Victor Duruy est un homme politique et historien français, né le à Paris où il est mort le . Il a notamment été ministre de l'Instruction publique sous le Second Empire, de 1863 à 1869.
Biographie Études (1824-1833) Né dans une famille constituée d’artisans tapissiers depuis sept générations, Victor Duruy est d'abord destiné à suivre l’exemple de son père, Charles Duruy, chef d'atelier à la manufacture des Gobelins. C’est ainsi qu’il travaille d'abord à l'atelier des apprentis, avant d'entrer à l'école primaire tenue par un ancien conspirateur bonapartiste, Hénon. Un ami de son père remarquant son application au travail, il suit des études classiques au collège Sainte-Barbe (appelé plus tard collège Rollin), grâce à une demi-bourse d’études.
Entré au collège en , il est d'abord un élève médiocre en raison de nombreux retards, qu'il parvient progressivement à combler. Il obtient son baccalauréat en 1830 et, la même année, intègre l'École normaleAnnuaire de l'école. En 1833, il est admis au concours de l'agrégation d'histoire et géographie.. À Sainte-Barbe comme à l'École normale, Victor Duruy suit l'enseignement de Jules Michelet, qui devient son maître et est l'un des principaux appuis au début de sa carrière.
Vie avant son ministère (1833-1863) Postes Il est nommé professeur au collège de Reims (1833), à l’âge de vingt-deux ans, puis au lycée Henri-IV à Paris (1834), où il devient le professeur de deux des fils de Louis-Philippe, le duc d'Aumale et le duc de Montpensier. Il est ensuite promu au lycée Saint-Louis (1845) avant de revenir au lycée Henri-IV (1855) rebaptisé entre-temps lycée Bonaparte.
En 1844, il est nommé membre de la Commission d'examen des livres de l'enseignement primaire.
Par deux fois, il échoue dans sa tentative de rejoindre l'enseignement supérieur : en 1851, on lui préfère Adolphe Chéruel pour remplacer Henri Wallon dans sa chaire de l'École normale supérieure. En 1858, il tente en vain d'obtenir la chaire de professeur de géographie à la Sorbonne.
Cependant, avec l'aide de , il est fait inspecteur d'académie et professeur à l'École normale supérieure en 1861, puis inspecteur général et professeur à l'École polytechnique en 1862.
Œuvre historique Auteur sous la monarchie de Juillet de nombreux manuels de géographie (chez l'éditeur Chamerot) et d’histoire (chez Hachette) destinés aux collèges et aux lycées, il se fait également connaître du grand public par des ouvrages de vulgarisation historique de haut niveau. Le premier, une Histoire des Romains, publiée en 1843-1844, remarquée par le ministre Salvandy, lui vaut l'obtention de la Légion d'honneur. Son Abrégé de l'histoire de France publié en 1848 pour les collèges et lycées est transformé en 1858 en une Histoire de France en deux vol. illustrés, pour le grand public cultivé ; cet ouvrage, réédité jusqu'en 1913, connaît en tout un tirage dépassant les . En 1892 il connaît une édition en grand format richement illustrée, du même format que son Histoire des Romains et son Histoire des Grecs.
À partir de 1848, il lance avec Louis Hachette la « collection de l'histoire universelle », qu'il dirige. Cette aventure éditoriale est cependant un échec : au début de 1855, sur les quarante-huit ouvrages prévus, seuls treize ont paru. Les chiffres de vente ne sont d'ailleurs pas à la hauteur des espérances, et l'éditeur décide d'y mettre un terme.
Victor Duruy soutient par ailleurs ses thèses en 1853 en Sorbonne et devient docteur ès lettres : sa thèse latine porte sur Tibère, sa thèse française sur le tableau de l'empire romain à la fin de la République. La publication de nombreux ouvrages sur l’Antiquité fait de lui un spécialiste de cette période, dont la renommée devient internationale dès le milieu du siècle.
Orientations politiques Ayant grandi auprès d'un père hostile à la Restauration, il est attaché aux valeurs du libéralisme, et participe en à la révolution des Trois Glorieuses aux côtés de son père, capitaine de la Garde nationale.
Favorable à la monarchie de Juillet, par attachement à la famille des Orléans plus que par engagement politique (il est toute sa vie plutôt hostile au parlementarisme), il réprouve la révolution de 1848, et vote le en faveur du général Cavaignac. Il s'oppose ensuite au coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte (1851) puis au rétablissement de l'Empire (1852) en votant non aux plébiscites.
Vie personnelle Le , il épouse en premières noces Élisa Adélaïde de Graffenried (1815-1866) : une veuve issue d'une grande famille suisse du canton de Berne, dont il a déjà une fille, Victorine-Élise (1837-1841). Plusieurs autres enfants suivirent : Gabrielle (1841-1865), Anatole (1842-1879), Albert (1844-1887), Georges (1853-1918), Hélène (1857-1872).
Soucieux de mener un train de vie bourgeois, il fait, en 1853, l'acquisition d'une « maison de campagne » à Villeneuve-Saint-Georges. Ses fils entrent dans l'enseignement secondaire avant de rejoindre des écoles prestigieuses : ainsi Georges Duruy intègre, comme son père, l'École normale supérieure.
C'est aussi un grand voyageur qui a parcouru la Suisse, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Europe de l'Est. En 1851, il se rend ainsi à l'Exposition universelle de Londres. Empreint d'une fascination toute romantique pour l'Orient, il effectue également en 1860 un grand voyage le long du Rhin et du Danube, jusqu'à Bucarest où il retrouve le prince George Bibesco qui avait été son élève au collège Henri-IV..
Ministre (23 juin 1863 - 17 juillet 1869) Appel au gouvernement Victor Duruy est sollicité en 1859 par dans le cadre de la préparation de son ouvrage Histoire de Jules César. Il rencontre l'empereur aux Tuileries, mais ensuite il n'y a pas d'autres relations directes entre eux, et Duruy ne joue qu'un rôle mineur dans la préparation de l'ouvrage - dont il relira cependant les épreuves. Il faut cependant voir la main du souverain dans les promotions que connaît l'historien dans les années 1861-1862, promotions qui se font malgré l'hostilité à son égard du ministre de l'Instruction publique d'alors, Gustave Rouland.
Les deux hommes ne se revoient qu'en 1862, lorsque fait entrer l'historien à son secrétariat. Ces quelques semaines de collaboration sont l'occasion de plusieurs longs entretiens entre les deux hommes, durant lesquels le professeur fait part à l'empereur de ses projets de réforme. Au lendemain des élections de mai-juin 1863, qui voient une progression de l'opposition libérale, l'empereur décide de remanier son gouvernement et, en signe d'ouverture, y appelle Victor Duruy, dont la réputation d'universitaire libéral doit être un gage aux opposants. Celui-ci devient donc ministre de l'Instruction publique, poste qu’il accepte à condition qu'il soit séparé du . Il occupe cette fonction pendant six années jusqu’au .
Œuvre gouvernementale Enseignement primaire Victor Duruy est soucieux de développer l'enseignement du peuple et prend à cet égard de nombreuses mesures. Il propose en 1865 de rendre l'enseignement primaire obligatoire et gratuit mais ne peut obtenir la réalisation de ce projet. Son œuvre principale en la matière est la loi Duruy, du , qui oblige les communes de plus de cinq cents habitants à créer une école de filles, dans la lignée des lois Guizot (1833) et Falloux (1850). Il encourage la « gratuité » de l’éducation en incitant les communes pauvres à la décréter, avec garanties de subventions de l'État. À l'octroi de bourses s’ajoute bientôt la création de la caisse des écoles, destinée à l'aide aux élèves issus de familles nécessiteuses.
Il s’attache également à améliorer le sort des instituteurs, en revalorisant leur traitement notamment, et en les présentant, dans ses discours, comme les , principaux artisans du combat contre l'ignorance, image qui préfigure celle des « hussards noirs » de la .
D’autre part, le contenu des programmes est élargi. Le , il rend obligatoire l'enseignement de la musique pour tous les élèves des écoles normales primaires. La loi du rend également obligatoire l'enseignement de l'histoire et de la géographie.
Enseignement secondaire Il cherche à renforcer l'enseignement secondaire classique décapité au début du second Empire. Six jours seulement après sa prise de fonctions, il rétablit ainsi l'agrégation et la classe de philosophie, qui avaient été supprimées par Fortoul en 1852.
Il souhaite cependant également adapter l'enseignement secondaire, qui doit former les cadres de la nation, aux bouleversements économiques et techniques que connaît à cette époque la France du Second Empire. Il renforce la formation de l'enseignement classique en systématisant les cours de langues vivantes, de musique, de gymnastique. Il crée également un enseignement secondaire « spécial » (loi du 21 juin 1865), destiné à dispenser « une instruction appropriée aux besoins des industriels, des agriculteurs et des négociants », sans latin, mais avec un programme renforcé dans des disciplines plus utilitaires comme l'économie, les langues vivantes, le dessin industriel, la comptabilité...
Soucieux également de promouvoir l'enseignement féminin, il publie le une circulaire dans laquelle figure le projet de cours d'enseignement secondaire à destination des jeunes filles. Ces cours, organisés par les municipalités avaient pour objet de fournir aux jeunes filles de bonne famille une instruction différente de celle prodiguée dans les pensionnats (religieux ou laïques) et étaient pris en charge par les professeurs des différents collèges et lycées pour garçons. Les programmes suivaient celui de l'enseignement spécial (qui exclut les langues) et abordaient notamment les sciences sous leur aspect pratique et expérimental. Cette initiative soulève une violente opposition de la part de l'Église catholique et des milieux cléricaux, qui entraîne son échec..
Enseignement supérieur On doit à Victor Duruy les deux décrets du , qui créent, l'un, des laboratoires dans les facultés, et l'autre, l'École pratique des hautes études « afin de développer la recherche et de former des savants ». Le ministre souhaitait également voir instaurée la liberté de l'enseignement supérieur., mais il n'y parvient pas en raison des nombreuses oppositions. Il développe donc à la place des séries de conférences et de cours libres à partir de 1864.
Rénovation pédagogique Victor Duruy met en place des réformes pédagogiques ponctuelles, un ensemble de mesures réparties sur tout le ministère, dans de nombreux décrets et circulaires (notamment l’instruction aux recteurs du , « sur la nourriture, l’habillement, la gymnastique, les récréations, l’hygiène, l’installation et l’appropriation de locaux dans les lycées »).
Il soutient ainsi le vice-recteur de l’académie de Paris, Octave Gréard, qu’il a nommé en 1866, dans sa réforme de l’organisation pédagogique des écoles primaires de la Seine, organisées en trois niveaux : cours élémentaire, cours moyen, cours supérieur.
Il prône des leçons courtes, d’une heure maximum, notamment pour les langues vivantes, afin de ne pas épuiser l’esprit des élèves, en prévoyant des pauses régulières ; c’est ainsi qu’il institutionnalise le principe de la récréation toutes les deux heures de cours, et après les repas (donc la pause du déjeuner).
Il encourage un enseignement plus vivant : de nombreuses expériences et manipulations en sciences, les sorties dans la nature ou dans les musées, l’utilisation de l’image, des cartes, des atlas…
Il souhaite également un meilleur encadrement des élèves : des classes de petits effectifs (les classes pouvaient à l’époque compter plusieurs dizaines d’élèves), des punitions moins sévères, des professeurs suivant leurs élèves sur toute l’année, la création d’un « bulletin scolaire » récapitulant les résultats trimestriels sur toute la scolarité de l’élève et rendu aux familles à la fin de celle-ci.
Modernisation administrative