vignette|upright=1.5|Les frégates La Recherche et L'Espérance envoyées à la recherche de Jean François de la Pérouse, peinture de François Joseph Frédéric Roux (1805-1870) Félix DelahayeOn trouve parfois son nom orthographié de Lahaie, Delahaie, de Lahaye, de La Haye, ou Lahaie. (1767-1829) est un jardinier français qui servit lors de l'expédition d'Entrecasteaux (1791-93) envoyée par l'Assemblée constituante et par Louis XVI à la recherche de l'explorateur Jean-François La Pérouse, dont on était sans nouvelles depuis trois ans.

Delahaye est l'un des nombreux jardiniers et botanistes à avoir pris part aux voyages d'exploration scientifiques européens à la fin du et au début du . Leur mission consistait à collecter, transporter, cultiver et distribuer des plantes ayant un intérêt économique. Ils travaillaient en collaboration avec les naturalistes présents dans ces expéditions, et en particulier avec les botanistes qu'ils aidaient à collecter des plants et des graines, ainsi que des spécimens destinées aux herbariums des collections nationales. Il était fréquent que ces scientifiques conservent une trace de leurs travaux dans des journaux de bord, dans lesquels ils détaillaient leurs collectes et faisaient des observations sur la végétation des lieux visités lors de leur voyage. Lors de l'expédition d'Entrecasteaux, Delahaye fut chargé d'assister le naturaliste et botaniste Jacques-Julien Houtou de La Billardière— qui accumula l'une des plus importantes collections de plantes de l'époque et publia le premier ouvrage sur la flore de l'Australie, à partir des plantes collectées lors des escales de l'expédition en Nouvelle-Hollande (Australie). Delahaye rassembla également d'importantes collections botaniques de son côté.

À son retour en France, Delahaye devint le jardinier en chef de l'impératrice Joséphine au château de la Malmaison.

Jeunesse vignette|250px|Plan du Jardin des plantes, à Paris, en 1820. Delahaye y fait ses débuts en 1788, à l'âge de 20 ans, en tant que jeune jardinier avant d'être promu au poste de Directeur de l'Horticulture Félix Delahaye est le fils du laboureur normand Abraham Delahaye et de sa femme Marie-Anne-Élisabeth Sapeigne, qui vivaient dans le village de Caumont (Seine-Maritime) à une vingtaine de kilomètres du Havre. À l'âge de 17 ans, il quitte la ferme de ses parents et part travailler comme apprenti jardinier dans les jardins botaniques de l'Académie des Sciences de Rouen, la capitale historique de la Normandie, sous la direction de Monsieur Varin. Peu avant la Révolution française en 1788, alors qu'il est âgé de 20 ans, il commence à travaille avec André Thouin au Jardin du Roi à Paris en tant que jeune jardinier, il gravit peu à peu les échelons et finit par être nommé au poste de Directeur de l'Horticulture de l'école d'horticulture nouvellement créée (École nationale d’Horticulture). Son professeur et mentor, Thouin, enseignait alors l'horticulture à l'école de botanique du Jardin du Roi. Après la Révolution, ce jardin sera rebaptisé, le Jardin des plantes. Thouin était également le trésorier de la prestigieuse Société d’Histoire Naturelle et il a donné son nom à la Thouin Bay en Tasmanie.

L'expédition d’Entrecasteaux

L'expédition de La Pérouse avait été vue pour la dernière fois le quittant Botany Bay en Nouvelle-Hollande, Australie. Elle avait été aperçue par les vaisseaux de la First Fleet, transportant des bagnards depuis l'Angleterre, sous le commandement d'Arthur Phillip, quittant Port Jackson après avoir estimé que Botany Bay convenait pour l'implantation d'un établissement. Mais en 1791, cela faisait trois ans que l'on était sans nouvelles de l'expédition. Aussi, l'Assemblée constituante et le roi Louis XVI décidèrent de confier une mission au contre-amiral d'Entrecasteaux. C'est sur les recommandations de Thouin que Delahaye, qui était alors le principal assistant jardinier à l'école de botanique du Jardin du Roi, fut invité à prendre part à l'expédition au sein du groupe de « savants » (plus de dix scientifiques, ingénieurs et artistes) en tant que jardinier de l'expédition. Thouin décrit Delahaye comme Le salaire annuel de Delahaye pendant l'expédition, payé par la marine, était de (24 livres correspondaient alors à un louis d'or), et on lui accorda le remboursement de pour son matériel et ses équipements. En tant que simple jardinier, il ne reçut pas la permission de partager une cabine avec les autres savants de l'expédition, ni de dîner avec les officiers. Tout au long de l'expédition, il travailla avec diligence et honnêteté, conservant des notes méticuleuses dans son journal. Thouin voulait que Delahaye améliore son instruction pendant le temps de l'expédition et lui recommanda d'étudier le latin, d'essayer de traduire les travaux de Linnaeus et de lire et d'écrire en français. Parmi les lectures qu'il emporte figuraient le Dictionnaire Élémentaire de Botanique (1783) de Pierre Bulliard et les travaux d'Henri-Louis Duhamel du Monceau (1700–1782) qui publia des ouvrages sur la sylviculture, sur l'utilisation du bois dans l'architecture navale, sur l'agriculture, la culture des arbres fruitiers, la conservation des graines et les insectes ravageurs. Delahaye arriva à Brest, prêt pour le départ des frégates, avec quatre caisses de graines de jardin, une de noix d'arbres fruitiers, une contenant des ustensiles de jardinage et une contenant ses vêtements de jardiniers.

Déroulement de l'expédition L'expédition comptait deux frégates, La Recherche et L'Espérance. Les premières escales eurent lieu aux îles Canaries, puis au Cap de Bonne-Espérance suivie de la Terre de Van Diemen (dans la Baie de la Recherche, en Tasmanie, que d'Entrecasteaux nomme ainsi en l'honneur du navire amiral de l'expédition, puis en Nouvelle-Calédonie, sur les îles de l'Amirauté, dans la colonie hollandaise d'Ambon (où Delahaye échangea des graines avec le gouverneur hollandais) puis sur la côte sud de l'Australie-Occidentale avec la découverte de la Baie de l’Espérance (que d'Entrecasteaux nomme en l'honneur de son second navire). Mais l'eau douce commençant à manquer à bord, les deux frégates retournèrent à la baie de la Recherche, effectua ainsi une circumnavigation antihoraire complète du continent. L'escale suivante eut lieu dans les îles Tonga où Delahaye collecta des fruits d'arbre à pain avec l'intention de les rapporter à l'Isle de France, puis en Nouvelle-Calédonie (où Kermadec, le capitaine de L'Espérance meurt, le ). L'expédition croise au large de Vanikoro, sans savoir qu'il s'agissait de l'endroit où La Boussole et l'Astrolabe de La Pérouse avaient fait naufrage, elle passe les îles Salomon, les îles Trobriand et enfin, juste avant la mort de d’Entrecasteaux en due au scorbut, elle effectue des relevés sur la côte orientale de la Nouvelle-Guinée et au nord de la Nouvelle-Bretagne. L'expédition, qui était passée sous le commandement Alexandre d'Hesmivy d'Auribeau, parvient à Surabaya, Java, en , apprend que la France était en état de guerre avec ses voisins européens parmi lesquels les Provinces-Unies, la Grande-Bretagne et le royaume d'Espagne, que le roi de France Louis XVI avait été guillotiné le , que la République avait été déclarée. Les Hollandais se saisissent des deux frégates de l'expédition. Tous les savants, à l'exception d'un seul, semblaient avoir de la sympathie pour le mouvement révolutionnaire. Ces derniers sont internés à Semarang et leurs travaux scientifiques sont confisqués, ils seront par la suite capturés par un navire britannique sur un vaisseau français les rapportant en France. Sous l'insistance de Sir Joseph Banks, ces travaux seront par la suite restitués à la France. Contrairement à La Billardière, Delahaye n'est pas interné à Semarang et les Hollandais lui permettent de planter les arbres à pain qu'il destinait à l'Isle de France. Au cours de l'expédition, et sous le patronage de La Billardière, Delahaye avait récolté pas moins de de plantes séchées ainsi qu'une vaste collections de graines.

Un jardin potager européen

vignette|upright=1.5|La baie de la Recherche, havre auquel D'Entrecasteaux donna le nom d'une de ses frégates. En 1792, pendant les 25 jours que dura la première escale dans la baie de la Recherche, en Tasmanie, Delahaye établit un jardin potager européen. Il devait servir de source de nourriture aux équipages, mais était également conçu comme outil de civilisation des populations indigènes et de source d'approvisionnement pour les vaisseaux européens qui viendraient y faire escale dans le futur. Il s'agit du premier jardin potager européen à avoir été planté en Tasmanie. Planté au nord du point de mouillage des frégates, il continua d'exister longtemps après le départ de l'expédition. En effet, il fut redécouvert par Lady Jane Griffin (épouse de John Franklin) dans les années 1840Projet de dénomination de la Baie de la Recherche pour le Tasmanian Heritage Register. Au large, sur l'île Bruny, une petite orchidée avait été plantée quelques mois auparavant par l'expédition britannique de William Bligh, probablement par le jardinier de l'expédition David Nelson. Le journal de Delahaye rapporte qu'il planta du céleri, du cerfeuil, de la chicorée, des choux, de la laitue romaine grise, différente sortes de navets, des oignons blancs, des radis, de l'oseille, des pois, des salsifis noirs et des pommes de terre. Il sema également une grande quantité de graines dans le sous-bois, jetées au hasard dans l'espoir qu'elles pousseraientCité par . De retour dans la baie le , le rendement du jardin potager était des plus bas, les graines ayant été plantées dans un sol sec et sablonneux. Cette fois, Delahaye essaya d'expliquer aux aborigènes locaux que les tubercules, lorsqu'elles étaient cuites sur des braises, étaient comestibles. Le long de la côte, proche d'Adventure Bay, sur l'île Bruny, Delahaye examina et prit soin de deux grenadiers, d'un cognassier et de trois figuiers, plantés en 1792 par l'expédition de Bligh.

Redécouverte du jardin en 2003 Le , sur la péninsule nord-est de la baie de la Recherche, les militants écologistes Helen Gee et Bob Graham découvrirent une structure de pierre rectangulaire couverte de mousse de dimensions 9 mètres x 7,7 mètres, subdivisée en quatre rectangles et comprenant une « plinthe » (pour soutenir les tonneaux d'eau) mesurant 1,8 mètre x 1,7 mètre. Il s'agit là peut-être des restes du jardin potager établi par Delahaye en 1792. Le site (« NE peninsula ») fut placé sur le registre de la Tasmanian Heritage Register le . Cette découverte constitua un élément important de la campagne de sensibilisation destinée à préserver le site et, au-delà, toute la péninsule, qui appartenait alors à des propriétaires privés et était menacée par l'exploitation forestière.

Transport des arbres à pain vers les Indes occidentales françaises vignette|droite|200px|Arbre à pain, Artocarpus altilis (fruit).