La communauté indonésienne de Nouvelle-Calédonie, dont les membres, provenant très majoritairement de l'île de Java, sont appelés généralement Javanais, est l'une des plus anciennes et des plus importantes populations d'origine asiatique de cet archipel français du Pacifique.

Appellations locales Les Indonésiens de Nouvelle-Calédonie sont, dans le langage courant local, désignés de diverses manières. « Javanais » est le terme le plus courant, tandis que l'expression « Kakanes » expression utilisée pour désigner un homme javanais, qui viendrait de l'indonésien kakang signifiant « aîné » ou « grand frère » mais aussi l'expression "Bayou", qui viendrait de l'indonésien Mbak Yu signifiant " aînée " ou " grande sœur ", peuvent avoir un sens neutre quoique paternaliste, voire péjoratif. Enfin, l'appellation « Niaoulis » renvoie aux membres de cette communauté natifs de Nouvelle-CalédonieDictionnaire de calédonien, Croix du Sud.

Histoire Causes de l'immigration javanaise J.-L. MAURER, « Les Javanais de Nouvelle-Calédonie : des affres de l’exil aux aléas de l’intégration », Autrepart, n°22, 2002, p. 67-90 Pression démographique et dureté de la colonisation hollandaise à Java La Pax Neerlandica et les progrès de la médecine tropicale entraîne une transition démographique rapide sur l'île de Java à la fin du : la population y atteint pratiquement les 27 millions d'habitants en 1890, un nombre plus de cinq fois supérieur aux 4,5 millions d'individus recensés en 1815 par l'administrateur colonial britannique Thomas Stamford Raffles. De ce fait, les pressions sur les ressources d'un territoire relativement exigu (, soit une densité de plus de ) et montagneux, dont près de 40 % de la superficie est déjà mis en culture, se font de plus en plus forte. S'y ajoutent les effets du cultuurstelsel ou « système des cultures » (ou de la Tanam Paksa, signifiant « culture forcée » en indonésien) qui, bien qu'officiellement aboli en 1870, continue d'être mis en pratique jusqu'à la fin du : la paysannerie javanaise est ainsi forcée pendant plus d'un demi-siècle à accorder une part croissante de ses terres et de son temps à des cultures d'exportation, comme celle de la canne à sucre, au détriment de la culture du riz, base de l'alimentation, enfonçant de nombreux villages dans la pauvreté. Ceci pousse les autorités néerlandaises à rechercher des solutions à la situation démographique et sociale de l'archipel, de nombreuses voix issus des forces progressistes aux Pays-Bas appelant à remettre en question la politique coloniale.

Besoin de main-d'œuvre en Nouvelle-Calédonie En Nouvelle-Calédonie, les volontés des autorités françaises de faire de la Nouvelle-Calédonie une colonie de peuplement agro-pastorale et le développement des activités minières depuis la découverte de nickel mis au jour par Jules Garnier en 1876 doivent faire face à cruel manque de main-d'œuvre. La colonisation pénale à elle seule ne peut compenser la stagnation de la colonisation libre, tandis que les populations mélanésiennes, refoulées par le statut de l'indigénat dans des « réserves », touchées par une assez forte mortalité liée aux maladies et à l'alcool apportés par les Européens et démoralisées par l'échec de l'insurrection du grand-chef Ataï en 1878, se tiennent à l'écart de la société coloniale occidentale et de ses activités. Des initiatives individuelles et privées s'orientent vers le recrutement de travailleurs à bon marché dans la région Asie-Pacifique : les coolies indiens (malabars) et les descendants d'esclaves cafres emmenés avec eux par les migrants bourbonnais entre 1864 et 1880, les Néo-Hébridais recrutés par les colons dès 1865 ou encore les engagés sous contrat de la Société Le Nickel (SLN) d'origines chinoises (sans grand succès) en 1884, tonkinoises (Chân đăng) à partir de 1891 et japonaises à compter de 1892.

Mais la décision en 1894 du nouveau gouverneur de Nouvelle-Calédonie, Paul Feillet, de fermer le « robinet d'eau sale » que représente pour lui le bagne, va entraîner une prise en main par les pouvoirs publics coloniaux français de recrutement de travailleurs asiatiques.

Les travailleurs javanais Un accord est trouvé rapidement entre les autorités néerlandaises et françaises pour l'envoi de travailleurs javanais sous contrat en Nouvelle-Calédonie. Le premier contingent de 170 personnes arrive le . Jusqu'en 1949, 87 bateaux affrétés vont emmener par vagues successives : des débuts modestes, avec arrivées entre 1896 et 1909, puis entre 1911 et 1919, avec un roulement relativement important puisque comparativement les retours au pays d'origine concernent entre 1902 et 1919 , deux grandes phases d'arrivée dans les années 1920 et 1930, avec d'abord entre 1922 et 1929 et de 1933 à 1939. Il y a entre 1921 et 1941 plus de retours en valeur absolue (, ils restent faibles jusqu'en 1929), mais ceux-ci représentent une proportion légèrement plus faible de l'ensemble de la communauté javanaise désormais installée en Nouvelle-Calédonie. La communauté, du fait de ce relativement fort solde migratoire à quoi s'ajoute désormais un certain accroissement naturel (avec la naissance des premiers Indonésiens d'origine en Nouvelle-Calédonie, appelés « Niaoulis »), connaît son apogée en 1946 avec une population estimée alors à . la fin de l'immigration et le rapatriement d'une part non négligeable de la population javanaise après la Seconde Guerre mondiale et l'indépendance de l'Indonésie reconnue, après un lourd conflit armé, en 1949 par les Pays-Bas : si le dernier convoi apportant des travailleurs n'emmène que 494 personnes en 1949, ils sont à repartir entre 1948 et 1955. Les mouvements de population entre la Nouvelle-Calédonie et l'Indonésie après 1955, s'ils existent, vont rester infimes et surtout non planifiés en comparaison de ce qu'ils ont pu être dans la première moitié du . En 1955, la population d'origine javanaise en Nouvelle-Calédonie est retombée à seulement quelque .

Ces travailleurs sont essentiellement présents sur le marché du travail néo-calédonien comme employés domestiques (jardiniers et gardiens pour les hommes, femmes de ménage et nourrices pour les femmes), ouvriers agricoles (où ils fournissent la grande majorité de la main d'œuvre dans les plantations de café notamment) voire dans les activités minières (où ils sont toutefois moins présents que les Chân đăng et ne sont pas employés aux mêmes tâches : aux Indochinois l'extraction, aux Indonésiens le transport de minerai). Le type de contrat est resté globalement identique durant toute cette période : d'une durée de cinq ans et renouvelable d'un commun accord, il lie entièrement l'engagé à son employeur et limitait considérablement ses possibilités de déplacement et ses libertés individuelles, et spécifie clairement qu'à son terme l'employé dispose d'un droit acquis au rapatriement. Chaque travailleur dispose d'un livret établi par l'administration coloniale, contenant les informations essentielles à savoir sur lui : salaires, gages et avances, congés, fautes et amendes, logement, habillement, nourriture. Au bout de huit ans, ils peuvent obtenir un permis de « résidence libre » : en échange de l'abandon de leur droit au rapatriement, ils peuvent choisir de travailleur pour qui ils veulent voire, pour certains, s'installer comme métayers dans la culture du café.

Les conditions de travail sont difficiles, quoique s'étant améliorées au fil du temps : les témoignages recueillis auprès des plus âgés d'entre eux dans les années 1990 font état d'horaires et rythmes de travail éprouvants, surtout dans les mines, de sévices corporels occasionnels et d'humiliations en tout genre. Leurs salaires sont aussi parmi les plus bas en Nouvelle-Calédonie : vers 1900, ils se situent entre 9 et 12 francs par mois pour les femmes et entre 15 et 25 F pour les hommes, alors qu'un ouvrier libre gagne en moyenne à cette époque 7 F à Nouméa. Cette main-d'œuvre devient très vite appréciée des employeurs néo-calédoniens, en raison de son faible coût, mais aussi pour avoir acquis une réputation d'une population dure à la tâche, aimant le travail bien fait, ayant le sens de la discipline et de l'ordre, calme et disciplinée (voire docile), notamment du fait qu'elle n'a jamais fait grève, contrairement aux Chân đăng par exemple. Conscients de leur importance pour l'économie locale, les Javanais réussissent progressivement à négocier de meilleures conditions de travail. La présence américaine en Nouvelle-Calédonie pendant la guerre dans le Pacifique entre 1942 et 1945 va considérablement contribuer à améliorer la vie des populations d'origine indonésiennes : formés par les soldats pour servir de chauffeurs et de mécaniciens. En 1946, ils obtiennent tous la résidence libre.

Depuis l'indépendance de l'Indonésie Après l'indépendance de l'Indonésie, reconnue en 1949, et le départ du dernier convoi de retour en 1955, la communauté javanaise de Nouvelle-Calédonie se trouve donc réduite à environ (environ 3 % de la population totale). Si une petite partie des rapatriés décident de se réimplanter dans l'archipel français, et si une nouvelle vague d'immigration, plus modeste que les précédentes (quelques centaines) au moment du « boom du nickel » (fin des années 1960 et début des années 1970), la population néo-calédonienne d'origine javanaise reste une minorité se stabilisant autour des de la fin des années 1970 jusqu'à aujourd'hui Fiche sur les communautés de Nouvelle-Calédonie, ISEE : – 1976 : (3,8 % de la population totale) ; – 1983 : (3,7 %) ; – 1989 : (3,2 %) ; – 1996 : (2,5 %).

Désormais tous résidents libres depuis 1946, ils ne sont plus liés par le système des contrats d'engagement. Beaucoup restent présents dans la culture du café (qui a toutefois beaucoup souffert du départ massif de la grande majorité des Indonésiens) en « Brousse », devenant métayers pour certains grands propriétaires ou même petits exploitants indépendants. À Nouméa et sa banlieue, à leurs emplois traditionnels depuis la fin du (ouvriers de la SLN, travaux domestiques) s'ajoutent ceux obtenus grâce à leur expérience acquise en tant que chauffeurs ou mécaniciens auprès des soldats américains durant la guerre : ils investissent ainsi beaucoup les secteurs des transports (petites entreprises familiales de roulage assurant le transport de nickel des mines aux ports, par exemple) et des ateliers de réparation. En revanche, contrairement aux autres populations d'origines asiatiques (surtout les Vietnamiens), les Indonésiens de Nouvelle-Calédonie s'engagent très peu dans les activités commerciales. À partir des années 1980, leur nombre augmente de plus dans la fonction publique, notamment dans l'éducation et la santé.