right|150px|La stèle commémorative érigée en 1948 au niveau du 42 boulevard Montfleury.
Les fusillés de la villa Montfleury sont huit résistants qui ont été fusillés collectivement le , jour du débarquement en Provence, par la Gestapo cannoise à Cannes (Alpes-Maritimes) dans le sous-sol de son siège la villa Montfleury.
Aujourd'hui, une stèle commémorative rappelle cette exécution collective. Elle se trouve au niveau du 42, boulevard Montfleury à Cannes (Alpes-Maritimes). Une cérémonie commémorative y a lieu tous les .
Ce sont cependant douze personnes qui se trouvent ce dans les quatre cellules de la villa Montfleury (dix hommes et deux femmes) : dix sont fusillés mais deux survivent, un réussit à s'enfuir au début du massacre et une autre est épargnée.
La Gestapo niçoise a elle aussi fusillé des résistants le jour du débarquement en Provence, 21 résistants (ainsi que deux collaborateurs) sont fusillés à Nice (Alpes-Maritimes), au quartier de l'Ariane, le long du Paillon. Deux autres résistants ont déjà été fusillés à l'Ariane le Jean-Louis Panicacci, Les lieux de mémoire - De la deuxième guerre mondiale dans les Alpes-Maritimes, Éditions Serre, 1997, pages 21-22 et ONAC 06, Les fusillés de L’Ariane 15 août 1944, Collection Mémoire de la seconde guerre mondiale dans les Alpes-Maritimes..
La villa Montfleury : le siège de la Gestapo cannoise
Le , les Italiens signent l'armistice avec les alliés. Il est rendu public le .
La stationnée dans le sud-est de la France se replie dans la panique pour ne pas être faite prisonnière par l'armée allemande qui vient occuper la zone italienne.
Les Allemands prennent le contrôle de l'ancienne zone d'occupation italienne dans les Alpes-Maritimes. En , Alois Brunner et la Gestapo réquisitionnent l'Hotel Excelsior à Nice, la Villa Montfleury à Cannes ... ; ils font régner un régime de terreur et organisent la "chasse aux Juifs". Les rafles furent principalement faites à Nice, mais aussi dans une vingtaine d’autres communes ; jusqu'en , 130 personnes (dont Tristan Bernard) sont ainsi arrêtées à CannesJean-Louis Panicacci : Les persécutions antisémites dans les Alpes-Maritimes (été 1940-été 1944), transférées à Drancy, et pour la plupart déportées par les convois 60 et suivants.
Dans les caves du sous-sol de la Villa Montfleury sont aménagées quatre cellules. Chaque cellule est fermée par une grille. Le couloir qui permet d'accéder aux cellules est fermé par une barrière métallique. De nombreux résistants, juifs et réfractaires y ont été enfermés et pour beaucoup torturés (Hélène Vagliano, Léon Noël...) Pierre Jérosme, De l'engagement de la nation française dans la triste aventure du gouvernement de Vichy, Mémoires du , L'Harmattan, Paris, 1994, page 130..
En , une nouvelle équipe de la Gestapo s'installe à la villa Montfleury. Le chef est le capitaine Hans Josef Moser, accompagné parfois par sa maîtresse, la danseuse italienne Hélène Monti. Il est accompagné de deux officiers adjoints. Le lieutenant Willy Bauer, ancien garçon brasseur qui est accompagné par sa maîtresse Lucienne d'Amore, épouse Poggi, surnommée Lily. Il y a également le lieutenant Richard Held, surnommé lieutenant Richard, Français mosellan condamné trois fois pour vol. Il est l'interprète à la petite moustache et aux lunettes rondes. Il est accompagné par sa maîtresse Berthe Blanchet, épouse Jaubert, une Française domiciliée avenue des Palmiers Pierre Jérosme, De l'engagement de la nation française dans la triste aventure du gouvernement de Vichy, Mémoires du , L'Harmattan, Paris, 1994, pages 130 et 131. . À ces trois officiers et leurs maîtresses s'ajoutent August Wierges (intendant), son épouse Adèle, domiciliée à Monte-Carlo (Monaco); et le Bavarois Bilhartz, bon joueur de piano. Le chauffeur Barthélémy est à leur service ainsi que deux domestiques françaises : Marie-Louise et Madeleine Pierre Jérosme, De l'engagement de la nation française dans la triste aventure du gouvernement de Vichy, Mémoires du , L'Harmattan, Paris, 1994, page 131. .
L'action des Groupes d'Action du Parti Populaire Français (G.A. - P.P.F.)
La Gestapo peut compter sur les services d'auxiliaires français. Ce sont les Groupes d'Action du Parti populaire français de Jacques Doriot (Les G.A. - P.P.F.). Ils ont été officiellement créés en à la suite d'une proposition écrite de Simon Sabiani, adjoint de Doriot, dans une lettre datée du à destination d'Heinrich Himmler, chef des S.S. (Schutzstaffel) et de la Gestapo.
Le quartier général des G.A. - P.P.F. de Cannes est l'hôtel Cavendish. Ils possèdent également une sorte de dépôt pour leurs basses besognes à la villa Conchita située dans le boulevard Carnot et aujourd'hui remplacée par un immeuble.
Ces gestapistes cannois sont habillés en civil mais armés. Ils sont dirigés par Charles Palmieri surnommé Merle d'où leur surnom d« équipe Merle ». L'autre responsable est Auguste Brisset. La direction départementale est entre les mains d'Honoré Goyeneche basé à Nice à l'hôtel Columbia. L'équipe des G.A. - P.P.F. cannois est composée de Bruno Allegri, Eugène Auda, Joseph Bolla, Guido Comis, Joseph Court, André Favier, Eugène Gaillard, Lucien Garino, Émilien Goletto, Pierre Gravino, Paul Malaguti, Sylvio Mugnai, Antonin Occera, Vincent Orizone, Jean-Paul Pallanca, Marcel Protiere, un homme surnommé Simon, Ellio Testi, un homme surnommé Toto et Levanti Viola Pierre Jérosme, De l'engagement de la nation française dans la triste aventure du gouvernement de Vichy, Mémoires du , L'Harmattan, Paris, 1994, pages 131 et 132. .
Ces hommes déterminés puisque irrémédiablement compromis avec l'occupant allemand sont très efficaces car beaucoup connaissent parfaitement Cannes. Paul Malaguti est ainsi né dans le quartier populaire du Suquet. Il est domicilié 10, rue Georges Clemenceau. Il travaille comme livreur avant de s'engager comme auxiliaire de la Gestapo Pierre Jérosme, De l'engagement de la nation française dans la triste aventure du gouvernement de Vichy, Mémoires du , L'Harmattan, Paris, 1994, page 132. . Ils sont souvent jeunes (Paul Malaguti est né le et s'engage donc à l'âge de 17 ans), socialement déclassés et analphabètes. 70 % d'entre eux ont déjà eu affaire à la justice Pierre Jérosme, De l'engagement de la nation française dans la triste aventure du gouvernement de Vichy, Mémoires du , L'Harmattan, Paris, 1994, pages 132 et 133. . Ils font partie du sous-prolétariat (le lumpen proletariat) évoqué par Karl Marx. L'engagement dans les G.A. - P.P.F. leur donne un pouvoir immense et un sentiment de toute-puissance. Leur position de gestapiste leur fournit les moyens pour une énorme revanche sociale.
Si pour certains, cet engagement dans les G.A. - P.P.F. est un engagement idéologique, il s'agit aussi et surtout d'un moyen de s'enrichir rapidement. Les G.A. - P.P.F. touchent en effet « par mois plus une prime pour chaque juif, réfractaire ou résistant arrête et livré, plus les à-côtés juteux des vols, pillages ou rançons ordinaires ». Ils fournissent au minimum une affaire par jour à leurs maîtres.