Le psaume 137 (136 selon la Vulgate et la Septante) est l'un des du livre des Psaumes dans la Bible. C'est le seul qui évoque l'exil à Babylone au et il est particulièrement connu par les vers « Si je t'oublie, Jérusalem, que ma main droite se dessèche... ».

Contexte historique Conquête et annexion du royaume de Juda par les Babyloniens de Destruction du temple Exil d'une partie de la population en Mésopotamie

Texte verset original hébreuL’original hébreu provient du site Sefarim, du grand rabbinat de France. traduction française de Louis SegondLa traduction de Louis Segond est disponible sur Wikisource, de même que d'autres traductions de la Bible en français. VulgateLe texte de la Vulgate est disponible sur Wikisource latin. (en latin)1עַל נַהֲרוֹת, בָּבֶל--שָׁם יָשַׁבְנוּ, גַּם-בָּכִינוּ: בְּזָכְרֵנוּ, אֶת-צִיּוֹןSur les bords des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, en nous souvenant de Sion.[David Hieremiæ] Super flumina Babylonis illic sedimus et flevimus cum recordaremur Sion2עַל-עֲרָבִים בְּתוֹכָהּ-- תָּלִינוּ, כִּנֹּרוֹתֵינוּAux saules de la contrée nous avions suspendu nos harpes.In salicibus in medio eius suspendimus organa nostra3כִּי שָׁם שְׁאֵלוּנוּ שׁוֹבֵינוּ, דִּבְרֵי-שִׁיר—וְתוֹלָלֵינוּ שִׂמְחָה:שִׁירוּ לָנוּ, מִשִּׁיר צִיּוֹןLà, nos vainqueurs nous demandaient des chants, et nos oppresseurs de la joie : Chantez-nous quelques-uns des cantiques de Sion !Quia illic interrogaverunt nos qui captivos duxerunt nos verba cantionum et qui abduxerunt nos hymnum cantate nobis de canticis Sion4אֵיךְ--נָשִׁיר אֶת-שִׁיר-יְהוָה: עַל, אַדְמַת נֵכָרComment chanterions-nous les cantiques de l’Éternel sur une terre étrangère ?Quomodo cantabimus canticum Domini in terra aliena5אִם-אֶשְׁכָּחֵךְ יְרוּשָׁלִָם-- תִּשְׁכַּח יְמִינִיSi je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite se dessèche !Si oblitus fuero tui Hierusalem oblivioni detur dextera mea6תִּדְבַּק-לְשׁוֹנִי, לְחִכִּי-- אִם-לֹא אֶזְכְּרֵכִי:אִם-לֹא אַעֲלֶה, אֶת-יְרוּשָׁלִַם-- עַל, רֹאשׁ שִׂמְחָתִיQue ma langue s’attache à mon palais, si je ne me souviens de toi, si je ne fais de Jérusalem le principal sujet de ma joie !Adhereat lingua mea faucibus meis si non meminero tui si non præposuero Hierusalem in principio lætitiæ meæ7זְכֹר יְהוָה, לִבְנֵי אֱדוֹם-- אֵת, יוֹם יְרוּשָׁלִָם:הָאֹמְרִים, עָרוּ עָרוּ-- עַד, הַיְסוֹד בָּהּÉternel, souviens-toi des enfants d’Édom, qui, dans la journée de Jérusalem, disaient : Rasez, rasez jusqu’à ses fondements !Memor esto Domine filiorum Edom diem Hierusalem qui dicunt exinanite exinanite usque ad fundamentum in ea8בַּת-בָּבֶל, הַשְּׁדוּדָה:אַשְׁרֵי שֶׁיְשַׁלֶּם-לָךְ-- אֶת-גְּמוּלֵךְ, שֶׁגָּמַלְתְּ לָנוּFille de Babel, la dévastée, heureux qui te rend la pareille, le mal que tu nous as fait !Filia Babylonis misera beatus qui retribuet tibi retributionem tuam quam retribuisti nobis9אַשְׁרֵי, שֶׁיֹּאחֵז וְנִפֵּץ אֶת-עֹלָלַיִךְ-- אֶל-הַסָּלַעHeureux qui saisit tes enfants, et les écrase sur le roc !Beatus qui tenebit et adlidet parvulos tuos ad petram

Analyse des thèmes vignette|Le Psaume 137 dans le Siddour de Fürth (1738)

Le est une élégie funèbre sur Jérusalem, d'où la prière est absente. Il s'articule en trois sections : le souvenir de Sion ; le serment ; la malédiction des Babyloniens.

Le souvenir de Sion (verset 1 à 4) : les Juifs sont assis au bord des canaux d'irrigation de Babylone et ont pendu leurs harpes aux arbres, signe de leur tristesse. Ils refusent de chanter et danser pour leurs vainqueurs.

Le serment (verset 5 et 6) : le cœur du psalmiste appartient entièrement à Jérusalem ; il préfère la mutilation à l'oubli de la ville sacrée.

La malédiction (verset 7 à 9) : le rappelle les conditions de la ruine de Sion et en accuse les Édomites, voisins des Hébreux, qu'il joint dans sa malédiction aux Babyloniens. Le psalmiste appelle sur Babylone non seulement la loi du talion, mais plus encore : la mort atroce de ses enfants.

Le se distingue par le caractère concret et descriptif de ses premiers versets, qui évoquent la situation des exilés à Babylone et leur attachement à Jérusalem. Le texte rapporte notamment la demande qui leur est adressée de chanter alors qu'ils se trouvent en exil. La dernière partie du psaume adopte un registre différent, avec l'expression de souhaits de vengeance à l'encontre de Babylone et de ses populations. Ces passages, particulièrement violents, ont fait l'objet de différentes interprétations dans les traditions religieuses et dans les études consacrées au psaume.

Philologie Selon la tradition rabbinique, ce psaume a été écrit par le prophète Jérémie.

En latin, il est appelé , d'après son incipit dans la traduction de saint Jérôme.

L'hébraïste allemand Paul Ascherson (1834-1913), par ailleurs botaniste et polyglotte, a démontré en 1872 Sitzungsb. Gesell. Naturf. Freunde, Berlin, p. 92 que, dans le passage , la traduction d'« arâbîm » par « saules » est une erreur et qu'il s'agissait en réalité de peupliers de l'Euphrate (Populus euphratica).

Psaume 137 dans l'usage liturgique

Dans le judaïsme vignette| Vieille ville de Jérusalem, synagogue Ben Zakkaï : le psaume 137:5-6 est inscrit au centre, en haut. Le est récité lors du jeûne de Tisha Beav qui commémore la chute du Temple de Jérusalem. Il est aussi récité dans certaines communautés juives avant le Birkat Hamazon, la prière de grâces après le repas, les jours où elles ne récitent pas le . Le se trouve dans la Amidah de Rosh Hashanah, et les et 6 sont prononcés en conclusion des cérémonies de mariageD’après le Complete Artscroll Siddur, compilation des prières juives..

Dans le christianisme Depuis le haut Moyen Âge, ce (136) était exécuté lors de la célébration de vêpres du mercredi, selon la règle de saint Benoît, fixée vers 530, car le fondateur de son ordre attribua essentiellement les derniers psaumes aux offices de vêpresRègle de saint Benoît, traduction de Prosper Guéranger, , Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, réimpression 2007Psautier latin-français du bréviaire monastique, , 1938/2003. Dans la liturgie catholique traditionnelle, le premier verset de ce psaume constitue le texte de l'offertoire chanté en grégorien le après la Pentecôte.

Dans l'Église catholique, depuis le concile Vatican , les trois derniers versets du psaume ont été retirés des livres liturgiquesVoir l'article du frère Marc Girard sur le site Spiritualité2000.com. en raison de leur cruauté difficilement compatible avec le message évangélique.

Dans la liturgie actuelle de la messe, le est lu ou chanté le de carême de l’année BLe cycle des lectures des messes du dimanche se déroule sur trois ans..

Les orthodoxes et les catholiques orientaux de rite byzantin lisent ce psaume tous les vendredis à l'orthros (matines), sauf pendant l’octave de Pâques. Il est aussi lu à différents offices lors du Grand carême. Il est chanté solennellement à l'orthros lors des trois dimanches qui précèdent le Grand carême.

Le psaume 137 dans la culture Mise en musique vignette|droite|L'arche de la synagogue Hourva dans la vieille ville de Jérusalem. Le verset 5 du psaume 137 est écrit en hébreu sur le rideau de l'arche : Si je t'oublie, Jérusalem, que ma main droite se dessèche!

Le a été mis en musique à de très nombreuses reprises, par des artistes d'horizons et d'époques variés, souvent en retirant les derniers versets.

Au , le texte latin est utilisé par Palestrina, Tomás Luis de Victoria, Orlando di Lasso, Nicolas Gombert, Luca Marenzio, Philippe de Monte, Costanzo Festa et Antonio Savetta dans des motets pour quatre à huit voix. En France, en 1580, Claude Goudimel compose une chanson à quatre voix sur une traduction française de Clément Marot : « Estans assis aux rives aquatiques ».

Quelques décennies plus tard, le compositeur juif italien Salamone Rossi écrit un motet à quatre voix sur le texte original hébreu « עַל נַהֲרוֹת בָּבֶל », « Al naharot Bavel », publié en 1623 dans sa collection Ha-shirim asher li-Shlomo ().

Au , en France, Henry Du Mont, Marc-Antoine Charpentier (H.170, H.171- H.171 a) et Charles-Hubert Gervais composent tous des grands motets sur « Super flumina Babylonis ». En 1687, Michel-Richard de Lalande écrit pour un gand motet en latin (S13) sur le même texte.

Au , François Giroust compose un grand motet sur ce texte pour le concours du Concert Spirituel de 1768. La même année, Franz Xaver Richter met également ce psaume en musique.

Au , le donne à Verdi l'inspiration du chœur des esclaves Va, pensiero, dans l'opéra Nabucco (1842). Le compositeur français de confession juive Charles-Valentin Alkan compose également un paraphrase pour piano sur Super flumina Babylonis qu'il publie en 1859 comme son opus 52. En 1863, le jeune Gabriel Fauré, alors âgé de , compose pour le concours annuel de l'École Niedermeyer de Paris une pièce pour chœur mixte et orchestre d'une dizaine de minutes sur le texte du psaume Super flumina Babylonis pour laquelle il recevra la mention « très honorable ». À la fin du , ce psaume a été mis en musique par le compositeur Guy Ropartz.

Au , Harry Patch écrit le morceau By the Rivers of Babylon pour voix et violon adapté, et David Amram le met en musique pour une voix de soprano. Le compositeur estonien Arvo Pärt utilise le texte allemand du psaume dans An den Wassern zu Babel saßen wir und weinten en 1976. Sous le nom de On the Willows, c'est l'un des chants de la comédie musicale Godspell de Stephen Schwartz. Enfin, le constitue l'ouverture de l'oratorio Belshazzar's Feast, de William Walton.

La musique contemporaine se l'est aussi approprié : The Melodians, un groupe jamaïcain, écrit la chanson Rivers of Babylon, qui sera reprise avec succès par Boney M. dans les années 1970. On trouve une autre reprise dans l'album du groupe de rock/reggae Sublime intitulé 40 oz. to Freedom. Le chanteur de reggae juif Matisyahu reprend les et 6 pour le chœur dans le single Jerusalem. La chanson City of Sorrows de Fernando Ortega est fondée sur ce psaume. Les chansons Babylon de Don McLean et Al naharot Bavel de Naomi Shemer reprennent le premier verset. En , Will Butler (membre de Arcade Fire) en a fait une interprétation titrée « » en l'associant à la souffrance subie par les peuples subissant le joug de l'état Islamique, notamment à l'attentat à la culture qu'ont été les événements du musée de Mossoul. Enfin, le est énormément utilisé (en hebreu, sa langue originale) par les chanteurs et compositeurs juifs et/ou israeliens modernes entre autres Carlebach, אם אשכחך.

Littérature

Le mystique espagnol Jean de la Croix écrit une paraphrase sur Super Flumina Babylonis lors de son exil au cachot de Tolède. Le poète portugais du Luís de Camões écrit le poème Sôbolos rios que vão por Babilônia, fondé sur le , Le poète gallois Evan Evans écrit un poème qui paraphrase ce psaume : A Paraphrase of Psalm CXXXVII, Un roman de William Faulkner de 1939 reprend le verset 5 : If I forget thee Jerusalem, Une nouvelle de Stephen Vincent Benets s'intitule By the Waters of Babylon (Sur les rives de Babylone). L'écrivain français Gabriel Matzneff a publié un recueil de poèmes aux éditions de la Table ronde intitulé Super flumina Babylonis. L'écrivaine congolaise et québécoise Nathasha Pemba a publié un premier roman aux éditions Les Lettres Mouchetées intitulé Que ma langue s'attache à mon palais si j'oublie (2026) - . On trouve aussi de nombreuses paraphrases ou citations des différents versets dans des œuvres diverses, comme Les Frères Karamazov, où le capitaine Snegiryov citeAu livre X, chapitre 7 les et 6.

Notes et références

Notes

Références

Voir aussi Bibliographie Quelques ouvrages parmi les plus connus, classés par ordre chronologique : Commentaires sur les Psaumes, d’Hilaire de Poitiers, , Paris, éditions du Cerf, 2008, , , Commentaires sur les Psaumes, de Jean Chrysostome, , Discours sur les Psaumes, de saint Augustin, , 2 vol., , éditions du Cerf, Séfer Tehilim, de Rachi, , Commentaire des Psaumes, de Jean Calvin, 1557,