Astrid ou ASTRID (acronyme de l'anglais ) est un projet de prototype de réacteur nucléaire français de quatrième génération, de type réacteur rapide refroidi au sodium, porté par le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) dans les années 2010 et arrêté en 2019, jusqu'à ce que soient relancées, en , les études sur les réacteurs à neutrons rapides (RNR).
À la suite des réacteurs expérimentaux Rapsodie, Phénix () et Superphénix (), le projet Astrid, prototype de puissance intermédiaire (), vise à démontrer la possibilité d'un passage au stade industriel de la filière des réacteurs à neutrons rapides au sodium. Le projet est alors présenté comme . Il doit tirer , constitué uniquement de réacteurs à eau pressurisée. Il utilise, pour ce faire, .
S'inscrivant, au-delà d'une perspective historique d’indépendance énergétique, dans un objectif de durabilité, Astrid vise à permettre non seulement d'économiser les ressources fissiles en valorisant l' et en multi-recyclant le plutonium, mais aussi à réduire la quantité de déchets nucléaires à vie longue en incinérant les actinides mineurs. La construction du réacteur Astrid doit ainsi s'accompagner de la mise en service d'un nouvel atelier spécialisé de fabrication de combustible MOx à l'usine de La Hague.
Le coût du projet est estimé à plus de cinq milliards d'euros. La décision politique de cet investissement et sa rentabilité, comme pour tout projet de cette envergure, suscitent des controverses.
Du fait de contraintes budgétaires, le CEA propose, en 2018, de réduire la puissance du réacteur à , puis abandonne le projet en 2019. L'organisme précise que . Il envisage plutôt de s'en occuper . Le projet est toutefois relancé en 2025 et un début de construction envisagé pour 2038.
Historique Lancement En , le président Jacques Chirac décide de lancer la conception, au sein du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), d'un prototype de réacteur de « quatrième génération » dont la mise en service est prévue en 2020Réacteurs à neutrons rapides (RNR) sur La France nucléaire:matières et sites par Mary Bird Davis« Nucléaire : Chirac annonce le lancement d'un réacteur de », AFP, le 5 janvier 2006.. Sa construction était initialement prévue sur le site nucléaire de MarcouleAstrid : futur réacteur nucléaire de , Techniques de l'ingénieur, 10 mai 2011..
À la suite des réacteurs expérimentaux Rapsodie, Phénix () et Superphénix (), le projet Astrid, prototype de puissance intermédiaire (), vise à démontrer la possibilité d'un passage au stade industriel de la filière des réacteurs à neutrons rapides au sodium. Le projet est alors présenté comme .. Il doit tirer , constitué uniquement de réacteurs à eau pressurisée. Il utilise, pour ce faire, . Le surgénérateur n'est pas la seule technique permettant l'utilisation de l'U238 et des actinides mineurs. Depuis les années 1970, offrant un meilleur rendement énergétique que Superphénix, les réacteurs canadiens de type CANDU, à l'uranium naturel, en tirent ainsi profit.. Le combustible MOX, largement utilisé en France, permet aussi d'employer l'U238.
S'inscrivant, au-delà d'une perspective historique d’indépendance énergétique, dans un objectif de durabilité, Astrid vise à permettre non seulement d'économiser les ressources fissiles en valorisant l' et en multi-recyclant le plutonium, mais aussi à réduire la quantité de déchets nucléaires à vie longue en incinérant les actinides mineurs.
En 2010, le CEA, porteur du projet Astrid, définit les choix structurants et des options ouvertes, puis lance un avant-projet sommaire dont la fin est prévue en 2014. Le CEA prévoit pour 2016 la mise en service de l’atelier de fabrication de cœurs.
Investissement d'avenir En , le président Nicolas Sarkozy annonce que la France va consacrer un milliard d'euros à la recherche sur le nucléaire dans le cadre des investissements d'avenir, notamment pour les réacteurs « de »« Grand emprunt : un milliard d'euros pour le nucléaire "du futur" », AFP, 14 décembre 2009.« Le volet Développement durable du Grand Emprunt fait polémique », Actu-environnement, 15 décembre 2009.« Investissements d'avenir : énergie et économie circulaire », Portail du Gouvernement français.; Astrid reçoit à ce titre une subvention de couvrant les seules « études de conception »« Et pendant ce temps, le nucléaire « 4G » avance », Le Figaro, 29 juin 2012., ce qui reste du milliard d'euros allant principalement au réacteur Jules Horowitz.
Partenariats industriels En , le CEA conclut un partenariat avec Bouygues Construction pour les études du génie civil du prototype Astrid concernant en particulier les types de bétons de structure qui seront employés et les différentes options de conception de l'îlot nucléaireLe CEA et Bouygues Construction signent un accord de collaboration pour la conception d’Astrid, prototype de réacteur nucléaire de . - CEA juin 2012.. Cet accord vient s’ajouter à une série d'accords industriels sur les différents composants du projet signés par le CEA avec Areva, EDF, ToshibaL'Usine Nouvelle - 26 juin 2012 : Le CEA partenaire de Bouygues Construction pour Astrid., Alstom , Comex Nucléaire (rachetée depuis par Onet), et la filiale française de Jacobs Engineering (acquise en par le groupe NOX.). En 2012, le projet Astrid implique environ , dont près de la moitié chez les partenaires industrielsUn prototype de réacteur nucléaire de d'ici 2020, Enerzine, 28 juin 2012. qui contribuent techniquement et financièrement au projet.
En 2013, la société SEIV du groupe Alcen rejoint les industriels cités ci-dessusCEA - Direction de l'énergie nucléaire - Rapport d'activité 2013..
Partenariat avec le Japon Le , le Premier ministre japonais Shinzo Abe signe un accord de coopération avec François Hollande, engageant le Japon dans le développement du projet français AstridAccord Franco-japonais : une coopération axée sur le projet nucléaire Astrid, lenergiedavancer.com, 23 mai 2014.. Selon le journal Yomiuri shinbun, la France a demandé au Japon de relancer le surgénérateur Monju de la centrale nucléaire de Tsuruga, ceci afin d'y tester les combustibles d'AstridFrance-Japon, une amitié nucléaire, Ouest France, 6 mai 2014.
En , le gouvernement français sollicite le partage avec le Japon du coût d'Astrid (alors estimé à cinq milliards d'euros)France wants Japan to share 570 billion yen Astrid reactor development cost, Mainichi, 22 octobre 2016..
Révision à la baisse de la taille du démonstrateur En 2012, le projet prend du retard : la phase d'étude est prévue pour durer jusqu'en 2017 et si la construction du prototype est alors décidée, sa mise en service pourrait débuter en 2020Nucléaire : le sacrifice d'Astrid, L'Usine nouvelle, 13 juillet 2012..
En 2014, alors que l'accident nucléaire de Fukushima a ralenti le nucléaire dans le monde, la mise en service est reportée à 2019 et le modèle commercial pas avant 2040-2050« Le sodium, clé de voûte des réacteurs nucléaires du futur », Les Échos, 13 octobre 2014..
En 2015, la sûreté du projet Astrid devait être examinée par l'IRSNL'IRSN débute l'examen des options de sûreté du projet de réacteur nucléaire Astrid, actu-environnement.com, 6 novembre 2014..
En 2017, l'administrateur général du CEA indiquait qu'il fallait profiter des trois années à venir pour réaliser un avant-projet détaillé ; Daniel Verwaerde : « Un Commissariat à l'énergie atomique coupé de l'industrie deviendrait le CNRS », Les Échos, 6 février 2017..
Début 2018, le Commissariat à l'énergie atomique (CEA), maître d'ouvrage du programme, propose au gouvernement de diminuer les ambitions initiales, pour des raisons financières. Au lieu de construire un démonstrateur de (mégawatts) prévue à l'horizon 2039, le projet est réduit à 100 à Astrid, le futur réacteur à neutrons, en suspens, Les Échos, 30 janvier 2018..
En , l'Asahi Shinbun appelle le Japon à se retirer du projet de réacteur rapide AstridNucléaire : « le Japon doit se retirer d'Astrid », Les Échos, 19 juin 2018.. En , selon Marc Wojtowicz, ancien délégué syndical central (CGT) au CEA, l'avant-projet de prototype est achevé et les quelque 300 salariés qui travaillaient sur ce projet sont dispersés sur d'autres activitésLe doute s'installe chez les chercheurs de la filière nucléaire, Les Échos, 2 octobre 2018..
Abandon en 2019 . En , Le Monde révèle que le projet, qui a coûté d'euros, est au moins provisoirement abandonné par le CEA (reporté « à la deuxième moitié du siècle »)... Cette décision est critiquée par Yves Bréchet, membre de l'Académie des sciences et ancien haut-commissaire à l'Énergie atomique, qui déplore et parle de cet abandon comme d'un ...
Auditionné au Sénat le , l'administrateur général du CEA justifie l'abandon du projet par le bas prix de l'uranium ; si son cours devait augmenter, des signes apparaîtraient des années à l'avance : .. Il expose à nouveau ces mêmes arguments le à la commission d'enquête portant sur la production, la consommation et le prix de l'électricité aux horizons 2035 et 2050..
Résurrection du projet en 2025 Le , lors du quatrième Conseil de politique nucléaire (CPN) tenu à l'Élysée sous la présidence d'Emmanuel Macron, un nouveau programme industriel est lancé pour développer la technologie des réacteurs de quatrième génération qui permettent de fermer le cycle du combustible nucléaire..Nucléaire, les défis de la relance, Laboratoire national de métrologie et d'essais (LNE), juin 2025.. Ce changement de stratégie opère une sorte de résurrection du projet ASTRID. EDF, Framatome, Orano et le CEA sont chargés d'élaborer « d'ici la fin de 2025 un programme de travail et une organisation industrielle » pour « atteindre la fermeture du cycle du combustible nucléaire dans la deuxième moitié du siècle. » La construction d'un démonstrateur de réacteur nucléaire de quatrième génération de de puissance, exploitant la technologie des neutrons rapides refroidis au sodium, pourrait débuter en 2038, un démarrage du réacteur étant envisagé entre 2045 et 2050. La version industrielle de ce type de réacteur entrerait en service après 2060.
Technologie
vignette|Schéma de principe d'un réacteur à neutrons rapides à caloporteur sodium.
Astrid utilise la technologie de réacteur à neutrons rapides à caloporteur sodium (RNR-Na), comme Rapsodie, Phénix et Superphénix. Il vise à égaler le niveau de sûreté de l'EPR. Sa puissance électrique serait de 600 MW électriques ( thermiques)Astrid, le projet à réactions , CEA, juillet-août 2010..
Objectifs Des études sur des réacteurs de nouvelle génération ont été lancées par le Forum international Génération IV, avec des objectifs d'amélioration de la sûreté, de diminution de la quantité et de la nocivité des déchets et de préservation des ressources. Les réacteurs à neutrons rapides, en particulier Astrid, pourraient répondre à ces objectifs car plus efficace vis-à-vis de la ressource en uranium et apte à recycler complètement le plutonium. En effet, les réacteurs à eau pressurisée actuels ne peuvent utiliser comme combustible que la part fissile de l'uranium naturel (), soit environ 0,7 % de la ressource. En revanche, les réacteurs à neutrons rapides seraient capables d'utiliser tout type d'uranium, non seulement la part fissile mais aussi la part dite fertile (par exemple l', présent à 99,3 % dans l'uranium naturel). Ainsi, avec l'uranium appauvri déjà présent sur le territoire français et le plutonium issu du combustible usé des centrales actuelles, les réacteurs à neutrons rapides permettraient de produire de l'électricité pendant plusieurs milliers d'années au rythme de la consommation actuelle.
La surgénération évite l'étape d'enrichissement de l'uranium, affirme multiplier par 100 la quantité de combustible utilisable et fortement diminuer le volume de déchets.
Le choix du sodium