Paul Warfield Tibbets, Jr., né le à Quincy dans l'Illinois et mort le à Columbus dans l'Ohio, est un brigadier-général de l'Armée de l'air des États-Unis, connu pour avoir piloté le bombardier Enola Gay ayant réalisé le premier bombardement atomique de l'histoire sur la ville japonaise d'Hiroshima le .
Tibbets s'engagea dans l'armée en 1937 et obtint son brevet de pilote en 1938. Après l'attaque de Pearl Harbor, il réalisa des missions de lutte anti-sous-marine dans l'Atlantique et, en , devint le commandant du de bombardement équipé de bombardiers B-17. L'unité fut déployée en Europe au sein de la Force et il mena le premier raid de bombardement stratégique américain diurne en Europe occupée le . Tibbets fut choisi pour transporter le major-général Mark W. Clark puis le lieutenant-général Dwight D. Eisenhower à Gibraltar en préparation de l' et après de combat, il devint le directeur adjoint des opérations de bombardement au sein de la .
Il retourna aux États-Unis en pour participer au développement du bombardier et fut nommé commandant du composite en . Après sa mission sur Hiroshima, il participa aux essais nucléaires de l' et aida au développement du bombardier B-47. Ayant pris sa retraite de militaire en 1966, il fut président de l'entreprise Executive Jet Aviation de 1976 à 1987.
Souvent présenté comme un héros américain, Tibbets n'a jamais exprimé de regrets pour les victimes d'Hiroshima.
Jeunesse Paul Warfield Tibbets, Jr. est né à Quincy dans l'Illinois le ; il était le fils de Paul Warfield Tibbets, Sr. et d'Enola Gay Tibbets. Alors qu'il avait cinq ans, sa famille déménagea à Davenport dans l'Iowa puis dans la capitale de l'État, Des Moines. Trois ans plus tard, elle s'installa à Miami en Floride pour échapper aux rudes hivers du Mid-Ouest. Le jeune Tibbets s'intéressa très tôt à l'aviation et à l'âge de 12 ans, sa mère lui paya un baptême de l'air lors d'une kermesse.
À la fin des années 1920, des problèmes financiers obligèrent la famille à retourner dans l'Illinois et elle s'installa à Alton. Après avoir été diplômé du lycée militaire de la ville en 1933, Tibbets intégra l'université de Floride à Gainesville où il suivit des cours privés de pilotage. Il envisagea de devenir chirurgien digestif et étudia un an et demi à l'université de Cincinnati avant de changer d'avis.
Entrée dans l'armée Ayant étudié dans un lycée militaire et disposant d'une expérience de pilotage, Tibbets fut admis dans le programme de formation des pilotes de l'armée de l'Air. Le , il fut enrôlé à Fort Thomas dans le Kentucky et fut envoyé à la base aérienne de Randolph Field de San Antonio au Texas. Il démontra rapidement ses excellentes qualités d'aviateur et fut breveté en 1938 avec le grade de sous-lieutenant.
Il fut déployé au sein du de reconnaissance basé à Lawson au sein de la base de Fort Benning en Géorgie. Il y rencontra Lucy Wingate qui travaillait comme vendeuse dans un magasin de Columbus et ils se marièrent le . Tibbets n'en informa ni sa famille ni son officier supérieur et il s'arrangea pour que le journal local ne publie rien à ce sujet. Le couple eut trois fils : Paul III, Gene et James. Durant son cantonnement à Fort Benning, Tibbets fut promu premier-lieutenant et devint l'un des pilotes personnels du brigadier-général George S. Patton en 1940 et 1941.
En , Tibbets fut transféré au sein du de bombardement sur la base de de Savannah en Géorgie où il vola sur Douglas A-20 Havoc. Il fut promu capitaine avant d'être envoyé en sur la base de MacDill en Floride au sein du de bombardement pour se former au pilotage du Boeing B-17 Flying Fortress. Peu après son arrivée, il apprit l'attaque japonaise de Pearl Harbor par la radio alors qu'il réalisait un vol de routine. De peur que des sous-marins allemands entrent dans la baie de Tampa et bombardent la base, le de bombardement fut renvoyé à Hunter Field. Tibbets, temporairement affecté au de bombardement, participa à des missions de lutte anti-sous-marine depuis la base de en Caroline du Nord. Après leur formation sur des Cessna AT-17 Bobcat, ces vols de combat réalisés avec des Douglas B-18 permettaient aux pilotes de se perfectionner avant d'être qualifiés sur B-17.
Guerre contre l'Allemagne vignette|alt=Photographie d'un quadrimoteur volant au-dessus de la mer.|Boeing B-17D en vol en 1941. Le de bombardement fut jugé apte au combat en et le mois suivant Tibbets fut nommé à la tête du de bombardement équipé de B-17D et appartenant au de bombardement. L'unité était initialement basée à MacDill mais elle fut redéployée à Sarasota en Floride puis à Bangor dans le Maine.
En , le fut la première unité de bombardiers lourds de la Air Force à être déployée au Royaume-Uni sur la base de Polebrook. Du fait de leur formation accélérée liée à l'entrée en guerre des États-Unis, les pilotes n'avaient aucune expérience du bombardement à haute altitude et ils reçurent un entraînement intensif durant les premières semaines d'août sous la supervision des vétérans de la Royal Air Force. Le commandant du groupe, le lieutenant-colonel Cornelius W. Cousland fut remplacé par le colonel Frank A. Armstrong, Jr. qui désigna Tibbets comme son adjoint.
Tibbets pilota le bombardier de tête Butcher Shop durant la première mission de bombardement stratégique américaine le contre une gare de triage de Rouen en France occupée. Le , il mena le premier raid américain de plus de 100 bombardiers en Europe lors d'une attaque contre des sites industriels de la ville française de Lille. Les cibles furent moins endommagées que prévu et les pertes civiles furent importantes mais la mission fut considérée comme un grand succès car les appareils avaient atteint leurs cibles malgré un harcèlement constant de la chasse allemande. Sur les 108 B-17 ayant participé au raid, 33 furent abattus ou durent faire demi-tour en raison de problèmes techniques.
Dans le cadre des préparatifs de l'opération Torch désignant l'invasion alliée de l'Afrique du Nord, le major-général Carl Spaatz à la tête de la Air Force dut désigner deux de ses meilleurs pilotes pour une mission secrète. Il choisit Tibbets et le major Wayne Connors qui furent chargés de transporter respectivement le major-général Mark W. Clark et son chef d'état-major, le brigadier-général Lyman Lemnitzer, de Polebrook à Gibraltar. Quelques semaines plus tard, Tibbets y emmena également le lieutenant-général Dwight D. Eisenhower qui commandait toutes les forces alliées en Europe de l'Ouest. L'historien Stephen Ambrose écrivit que .
Après 25 missions de combat contre des cibles en France, le de bombardement fut transféré en Afrique du Nord au sein de la USAAF du major-général James H. Doolittle. Tibbets indiqua par la suite qu'il y prit conscience de la réalité de la guerre en voyant les effets des bombardements sur les populations civiles et en subissant le traumatisme de la perte de ses compagnons d'armes. Alors qu'il avait réalisé 43 missions de combat, Tibbets fut nommé assistant du colonel Lauris Norstad au sein de l'état-major de la USAAF. Estimant que ce dernier s'était opposé à sa promotion au grade de colonel, Tibbets appréciait peu Norstad et le chef d'état-major de Doolittle, le brigadier-général Hoyt S. Vandenberg. Lors d'une réunion de planification, Norstad déclara qu'il voulait que le bombardement de Bizerte soit réalisé à une altitude de . Tibbets rétorqua que c'était à ce niveau que la DCA était la plus efficace. Pressé par son interlocuteur, il indiqua qu'il commanderait personnellement cette mission si Norstad était son copilote. Ce dernier céda et le bombardement fut réalisé à .
Guerre contre le Japon vignette|gauche|alt=Photographie de quatre hommes en uniformes débraillés assis sur un petit banc.|Rencontre des principaux commandants américains sur Tinian en . De gauche à droite : William R. Purnell, , Paul W. Tibbets et William S. Parsons Au début de l'année 1943, le chef de l'United States Army Air Forces (USAAF), le général Henry H. Arnold, demanda le nom d'un pilote expérimenté pour participer au développement du bombardier Boeing B-29 Superfortress, Doolittle proposa Tibbets. Le projet était alors en difficulté en raison de problèmes techniques et le principal pilote d'essai, , venait de mourir lors du crash d'un prototype.
Travaillant dans l'usine Boeing de Wichita dans le Kansas, Tibbets réalisa de nombreux vols d'essai avec le B-29 et devint rapidement le pilote le plus expérimenté avec ce nouvel appareil. Il nota que sans son armement défensif et son blindage, l'avion était allégé de tandis que ses performances étaient grandement améliorées. Lors de simulations de combat aérien contre un chasseur P-47 à l'altitude de croisière du bombardier à , Tibbets remarqua que le B-29 avait un rayon de braquage plus court et pouvait lui échapper en virant de bord. Après un an de tests, le B-29 commença à entrer en service et Tibbets fut assigné à la direction des opérations d'une unité d'entraînement basée sur la base de Grand Island dans le Nebraska, et commandée par Armstrong, dont le rôle était de former les aviateurs au pilotage du B-29.
Le , Tibbets se rendit à la base de Colorado Springs, le quartier-général de la Air Force où il rencontra son commandant, le major-général Uzal Ent et trois représentants du projet Manhattan, le lieutenant-colonel John Lansdale, Jr. et les capitaines William S. Parsons et Norman F. Ramsey, Jr.. Il fut ensuite placé à la tête du composite, une unité autonome d'environ , 15 B-29 et la priorité pour l'obtention de divers matériels militaires. Ent demanda à Tibbets de choisir entre trois bases pour le déploiement de l'unité : Great Bend dans le Kansas, Mountain Home dans l'Idaho ou Wendover dans l'Utah ; il sélectionna cette dernière en raison de son isolement.
Armstrong et le colonel , l'officier de liaison entre l'Armée de l'air et le projet Manhattan, avaient initialement été choisis pour commander l'unité chargée de larguer les bombes atomiques. Même s'il était un vétéran des campagnes de bombardement de l'Allemagne, Armstrong avait alors 42 ans et avait été gravement blessé dans un incendie en 1943, tandis que Wilson n'avait aucune expérience du combat et avait été désigné principalement en raison de ses connaissances en ingénierie et de son association avec le projet. De son côté, Tibbets était bien plus jeune, disposait d'une solide expérience dans le commandement d'unités de bombardiers lourds et était un pilote de B-29 aguerri ; il était donc le candidat idéal pour cette mission.
vignette|alt=Photographie d'un homme saluant depuis le hublot du cockpit d'un avion sur lequel est écrit "Enola Gay"|Tibbets à bord d’Enola Gay juste avant son décollage vers Hiroshima le 6 août 1945 Après sa promotion au grade de colonel en , Tibbets fit venir sa famille à ses côtés à Wendover. Il estimait en effet qu'autoriser les hommes mariés de l'unité à vivre avec leurs familles améliorerait le moral. En raison du secret entourant le projet Manhattan, il ne pouvait expliquer le véritable rôle des ingénieurs civils qui travaillaient sur la base et il indiqua à sa femme qu'il s'agissait d'« ouvriers sanitaires ».
Le , le projet Alberta fut lancé à Wendover pour recruter des , ainsi que des équipements spéciaux permettant le transport des bombes atomiques en pièces détachées pour réduire le risque d'accident. La sélection fut sévère et plus de 80 % des candidats furent écartés. Le n'atteignit son effectif complet qu'en et il fut déployé peu après sur l'île de Tinian dans le nord de l'archipel des Mariannes. Après sa conquête lors de l'opération Forager en , l'île fut transformée en une gigantesque base aérienne en raison de sa proximité avec l'archipel japonais. Le comptait alors dont 225 officiers ainsi que 51 membres du projet Alberta. Se trouvaient également sur place, deux représentants de Washington : le directeur adjoint du projet Manhattan, le brigadier-général et le contre-amiral William R. Purnell du comité militaire.