Le (en latin : ), parfois nommé aussi : Banquet chez Trimalcion ou Dîner chez Trimalcion, est un récit inséré dans le roman latin du Satyricon, attribué à Pétrone. Il s'agit du plus long passage de ce dernier. L'épisode du banquet de Trimalcion a été rattaché au genre de la « fable milésienne » par Erich Auerbach, qui y voit un modèle antique de réalisme littéraire. L'épisode dépeint par Pétrone fait suite à une tradition antique du banquet (symposion), de Platon, Xénophon ou encore Athénée à Horace et Sénèque.

Trimalcion est un esclave affranchi, devenu extrêmement riche par son ambition et son intelligence, qui étale un luxe tapageur et de mauvais goût, ce qui lui a valu de devenir un type littéraire du parvenu. Cependant son statut d’ancien esclave le sépare à jamais de la bonne société. Sa compagnie est composée de riches affranchis comme lui, des « seviri augustales ». Ce simulacre de banquet funéraire sert de cadre à l’épisode central du Satyricon au cours duquel Trimalcion fait le récit de son ascension sociale.

Cet intérêt pour la psychologie des situations sociales est une des originalités de Pétrone.

Récit enchâssé L'épisode des agapes lors du festin chez Trimalcion est le cœur de l'œuvre ; son récit représente un tiers de l'ouvrage. Cet épisode, nommé aussi le « festin chez Trimalcion », vient couper les aventures d'Encolpe et constitue signale Louis de Langle.. Il met en lumière les mécanismes sociaux de la société romaine de l'époque. L'ancien dominus (maître) de Trimalcion, auquel ce dernier est reconnaissant, a voulu faire de son ancien eslave un hominem inter homines, un homme parmi les hommes. Or, pour Antonio Gonzalès, l'affranchissement d'esclaves était exceptionnel à cette époque, ce qui fait de l'histoire du personnage de Trimalcion une . même si sa réussite est permise par ses compétences sexuelles surtout selon Paul Veyne.

Stylistique Peinture réaliste thumb|upright=1.2|left|Le festin de Trimalcion, par Lovis Corinth (1909).

Pour Erich Auerbach, l'épisode chez Trimalcion représente un cas unique de réalisme au sein de la littérature antique. Il compare même Pétrone à Émile Zola : et l'épisode du festin chez Trimalcion est L'auteur a en effet, en plus de l'effet de réel cherché dans la présentation des convives et de leur relation entre eux, à imiter, par cette scène, l'exercice rhétorique de la , qui consistait en des lectures publiques. Un calcul a montré que cette (ce « repas ») lue à voix haute dure en effet environ une heure, soit la durée normale d’une ..

Vrai et faux Le récit semble une métaphorisation de la dialectique vrai/faux. Selon Jean-Noël Robert, le festin représente la , caractéristique du style de PétroneJean-Noël Robert, Les plaisirs à Rome, Paris, 1983, p. 121–124.. Le chapitre 33 est sur ce point particulièrement illustratif. Nombre de plats paraissent vrais alors qu'il s'agit de manipulations ou de chimères. Par exemple, une poule sur un plateau est présentée aux convives mais elle est en fait en bois.

Thèmes Les thèmes abordés lors du festin sont nombreux., comme la mort par exemple.

Affranchis et maîtres L'affranchissement traverse toute la scène. Ainsi, selon U. E. Paoli, Trimalcion invite des esclaves à sa table et, ce faisant, les affranchit ; c'est la tradition du .. Cependant, il ne peut s'agir d'une référence faite à cette institution juridique, qui n'apparaît qu'au .

Jeux de mots Au début du repas, au chapitre 36, Trimalcion interpelle son écuyer par le mot « Carpe ». Encolpe, s'étonnant que Trimalcion répète plusieurs fois ce mot apprend d'un autre convive que leur hôte a appelé son écuyer tranchant du nom de Carpus (vocatif : Carpe, impératif de carpere : « couper »), ce qui lui permet ainsi, en un seul mot, d’appeler et de commander..

Allusions et intertextualité Allusions Le plat présentant un porcus Troianus, un porc dont le corps contient des victuailles, est ainsi dénommé par référence au cheval de Troie.

Parodie du Banquet de Platon La scène se comprend comme une parodie du Banquet de Platon.. Plusieurs éléments le laissent penser. Tout d'abord, le départ de Trimalcion (au chapitre 41) est suivi de cinq interventions d’affranchis : celle de Dama, de Seleucus, de Philéros, de Ganymède et d'Echion, comme autant d'interlocuteurs de Socrate (Phèdre, Pausanias, Erixymaque, Aristophane et Agathon). Son retour est suivi par ailleurs de l’arrivée tardive d’un convive éméché, le sculpteur Habinnas (chapitre 65). Dans Le Banquet, après que Socrate a repris la parole, Alcibiade arrive, lui aussi enivré..

Postérité Le thème du banquet chez un riche affranchi apparaît dans d'autres œuvres de la littérature romaine, sans doute inspirées du Satiricon. Horace (Satires : 2, 8) décrit le banquet de Nasidène, parvenu riche mais ignorant alors que Juvénal (Satires : 24, 29) présente l'agape de Vierron au cours duquel clients et affranchis se querellent. Sénèque (Épîtres : 27, 5) fait le portrait du riche mais ignorant Calvitius..

Trimalcion, riche affranchi Trimalcion est un ancien esclave venu d’Orient, certainement un Syrien. Son patronyme est formé sur la racine sémitique malk, celle de l’arabe malik et de l’hébreu melek, c’est-à-dire « roi ». Le préfixe tri- a le sens d'un superlatif grec, acquis sous l’influence de l’égyptien et que l’on retrouve dans l'expression Hermès Trismégiste..

Acheté très jeune à Rome par un haut personnage (« Je suis venu d'Asie que je n'étais pas plus haut que ce candélabreSatiricon, 75,10, traduction Alfred Ernout, Les Belles Lettres, 1970. ») , il devient son mignon (« J'ai été pendant 14 ans le mignon du patron ; il n'y a pas de honte à faire ce que le maître commande. Et entre-temps, je contentais aussi la patronneSatiricon, 75,11 ; 69,3).»), puis son homme de confiance, hérite de sa fortune (« Le patron n'avait plus que moi à la cervelle. Bref il me laissa toute sa fortune, sauf le legs de rigueur à l'empereur, et je recueillis un patrimoine de sénateur »Satiricon, 76,1-2.), se lance dans les affaires et le grand commerce « parce que personne n'en a jamais assez. L'envie me prit de faire du négoceSatiricon, 76,3.», y multiplie le capital dont il a hérité, puis prend sa retraite en Campanie où il étale son luxe en imitant les gens riches de l'époque.

La demeure de Trimalcion Architecture Le plan de la demeure de Trimalcion,

Notes et références

Annexes Articles connexes Satyricon

Liens externes Le menu lors du banquet de Trimalcion

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