vignette|upright=1.2|Tramway arrivant à Blagnac
L' est un réseau de tramway urbain à traction hippomobile puis électrique, qui fonctionna entre 1862 et 1957, dans la ville française de Toulouse (Haute-Garonne, Midi-Pyrénées) et dans ses environs.
Il aura fallu plus de 50 années pour que le nouveau tramway de Toulouse circule dans l'agglomération toulousaine.
Histoire
Avant les omnibus : les voitures de place thumb|Une diligence à trois corps des Messageries du Midi et du Commerce de 1839. Depuis la fin du , les Toulousains peuvent louer des voitures de place. Leur tarif est assez cher et donc réservé aux privilégiés : 1,25 franc la course en 1842, 2 francs pour la banlieue plus 1,25 franc pour un retour à vide, le double la nuit.
Huit petites compagnies privées (les Toulousaines, Citadines, Languedociennes, Sylphides, Payses, Lionnes, Françaises...) se partagent ce petit marché dans les années 1840.
La mairie a bien tenté en 1836 de constituer un réseau régulier et meilleur marché (25 centimes la course) mais il est vite abandonné faute de passagersRenseignements tirés de la conférence « Les transports toulousains d'Eugène et Firmin Pons » prononcée le 8 avril 2010 par Marie-Madeleine Olivier, vice-présidente de l'Institut de Technologie des Transports et des Communications. Texte dans le de Ferrovia-Midi..
La Compagnie (Pons) des Omnibus Toulousains (1862-1903)
Eugène Pons : appel d'offres et premier réseau (1862-1871)
vignette|240px|Le premier bus à impériale de Toulouse (en 1863). vignette|240px|Omnibus 'Ripert' à chevaux toulousain, de 1882. vignette|240px|Omnibus Ripert de 1881.
L'ouverture en 1857 de la gare Matabiau et le relatif éloignement de celle-ci par rapport au centre-ville forcent la municipalité à rationaliser et équiper la ville d'un véritable réseau de transport en commun. Une navette fait bien la liaison avec la gare, mais son tarif (25 centimes) est encore trop élevé. La mairie lance un appel d'offres et c'est Eugène Pons, un riche minotier d'Auterive, qui a ses bureaux place Dupuy, près de la Halle aux Grains, qui se porte seul candidat et obtient, le , le droit exclusif de faire circuler pendant 12 ans, (du au ), des omnibus dans Toulouse.
Les premières voitures hippomobiles sont fabriquées à Toulouse par le carrossier Mandement, rue du Rempart-Saint-Étienne. Le réseau initial est inauguré avec plus de deux semaines d'avance, le , comme l'annonce le Journal de Toulouse du Exemplaire téléchargeable sur le site Rosalis de la Bibliothèque numérique de Toulouse. sur toute la largeur de sa dernière page :
Très vite, le réseau s'agrandit et il est réorganisé à partir de la place du Capitole. Le succès est immédiat : 1,1 million de passagers dès 1863, 1,3 en 1864, plus d'1,5 en 1870. En 1870, la compagnie Pons dispose de 124 chevaux et 29 omnibus (16 à 22 places dont 9 à impériale, 9 à 14 places, 4 à 10-12 places). Le dépôt est à l'hôtel Thibaud sur les allées Louis-Napoléon (actuelles allées Jean-Jaurès). Entre-temps, Eugène Pons a obtenu en 1868 une prolongation de sa concession jusqu'au Les informations de ce sous-chapitre sont tirées de la conférence « Les transports toulousains d'Eugène et Firmin Pons »..
Firmin Pons : réorganisation, omnibus Ripert et premiers tramways (1871-1891)
vignette|gauche|Tramways hippomobiles ouverts, vers 1907.
Eugène Pons meurt le . Son fils Firmin, diplômé de l'École centrale en 1869 et qui a participé à la défense de Belfort pendant la guerre franco-prussienne, revient à Toulouse prendre la direction de l'entreprise. En 1877, il transfère le siège et le dépôt sur un vaste terrain au bord du canal du Midi, rue des PrésActuelle rue Danielle-Casanova. Le dépôt, agrandi lors de l'électrification au début du et utilisé par la SEMVAT jusqu'en 1982, a été ensuite rasé pour laisser la place à l'actuel Hôtel du Département.. Il s'attache également à moderniser le réseau. En 1882, une nouvelle convention est signée avec la Ville de Toulouse, prolongeant la concession jusqu'en 1898. Firmin Pons équipe le réseau de voitures Ripert, du nom du carrossier marseillais qui lança ces voitures à chevaux sans impériale mais avec options été-hiver.
Puis, progrès appréciable pour les utilisateurs éprouvés par les terribles pavés toulousains, l'arrivée des tramways hippomobiles qui permet à Firmin Pons de signer une convention notoirement plus longue (35 années de 1887 à 1922), justifiée par les dépenses de construction du réseau. Les premiers tramways roulent dans Toulouse à partir du Magazine de la mairie de Toulouse : À Toulouse, , .. En 1902, ce sont 118 voitures de tramways à traction animale qui sillonnent les rues toulousaines.. Le trafic continue de progresser : 6,3 millions de passagers en 1882, 8,8 en 1887, 16,5 en 1905Voir tableau p. 16 de La "Belle-Époque" du tramway..
Firmin Pons : la grève de 1891
Première grève. C'est le Les informations sur ce conflit sont tirées de l'ouvrage de Maurice Andrieu « Jean Jaurès, citoyen adoptif de Toulouse » (Privat, 1987), pages 95 à 99. que les salariés de la compagnie Pons se mettent en grève et déposent à la préfecture un cahier de revendications, dont le passage de 16 à 12 heures de la journée de travail. On peut se demander si cette grève n'a pas été provoquée par le prototype de tramway électrique mis en place à l'occasion de la Foire de Toulouse et reliant le terminus du pont des Amidonniers au Ramier du BazacleOn lit dans La Dépêche du 14 juin 1891 : « Dans l'après-midi d'avant-hier, vers 5 heures et demie, le coquet tramway électrique qui fait le service du Bazacle au pont des Amidonniers a manqué son arrêt en revenant du Parc du Bazacle et, sortant des rails, il est venu tamponner sans trop de violence la baraque où l'on distribue les tickets pour ce petit voyage. La baraque a ainsi reculé de 4 ou 5 mètres. Personne n'eut de mal. » Cité p. 18 de La "Belle-Époque" du tramway.. Le préfet renvoie les grévistes au maire (Camille Ournac) qui décide, lors d'un conseil municipal officieux, de nommer une commission présidée par Jean Jaurès, alors adjoint à l'instruction publique, pour connaître et vérifier les comptes de la société Pons. Firmin Pons refuse ce contrôle le mais propose un compromis à la mairie : les cochers et conducteurs passeront à 12 heures avec 2 jours de repos par mois (1 jour pour les autres) en échange, entre autres, du versement à la société de l'augmentation de tarif des dimanches et jours fériés. Devant le refus de la mairie, Pons négocie tout seul un accord complexe avec les salariés qui obtiennent des améliorations différentes selon leur statut.
Deuxième grève et émeute. Mais très vite, ceux-ci s'estiment bernés car la journée de 12 heures s'étire à 13 ou 14 heures et le , ils se remettent en grève. Pons fait aussitôt placarder un avis avertissant les grévistes que tout salarié ne se présentant pas à son poste de travail le 30 sera considéré comme démissionnaire. D'où une journée d'émeute dans Toulouse ce jour-là, les grévistes, accompagnés de leurs femmes, renversant des tramways et incendiant plusieurs kiosques.
Compromis négocié par Jaurès et fin de la grève. Lors d'une réunion d'urgence ce même jour à la préfecture avec Ournac, Jaurès, les délégués syndicaux et Pons, celui-ci propose une paye de 2,75 francs par jour, la journée de 12 heures en moyenne et la réintégration de tous les salariés non condamnés. En échange la Ville renonce aux 10500 francs de droits de stationnement pendant un an. L'accord est ratifié le lendemain par le conseil municipal au cours duquel Jaurès déclare : « Le sacrifice demandé à la Ville est-il trop grand au regard des avantages faits en faveur des employés des tramways et du résultat qui consiste à assurer la tranquillité publique ? Je ne le crois pas. (...) Le renouvellement de la grève a amené dans tous les esprits l'idée qu'il fallait faire des sacrifices. (...) Je crois que l'administration municipale a fait aussi une œuvre sage tout en consentant le moins de sacrifices possibles et que le Conseil le comprendra. » La grève terminée, les cochers sont couverts de fleurs par les vendeuses des marchés de la ville.
Firmin Pons : vers l'électrification (1891-1903) vignette|Tramway hippomobile, dans Toulouse, 1895 vignette|Tramway hippomobile sur le Pont des Minimes, peu avant la mise en service du tramway électrique, dont les lignes aériennes de contact sont déjà en place.
Les réticences de Firmin Pons. Très satisfait du réseau de tramway hippomobile et soucieux de ne pas se lancer dans de considérables frais d'équipement, Firmin Pons résiste longtemps aux souhaits de la municipalité qui veut, comme les autres grandes villes françaises et européennesDes tramways électriques circulent à Paris depuis 1891, à Marseille depuis 1892, à Bordeaux depuis 1893., passer au tramway électriqueToutes les informations de ce sous-chapitre sont tirées de La "Belle-Époque" des tramways, pp. 17 à 26..
En 1898, le maire radical Honoré Serres part même faire un tour d'Europe avec Firmin Pons pour se renseigner sur 6 réseaux existants en Italie (Turin et Milan), en Suisse (Genève), en Belgique (Bruxelles) et en France (Le Havre et Nancy). Ce qui semble vaincre les réticences de Firmin Pons qui consent à faire une demande officielle mais très prudente à la municipalité le Essentiel du texte de cette lettre de Firmin Pons au maire pp. 20 et 21 de La "Belle-Époque" des tramways. : l'entrepreneur y souligne en effet que le passage à l'électricité n'apportera pas d'amélioration en matière de prix (qui ont toujours été très bas à Toulouse) ni de fréquences (déjà élevées), que les progrès en matière de vitesse ne pourront se faire que sur les grands axes dégagés de la banlieue et que les voitures électriques n'ont pas de configuration d'été, nécessaires « pour nos climats ». Il conseille donc dans un premier temps de réserver le tramway électrique à certaines nouvelles lignes.
La concession de 1902. Approuvée par le Conseil municipal du , la nouvelle concession prévoyant l'électrification est signée par Honoré Serres et Firmin Pons le . En échange de se voir confier la construction et l'exploitation du nouveau réseau électrifié à ses « seuls risques et périls », Pons obtient une concession de 50 ans courant donc jusqu'au .
Le traité prévoit l'électrification des lignes de tramway hippomobiles existantes (à part celles passant par la rue d'Alsace-Lorraine où la mairie ne souhaite pas voir de fils trolley) et la création de 11 nouvelles d'ici 6 ans. Les travaux peuvent commencer.
Pour les financer en partie, Firmin Pons transforme le sa compagnie en Société Anonyme des Tramways et Omnibus Firmin Pons dont il vend à cette occasion 7 % du capitalVue d'une action de la nouvelle société..
thumb|centre|upright=3|Carte animée de l'évolution des infrastructures ferroviaires de l'agglomération de Toulouse, dont celle des anciens et actuels tramways, de 1885 à nos jours.
Les Tramways et Omnibus Firmin Pons (1903-1920) vignette|Tramway électrique de la Concession Pons, rue d'Alsace, vers 1919 vignette|Tramways, le long du Musée (Musée des Augustins)
La construction du réseau électrifié (1903-1906)
S'il commande assez vite les matériels nécessaires, Pons commence trop tardivement les travaux au goût de la municipalité avec laquelle les relations vont devenir glaciales, particulièrement après la mort d'Honoré Serres, remplacé début 1906 par le socialiste Albert Bedouce.
Celui-ci refuse ainsi le une invitation de Pons à « l'occasion de la très tardive sortie officielle des voitures électriques », prétextant de « la situation précaire » de son personnel, de « la dévastation des allées Lafayette par la boucle, la traversée du Jardin des Plantes » et du fait qu'il n'a pas fait « enlever les rails déposés sur les promenades et dans les rues depuis des mois entiers »L'essentiel de cette lettre est retranscrit p. 25 de La "Belle-Époque" du tramway..