Le Bureau télégraphique Wolff (en ou W.T.B.), parfois appelé Agence de presse Continentale ou Compagnie télégraphique continentale Wimmel et Wenzel., est une agence de presse allemande qui faisait partie des quatre grandes agences de presse mondiales et généralistes au et au début du siècle suivant, avant de disparaître. Elle a été fondée à Berlin en 1849 par Bernhard Wolff (1811–1879), un journaliste allemand revenu au pays, qui avait travaillé peu avant en France après avoir fui l'Allemagne juste après la Révolution de 1848. L'agence de presse allemande depuis la Seconde Guerre mondiale est la Deutsche Presse-Agentur (DPA).
Les débuts Le journaliste Bernhard Wolff était le cousin de l'ingénieur allemand Werner von Siemens (1816-1892), qui avait fondé en 1847 Siemens. Après avoir travaillé pour le Vossische Zeitung, il fonde le National Zeitung, quotidien le plus lu à Berlin. Après la Révolution de 1848, il doit fuir la répression qui sévit à Berlin. Il se réfugie à Paris en 1848 chez Charles-Louis Havas, fondateur de l'agence Havas, pour qui il est journaliste, aux côtés de Paul Julius Reuter.
Puis il fonde une nouvelle entreprise sous le nom de Bureau télégraphique Wolff, de nouveau à Berlin. Le , le National Zeitung annonce qu'elle publiera des informations à destination des autres journaux, à Paris, Londres, Francfort et Amsterdam"News agencies from pigeon to internet", par K. M. Shrivastava, page 3.
L'agence Continentale est la première à utiliser le télégraphe électrique pour la collecte de ses informations. Pendant ses six premières années, jusqu'en 1855, elle ne transmit que les cours de la bourse et les nouvelles commerciales, profitant comme Reuters de la très forte croissance économique mondiale des années 1850. Elle y ajouta des nouvelles politiques en 1855. Ensuite, elle disposa assez rapidement alors d'une zone d'influence en Europe de l'Est, en tant que l'un des trois piliers de la « triarchie » des agences de presse, qui se partagent le monde: avec Reuters et l'agence Havas. Tous trois signent un traité officialisation leur entente en 1859, en créant le cartel des agences de presse.
Le Bureau de la presse Vers 1849 aussi se fonda à Berlin un « bureau de la presse », destiné spécialement à agir sur les organes indépendants, divisé en deux sections, l'une pour les affaires intérieures, l'autre pour la politique étrangère, qui recevait 35000 à 50000 thalers pris sur l'allocation des fonds secrets"Revue générale", Volume 21 Comptoir universel d'imprimerie et de librairie, Bruxelles, 1875 . "Une nuée d'écrivains pauvres s'engagèrent pour un salaire modique à écrire des articles dans un sens déterminé, et à les faire passer dans la presse". Le bureau ne cessa d'étendre ses travaux, et il érigea une succursale à Francfort-sur-Mein. En 1863, le bureau de la presse fit paraître la "Correspondance provinciale", organe officieux du ministère de l'Intérieur allemand. Il sera dirigé peu après par Ludwig Karl Aegidi, ancien conseiller de légation, directeur de la Norddeutsche Allgemeine Zeitung, l'un des familiers de Bismarck. Le Bureau verse de l'argent à des journalistes et directeurs de journaux, en Allemagne comme à l'étranger.
Mikhaïl Katkov, directeur de la Gazette de Moscou, a par exemple été accusé d'avoir été subventionné par le "Bureau de la presse" allemand, par l'intermédiaire du général Schweinitz, ancien plénipotentiaire militaire à Saint-Pétersbourg. Lorsque l'affaire devint publique, la Norddeutsche Allgemeine Zeitung accusa au contraire la Gazette de Moscou d'être vendue au roi Georges de Hanovre. En 1873, la Revue Germania accusa Wilhelm Wehrenpfennig, membre du parlement et directeur de la Gazette de Spener, l'un des principaux journaux de Berlin, d'être sous la dépendance secrète du "Bureau de la presse". Wilhelm Wehrenpfennig intenta un procès en calomnie à la Germania. Le journal fut acquitté cependant en première instance : le tribunal déclara que l'imputation était fausse, mais qu'elle n'avait rien de diffamatoire.
L'intervention de Bismarck en 1865 Fin 1865, le chancelier allemand Bismarck décide de s'opposer à l'expansion de Reuters, qui prévoit de poser un câble sous-marin reliant l'Angleterre à l'île de Norderney, en Allemagne du Nord. Le chancelier prussien prévoit lui de récupérer l'Allemagne du Nord et il met sous séquestre les fonds de la Couronne de Hannovre lors de la guerre austro-prussienne de juin-juillet 1866, qui fait suite à la Guerre des Duchés de 1864. Bismarck sait qu'il peut compter sur l'aide de son banquier Gerson von Bleichröder (1822-1893). Un de ses conseillers, Richard Wentzel, convainc le roi de Prusse de lui accorder un prêt de 300000 thalers "International news and the press: an annotated bibliography", par Ralph O. Nafziger, page XXV, dont 200000 thalers à une nouvelle société en commandite, la "Continental Telegraphen Compagnie". Elle est dotée de différents privilèges, via des accords secrets, comme la priorité dans l’accès au télégraphe. Revers de la médaille, l'agence Continentale devient alors la plus contrôlée des agences d'information, via le gouvernement prussien.
Forcé d'abandonner le très lucratif marché de l'Allemagne du Nord, Reuters sauve la face devant ses actionnaires. Il obtient qu'agence Continentale, qui récupère ce territoire, verse en échange 25 % de ses bénéfices à ses associés Reuters et Havas. À Berlin, l'agence Continentale s'installe dans une aile du bâtiment berlinois de la poste centrale d'État, ce qui lui permet un accès direct au fil télégraphique, même si une bonne partie des nouvelles sont ensuite redistribuées vers les clients finaux par un service postal classique ou par pneumatique. Elle restera dans le bâtiment jusqu'en 1877, date à laquelle une modification des tarifs lui permet d'utiliser des petites sociétés pour compléter son réseau de collecte d'information. En 1870, elle a pour territoire l'Allemagne, la Scandinavie, Saint-Pétersbourg et Moscou, tandis que Reuters obtient les Pays-Bas. société en commandite depuis 1865, elle devient une société par actions classique 9 ans plus tard, en 1874.
Dès 1870, Havas et Reuters lui abandonnent l'Europe de l'Est, alors que la guerre austro-prussienne a débouché sur la création en de l'Autriche-Hongrie, qui a immédiatement créé sa propre agence, le Telegraphen Korrespondantz Bureau, affichant des prétentions sur cette même Europe de l'Est.
Critiques et concurrence d'Havas entre 1876 et 1879 De 1876 à 1879, l'agence Continentale est concurrencée sur ses propres terres par la français Havas, qui étendra son domaine au Sud-Est de l'Europe, en installant des correspondants à Belgrade, Bucarest, Sofia et Constantinople, tout en étant représentée à Athènes. Dès le , lorsqu'éclate la guerre de la Serbie et du Monténégro contre la Turquie, Havas veut en savoir plus sur ce conflit, même si Reuters refuse d'envoyer un correspondant commun. En octobre 1876, après l'ultimatum russe à la Turquie, Havas se dit mécontente que l'agence Continentale ait sous-traité la couverture des opérations à une agence officieuse russe, appelée tantôt « Agence générale russe », tantôt « Agence internationale », qui n'assure pas un service satisfaisant.
Les reporters d'Havas débarquent à Saint-Pétersbourg en novembre, à Bucarest et Constantinople en décembre, puis à Roustchouk en avril 1877. Mission : assurer un service régulier pour Havas en pleine zone de la l'agence Continentale. Un contrat est signé à Saint-Pétersbourg avec l'agence russe officielle le . Puis c'est avec la Roumanie en juillet 1877 et avec la Bulgarie en 1879. Cette expansion à l'est suit l'effort d'investissement réalisé deux ans avant par Havas en Amérique du Sud. Elle s'effectue sur fond de progrès technique, mouvement qui fait peur aux gouvernements, attachés à contrôler quand c'est possible l'information. Graham Bell invente le téléphone dès 1875, même s'il faudra attendre encore douze ans pour la première ligne téléphonique Paris-Bruxelles. Dès octobre 1880, une dépêche télégraphique est transmise en trente-huit minutes de Melbourne à Londres.
Les deux écueils de l'année 1887 Des trois grandes alliées européenne, l'agence Continentale était jugée comme la moins entreprenante dans la recherche de territoires étrangers. Mais il lui faut s'adapter à la demande des clients, qui à la fin du siècle demandent de l'international. En février 1887, Reuters et la Continentale conclurent une alliance "offensive" qui prévoyait une action commune pour étendre leur couverture européenne des grandes capitales, afin de répondre la demande croissante d'informations internationales dans la plupart des pays, sur fond d'expansion coloniale.
Le succès de leur alliance de 1887 reposait sur l'opération commune des bureaux de Continentale et Reuters à Rome et Paris, puisqu'aucune des deux ne pouvait espérer la coopération d'Havas. L'agence s'est vue reprocher sa couverture de la très importante campagne électorale allemande de 1887, comme étant trop favorable au gouvernement de Bismarck. Des correspondants avaient été envoyés à Berlin par les deux quotidiens français à l'époque les plus tournés vers l'actualité internationale, Le Soleil et Le Temps. Selon l'agence Havas, ils fournissent un service plus fiable que celui de l'agence Continentale. Ces élections, marquées par la protestation nationaliste après la poussée boulangiste en France, voient un net recul des partis dits "progressistes" : représentés au Reichstag de 1884 par 61 députés, ils n'en comptaient plus que 31 en 1887. Les urnes ont donné ainsi une confortable majorité favorable au projet de loi militaire de Bismarck, ce qui préoccupe le général Boulanger.
Deux mois après les élections allemandes éclata l'Affaire Schnaebelé, incident diplomatique entre la France et l'Allemagne, du , dont est victime Guillaume Schnæbelé, commissaire de police français d'origine alsacienne en fonction à Pagny-sur-Moselle en Meurthe-et-Moselle, en Lorraine française sur la frontière de l'époque. L'un des agents alsaciens-mosellans qui l'arrêtent du côté français de la frontière se révèle être un agent double travaillant pour Bismarck. Édouard Lebey, directeur de l'agence Havas écrit alors au directeur de la Continental en prenant des précautions : "Depuis quinze jours que se discute l'affaire Schnaebelé, j'ai eu soin de ne vous adresser aucun reproche". Mais un peu plus loin, il se plaint de n'avoir pratiquement rien reçu de la Continental pendant l'Affaire Schnaebelé"Histoire générale de la presse française: De 1871 à 1940", par Claude Bellanger, à part quelques résumés de journaux allemands. Cette crise va envenimer les relations entre deux agences de presse en principe alliées et affaiblir le cartel les unissant à l'agence de presse Reuters.
La "Triple alliance télégraphique" de Bismarck Ces tensions se cristallisent sur fond de grande manœuvres diplomatiques et de projets des chancelleries qui remontent à déjà vingt ans. Dès 1877, au cours des entretiens entre Francesco Crispi et Bismarck, les deux dirigeants débattent du statut des agences de presse. Francesco Crispi désire faire de l'agence italienne un outil de sa politique, tandis que Bismarck reproche à la Continentale de ne pas être assez bismarckienne.