La Samaritaine est un grand magasin situé à Paris entre la rue de Rivoli et la Seine, à l'aplomb du pont Neuf dans le de Paris. Fondée en 1870 par Ernest Cognacq, La Samaritaine, devenue déficitaire, ferme en 2005 pour réaménagement de ses bâtiments et mise aux normes de sécurité. La Samaritaine reste, jusqu'à sa fermeture, le grand magasin parisien le plus important par sa taille, avec ses quatre magasins totalisant une surface de vente de .
La réouverture de La Samaritaine (réduite à contre avant 2005), initialement prévue pour 2011, a pris 10 ans de retard en raison de multiples péripéties (entre les recours de défenseurs du patrimoine et la pandémie de Covid-19) et a finalement lieu le « Grand magasin : La Samaritaine va rouvrir ses portes le 19 juin, seize ans après sa fermeture », 20minutes.fr, 31 mai 2021.« Paris : La Samaritaine rouvrira ses portes le 19 juin », leparisien.fr, 30 mai 2021...
Ses bâtiments de style art nouveau et art déco sont l'œuvre des architectes Frantz Jourdain et Henri Sauvage ; le magasin principal est inscrit au titre des monuments historiques.
Origine du nom vignette|gauche|La pompe de La Samaritaine et le pont Neuf, depuis le quai de la Mégisserie en 1777 (tableau de Nicolas Raguenet, musée Carnavalet). La Samaritaine était le nom d'une pompe à eau située sur le pont Neuf dont l'existence remontait à qui en demanda les plans au flamand Jean Lintlaër. Ce fut la première machine élévatrice d'eau construite dans Paris qui permettait de fournir, en eau, le quartier du Louvre. Elle fut reconstruite par Robert de Cotte entre 1712 et 1719, puis rénovée par Soufflot et Gabriel.
Cette pompe était décorée d'une représentation de l’épisode évoquant la rencontre de Jésus et de la Samaritaine au puits de Jacob (relaté dans l’Évangile selon Jean), sculptée par Bernard et René Frémin (1672-1744). Le tout était surmonté d'une horloge munie d'un jacquemartÉdouard Fournier (1856), notes sur La Lettre consolatoire écrite par le général de la compagnie des Crocheteurs de France, sur son rétablissement au-dessus de La Samaritaine, de Nicolas Horry (1612)., puis, plus tard, d'un carillonEntrée « Samaritaine (la) » dans ..
Avant de créer La Samaritaine, Ernest Cognacq aurait installé son échoppe dans une corbeille du pont Neuf, à proximité de l'ancienne pompe démolie en 1813Ariane Chemin, « La Samaritaine ferme ses portes dans un parfum de mélancolie », lemonde.fr, 15 juin 2005..
Historique du grand magasin La création par Ernest Cognacq et Marie-Louise Jaÿ vignette|Portrait d'Ernest Cognacq, peint par Jeanne-Madeleine Favier en 1903 (musée Cognacq-Jay). vignette|gauche|La première boutique de La Samaritaine, rue du Pont-Neuf. La Samaritaine est fondée en 1870 par Ernest Cognacq. Après avoir exercé divers métiers de vendeur pour un patron ou pour son propre compte, Cognacq était devenu calicot dans une tente (un « parapluie rouge ») sur le pont Neuf lorsqu'il s'entendit avec un petit café qu'il fréquentait rue de la Monnaie pour louer, à partir du , sa salle annexe peu utilisée et en faire un petit commerce de nouveautés, « À La Samaritaine ». Le suivant, la boutique s'agrandissait déjà..
Ernest Cognacq épouse en Marie-Louise Jaÿ, ancienne première vendeuse du rayon des confections du Bon Marché, avec laquelle il dirigera désormais le magasin. Passant de en 1870 à plusieurs centaines de mètres carrés en 1874, le magasin prospère et s'agrandit progressivement, donnant naissance en 1900 aux Grands Magasins de La Samaritaine.
S'inspirant des méthodes commerciales d'Aristide Boucicaut au Bon Marché, Ernest Cognacq organise son magasin en rayons gérés par de véritables « petits patrons » responsables et autonomes. Par acquisition des bâtiments proches de sa boutique, Cognacq agrandit régulièrement son magasin, rachetant les immeubles voisins. Sous la direction de l'architecte Frantz Jourdain, les pâtés de maisons sont entièrement réaménagés ou reconstruits progressivement de 1883 à 1933.
Alors que La Samaritaine prospère avec deux magasins près du pont Neuf, Ernest Cognacq entreprend en 1910 de faire construire dans un autre quartier de Paris un nouveau magasin destiné à une clientèle plus aisée : la « Samaritaine de luxe » ouvre en 1917 au 27, boulevard des Capucines.. Les magasins de vente sont complétés par d'importants entrepôts situés boulevard Morland, quai des Célestins, rue de Bercy et rue Saint-Jacques..
Ernest Cognacq crée la fondation Cognacq-Jay. Considéré comme un patron paternaliste social, il veille avec sa femme à s'attacher son personnel du berceau (maternité Cognacq-Jay) au cercueil (maison de retraite de Rueil-Malmaison).
Les successeurs vignette|Vue de l'intérieur du en 1997. thumb|left|redresse=1.3|Slogan publicitaire de La Samaritaine, 22 septembre 1985, lors de l'emballage du pont Neuf à Paris. Quand Ernest Cognacq meurt en 1928, il est veuf depuis deux ans et n'a pas d'héritier direct qui puisse lui succéder. La direction du grand magasin est alors reprise par son petit-neveu Gabriel Cognacq et par Georges Renand, tous deux formés à l'École des hautes études commerciales de Paris (HEC). Gabriel Cognacq s'était rapproché du couple Cognacq-Jay depuis de nombreuses années et travaillait au service d'expéditions de La Samaritaine ; Georges Renand avait connu Gabriel Cognacq au front pendant la Première Guerre mondiale et était à la tête de l'organisme de crédit de La Samaritaine ainsi que responsable financier de la fondation Cognacq-Jay.
La Samaritaine poursuit son développement et deux nouveaux magasins sont ouverts côté rue de Rivoli au début des années 1930. Lorsque Gabriel Cognacq meurt en 1951, Georges Renand conserve la direction de La Samaritaine et y associe son fils Maurice, également formé à HEC et docteur en droit. À la mort de son père, Maurice RenandProche de Pierre Laval, Maurice Renand (docteur en droit et ancien élève d’HEC reçu en 1938) est nommé dès mai 1942 chargé de mission au secrétariat général du gouvernement (sous l’autorité de Guérard, ancien 1920), puis il retrouve Douffiagues comme chef adjoint de cabinet de Pierre Cathala. À partir d'avril 1943, il dirige le contrôle administratif des services du chef du gouvernement puis, à partir de septembre 1943, le secrétariat général du gouvernement. En décembre 1944, il est révoqué de ses fonctions sans pension. Il part sous les drapeaux de février à septembre 1945, sa révocation est annulée en Conseil d’État le 11 février 1949 et il est réintégré pour démissionner aussitôt et diriger l’affaire de famille, La Samaritaine. devient premier gérant. Son fils Georges lui succédera.
La Samaritaine devient le grand magasin parisien le plus important en surface de vente avec ses , devançant de peu les Galeries Lafayette et le PrintempsDelphine Le Feuvre et Camille Moreau, « La Samaritaine : l'histoire du grand magasin parisien qui rouvre ses portes le 23 juin 2021 », geo.fr, 9 juin 2021.. Son slogan publicitaire, inventé par l'agence Alice et appuyé d'une importante campagne publicitaire dans les années 1960, est resté dans la mémoire collective :
Dans les années 1960-1970 des Trente Glorieuses, ère de la consommation, sont diffusés des spots publicitaires pour coller au slogan, figurant la reine Élisabeth II sous les traits de l'actrice Huguette Funfrock venue s'acheter une couronne. Un autre montre King Kong escaladant le toit, tandis que dans un dernier des ménagères entonnent : ..
Le , le pont Neuf à Paris est emballé par Christo Javacheff. La Samaritaine s'empare de cet événement pour lancer son nouveau slogan publicitaire :
La société est membre de l'Association internationale des grands magasins de 1985 à 1992..
La fermeture vignette|La Samaritaine en 2011, après sa fermeture. À partir des années 1970, la prospérité commerciale de La Samaritaine décline lentement. En 1986, La Samaritaine de luxe est transformée en immeuble de bureaux et commerces.
Au fil du temps disparaissent de nombreux rayons historiques (bricolage, animalerie ou encore oisellerie), soulignant l'alignement de La Samaritaine sur les autres grands magasins parisiens, se concentrant désormais sur la mode et le mobilier.
À partir de 1998, le grand magasin voit sa surface réduite, La Samaritaine louant les et 3 à d'autres enseignesBéatrice Peyrani, « Grandeur et infortunes de La Samaritaine », publié le 5 février 1998 par L'Expansion..
En 2001, la famille Renand cède La Samaritaine, devenue déficitaire, au groupe LVMH. Le grand magasin ferme ses portes le , officiellement pour cause de mise en conformité des bâtiments aux normes modernes de sécurité, notamment anti-incendie, et réaménagementFrançois Bostnavaron, « La Samaritaine ferme ses portes pour six ans afin de réaliser les travaux nécessaires à sa réouverture », Le Monde, 20 juillet 2005.. Les syndicats craignaient en 2005 une fermeture définitive du grand magasin (la rentabilité insuffisante était aussi évoquée)Magali Picard, « La Samaritaine va-t- elle disparaître ? », lsa-conso.fr, 16 juin 2005..
Entre et , le grand magasin Samaritaine organise l'exposition « Première heure », consacrée aux bébés dans ses vitrines« Première heure sur les murs de La Samaritaine », consulté le 12 mars 2021..
La réouverture gauche|vignette|Travaux de végétalisation et piétonisation rue de la Monnaie. Après 16 ans de fermeture et des travaux de réaménagement d'un coût de 750 millions d'euros, la Samaritaine rouvre ses portes le mercredi Victor Pourcher et Manon Fossat, « Après 16 ans de procès et de travaux, la Samaritaine rouvre ses portes à Paris », europe1.fr, 23 juin 2021.. L'inauguration a lieu en présence du président de la République française Emmanuel Macron et de Bernard Arnault, président du groupe LVMH.
Les travaux permettent de mettre en valeur le grand escalier (dont le garde-corps est orné de 16 000 feuilles d'or, tandis que les 270 marches d'origine, en chêne, ont été conservées) et les décorations en lave émaillée réalisées un siècle plus tôt par Jourdain et Eugène Grasset (de 675 mètres de long, dont ont été reconstituées). À l'extérieur, l'ancienne sortie du tunnel des Halles est condamnée, permettant l'aménagement d'un parvis piétonnier à l'intersection de la rue de la Monnaie et du quai du Louvre. Les noms des rayons de l'ancien magasin ont été conservés sur certaines façades (). La grande façade rue de Rivoli est détruite, remplacée par un édifice aux parois de verre ondulé réalisé par les architectes Kazuyo Sejima et Ryūe Nishizawa..
La quincaillerie, la mercerie et l'oisellerie ont disparu au profit de la mode, de la parfumerie, du maquillage et de la joaillerie. Douze espaces de restauration sont installés., ainsi qu'un espace beauté (spa, salles de soin, hammam).. Le grand magasin propose une offre mixte, la partie côté Seine étant plutôt dédiée aux touristes internationaux (luxe, beauté) quand celle, côté rue de Rivoli, vise plutôt la clientèle nationale (restauration, streetwear, petits cadeaux)..
Cette réouverture se déroule dans un contexte où le quartier connaît un renouvellement architectural et muséal conséquent (Canopée des Halles, Bourse de commerce-Collection Pinault, poste centrale du Louvre, Louvre des antiquaires, etc.).
Les 96 logements sociaux au sein du bâtiment sont inaugurés en .
En 2023, Médiapart rapporte que la direction du magasin a fait installer dans ses réserves des caméras espion camouflées en détecteurs de fumée, afin de filmer les employés à leur insu. Le magasin comparaît devant la CNIL en 2025Devant la Cnil, la Samaritaine plaide la « maladresse » pour ses caméras espion par Khedidja Zerouali sur mediapart.fr le 4 juillet 2025.
En , LVMH annonce le regroupement de la Samaritaine et Le Bon Marché sous la même gouvernance.
L'avenir du site de La Samaritaine Changement d'usage des anciens magasins Un projet est présenté en par LVMH pour le réaménagement du site avec des bureaux, des commerces, un hôtel et quelques logements sociaux, pour une ouverture prévue en 2015.