Lhistoire des bourses de valeurs retrace les étapes de l'émergence d'espaces de valorisation des obligations, qui dominent ainsi jusqu'au milieu du , puis des actions. Auparavant, le financement des armements navals vénitiens et hollandais sous la forme d'actions reste une exception. Les obligations prennent leur essor dès le sur un marché déjà mondialisé, soutenu par les banques centrales et le Trésor public.
L'émergence de la presse écrite, qui publie des listes de cours, puis du télégraphe, qui les diffuse rapidement, permet au public une meilleure information mais aussi aux entreprises de faire connaître leur activité et ainsi aux actions de prendre le relais vers le milieu du , d'abord dans quelques secteurs qui s'y prêtent par leur croissance et leurs besoins en capitaux propres, le développement des chemins de fer, de l'extraction de matières premières et précieuses s'ajoutant à celui des banques et des canaux, et la bourse restant encore affaire de territoires et concessions. Jusqu'au , les entreprises industrielles n'y prennent qu'une place minoritaire, avant d'y connaître ensuite un âge d'or, en profitant de leurs économies d'échelle.
D’un financement par emprunt, les entreprises ont ensuite évolué vers l'autofinancement, les bourses donnant la priorité à la valorisation de l'épargne. La fin du voit apparaître la dématérialisation des titres et la montée des biotechnologies et de l'informatique, affichant des performances élevées, .
Les moulins du Bazacle, première société par actions vignette|La chaussée du Bazacle aujourd'hui. En 1250, à Toulouse, est née la première société dont les actions pouvaient s'échanger, leur prix variant en fonction de la conjoncture économique. La Société des moulins de Bazacle regroupait 60 moulins flottants, dits à « nef », sur la Garonne, répartis entre trois lieux distincts : « La Daurade », « Le Château narbonnais » et « Bazacle ». La chaussée du Bazacle, faite de pieux de chêne, traversait en biais la Garonne, sur une longueur de . Toulouse, qui comptait entre , assurait les débouchés commerciaux de ces moulins flottants.
Chaque associé recevait un papier notarié, en contrepartie de sa participation. En fin d’année, il touchait en nature, c’est-à-dire en farine, sa part des bénéfices. Les rendements pouvaient atteindre entre 10 % et 25 % par anDictionnaire universel de France, par Robert de Hesseln, 1771.. Les actions étaient échangées sur un marché libre, mais qui ne déboucha pas sur la création d'une vraie bourseCritique de La Révolution industrielle du Moyen Âge, de Jean Gimpel.. Chaque année, une assemblée générale élisait les administrateurs, le trésorier et le receveur des grainsLa première société par actions française : « La Société des moulins du Bazacle ».. La Société des moulins de Bazacle est devenue « Société toulousaine d'électricité de Bazacle », reprise par EDF en 1946.
Venise, première place pour l'échange de parts dans des navires gauche|vignette|redresse=1.0|Le canal de Porta Nova, entrée de l'arsenal de Venise. À Venise, le quartier du Rialto était proche d'une vraie bourse des valeurs, selon l’historien Fernand Braudel. Même si les obligations y dominent, les marchands du grand commerce mondial y échangent aussi des participations dans les galères vénitiennes, divisées en « carats », et mises aux enchères. Ce système de l’incanto des galées du marchéDoris Stöckly, Le Système de l'Incanto des galées du marché à Venise (fin ), Brill, 1995, 434 p., Google Books. a permis à Venise d'entreprendre à partir du des aventures maritimes à très grande échelle. À son apogée, au milieu du , la ville armait une flotte évaluée à environ , permettant des convois réguliers pour sillonner la mer Méditerranée. Ce système est créé dès 1283, sous régie d'État. Il faut attendre 1315 pour les premières enchères à but commercial, concernant les lignes menant à l'Angleterre et aux Flandres. L'État vénitien en crée en 1347 une troisième menant à Alexandrie, en 1374 une quatrième vers Beyrouth, en 1402 une cinquième vers Aigues-Mortes, puis en 1436 une reliant les ports de la côte africaine à l'Espagne. La création de cette « bourse du Rialto » stimule la construction des flottes marchandes, qui nécessite, entre 1303 et 1325, le quadruplement de la superficie de l'arsenal de Venise, premier site industriel du monde, protégé par une enceinte de .
Bruges, première place européenne, relie Baltique et Méditerranée vignette|droite|upright=1.8|La Grand-Place de Bruges. Bruges était le grand partenaire commercial de Venise, au moment où la cité italienne a étendu son rayonnement, mais aussi un précieux partenaire financier. La première bourse moderne aurait ainsi été créée au à BrugesD'autres berceaux de la Bourse également cités sont le Portugal, l'Italie et l'Espagne ( )., lorsque les représentants des comptoirs implantés dans la ville prirent l'habitude de se réunir devant l'hôtel de la famille Van der Buerse.. Les principaux comptoirs, appelés « nations », se partageaient les maisons sur la place Ter Buerse. Une nation était une association de marchands étrangers, qui louait le plus souvent ses propres bâtiments. Les marchands y échangeaient les monnaies de toute l’Europe et fixaient les prix futurs des marchandises, ce qui nécessitait d'anticiper l'évolution de l'offre et de la demande aux quatre coins du monde connu. , racontent les carnets de voyage de Hieronymus Muenzer, un médecin allemand de Nuremberg en 1495. Bruges a joué un rôle majeur dans la naissance du marché des valeursÀ la Bourse. Histoire du marché des valeurs en Belgique de 1300 à 1990, sous la direction de Geert De Clercq.. Sur fond de déclin des foires de Champagne, elle a facilité aux Italiens l'accès à l’Europe du Nord, au croisement des empires commerciaux italiens et du réseau de villes commerciales de la Hanse.
Anvers, première place mondiale, relie l'Inde à l'Amérique vignette|Lodovico Guicciardini. Bourse de change d'Anvers. Le port de Bruges s'ensabla et Anvers prit le relais, grâce à sa position à l'embouchure de l'Escaut, alors principale artère fluviale des Flandres et du Hainaut, les deux régions de l'Europe les plus riches. Anvers devient la capitale de l'imprimerie Plantin. En 1508, la couronne du Portugal décide d'y installer la Feitoria de Flandres, régie commerciale de ses navires qui reviennent chargés d'épices des Indes, en longeant les côtes africaines. L'arrivée des remises d'or et surtout d’argent d'Amérique (et dans une moindre mesure l'argent des mines autrichiennes du Tyrol) joua un rôle fondamental dans la réalisation des opérations financières d'AnversLa piastre ou le réal de huit en Espagne et en Amérique : une monnaie universelle (). Consulter en ligne.. Anvers n'a pas de véritable banque, ni même de flotte de commerce. Il n'y est pas question d'écrire les dettes dans un seul livre de comptes comme à Venise. La place flamande développe alors le principe de la lettre de change, document fiduciaire qui peut être escompté. L'achat à terme se développe : il arrivait que la date des livraisons soient reportées, l'écart de temps « permettant d'escompter la hausse ou la baisse » du cours des marchandises.
Vers le début du , les transactions se concentrèrent à Anvers, qui devient une place pour les négociants de tous les peuples et toutes les langues. La Bourse d'Anvers est un bâtiment, aujourd'hui disparu, de grande taille où se retrouvent marchands et financiers, espagnols et flamands, allemands et portugais, italiens et suédois. En 1592, apparaît la première liste publiant les cotes des matières premières. Très vite, l'Empire espagnol amène des marchandises de toute l'Amérique latine, en particulier l'argent du Mexique et du Haut-Pérou (Potosí), après 1560 et les convois portugais poussent jusqu'au Japon, nouant les premiers échanges dans la région de Nagasaki.
Lyon, première place des emprunts publics à long terme vignette|La rue Mercière et ses voisines réunissaient une centaine d'imprimeurs de Lyon. Lyon fut en 1540 la première des bourses des valeurs régionales françaises, qui ont d'abord été des bourses de commerce. Toulouse remonte à 1549 et Rouen à 1566. « Création des marchands italiens » comme Laurent Capponi, venu de Florence, la place de Lyon centralise les nouveaux échanges sur les effets de commerce et l'escompte, qui font le succès d'Anvers à la même époque. Spécialiste du commerce de gros, grande organisatrice de foires depuis 1463Marie-Noëlle Baudouin-Matuszek et Pavel Ouvarov, Banque et pouvoir au : la surintendance des finances d'Albisse Del Bene, ., Lyon est « censée donner la loi à toutes les autres places d'Europe. Vers 1550, c'est une grande ville de soyeux et la capitale de l’imprimerie européenne, avec près de dans la rue Mercière et ses voisines, même si nombre de marchands français s'établiront ensuite à Anvers, nouvelle rivale. Les banques italiennes de Florence et Lucques, implantées à Lyon, fusionnent : la Banque Gadagne est absorbée par les CapponiBibliothèque de l'École des Chartes, Paris, Librairie Droz, .. Elles prêtent aux souverains espagnols et français qui se combattent. Le banquier Albisse Del Bene, issu d'une famille d'exilés florentins, est munitionnaire des armées et contrôle la levée des impôts dans toutes les régions de FranceBibliothèque de l'École des Chartes, Paris, Librairie Droz, .. Henri lance à Lyon en 1555 le Grand Parti de Lyon, un emprunt de deux millions d'écus sur 11 ans, à intérêt de 16 %, « taux très supérieur aux précédents », de 12 % en moyenne. Les trois-quarts de l'emprunt sont d'anciens crédits, rassemblés et refondus. Jusque-là, le déficit royal était comblé par des emprunts à trois mois, renouvelés à l'échéance. La plupart des créanciers suisses le boudent, jugeant l'échéance trop longue : ils envoient seulement à LyonBibliothèque de l'École des Chartes, Paris, Librairie Droz, .. La nouvelle créance séduit cependant par sa clarté et sa visibilité. Mais deux ans plus tard, sa valeur chute : la banqueroute espagnole suscite une défiance envers toutes les dettes publiques. Le , peu après la prise de Cadix par des Anglais, Philippe II d'Espagne annonce qu'il cesse de payer les intérêts à ses nombreux créanciers, jusque-là rassurés par les colonies espagnoles du Mexique et du Potosi, hauts lieux de l’histoire des mines d'argent.
, aux . Albisse Del Bene se fait le porte-parole de la communauté bancaire internationale. Il tente, sans succès, de convaincre Philippe II d'Espagne d'aménager sa detteBibliothèque de l'École des Chartes, Paris, Librairie Droz, .. Après le krach de 1557, la banque Capponi quitte Lyon pour Paris. En 1604, Sully, ministre des Finances d’ réduit de 40 % les montants du Grand Parti de Lyon et ramène de force le taux d'intérêt à 4 %.
Première nationalisation de dette, par Thomas Gresham Peu avant ce krach de la dette française du « Grand Parti de Lyon », survenu en 1555, l'Angleterre décide en 1543 le Great Debasement, qui ramène la part d'argent dans les pièces de monnaie à 25 % et déclenche la crise monétaire anglaise des années 1550. Pour faire baisser les prix, qui « avaient doublé ou triplé en quelques années », Thomas Gresham propose à la reine d'Angleterre de revenir aux parités antérieures et de créer un marché nationalLéon Galibert et Clément Pellé, Angleterre, vol. 2, ., centralisé, pour ses emprunts. La reine, satisfaite, le nomme en 1560 ministre des Finances et lui demande de reproduire à Londres le fonctionnement de la Bourse de commerce d'Anvers. Le Royal Exchange est construit en 1565, pour accueillir les échanges qui avaient lieu rue des Lombards, fief des Italiens de Londres depuis le Moyen Âge. Les grands bailleurs de fonds partagent l'édifice avec une foule de petits spéculateurs et courtiers anglais, mais on n'y échange pas d'actions. Le lieu sera envahi un siècle plus tard par les négociants venus de Hollande, mal accueillis, qui s'installeront alors dans des cafés.