Le Parti démocrate () est l'un des deux principaux partis politiques américains contemporains. Dans le cadre du système bipartite américain, il s'oppose au Parti républicain, avec lequel il domine la vie politique nationale depuis les années 1860. Il est l'une des plus grandes organisations politiques mondiales avec près de 46 millions d'adhérents en 2023.

Le Parti démocrate est fondé le , à l'issue de la scission du Parti républicain-démocrate fondé par Thomas Jefferson en 1792.. Doyen des partis américains et mondiaux, il est à l'origine un parti anti-fédéraliste défendant la liberté des États face au pouvoir fédéral, et celle des propriétaires individuels face aux intérêts bancaires et industriels. À l'époque de la guerre de Sécession, il défend également l'esclavage face au Parti républicain de Lincoln, abolitionniste. Il évolue nationalement vers une vision moins conservatrice. et moins méfiante du pouvoir fédéral dès les années 1890, et plus nettement dans les années 1930 avec le président Franklin Delano Roosevelt, en valorisant le rôle de l'État dans la protection des minorités. Dans les années 1960 et 1970, il s'inscrit plus à gauche sous l'impulsion des sénateurs Hubert Humphrey, George McGovern ou Edward Moore Kennedy, puis se replace vers le centre sous les mandats de Jimmy Carter et Bill Clinton avant de se réorienter vers la gauche sous la présidence de Barack Obama avec l'influence de Bernie Sanders, Elizabeth Warren, Jesse Jackson, Keith Ellison et Nancy Pelosi. Le président des États-Unis Joe Biden, élu en 2020, et sa vice-présidente Kamala Harris, première femme à occuper cette fonction, sont issus du parti démocrate.

Le Parti démocrate conçoit la société américaine comme une union des communautés de citoyens. Il veut assurer la protection égale de leurs droits particuliers, notamment pour les moins puissants. Il est donc traditionnellement la dans laquelle les minorités se retrouvent., qu'elles soient ethniques (Afro-Américains depuis le New Deal, Hispaniques et Latino-Américains, Asio-Américains), religieuses (chrétiens, musulmans et juifs) ou sociologiques (intellectuels, artistes). Son principal adversaire, le Parti républicain, est considéré a contrario comme un parti White Anglo-Saxon Protestant visant à imposer la force de l'Union par le respect des valeurs centrales qui permettent la réussite des meilleurs, proche des milieux d'affaires et financiers, soutenu par les professions libérales et les entrepreneurs.

À l'échelle internationale, le Parti démocrate est, depuis 2013, membre de l'Alliance progressiste qui regroupe l'ensemble des partis politiques progressistes, sociaux-démocrates et socialistes proche de l'Internationale socialiste. Il est dirigé par le Comité national démocrate.

Histoire Parti du peuple et des États (1793-1860) Parti de Jefferson : droit des États et de l'individu L'ancêtre de l'actuel Parti démocrate est le Parti républicain-démocrate de Thomas Jefferson et James Madison qui s'était constitué entre 1793 et 1798 face au Parti fédéraliste de George Washington et de John Adams.

Le débat entre partisans d'une unité centralisée (donc fédéraliste) et partisans du droit des États et de l'individu marque les premières années des États-Unis. Les fédéralistes sont dirigés par Adams, puritain, anglophile, soutenu par la bourgeoisie du Nord qui s'inquiète des désordres populaires. Les républicains-démocrates défendent l'idéal jeffersonien d'un peuple de petits propriétaires indépendants et égaux. Proche des valeurs de la Révolution française, ce parti refuse qu'une élite urbaine financière limite leurs particularismes et leur droit à l'expansion (conquête de l'Ouest, libre commerce). Cela conduit le parti à s'opposer aux taxes fédérales et à une banque centrale contrôlant la monnaie, ce qui en fait un partisan du libéralisme en économie. Le parti s'affiche contre les empiétements de l'État fédéral. Indirectement, en refusant une loi fédérale abolissant l'esclavage, il soutient l'« institution particulière », ce qui le rend très populaire dans l'électorat du sud, qui exporte le coton et est donc favorable à des droits de douane faibles.

Avec la victoire à la présidence de Jefferson en 1800, l'achat de la Louisiane à la France, qui double les terres ouvertes aux fermiers pour la « poursuite du bonheur », et la fin de la guerre de 1812 contre les Anglais qui assure la liberté du commerce et rend possible la doctrine Monroe (« l'Amérique aux Américains »), les républicains-démocrates prennent durablement le pouvoir. La régionalisation puis la disparition du Parti fédéraliste, permet au Parti républicain-démocrate d'être, pendant une trentaine d'années, le seul parti politique national d'importance des États-Unis (1795-1825). Il est alors dirigé par de grands propriétaires virginiens, Madison et Monroe succédant à Jefferson à la présidence.

Démocrates jacksoniens : un populisme conquérant thumb|upright=0.85|Andrew Jackson, le premier président américain issu du Parti démocrate (1829-1837). Le Parti républicain-démocrate se divise vers 1825. La montée électorale du représentant des fermiers de l'Ouest, le populiste Andrew Jackson, provoque l'inquiétude des élites virginiennes et puritaines qui finissent par lui préférer le fils de John Adams, John Quincy Adams qui crée le parti national-républicain. Cette scission entraîne un changement de nom du parti de Jackson, qui prend rapidement le nom de Parti démocrate. Adams étant connu pour son antiesclavagisme, Jackson reçoit le soutien du Sud grâce au sénateur Calhoun, important porte-parole des États esclavagistes, théoricien du droit de « nullification » des lois fédérales par les états locaux. Jackson en outre, par son opposition populiste à l'élite Wasp, attire les fermiers de l'ouest et les nouveaux arrivants, en particulier catholiques (Irlandais puis Italiens). Le Parti démocrate les fédère autour de la machine politique à New York que domine Martin Van Buren, un descendant de Néerlandais qui a le soutien des locofocos (démocrates qui défendent les classes populaires). Cette coalition permet la victoire de Jackson à la présidentielle de 1828. La fonction publique est alors contrôlée par les démocrates (système des dépouilles).

De 1833 à 1856, le parti de Jackson est principalement opposé au Parti whig. Ce parti, issu des partisans d'Adams, reconstitue un certain idéal fédéraliste, représente les milieux d'affaires du nord du pays voulant une économie de marché moderne, axée sur l'éducation morale, des droits de douane protégeant l'industrie et une banque centrale stabilisant la monnaie. Pour les Whigs, le commerce et les infrastructures ont plus de poids que la main-d'œuvre et la possession de terres. Ils reprochent à Jackson son autoritarisme et son populisme. Le parti de Jackson a une implantation sociale et géographique éloignée des élites urbaines : les migrants, les colons de l'ouest, le sud esclavagiste et les minorités new-yorkaises ou bostoniennes se reconnaissent dans le populisme de Jackson ou l'autorité de Polk, futur président. Les chefs du parti conduisent une politique clientéliste, ouvrant de nouvelles terres à la conquête, politique annexionniste vis-à-vis des Indiens, de la frontière canadienne et du Mexique (Polk). Mais le parti ne parvient ni à juguler la crise économique de 1837, liée à leur politique financière, ni, surtout à trouver un compromis durable sur l'esclavage dans les terres conquises : les démocrates du Nord (dont Van Buren) y sont hostiles, alors que l'extension est essentielle pour ceux du Sud qui se reconnaissent dans l'argumentation quasi sécessionniste de Calhoun qui finit par entrer en conflit avec Jackson et Polk.

Un parti dominé par la composante sudiste et conservatrice (1860-1880) Parti de la sécession Le Comité national démocrate (DNC) est structuré en 1848 pour tenter de conserver l'unité du parti, difficile à maintenir. Même si le parti adverse whig est lui aussi divisé et moribond à cause de ses ambiguïtés sur les annexions et sur la question esclavagiste, les présidents démocrates ne parviennent ni à maintenir ni à trouver un compromis sur la question de l'esclavage : Van Buren, président des États-Unis de 1837 à 1841, crée un parti antiesclavagiste, Fillmore, partisan du retour à un compromis Nord/Sud perd le soutien des sudistes de son parti, et Buchanan plus favorable à l'extension de l'esclavage, ne peut empêcher la rupture entre pro et anti-esclavagistes, à la fin des années 1850. Le parti se divise. Devant la crise des deux grands partis, se crée le Parti républicain composé d'anti-esclavagistes des deux bords. Lors de l'élection présidentielle de 1860, le Parti démocrate ne peut se mettre d'accord sur un candidat et se divise entre démocrates du nord (candidat Stephen A. Douglas modéré) et démocrates du sud (John Cabell Breckinridge esclavagiste). Cette division face au candidat Whig affaibli et surtout au Parti républicain qui présente Abraham Lincoln permet à celui-ci d'être élu alors qu'il est minoritaire en voix.

La défaite démocrate entraîne la sécession des États et des élus du Sud qui font du démocrate esclavagiste Jefferson Davis leur nouveau président. La guerre de Sécession dure jusqu'en 1865, année de la victoire des Nordistes. Les démocrates du nord se divisent entre les pacifistes Copperheads et quelques unionistes qui rejoignent Lincoln (ainsi Andrew Johnson, seul sénateur démocrate antisécessionniste, colistier pour sa réélection). À la fin de la guerre les États rebelles sont privés du droit de vote lors des premières années de la période de la reconstruction après la guerre de Sécession. Privé du « solide Sud » le Parti démocrate est laminé par les Républicains. Après l'assassinat de Lincoln, le démocrate Johnson devient président mais, isolé face à la majorité républicaine et considéré comme un traître par les sudistes, il échappe de peu à une procédure d'impeachment. Dès 1868, la présidence revient pour de longues années aux républicains, les démocrates ne présentant pas vraiment de candidat en 1872 (soutien à Horace Greeley).

Parti des oppositions à la « Reconstruction » Le Parti démocrate devient, après 1877, lorsque tous les anciens États confédérés ont été rétablis dans leurs droits et que l'occupation des troupes nordistes a pris fin, le refuge de tous les anciens esclavagistes et des ségrégationnistes. Jusqu'en 1964, où le candidat républicain l'emportera sur Lyndon B. Johnson dans ces États, le sud reste un bastion électoral imprenable où le Parti démocrate fait souvent figure de parti unique et où les divergences politiques ne s'expriment qu'en son sein, opposant les populistes, les conservateurs et les modérés.

Dans les États du nord, le Parti démocrate appuie son électorat sur les immigrants de la Nouvelle-Angleterre, particulièrement des Irlandais catholiques qu'ils avaient protégé contre l'hostilité des « natifs » ; dans les États de l'ouest, il est l'expression des classes populaires immigrées d'Europe, qui sont en butte avec l'administration républicaine au sujet des tarifs douaniers et de la restriction monétaire.

Ainsi, face à un Parti républicain, regroupant les WASP aisés et les esclaves libérés du sud, le Parti démocrate recueille les suffrages des Blancs du sud, des autres minorités ethniques juives et catholiques, des couches populaires, ouvrières et des immigrants récents du nord-est. Les historiens socio-culturels notent une opposition entre les « piétistes » républicains (religion individuelle morale en lien direct avec la transcendance) et les « liturgistes » démocrates (membres de communautés reconnaissant l'intercession d'un clergé pour une présence immanente du mystère divin). Cette opposition n'est pas que théorique : elle a un rôle électoral quand, par exemple, les piétistes entendent prohiber l'alcool.

Réformistes face à la machine démocrate (1877-1922) Du compromis de 1877 aux victoires de Cleveland