La force de dissuasion nucléaire française, aussi nommée force de frappe, rassemble les systèmes d'armes nucléaires dont la France dispose dans le cadre de sa stratégie de dissuasion nucléaire. La France est l'un des neuf États qui possèdent l'arme nucléaire au début du Le monde compte en 2018 neuf États qui possèdent l'arme nucléaire. Les puissances nucléaires « historiques » sont les États-Unis, la Russie (ex-Union soviétique), le Royaume-Uni, la France et la Chine, toutes les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, qui en disposent durant la guerre froide et préalablement à la signature du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires signé en 1968. Depuis, quatre autres États l'ont acquise : l'Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord.. Elle est le quatrième pays à avoir développé des armes nucléaires après les États-Unis, l'Union soviétique et le Royaume-Uni.
Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, le général de Gaulle crée le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) pour effectuer des recherches sur l'énergie nucléaire. En pleine guerre froide, le lancement véritable du programme nucléaire français intervient en 1954 sous l'impulsion de Pierre Mendès France et Guy Mollet. De retour au pouvoir en 1958, de Gaulle confirme l'ordre d'expérimenter l'arme nucléaire et lance la fabrication en série du premier vecteur nucléaire, le bombardier .
La France réalise son premier essai d'une bombe atomique à fission (bombe A) sous le nom de code Gerboise bleue le , puis son premier essai d'une bombe à fusion thermonucléaire (bombe H) sous le nom de code Canopus le . La France mène entre 1960 et 1996, année de son dernier essai en Polynésie française.
Durant la guerre froide, où les stratégies de dissuasion nucléaire revêtent une importance considérable, la France adopte une posture de dissuasion nucléaire indépendante des États-Unis. Elle appuie sa crédibilité sur le principe de suffisance, également dit de dissuasion du faible au fort, selon lequel il suffit que les capacités nucléaires permettent de faire subir à un agresseur des dégâts équivalents aux dommages qu'il aurait infligés pour annihiler les bénéfices de son attaque. Cette stratégie suppose toutefois que les forces nucléaires françaises ne soient pas vulnérables à une attaque surprise et conservent ainsi une capacité de riposte, dite de seconde frappe.
Pour donner corps à cette stratégie, la France se dote d'un arsenal nucléaire important qui atteint dans les années 1990 plus de opérationnelles disponibles, nombre équivalent à celui du Royaume-Uni, mais qui ne représente qu'un ou deux pour cent des stocks accumulés par les États-Unis ou l'Union soviétique à la même époque. Depuis la fin de la guerre froide, ce stock est régulièrement réduit : fin 2017, la France dispose de nucléaires déployées et de 10 à en réserve, soit un total de nucléaires....
Comme vecteurs de ses armes nucléaires, la force de dissuasion nucléaire française met en œuvre deux des trois composantes de la « triade nucléaire » : la force océanique stratégique (FOST), qui compte quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) de la classe Le Triomphant armés des missiles mer-sol balistiques stratégiques de type M51, ainsi que les forces aériennes stratégiques (FAS) et la force aéronavale nucléaire (FANU), qui disposent de missiles air-sol moyenne portée améliorés (ASMP-A) emportés par les Dassault Rafale de l'Armée de l'air et de l'espace et de l'aéronautique navale respectivement.
Doctrine française de dissuasion nucléaire
La base de la doctrine française est la volonté de conférer à l'arme nucléaire un rôle fondamentalement politique. Il s'agit « d'empêcher la guerre » : l'arme nucléaire ne saurait être un moyen de coercition ou une « arme d'emploi », c'est-à-dire une arme utilisable au même titre que les autres. Il s'agit également de pouvoir affirmer, sur la scène internationale, que la France ne dépend d'aucune autre puissance pour ce qui est de sa survie.
Une directive présidentielle du demandait que les forces nucléaires fussent capables « d'infliger à l'Union soviétique une réduction notable, c'est-à-dire environ 50 %, de sa fonction économique ». Dans cette directive, Charles de Gaulle explique cet objectif :
Dans ses mémoires, l'ancien président de la République Valéry Giscard d'Estaing mentionne un ordre de grandeur analogue, en précisant qu'il avait retenu « comme objectif pour notre frappe stratégique la destruction de 40 % des capacités économiques de l'Union soviétique situées en deçà de l'Oural et la désorganisation de l'appareil de direction du paysForces aériennes stratégiques, Serge Gadal, Economica, 2009. ».
Au début des années 1980, la capacité effective de destruction minimale était de l'ordre de 35 % de la population et de 45 % de la capacité de production industrielle de l'URSSP. Boureille, « 1960 : le projet de constitution d’une force de frappe océanique stratégique comme réponse à la menace soviétique », Revue historique des armées, mars 2004, ..
Le , le président de la République Jacques Chirac, en déplacement sur la base de sous-marins nucléaires de l'Île-Longue, confirme (à la suite de son discours de ) que l'utilisation de l'arme nucléaire contre et également pourrait être envisagée. Cependant, il insiste sur le fait que l'arme nucléaire n'est pas une arme conventionnelle et que la France, dans l'optique de limiter le plus possible l'impact sur les civils, se dote de missiles ayant plus de souplesse, de flexibilité et de précision, comme le missile M51 (mer-sol) et l'ASMP (air-sol).
Dans ce discours, le président Chirac précise notamment que les intérêts vitaux de l'État, défendus par la force de frappe, comprennent notamment — les intérêts vitaux ne sont jamais définis ouvertement — les pays alliés de la France, ouvrant ainsi la voie à une défense européenne.
Le , le président Nicolas Sarkozy se fait le défenseur de la stabilité des conceptions françaises en matière de dissuasion nucléaire, qui demeure « objective » en ce sens qu'elle se positionne « tous azimuts », excluant les frappes préventives, puisqu'elle est , et annonce que l'arsenal français sera réduit à un peu moins de Discours du président de la République française du 21 mars 2008 ..
En 2015, selon l'ancien chef d'état-major des armées Henri Bentégeat, la France a la possibilité, outre des frappes anti-cités ou contre les centres névralgiques (politiques, militaires et économiques), d'effectuer des tirs dans des endroits pratiquement sans risque pour la population ou d'utiliser l'impulsion électromagnétique., qui est « le mode le moins dommageable pour l'adversaire ».. Cette approche, qualifiée d'« ultime avertissement », permet à la fois au chef de l'État de disposer d'une option intermédiaire avant d'envisager le déclenchement du feu nucléaire sur de vrais objectifs, et de « restaurer la dissuasion » au cas où des puissances adverses auraient oublié ou n'auraient pas compris la détermination française. , explique Henri Bentégeat lors d'une audition au Sénat.
Les intérêts vitaux de la France prennent, progressivement, une , selon le président Emmanuel Macron en 2020. Ces propos explicitent la politique de Jacques Chirac et de François Hollande, qui sous-entendaient également durant leurs mandats que la dissuasion nucléaire pourrait protéger les pays européens alliés, mais conservent une certaine ambiguïté.. En cependant, il s'est attiré de vives critiques après avoir affirmé qu'il était que l'emploi par la Russie d'une arme nucléaire tactique n'entrainerait pas de riposte nucléaire par la France.., même si cette option, par ailleurs critiquable, n'exclut pas différents scénarios actuels ou futurs soutenant l'utilité de la force nucléaire française au profit d'autres États européensPourquoi la France ne proposera pas de « parapluie nucléaire » à l’Europe, lerubicon.org, 6 mars 2024, par Héloïse Fayet..
Conformément aux accords internationaux de l'utilisation des armes nucléaires massives, le Président de la République Française Emmanuel Macron a affirmé amplifier la dissuasion nucléaire française, et son intimidation internationale ; affirmant que chacune des ogives nucléaires présentes dans le nouveau sous-marin lanceur d'engins (SNLE) lors de sa mise en service en 2036 aurait une puissance fois plus élevée que les premières bombes atomiques.
État de la force nucléaire française dans les années 2010
La physionomie de la force de dissuasion française dans les années 2010 résulte des choix structurants effectués dans les lois de programmation militaire (LPM) 1997-2002 et 2003-2008 et des évolutions apportées par les lois de programmation 2009-2014 et 2014-2019. Les programmes d'équipement des forces nucléaires s'inscrivent dans le très long terme et bénéficient de la continuité et de la cohérence qui caractérisent dans ce domaine les quatre dernières lois de programmation militaire. La réduction progressive du format opérée depuis 1995 (passage de six à quatre SNLE, réduction de trois à deux escadrons) s'accompagne de la modernisation continue des systèmes d'armes de dissuasion nucléaire...
Les forces de dissuasion nucléaire comportent dans les années 2010 deux composantes, la force océanique stratégique (FOST) et les forces aériennes stratégiques (FAS)., et disposent d'un stock opérationnel de nucléaires. Leur fonctionnement s'appuie sur des systèmes de transmissions nucléaires dédiés hautement sécurisés..
Composante océanique
SNLE classe Le Triomphant La FOST dispose de quatre sous-marins nucléaires de la classe Le Triomphant, sous-marins lanceurs d'engins de nouvelle génération (SNLE-NG), caractérisés notamment par une invulnérabilité et une mobilité accrues du fait de leur discrétion acoustique. Ce format à quatre bâtiments est considéré comme le minimum indispensable pour assurer, compte tenu des cycles d'entretien, la permanence à la mer d'un voire de deux bâtiments si nécessaire : Le Triomphant, en service depuis 1997 et emportant des missiles M45 dotés de tête TN 75, est modernisé à partir de 2013 pour accueillir les missiles M51. ; Le Téméraire, en service depuis 1999 et emportant des missiles M45 dotés de tête TN 75, est entré en refonte en 2016 pour accueillir les missiles M51 ; Le Vigilant, en service depuis 2004, dont les missiles M45 dotés de tête TN 75 sont remplacés à la suite d'une refonte entre 2010 et 2012 par des M51 ; Le Terrible, dernier de la série, commandé dans le cadre de la LPM 1997-2002, est entré en service opérationnel en 2010 et emporte des missiles M51 dotés de tête TN 75.
En 2018, la FOST célèbre la opérationnelle effectuée depuis 1972.
Les études de conception du sous-marin nucléaire lanceur d'engins de troisième génération (SNLE 3G) sont lancées en 2015.. Elles permettront le lancement de la phase de réalisation dans le cadre de la LPM 2019-2025 en vue d'une première livraison en 2035..
Missile M51
L'évolution la plus importante des années 2010 est le déploiement à bord de ces bâtiments du nouveau missile mer-sol balistique stratégique (MSBS) M51. Succédant au M45, le M51-1 a une portée accrue de l'ordre de contre seulement pour son prédécesseur. Chaque SNLE de la classe Le Triomphant peut emporter seize M51. Le , Le Terrible, est directement équipé du M51. Les trois autres bâtiments sont adaptés au nouveau missile dans la décennie 2010, à l'occasion de leur période d'entretien majeur. En 2015, dans son discours consacré à la dissuasion nucléaire, François Hollande indique que la France dispose de trois lots de seize missiles M51.
+Missiles des SNLE.SNLEM45 TN75M51-1 TN75M51-2TNOLe Triomphant19972016Le Téméraire19992019Le Vigilant20042013Le Terrible2010
Le sixième tir d'essai d'un M51 effectué le depuis Le Vigilant, juste sorti de refonte, est un échec... Le septième tir d'essai du M51, effectué le depuis le centre de la DGA Essais de missiles à Biscarrosse, est un succès..