La famille Gherardini (ou de Montagliari)Patrizi Veneti, Marchesi di San Polo d’Enza, Marchesi di Castelnuovo de’ Gherardini, Marchesi di Bazzano, Scurano e Pianzo, Patrizi di Reggio nell’Emilia, Signori di Montagliari (Albo d'Oro della nobiltà italiana del Regno d'Italia, Ministero degli Interni, 1930) est originaire de la Toscane, où elle est implantée à partir du au , ainsi que dans les régions de Vénétie et d’Émilie entre le et le et du mouvement italien de « risorgimento » .
Cette famille a suscité la curiosité de nombreux historiens du Moyen Âge. Issue de la tradition féodale, elle a été l’un des piliers de l'ancienne aristocratie républicaine de Florence aux .
Après son exil de Toscane au (à la suite du conflit entre les Guelfes et Gibelins), la famille a perpétué, dans la république de Venise et dans quelques fiefs sur les Apennins, sa vocation féodale et d’assemblée (c’est-à-dire hostile aux pouvoirs absolus qu’ils soient monarchiques ou religieux). L’autonomie politique de cette famille prendra fin avec l'un des exemples les plus notoires d’absolutisme européen : le régime napoléonien. D’où, probablement, l’intérêt de la famille à soutenir le processus d’unification italienne.
Leur blason est un écu fascé (de trois pièces) de vair et de gueules. Au , pour souligner les relations entre la famille et les Habsbourg, l’écu sera écartelé au premier et troisième quartier par l’aigle impériale. Aujourd’hui encore, les descendants ont gardé ces armoiries. La famille possède l’une des plus anciennes sépultures chevaleresques de Toscane.
Origines
Selon les recherches universitaires les plus récentes, en l’an 856, la famille « Nepotes Ceci » (notamment Gaifredo)Enrico Faini, « Uomini e famiglie nella Firenze consolare », Universtà degli Studi di Firenze, Florence, 2009, fonda l'église de . Mention est faite de cette famille dans des documents conservés dans l’église de San Miniato, en référence à une dispute résolue par le marquis de Toscane (Bonifacio de Canossa) sur l’attribution du rectorat de cette église. Ces vassaux du Chianti et du Val d’Elsa, se transférèrent à Florence au . Ils ne commencèrent vraiment à s’impliquer dans les affaires de la ville que lorsque le système de pouvoir de Mathilde de Canossa tomba en 1115. C’est alors qu’ils remplirent plusieurs charges de consuls (consul civitatis) dans la toute nouvelle république de Florence. La tour des Gherardini () se trouvait proche du Ponte Vecchio et fut incorporée dans le palais Bartolommei-Buschetti. Avant la Seconde Guerre mondiale, on pouvait encore l’apercevoir au milieu des toits. Elle fut complètement rasée par les mines allemandes en . Leur loge, dans l’église de Santo Stefano Al Ponte, fut détruite au milieu du lors des travaux d’édification du centre de Florence, alors devenue capitale. Les Gherardini, noblesse féodale la plus ancienne et traditionnelle, participèrent aux événements historiques de la ville en gardant jusqu’au dernier moment le droit de rendre justice ou le droit de concessions de droits féodaux dans leurs demeures en dehors de la ville (dont les plus importants les châteaux de , Berardenga-Lucignano, , Montaguto, , Montecorboli et Bonsi). Ils furent en première ligne dans les luttes entre Guelfes et Gibelins. Mais aussi dans la lutte entre les Guelfes blancs et noirs. Ils soutenaient les chefs de la faction des blancs, avec la famille des Cerchi. Lorsque les Guelfes blancs furent chassés à la suite de l’intervention de Charles de Valois, la plupart des Gherardini se transférèrent à Vérone, avec beaucoup d'autres impliqués dans la lutte, parmi lesquels Dante Alighieri. Par la suite, une partie de la famille se transféra à Venise. Parmi les membres de la famille les plus illustres de cette période on peut citer : (dont la pierre tombale de l'église de Sant'Appiano est la plus ancienne sépulture chevaleresque de Toscane), Noldo Gherardini, , Vanne et Bernardino Gherardini, , Cione Gherardini dit « la Fourrure » ; et dit « le chasseur de guelfes »Jean-Claude Maire Vigueur, Andrea Zorzi, « Il gruppo dirigente fiorentino nell'età consolare », « Archivio Storico », CLXII (2004), p. 210..
Les plus récentes recherches universitaires soulignent le rôle central de cette lignée prestigieuse dans l’histoire médiévale florentine, mais aussi la renommée d'irréductibles qu'ils avaient gagnée sur les champs de bataille ; on peut trouver confirmation de ces « exploits » en analysant les statistiques sur les amendes et les condamnations qu'ils infligèrent à plusieurs familles à cette époque. La lignée des Gherardini, dont la réputation – selon Christiane Klapisch-Zuber – était d’être des « fomentateurs de désordres », « belliqueux » et « incivils », « faisant preuve de peu d’enthousiasme pour la vie publique ». C’est ce caractère profondément indépendant qui a dû être à la base de leur décision de ne pas se soumettre aux nouvelles règles de la commune de Florence naissante (comme par exemple les systèmes de justice dits ordonnances de justice), à ne pas vouloir changer de nom et à ne accepter de devenir « hommes du peuple » ce qui aurait pu leur permettre d’échapper aux charges économiques et politiques que la commune imposait à qui restait accroché à sa propre histoire et à sa propre autonomie aristocratique. Cela explique aussi l’ardeur avec laquelle Florence les combattit en détruisant, là où c’était possible, leurs biensChristiane Klapisch-Zuber, Les acteurs politiques de la Florence communale (1350-1430) Florence et la Toscane . Les dynamiques d’un État italien, sous la direction de Jean Boutier, Sandro Landi, Olivier Rouchon, Rennes 2004, pp. 217-239.Christiane Klapisch-Zuber, « Ritorno alla politica. I magnati fiorentini 1340-1440 » Ed. Viella, 2009. Pagg. 206, 236, 238.. Si bien qu’encore aujourd’hui, il existe des lieux en Toscane où l’on célèbre le souvenir de ces batailles, pour ou contre cette famille. Par exemple, à Panzano dans le Chianti, on célèbre annuellement la pendaison d’un Gherardini qui fut impliqué dans une vengeance contre les seigneurs du lieu, les Firidolfi. Cette famille contrairement aux Gherardini, s’était soumise aux règles communales en modifiant leur nom et en adaptant leur statut.
Le système défensif
Le système défensif des Gherardini était organisé en forme de pyramide avec les premiers lieux de surveillance situés près des murales méridionales de Florence, depuis les Marignolle jusqu'à Impruneta. Il continuait jusqu'aux forteresses principales de et de Montaguto près de l’actuel Greve dans le Chianti et, vers l’occident, jusqu’à la forteresse de près de Barberino Val d' Elsa. Un territoire qui, pendant la guerre civile florentine dans les premières années du , devint un terre totalement hostile et impraticable pour les forces de la république de Florence et pour le commerce. Le système de défense s’effondra avec l’offensive des florentins en 1302. Lors d’un siège, aussi bien Montagliari que Montaguto furent totalement rasés. La république déclarera le caractère perpétuellement non bâtissable de ces endroits (édit violé par les Gherardini, en 1632 en des temps plus favorables, avec la construction d’une chapelle)AA.VV., « Vignamaggio e Montagliari dal XIV ad oggi », Maggioli, Firenze 1978.. La partie occidentale de la structure défensive résista à la guerre, soit grâce à la présence d'Andrea Gherardini, chef à l’époque de l’armée de Pistoia, soit grâce aux forces supérieures que les Gherardini avaient placées dans le Val D’elsa et le long de la via Francigina (voies des Français). Peu d'années après, l’empereur Arrigo VII tenta lui aussi d'éradiquer cette famille de la région de Val d’Elsa. Il ne réussit que partiellement ; le château de , dirigé par Vanne Gherardini, résista à l’assaut de l’été 1313. Avec la mort de Gherarduccio Gherardini en 1331 (enterré dans la paroisse de Sant’Appiano, près de Linari) la famille perdit ses ultimes grands commandements et progressivement ses derniers biensFrancesco Pratelli, « Storia di Poggibonsi », Ed. Lalli. Poggibonsi, 1990..
Guerre civile et les premiers exodes
La campagne militaire mentionnée plus haut dans les premières années du est un fait marquant de l’histoire de Florence. Elle vit s’opposer la république florentine aux Gherardini alliés à cette époque avec les Cerchi, faction des guelfes blancs. Cette faction regroupait aussi bien la noblesse la plus antique d’origine féodale, comme eux, que d’autres intérêts, tous adversaires du renforcement de la noblesse citoyenne et marchande qui recherchait sa propre autonomie grâce aux faveurs de la papauté. L’été 1300, le chef de famille Gherardini, Naldo Gherardini, faisait figure de « tête brulée », confiné loin de la ville. Mais les dispositions prises par Cante Gabrielli conduisirent à l'exil une grande partie des Gherardini et de leurs alliés (parmi lesquels Dante Alighieri). Le conflit armé se poursuivit dans la région de Pistoia où Andrea Gherardini le « chasseur de Guelfes » (le capitaine à cette époque du Peuple de Pistoia) résista aux florentins. Ces derniers se déplacèrent dans le Chianti cherchant à éradiquer les Gherardini et les priver de leurs possessions les plus anciennes. En , la chute de provoqua le troisième exode d’une grande partie des Gherardini (et d’autres familles des factions rebelles) vers Vérone (à l’époque sous l’empire). Les Florentins s'acharnèrent avec férocité sur les constructions des Gherardini et sur les témoignages qui pouvaient rappeler cette famille, soit dans les campagnes, mais surtout en ville. Peu de châteaux restèrent sur pied, les seuls à ne pas être détruits étaient dans le Val d’Elsa où les Gherardini maintenaient encore une influence politique. Mais le coup subi fut très dure et signa un tournant. Déjà, la chasse au Gibelins, au milieu du siècle d’avant, avait envoyé quelques Gherardini dans le Véronèse et aux environs de Rovigo (les deux groupes se retrouvèrent par la suite)Dino Compagni, Cronica delle cose occorrenti ne' tempi suoi..
Il s’agissait donc du troisième exode. Le premier étant avenu en 1120, avec la mort de Mathilde de Canossa qui ouvrit une brèche : d’une part, les Gherardini se transférèrent dans la ville de Florence pour contrôler de plus près les évolutions de la ville, mais d’autre part poussèrent d’autres chefs de famille plus liés à une vision traditionnelle de la chevalerie à abandonner la Toscane (tels que Tommaso, Gherardo et Maurizio, fils de Gherardino). Ceux-ci suivirent d’abord Louis VII de France, dit « le Jeune », ensuite Henri II d’Angleterre, à la conquête de l’Irlande, où ils créèrent les branches FitzGerald des comtes de Kildare et de Desmond, ducs de Limerik et Vice-roi d’Irlande (aux ), duc de Leinster au 18eme. Rose Fitzgerald Kennedy et son fils John soutenaient avoir un lien parental avec cette brancheSamuel Hayman, « Unpublished Gherardini documents », 1870. Nolan, William and McGrath, Thomas. Kildare. History and Society. Dublin 2006. ce que la famille FitzGerald récuse. À l’heure actuelle, les FitzGerald de Linster, de Kildare et de Desmond et les Gherardini de Montagliari entretiennent toujours des rapports réguliers. Surtout, la branche du comte Gian Claudio et ses enfants Cinzia, Gian Raffaello et Maria Teresa.
Branches Branche Toscane