thumb| le Sage avec ses collaborateurs dans le scriptorium royal.
Par littérature d' le Sage, on entend toute l'œuvre littéraire de caractère lyrique, juridique, historique, scientifique et récréatif réalisée par le scriptorium du roi au .
a soutenu, supervisé et souvent participé de sa propre écriture et en collaboration avec un ensemble d'intellectuels latins, juifs et musulmans connu comme l'École des Traducteurs de Tolède, à la composition d'une très vaste œuvre littéraire qui dans une large mesure marque le début de la prose en castillan.
Les manuscrits alphonsins sont des volumes luxueux, d'une grande qualité calligraphique et illustrés profusément de miniatures. Ils étaient destinés à de puissants nobles qui pouvaient assumer le coût de ces codex. Ces amateurs de beaux volumes partageaient le projet d'usage du castillan comme instrument politique au service de la cour, alors que les livres utilisés par les Universités médiévales étaient moins chers, plus maniables et écrits généralement en latin, langue en usage chez les lettrés.
La variété géographique de la langue utilisée est celle de Tolède dans la seconde moitié du , qui est devenue ainsi la base de la langue utilisée désormais dans la prose en castillan. Cependant sur le terrain de la lyrique, a utilisé le galaïco-portugais, langue dans laquelle sont écrites les Cantigas de Santa María.
Œuvres lyriques Nous avons un ensemble de poèmes de « escarnio y maldecir » écrits en langue galaïco-portugaise. Ce sont des cantigas d'escarnho e maldizer, œuvres du monarque et adressées à de grands personnages tant ecclésiastiques que laïcs et autres troubadours. On y trouve plusieurs invectives contre Pero da Ponte, poète de la cour de son père , invectives qui seraient les échos d'une dispute survenue peut-être au temps où Alphonse était encore prince. Le style de ces cantigas d'escarnho est burlesque et spirituel et ne s'éloigne pas du ton satirique et même insolent contre ceux qui avaient été des opposants au futur roi.
Mais ce sont les Cantigas de Santa María qui constituent le chef-d'œuvre lyrique du roi sage, et possèdent un grand intérêt tant du point de vue littéraire que musical et plastique.
Cantigas de Santa María
thumb|Miniature des Cantigas de Santa María.
L'unique production littéraire alphonsine non écrite en castillan est cette œuvre d'inspiration mariale et de caractère lyrique, qui emploie le galaïco-portugais. Beaucoup des cantigas de ce livre ont été composées par de sa propre main. On perçoit un ton personnel dans certaines des cantiques qui adoptent le caractère d'hymnes de louange à la Vierge. De même, dans plusieurs des récits apparaît le monarque lui-même ou ses proches comme protagonistes.
Le texte est composé de 427 poèmes narratifs et lyriques qui adoptent une métrique très variée, basée sur la structure de la chanson avec refrain ou rondeau. La majeure partie d'entre eux relatent un miracle ou un acte traduisant la sainteté, souvent à base d'épisodes légendaires, comme il était habituel dans les vies de saints. Cependant, dix pour cent de ces cantiques sont des «cantiques de louange», ou hymnes à la Vierge. Ces cantigas de louange sont accompagnées d'une notation musicale, et constituent un des monuments de la musique médiévale espagnole.
De plus, les quatre codex que nous possédons (un à la Bibliothèque de Florence, deux à la Bibliothèque de l'Escorial, le dernier à la Bibliothèque nationale d'Espagne) constituent un des meilleurs exemples de miniatures gothiques conservées.
À partir du cantique numéro quatre-cents, le contenu cesse d'être formé principalement de légendes miraculeuses pour prendre la forme d'un calendrier religieux chrétien qui reflète une série de moments de type liturgique, concernant des célébrations mariales.
Œuvres en prose thumb|Manuscrit de Calila e Dimna Avant 1252, date du couronnement, le prince Alphonse, en plus d'écrire les cantigas de escarnio et, très probablement, quelques-uns des hymnes de louange à la Vierge, a patronné un livre de contes exemplaires (ou exempla): le Calila y Dimna. C'est un des premiers exemples (en compagnie de Sendebar) de l'adaptation de l'art arabe du conte à la littérature en castillan et, si nous exceptons les récits contenus dans les chroniques alphonsines provenant des chansons de geste ou de légendes, c'est l'unique œuvre de fiction provenant du mécénat d'.
La première œuvre de contenu religieux due au patronage d' le Sage, bien que non écrite dans sa version finale en langue romane, fut une compilation faite à la demande du roi par Bernardo de Brihuega, un chanoine de Séville, qui a réuni un ensemble d'hagiographies (vies de saints) en latin.
Il faut également signaler que quelques-unes des œuvres de grand intérêt ont été perdues, comme la version de la légende arabe de la vision de Mahomet du ciel et de l'enfer. Nous connaissons cette œuvre dans sa version française intitulée Livre de l'eschiele Mahomet qui fut élaborée, selon ce qu'indique le prologue, en 1264 à la demande d' à partir de l'original castillan. Le texte a eu une grande diffusion dans l'Espagne du . Ainsi, un résumé fut adapté en latin par Rodrigo Jiménez de Rada dans l' Historia arabum puis ira s'ajouter aux matériaux de la Estoria de España (chapitres. 488 y 489).
Œuvres juridiques sentit la nécessité d'unifier le corpus du droit qui était employé dans le royaume de Castille, qui allait du droit romain de l'Antiquité tardive, en passant par le droit wisigothique jusqu'au droit coutumier asturo-léonais et castillan. Pour cela, il a utilisé un code inspiré du Code justinien, qui était celui qui était enseigné à l'Université de Bologne et dans les écoles juridiques du sud de la France, dans un essai de systématisation codifiée. Correspondent à cette entreprise les traités suivants:
Fuero real Le Fuero real fut rédigé vers 1252 et répond à l'obligation de doter d'une législation unique les cités castillanes récemment reconquises. C'est un corpus juridique influencé par le Liber Iudiciorum, qui constituait à ses débuts un fuero local accordé aux cités de Aguilar de Campoo et Sahagún en 1255. Il est également appelé Fuero del libro, Libro de los concejos de Castilla et Fuero castellano.
Le code n'a jamais été un droit castillan proprement dit, mais uniquement un fuero concédé par le roi à certaines cités selon sa fantaisie, habituellement pour le bénéfice du commerce de celles-ci et pour assoir le pouvoir de la couronne face au féodalisme de l'époque. Des localités comme Peñafiel, Santo Domingo de la Calzada, Béjar ou même Madrid les ont reçus sous forme de droit local exclusivement. Cependant, il s'est converti rapidement en droit castillan de facto. Les règles promulguées étaient plus claires, concises et justes que celles qui régissaient les grandes cités du Royaume de Castille, soumises à l'arbitraire des seigneurs ou des tribunaux locaux. Bien que son implantation n'ait pas été exempte de polémiques, imposa dans certains cas le Fuero real au-dessus des normes locales, affrontant parfois la noblesse, et enfin est arrivé à éliminer des privilèges qui, à son idée, s'opposaient à un bon gouvernement.
Espéculo La datation du Espéculo repose sur une mention qui date de 1255. Cette œuvre pose les fondements légaux théoriques pour construire un corpus juridique argumenté. C'est peut-être aussi le point de départ des autres œuvres juridiques alphonsines. Sa rédaction resta inachevée, et une grande partie de ses matériaux s'est retrouvée dans son œuvre majeure sur le plan du Droit, les Siete Partidas.
Il n'a jamais été promulgué et les circonstances de sa composition ne sont pas claires. Il est possible que cet ouvrage représente une ébauche d'une section des Siete Partidas, bien que certains critiques argumentent que c'est une œuvre composée durant le règne de ou de son fils .
Setenario Le Setenario présente une forme de miscelánea (mélanges). Dans la ligne d'un miroir des princes (speculum principis), le Setenario, probablement imaginé par , commence comme un livre de droit canonique, dont la structure est construite sur le chiffre magique de sept.
De plus, il contient des informations de caractère encyclopédique sur les sacrements, destinées aux prêtres et des réflexions variées autour du culte de la nature d'un point de vue païen. À cause de ce caractère mixte, la critique a hésité pour décider du genre littéraire sous lequel il fallait le classer.
Siete Partidas
Il s'agit de l'œuvre la plus ambitieuse d' dans ce domaine. Composée entre 1256 et 1265, elle recueille les fondements théoriques des œuvres juridiques antérieures et formule un code juridique de caractère universel et d'application générale dans le royaume de Castille, code qui régule la vie de la Castille dans tous les domaines, tant religieux que civil.
Cette base juridique s'est prolongée durant des siècles, et son influence se fait sentir jusqu'à nos jours. Les Partidas n'ont pas été promulguées du vivant d', car il n'a pas réussi à terminer une édition définitive. L'ouvrage est divisé en sept parties: thumb|350px| le Sage et las Partidas. Première partie : Aborde les fondements du droit et s'occupe essentiellement du droit canonique. Seconde : Traite de la question du gouvernement et des relations juridiques entre seigneurs et vassaux. Troisième : Droit procédural et droit civil. Quatrième : Droit du mariage, de la famille, des lignages et des états sociaux. Cinquième : Droit du commerce. Sixième : Droit testamentaire et de la succession. Septième : Droit pénal.
Les sections dans lesquelles l'ouvrage est divisé, ne sont pas des compartiments étanches. Il est organisé cependant en titres (182) et lois (2479), celles-ci précédées par un en-tête qui indique le contenu de manière plus ou moins approximative.
Ses sources proviennent du droit antérieur de Léon (le Fuero Juzgo), et des œuvres juridiques du monarque lui-même, ci-dessus citées, le Fuero real et très probablement le Espéculo. Pour la « Première partie », on a refondu le Setenario, probable ébauche de cette section.
L'ont influencé le Corpus iuris civilis de Justinien et la législation pour la vie ecclésiastique, fondamentalement le Décret de Gratien et les collections canoniques ou Décrétales.
Les sources ecclésiastiques ne manquent pas, ainsi les enseignements des exempla de la Disciplina clericalis de l'intellectuel nouveau chrétien Pierre Alphonse. Également, les Partidas recueillent du matériel tiré d'œuvres à caractère sapiencial comme les Bocados de oro.
Du point de vue littéraire, la prose juridique ne s'éloigne pas trop des autres genres médiévaux, qui ont influencé puissamment sa gestation, comme c'est le cas du poema de debate.
Œuvres historiques Estoria de España
thumb|Manuscrit de la Estoria de España. L'Estoria de España, connue dans l'édition de Menéndez Pidal comme Primera Crónica General, constitue la première Histoire de l'Espagne complète en langue romane. Son contenu couvre chronologiquement depuis les origines bibliques et légendaires de l'Espagne jusqu'à l'histoire immédiate de la Castille sous .
L'œuvre a eu deux rédactions. La première a commencé peu après de l'arrivée sur le trône du roi castillan (1260) et se termine vers 1274 et la seconde, appelée Versión crítica, a été élaborée entre 1282 et 1284, date de la mort du monarqueInés Fernández-Ordóñez, «El taller historiográfico alfonsí. La Estoria de España y la General estoria en el marco de las obras promovidas por Alfonso el Sabio.», pág. 1..
Grande e general estoria