Julien Le Paulmier, né en à Agneaux et mort en à Caen, est un médecin français, auteur du premier traité composé sur le cidre.
Biographie Après avoir quitté la maison paternelle de bonne heure, Le Paulmier a obtenu le grade de docteur en médecine en l’université de Caen. Monté à Paris, il étudia la philosophie, s’est fait recevoir maître ès arts en 1547. Inscrit à la Faculté de médecine de Paris, après avoir fourni la preuve de quatre années d’études, il est reçu bachelier en médecine le . Le suivant, il passe sa première thèse quodlibétaire, sous Denis Millet ; le , la deuxième, sous la présidence de Rodolphe de Lor, et, le , devant Simon Poncet, sa thèse cardinale intitulée Anne catharticus omnes peræque vacuet humores? ; le de la même année, il dispute, sous Guillaume Plancé, sa troisième thèse quodlibétaire..
Le , il est reçu avec éloges licencié, quatrième sur cinq candidats. Le , il passe sa thèse de vespérie sous Vincent Mustel et le doyen Christophe Baudouin. Sa réception au doctorat a eu lieu le devant Vincent Mustel, et il a soutenu sa thèse pastillaire six jours après, sous le même régentThèse pastillaire, sur la composition ‹es drogues et médicaments.. Enfin, le suivant, il fait acte de régence en présidant hors tour la thèse quodlibétaire présentée par André PerdulcisThèse quodlibétaire, sur toutes les parties de la science.. Élève particulier de Jean Fernel, il a suivi pendant dix ans sa pratique et signé, en qualité de témoin, le , le testament de ce médecin, qui lui a légué ses livres et ses manuscrits. Chargé pendant quatre ans d’un service de malades à l’Hôtel-Dieu de Paris, il a contracté, en , la peste, dont il a dit s’être guéri en sept jours avec des remèdes sudorifiques.. Il remplit de nouveau cette fonction pendant une année, lors d’une épidémie de peste. Il a épousé, vers la même époque, Guillemette Passart, belle-sœur d'un maître orfèvre de Paris.
Ayant adopté, comme beaucoup de ses confrères, docteurs régents en la Faculté de médecine de ParisJean de Gorris, Simon Baudichon, Maurice de la Corde, Nicolas Charton, Albert Le Febvre, de Lor, L'Estellé., le calvinisme, pendant les troubles de la première guerre de religion, en 1562, il s’est vu, ainsi que Jean de Gorris, obligé de s’éloigner de cette ville et, comme eux, privé des honneurs, droits et prérogatives de l’École, savoir : présidence, dispute cardinale, lecture, gages et grands émoluments. Rentré à la suite de l’édit de pacification d’Amboise du , et rétabli, non sans difficultés, dans ses anciens droits, de concert avec ses collègues, le , il préside, le , une thèse de vespérie et, le du même mois, une thèse de doctorat soutenue par le même. Le , il dispute une thèse pastillaire. Ayant dû quitter de nouveau la Faculté, lors de la deuxième guerre de religion (1567-1568), sa fidélité à la foi nouvelle a empêché son retour, contrairement à quelques-uns des docteurs régents calvinistes rentrés après avoir abjuré le calvinisme. En vain le Roi avait-il, par diverses déclarations, notamment par les lettres patentes données à Vallois-Saint-Charles, le , avait ordonné le rétablissement des anciens régents dans leurs anciens droits et privilèges. Le Parlement s’était pareillement prononcé, par arrêtés du même jour et du , dans le même sens, mais la Faculté de médecine, s’abritant derrière l’Université, dont la puissance de résistance à l’autorité du Roi et du Parlement était telle, qu’elle refusait de les recevoir. vignette|redresse=.8|Édition princeps du Traité de la nature et curation des plaies de 1569. Le Paulmier refusant toujours de renoncer à sa nouvelle religion, après le mois de , on ne rencontre plus sa signature au bas des comptes annuels du doyen et, à partir du , son nom cesse de figurer sur la liste des docteurs régents de la Faculté de médecine de Paris. Retiré au Breuil, il profite de sa retraite temporaire pour mettre en ordre ses commentaires sur les maladies contagieuses et rédiger son Traicté de la nature et curation des playes de pistolle, harquebouse et autes bastons à feu, ensemble les remèdes des combustions et bruslures externes et superficielles, paru la même année, et où il repousse la brulure et l’empoisonnement de ces plaies par la poudre et le boulet, citant de nombreuses expériences à l’appui. Nicolas Éloy se trompe donc du tout au tout lorsqu’il affirme que Le Paulmier . Partisan de la ligature des artères, Le Paulmier rejetait la cautérisation, la réservant seulement pour certains cas d’hémorragie. Dans la recherche des projectiles, il recommande de donner au blessé la position qu’il occupait au moment où il a été atteint, en indiquant l’emploi de divers instruments destinés à leur extraction.
Cet opus a été l’occasion d’une querelle célèbre en son temps, Le Paulmier ayant eu le tort de ne pas citer son illustre confrère Ambroise Paré, dont il avait adopté certaines opinions émises en 1553 par dans la Manière de traicter les playes faictes tant par harquebutes que par flèches, etc., bien qu’il ait combattu la pratique du grand chirurgien sur certains points. Ainsi, soutenant qu’à des maladies nouvelles il faut des remèdes nouveaux, il s’élevait contre l’opinion d’Hippocrate prescrivant de laisser suppurer toute plaie contuse ; il voulait limiter la suppuration, blâmait l’usage des caustiques et rejetait le basilicon et l’égyptiac ; il séchait les plaies et proscrivait l’usage des grosses tentes. Bien qu’admettant aussi l’existence des pierres de foudre, il repoussait l’assimilation des effets de la foudre avec les coups d’artillerie. Enfin, et ce qui visait directement Paré, il disait qu’à Rouen, à Dreux et à Saint-Denis, beaucoup de blessés, quoique atteints légèrement, étaient morts du traitement, au point que de cent il en était réchappé dix.
Ambroise Paré ne pouvait laisser passer l’offense. Dans les Cinq livres de chirurgie, contenant une Apologie touchant les playes faites par harquebuses, le célèbre chirurgien réplique avec aigreur aux assertions de Le Paulmier, reprenant une à une toutes ses objections et lui donnant tort sur tous les points, pour soutenir que les blessés de Rouen avaient péri de gangrène et de pourriture ; qu’à Dreux et à Saint-Denis, ils étaient morts, non des suppuratifs et des corrosifs, mais du froid et des désordres causés par le boulet. Il lui reproche ensuite de lui devoir que la poudre n’est pas toxique et que les balles ne brulent pasOubliant que l’avait prouvé dès 1552., pour finir par l’accuser de l’avoir copié, en l’invitant à Au lieu de répondre lui-même, un certain J. M., compagnon barbier, a publié, le , un Discours des arquebousades en forme d’épistre pour répondre à certaine apologie publiée par Ambroise Paré, Lyon, 1572, libelle injurieux auquel Paré n’a pas pris la peine de répondre.
Mandé à la Cour, probablement par l’entremise d’un de ses patients et ami, Michel de Chefdeville, pour soigner à , que des insomnies persistantes avaient jeté dans un état d’où ses médecins ne pouvaient parvenir à le tirer, Le Paulmier réussit à le guérir. De retour à Caen, où il possédait une maison, en , il habitait cette ville avec sa femme, Gabrielle Passart, qui est morte peu de temps après. Au mois de mai suivant, il accompagne Matignon aux sièges de Saint-Lô, pris le , et de Domfront, qui se rend le 26 du même mois. Le mauvais état de sa santé le ramène ensuite, pour le reste de l’année, chez lui où, veuf et sans enfants, il épouse, le , à Caen, Marguerite de Chaumont, âgée de vingt ans, appartenant, comme lui, à la religion réformée. à Caen son élève, Jacques de Cahaignes, raconte que quand il voyait quelques malades Le Paulmier l'emmenait souvent dans ces visites, l’interrogeant sur les maladies soumises à son observation, approuvant ou redressant ses réponses, lui confiant quelquefois la direction des cas peu graves et lui expliquant ceux qui l’embarrassaient. vignette|redresse=.8|Des maladies contagieuses, 1578. Au mois d’, revenu à Paris après avoir rétabli sa santé, il est inscrit au nombre des médecins du duc François d’Anjou, office qu’il a conservé jusqu’à la mort de ce prince, en . La même année, il publie son traité De morbis contagiosisDans la dédicace adressée au Parlement de Paris, l’auteur rapporte que, six ans auparavant, l’ouvrage était à moitié imprimé par André Wechel, lorsque la guerre civile a interrompu ce travail. Les presses furent brisées, les feuilles dispersées, et le manuscrit disparut. Un de ses voisins lui rapporta un exemplaire couvert de poussière et tout lacéré ; avec son aide, il parvint à le reconstituer, et c’est ce traité, terminé à la campagne, qui paraissait enfin.. Il comprend : deux livres de la maladie vénérienne, un livre du mercure, un livre de l’éléphantiasis, un livre de la morsure du chien enragé et de l’hydrophobie, et deux livres de la peste. Dans cet ouvrage, Le Paulmier repousse, avec Fernel, le mercure comme un remède cruel, dangereux et incertain, et préconise le gaïac et l’alexipharmaque de son maitre comme étant d’un effet excellent et assuré. Il admet, cependant, le mercure combiné avec ces médicaments, propose de nombreuses préparations chimiques, donne la formule de l’Amuletum composé par lui et que l’on trouve rue Saint-Antoine, chez le célèbre pharmacien Antoine Fanerea. Le cidre du Cotentin convient, dit-il, aux éléphantiasiques et aux mélancoliques ; celui du pays d’Auge leur est contraire. Contre la rage, il vante une poudre de sa composition, qui a longtemps figuré dans les formulaires.
Les deux livres de la peste sont traités avec un soin particulier. Ils sont précédés d’une longue épître dédicatoire au prévôt et aux échevins de Paris, et d’une pièce de vers latins de Jean Rouxel de Bretteville. Julien entre dans de longs détails sur la nature, les causes, la description de cette maladie, qu’il a observée à diverses reprises. Il croit à la contagion, insiste sur l’hygiène publique et privée, sur le régime et sur le traitement, rejette l’emploi de l’antimoine, blâme l’usage de la saignée et vante les sudorifiques à l’aide desquels il s’est guéri lui-mêmeCet ouvrage a eu deux autres éditions, l’une à Francfort, 1601, in-8º, l’autre à la Haye, 1664, in-8º.. Lors de son départ, au mois de , pour assiéger La Fère, le maréchal de Matignon a envoyé Le Paulmier au château de Torigny, pour donner ses soins à la maréchale et à ses enfants pendant son absence. L’ayant présenté, à son retour à Paris, au roi , celui-ci l’a nommé son médecin ordinaire avec le titre de conseiller. vignette|redresse=.8|Bref discours de la preservation, et curation de la peste, 1580.