski. Piotr Zakarovitch Ermakov, né le et mort le , commandant du détachement chargé de l'exécution de la famille impériale. Mikhaïl Alexandrovitch Medvedev, de son vrai nom Mikhaïl Koudrine, né le et mort en 1964 ; peu avant son décès, il offre son revolver au musée de la Révolution, un Browning portant le numéro de série 3891965, cette arme aurait été utilisée pour assassiner le tsar. Alexeï Georgievich Kabanov, né le et mort en 1972, ancien soldat de la garde impériale ; pendant l'assassinat du tsar et de sa famille, il se tient près d'une mitrailleuse installée dans le grenier de la maison Ipatiev. Sergei Alexandrovich Broyd, né en 1893 et mort le , participant possible au meurtre de la famille impériale. Pavel Spiridonovitch Medvedev, né le et mort en 1919, chef de la garde de la maison Ipatiev. Parmi les volontaires, six Lettons, selon d'autres sources des Hongrois de la Tchéka, sont présents ; deux d'entre eux se désistent. Selon certains témoignages, figure également un Hongrois, Imre Nagy, né le ; il dirige par la suite la révolution hongroise en 1956 et est pendu par les Soviétiques le à Budapest (Hongrie)Edvard Radzinsky, : Le dernier des tsars, .. Mais sa participation est contestée par certains historiens qui remarquent que son nom apparaît seulement dans des documents soviétiques postérieurs à l'écrasement de la révolte hongroise.
Les victimes de la maison Ipatiev
Controverses
Les enquêtes vignette|redresse|L'église de Tous-les-Saints-sur-le-Sang-versé, construite à l'emplacement de la maison Ipatiev. Lorsque les Armées blanches investissent Ekaterinbourg le , un premier enquêteur est nommé : le juge Alexander Namiotkine conclut que les Romanov ont été envoyés dans la région de Perm. Alexander Namiotkine est limogé et disparaît mystérieusement quatre jours plus tard. Le deuxième enquêteur, Ivan Serguéiev, nommé par l'État-major contre-révolutionnaire, conclut dans le même sens. À son tour, il est déchargé de l'enquête en : peu avant son limogeage, il s'est dit convaincu à un journal américain, le New-York Tribune, que le tsar, le docteur Botkine et les trois domestiques avaient certes été tués dans la maison, mais qu'au contraire l'impératrice, ses quatre filles et le tsarévitch avaient été épargnés ; Marc Ferro, , ; les deux journalistes britanniques publient aussi une photographie HT établissant qu'à l'automne 1918, dans les environs d'Ekaterinbourg, des centaines de corps de personnes fusillées par les Rouges ont été déterrés et réenterrés et qu'aucun n'appartenait à la famille impériale.. Un troisième juge, Nikolaï Sokolov, est dépêché par l'amiral Koltchak en , et conclut en 1924 au massacre collectif et à l'incinération des corps. Il publie ses recherches la même année dans un livreNikolaï Sokolov, Enquête judiciaire sur l'assassinat de la famille impériale russe, Payot, 1924. et meurt peu après. Parmi les faits relevés figure une citation modifiée de l'écrivain Heinrich Heine en allemand écrite sur les murs de la maison Ipatiev qui dit :