Le HMS Victorious (R38) - D38 à l'origine, R38 depuis un changement de Pennant number en 1948 - est un porte-avion britannique, le second de la classe Illustrious commandé en vertu du Programme naval de 1936. Sa construction débuta au chantier naval de la Vickers-Armstrong à Newcastle upon Tyne, le et il fut lancé deux ans plus tard le . Son entrée en service, cependant, fut retardée jusqu'au en raison de la grande nécessité d'avoir plus de navires d'escorte pour la bataille de l'Atlantique.
Son service en 1941 et 1942 comprend les fameux affrontements contre le cuirassé Bismarck, l'accompagnement de plusieurs convois de l'Arctique et la participation au convoi de l'opération Pedestal pour Malte. Il fut prêté à l’US Navy pour une brève période en 1943 et servit dans le Pacifique du Sud-Ouest sous le nom d'USS Robin. Le Victorious participa à plusieurs attaques contre le Tirpitz. L'élimination de la menace de la marine allemande de surface permit son redéploiement d'abord avec la flotte orientale à Colombo, puis dans le Pacifique pour les derniers combats de la guerre contre le Japon.
Après la guerre, il passa du temps en réserve et subit une reconstruction étendue dans les années 1950. La réduction de la marine britannique dans les années 1960 accéléra son retrait définitif du service, et il fut envoyé à la ferraille en 1969.
En service L'épisode du Bismarck En 1941, seulement 2 semaines après sa mise en service, sa première mission active débuta quand il a pris part à la chasse du cuirassé Bismarck dans l'Atlantique Nord. Initialement destiné à faire partie de l'escorte du convoi WS-8B pour le Moyen-Orient, le Victorious n'était guère prêt à être impliqué dans une chasse contre le Bismarck avec juste un quart de ses avions embarqués. Naviguant avec le cuirassé , le croiseur de bataille et 4 croiseurs légers — la Force H venant de Gibraltar — le Victorious fut déployé à la hâte pour aider dans la poursuite du navire allemand.
Le , le Victorious lança neuf de ses avions bombardiers-torpilleurs biplans Fairey Swordfish et deux chasseurs Fulmar. Sous le commandement d'Eugene Esmonde, qui deviendra populaire aux commandes de son « Stringbag », sobriquet du Swordfish, l'escadrille s'envola à travers une tempête. L'artillerie de lutte antiaérienne du Bismarck fut très efficace et gêna les avions qui ne placèrent qu'un seul coup au but, inefficace car sur la ceinture blindée. Aucun avion ne fut abattu lors de l'attaque, mais les Fulmar manquèrent de carburant sur le trajet de retour et ils durent amerrir ; les radiophares du navire étant défectueux. Le Victorious ne prit plus part à la chasse du Bismarck, les avions du porte-avions prenant la relève pour contribuer à achever le cuirassé allemand trois jours plus tard. Esmonde reçut un DSO pour sa participation à cette action.
L'acteur Kenneth More servit à bord du Victorious comme officier subalterne. Dans le film britannique Coulez le Bismarck ! (1960), More joue un amiral fictif directeur des opérations et il est montré en train de donner l'ordre de détacher le Victorious du convoi WS-8B qui se formait à l'embouchure du fleuve Clyde, afin de transporter près de soldats au Moyen-Orient. Pendant le film, on aperçoit brièvement le Victorious jouant son propre rôle, malgré les modifications de l'après-guerre (l'ajout d'un grand pont en angle et d'un radar type 984 « Searchlight »). Il a aussi été utilisé pour montrer le départ de l’Ark Royal de Gibraltar.
Convois et autres fonctions dans l'Arctique Au début de , alors que le Victorious escortait le convoi de troupes WS-8X, un Swordfish du 825 Naval Air Squadron du porte-avion localisa un navire de ravitaillement allemand, le Gonzenheim, au nord des Açores. Le Gonzenheim avait été destiné à approvisionner le Bismark, et il se saborda à l'approche des navires de guerre britanniques. Le , le Victorious fut détaché pour Gibraltar avec le HMS Ark Royal et une escorte navale, pour acheminer des chasseurs Hawker Hurricane à la base méditerranéenne de Malte assiégée (opération Tracer). Le Victorious retourna ensuite à la base navale de Scapa Flow avec l'équipage capturé du Gonzenheim.
À la fin de , dans l'Arctique, il escorta le vers Mourmansk avec un chargement de mines et le 31, il participa au raid sur Kirkenes et Petsamo (opération EF) où treize de ses avions furent perdus.
À la fin du mois d'août, le Victorious couvrit le premier des convois alliés vers Arkhangelsk (opération Dervish) avec une force de croiseurs et de destroyers et ensuite le passage de retour du qui avait livré des chasseurs Hurricane à Mourmansk (opération Strength). Au début de septembre, il lança plus d'attaques aériennes, cette fois contre Tromso (deux fois), Vestfjord et à l'extérieur de Bodo.
thumb|left|Un Fairey Albacore s'apprête à décoller pour une opération dans l'Atlantique Nord.
Les communications allemandes décryptées par les services anglais à l'aide de la machine Enigma indiquaient que les bâtiments de guerre allemands Admiral Scheer et Tirpitz effectueraient une sortie en l'Atlantique en . Le Victorious fut déployé avec la Home Fleet pour les intercepter. Cette mission se poursuivit jusqu'à mi-novembre (quand Adolf Hitler annula l'opération) et comprenait une patrouille dans le détroit du Danemark avec le cuirassé , l', l' et les croiseurs et . Cette opération conjointe anglo-américaine pré-datait l'état de guerre officielle entre les États-Unis et l'Allemagne. Le Victorious a servi dans la Home Fleet jusqu'en .
Le Victorious retourna à la protection des convois de l'Arctique en mars et , pour assurer la couverture des convois PQ 12, QP8, PQ13, QP9, PQ14 et QP10. Pendant ces opérations, il lança également une frappe aérienne infructueuse sur le Tirpitz, perdant deux avions. À la fin des mois d'avril, mai et juin, les forces anglo-américaines (y compris l'USS Washington, Tuscaloosa et Wichita) ont couvert les convois PQ16, QP12, PQ17 et QP13, après quoi le Victorious retourna à Scapa Flow.
Les convois de l'Arctique furent suspendus temporairement après les pertes terribles subies par le convoi PQ 17. Vingt-trois navires sur 36 furent coulés après que le convoi fut dispersé dans la conviction qu'une attaque était imminente par les bâtiments de guerre allemands l’Admiral Hipper, le Lützow, l’Admiral Scheer et le Tirpitz.
Opération Pedestal La suspension des convois de l'Arctique libéra le Victorious pour prendre part à une « dernière chance » de tenter de ravitailler Malte — Opération Pedestal. Le convoi WS21S destiné à Malte partit de la Grande-Bretagne le , escorté par le Victorious, le et les croiseurs , et . Les exercices (opération Berserk) furent effectués avec les porte-avions , , et pour améliorer les techniques opérationnelles.
thumb|Vue des HMS Indomitable et depuis le HMS Victorious, durant l'opération Pedestal
Pedestal débuta le et impliquait un grand nombre de navires répartis en plusieurs groupes coordonnés: deux cuirassés, quatre porte-avions, sept croiseurs et 32 destroyers. Certains de ces porte-avions transportaient des avions pour la défense de Malte et quatorze navires marchands transportaient du ravitaillement. Le , le Victorious fut endommagé légèrement par une attaque de bombardiers italiens. L’Eagle fut moins chanceux, torpillé par un U-boot allemand le , il coula en huit minutes. Finalement, Pedestal fut un succès. L'approvisionnement, incluant le pétrole, et le renforcement par des Spitfire, permit à Malte de tenir, mais au prix de la perte de neuf navires marchands, d'un porte-avions, de deux croiseurs, et d'un destroyer.
En , le Victorious partit en chantier, notamment pour installer une salle de contrôle de l'espace aérien. Après les essais, il fut prêt à participer au débarquement en Afrique du Nord.
Opération Torch En , le Victorious prit part au débarquement des Alliés en Afrique du Nord. L'opération Torch impliquait 196 navires de la Royal Navy et 105 de l’US Navy. soldats alliés furent débarqués. En fin de compte réussie, l'opération Torch fut le précurseur des débarquements en Sicile, en Italie et en France. Le Victorious fournit une couverture aérienne lors du débarquement et lança des attaques aériennes sur Alger et le fort Durée. Quatre de ses chasseurs Martlet (Wildcat anglais) atterrirent à l’aérodrome de Blida pour accepter la reddition.
Il appareilla pour Scapa Flow le , et en cours de route des Fairey Albacore du Naval Air Squadron lancèrent des charges sous-marine sur l’U-517 au large du cap Finisterre. La structure du sous-marin fut gravement endommagée et il se saborda ; l'équipage survivant fut secouru par le .
USS Robin L' avait été coulé et l' avait été gravement endommagé lors de la bataille des îles Santa Cruz. Cela laissait la marine américaine avec un seul porte-avions opérationnel dans le Pacifique, l'. À la fin de le Victorious fut prêté à l’US Navy, à la suite d'une demande américaine pour un renforcement en porte-avions. Son nouveau commandant était le captain L.D. MacIntosh. Pour cette période il utilisa le nom de code (mais ne fut pas renommé) USS Robin à des fins de communication, en référence à « Robin des Bois ». Après un carénage aux États-Unis à la base navale de Norfolk en , pour recevoir d'une part un nouveau camouflage afin d'imiter les navires de la flotte américaine du Pacifique et d'autre part de l'adapter aux avions de l’US Navy, le Victorious passa par le canal de Panama pour opérer avec les forces américaines dans le Pacifique.
thumb|HMS Victorious et l'USS Saratoga à Nouméa, 1943.
Le Victorious arriva à Pearl Harbor en , où il fut modifié pour accueillir les USN Grumman F4F Wildcat et les Grumman TBF Avenger, ainsi que pour l'ajout d'armes à courte portée. Il fut prêt pour le service en mai et navigua avec l'USS Saratoga dans le Sud-ouest du Pacifique. Son rôle au sein du Task Group 36.3 était de soutenir les opérations de débarquements américains, et assurer la défense contre les attaques de navires de guerre japonais. Les deux porte-avions avaient des équipages anglo-américains, la couverture aérienne étant fournie par les avions du Victorious et la frappe aérienne par ceux du Saratoga. En , le Victorious et le Saratoga fournirent un appui aérien aux forces alliées lors de l'invasion de la Nouvelle-Géorgie (opération Cartwheel). Puis en le Victorious repartit pour la base navale anglaise de Scapa Flow où il arriva à la mi-octobre.
Attaques contre le Tirpitz De jusqu'à , le Victorious était en carénage à Liverpool où un nouveau radar lui fut installé.
À la fin mars, le HMS Victorious (commandant M.M. Denny), le et le formèrent la force 1, protégeant le passage du convoi JW58. Le , la force 1 rejoignit la force 2 constituée des porte-avions , , et Searcher, accompagnés de nombreux croiseurs et destroyers, pour lancer une attaque (opération Tungsten) sur le cuirassé allemand Tirpitz à Altafjord en Norvège. Deux vagues d'avions Fairey Barracuda frappèrent le cuirassé quatorze fois et mitraillèrent le bâtiment. Bien que les impacts de proximité causèrent des voies d'eau et qu'il subit de graves dommages à la superstructure, le blindage du navire ne fut pas pénétré. Néanmoins cette attaque mit le Tirpitz hors de combat pendant quelques mois. Pendant l'opération le Victorious devint le premier porte-avions à utiliser opérationnellement le chasseur Corsair F4U Vought. Le groupe d'attaque retourna à Scapa Flow trois jours plus tard.
Le Victorious devait participer à trois autres attaques, en avril et mai, sur le Tirpitz (opérations Planet, Brawn et Tiger Claw), mais elles furent annulées en raison des mauvaises conditions météorologiques. Le , une attaque à la torpille acoustique par l’U-957 échoua, et le Victorious continua ses attaques sur la Norvège (opération Lombard).
La flotte orientale