La Famille Fenouillard, écrite et dessinée par Christophe de 1889 à 1893, est l'une des premières bandes dessinées françaises. Les personnages apparaissent dans un feuilleton illustré du Journal de la jeunesse le . D'abord appelée « Cornouillet », la famille prend son nom de Fenouillard le dans Le Petit Français illustré, où se poursuit — sous forme de bande dessinée — la publication de ses mésaventures. Un album paraît en 1893.
L'humour de cette bande dessinée sans bulles marque toute une époque. Saugrenue, riche en péripéties burlesques, La Famille Fenouillard est une caricature des bourgeois français : un digne bonnetier enrichi, son épouse un peu raide, leurs deux filles niaises. La famille doit affronter les surprises, les difficultés et les dangers que réservent les voyages. Car la famille Fenouillard voyage. Elle effectue même un tour du monde involontaire.
Univers
Cette critique caustique de la bourgeoisie met en scène une famille de bonnetiers. Agénor Fenouillard a convolé en justes noces avec Léocadie Bonneau. Les fruits de leur union sont deux filles : Artémise, l'aînée, et Cunégonde, la cadette. Les Fenouillard explorent d'abord la Normandie, et embarquent malgré eux au Havre pour l'Amérique« La famille Fenouillard visite des bateaux », sur aulas.pierre.free.fr.. Ils rencontrent les Sioux« La famille Fenouillard chez les Sioux », sur aulas.pierre.free.fr., les trappeurs du détroit de Béring« Au pays des trappeurs », sur aulas.pierre.free.fr. et enfin les Papous« Chez les Papous », sur aulas.pierre.free.fr.. Après un passage par la Perse et l'Égypte, ils finissent par revenir triomphalement à Saint-Remy-sur-Deule« Retour triomphal », sur aulas.pierre.free.fr..
Ce tour du monde involontaire contraste avec l'immobilisme d'un cousin de dont les aventures débutent en feuilleton en 1893 : le savant Cosinus qui, lui, veut voyager, et ne dépasse pas les faubourgs de ParisJacques Lafontaine, « Le savant Cosinus », sur images.math.cnrs.fr, 11 avril 2010..
Personnages Agénor, le père, 45 ans, une . Toute sa sue . À l'école, il a . C'est un , mené par sa femme. Pour éviter que les autres — surtout ses filles — ne s'en aperçoivent, il se donne des airs indépendants, qui ne trompent personneChristophe, en tête de Christophe, Pierre Humble, Le Mariage du savant Cosinus : pièce en trois actes, coll. « Bibliothèque du petit Français », Paris, Armand Colin, 7 décembre 1928. La pièce (jugée par François Caradec) avait été représentée au théâtre du Petit Monde sous le titre Camember, Cosinus et , le . .. En se costumant à la mode de chaque pays visité, il annonce les Dupond et Dupont, dans Les Aventures de Tintin. Léocadie, la mère. De l'esprit de décision. Artémise, la fille aînée, quinze ansChristophe, Pierre Humble, distribution du Mariage du savant Cosinus, . Cunégonde, la cadette, quatorze ans. Azor, chien de la famille Cornouillet. Il la suit dans sa partie de campagne. En revanche, il n'est pas mêlé aux aventures de la famille Fenouillard. Il figure seulement dans le grand dessin où Artémise et Cunégonde Fenouillard sont au piano. Docteur Guy Mauve, médecin du transatlantique qui emmène les Fenouillard en Amérique. Il réapparaît au Japon, chez les Papous et à Séville, et finit par s'établir à Saint-Remy-sur-Deule.
Contexte éditorial
C'est le Suisse Rodolphe Töpffer qui, en 1827, crée la première bande dessinée : L'Histoire de « L'inventeur de la bande dessinée », sur topffer.ch..
Débuts de la bande dessinée française
En France, dans les années 1840-1850, des émules de Töpffer — Cham, Nadar, Gustave Doré – s'essaient brièvement à cette technique narrativeOlivier Piffault, « Illustrés, petits miquets et neuvième art : une « sous-littérature » ? », sur expositions.bnf.fr. — Philippe Willems, « Rhétorique texte/image, minimalisme et jeux de perspective : l’héritage de Cham », sur comicalites.revues.org..
Dans les années 1880-1890, Willette, Caran d’Ache (Histoire de MarlboroughJules de Marthold (texte), Caran d'Ache (dessin), Histoire de Marlborough, Paris, Lévy, 1885. « Notice bibliographique », sur catalogue.bnf.fr.), Steinlen, Louis Doës, Émile Cohl et Henri de Sta renouvellent la bande dessinée française. D'horizons très divers, ils ont en commun d'être des humoristes et de tourner en dérision le bourgeois« Le siècle de la satire », sur expositions.bnf.fr.. La Famille Fenouillard, satire de la bourgeoisie, s'inscrit donc dans ce mouvement.
Christophe se réclame de Töpffer. Mais, tandis que Töpffer manifeste un total irrespect des institutions, Christophe reste neutre : il éprouve du respect pour l'armée, il a la prudence d'ignorer l'Église.
La bulle ne s'est pas encore imposée
Dès 1886, dans « Le ténor entêté », Caran d'Ache a recours occasionnellement à la bulleLudovic Schuurman, « L’Île Noire, un album ancré dans le contexte culturel des années 1930 », sur erudit.org, Études françaises, vol. 46, , 2010, 66 et 67. — « Le ténor entêté », sur gallica.bnf.fr.. Aux États-Unis, celle-ci ne devient la norme qu'à partir de 1900Antoine Sausverd, « La leçon dans le phonographe », par Raymond de la Nézière », sur topfferiana.fr, 14 janvier 2009.. Il faut attendre la publication en 1908 de Sam et Sap de Rose Candide pour qu'une BD française l'utilise systématiquementSam et Sap de Rose Candide est publiée en 1908 dans Saint-Nicolas, journal pour enfants. « Sam et Sap », sur citebd.org.. La bulle ne s'impose réellement en France qu'à partir de 1925, avec Zig et Puce d'Alain Saint-Ogan.
Débuts de Christophe
Docteur en sciences naturelles, préparateur de botanique à la Faculté des sciences de Paris, Christophe fait paraître le ses premiers dessins de divertissementChristophe a déjà publié des dessins l'année précédente, mais d'ordre didactique, dans Henri Gossin, Georges Colomb, Leçons d'histoire naturelle à l'usage des écoles primaires, Paris, Garnier, 1886. Puis il fournit pour Georges Robert, La Science des armes : l'assaut et les assauts publics, le duel et la leçon de duel, Garnier, 1887. . dans le mensuel pour enfants Mon journal, publié par la librairie Hachette. Il s'agit d'une bande dessinée sans bulles (le texte est imprimé sous chaque case), en deux planches : l'« Histoire drolatique de maître Pierre »« Histoire drolatique de maître Pierre », sur gallica.bnf.fr..
Publication en feuilleton thumb|alt=Dessin noir et blanc : dans un intérieur bourgeois, 2 jeunes filles et un chien sautent de joie, sous l'œil ravi de leurs parents|right|upright=1.5| : première apparition de la famille Cornouillet, qui va devenir sept mois plus tard la famille Fenouillard.
« Une partie de campagne »
Christophe a lorsque la première aventure de sa famille loufoque, « Une partie de campagne », paraît en dix épisodes dans Le Journal de la jeunesse (hebdomadaire d'Hachette) du () au 1889 (). Il s'agit ici de texte illustré. La famille s'appelle Cornouillet. Elle vit encore à Paris, où le père est bijoutier. Mais elle présente déjà tous les traits de la famille FenouillardLe Journal de la Jeunesse : 1889, premier semestre, , 112, 127, 143, 160, 175, 191, 207 et 208, 224, 239 et 240, 255.. Cette histoire vaut à Christophe d'être remarqué par Armand Colin. L'éditeur lui commande une aventure qui mènerait la famille Cornouillet à l'Exposition universelle. Celle-ci va se tenir à Paris, de mai à octobre.
« La famille Fenouillard à l'Exposition »
Une semaine après la fin de la parution d'« Une partie de campagne », Christophe commence à publier des bandes dessinées dans un tout nouveau périodique pour enfants d'Armand Colin, Le Petit Français illustréLe Petit Français illustré : journal des écoliers et des écolières est lancé par l'éditeur Armand Colin le . Le Petit Français illustré, sur gallica.bnf.fr, .. Ce sont des gags sans paroles, en une seule planche : « Pluie et orage » (, ), « Tirants mal cousus » (, ), « Un arroseur public » (, )« Christophe - Georges Colomb (1846-1945) », sur loicdauvillier.com..
Et c'est dans Le Petit Français illustré () que la famille Cornouillet trouve son nom et son lieu de résidence définitifs : elle s'appelle désormais la famille Fenouillard ; Agénor est Parisien d'origine, mais négociant retraité ; il s'est retiré à Saint-Remy-sur-Deule, localité imaginaire du département tout aussi imaginaire de Somme-Inférieure. Christophe écrit son texte au crayon sur les planches originales, et on y lit : « famille Cornouillet ». Ce n'est que sur les épreuves qu'il remplace le nom de Cornouillet par celui de Fenouillard. On peut imaginer qu'il s'agit d'éviter tout incident avec Hachette. « La famille Fenouillard à l'Exposition » paraît dans Le Petit Français illustré, du () au 1889 (). Ce n'est plus du texte illustré, mais de la bande dessinée en noir et blanc, sans bulles : après un petit texte d'introduction, Christophe opte pour des planches à la française, découpées en huit cases d'égales dimensions. Chaque case est soulignée d'un texte très court (une à trois lignes de narration ou de dialogues). Le récit est en cinq planches.
« Deuxième voyage de la famille Fenouillard »
Le « Deuxième voyage de la famille Fenouillard » paraît en trois planches dans Le Petit Français illustré, () au 1890 (). Les planches ne comptent plus que six cases, car le texte est plus fourni (quatre à six lignes).
Suite et fin de la publication en feuilleton
La publication en feuilleton des tribulations de la famille Fenouillard se poursuit dans Le Petit Français illustré jusqu'au Antoine Sausverd, « Trop de précipitation » par Christophe », sur topfferiana.fr, 6 octobre 2009, note 2.. Christophe va maintenant se consacrer à trois autres BD : Les Facéties du sapeur Camember, dont la publication a commencé dans Le Petit Français illustré le Antoine Sausverd, « Le sapeur Gruyer », par Eugène Le Mouël », sur topfferiana.fr, 19 janvier 2011. ; L'Idée fixe du savant Cosinus, qui va débuter le « Le savant Cosinus », sur maths-et-tiques.fr, 2015. ; Les Malices de Plick et Plock, qui vont commencer à paraître le Antoine Sausverd, « Les cousins germains de Plick et Plock », sur topfferiana.fr, 18 novembre 2010..
Chapitre inédit
L'« Apothéose de M. Fenouillard », resté inédit, est publié dans le de L'Actualité littéraire en .
Albums L'album original
En 1893, les déboires de la famille Fenouillard sont réunis dans un album à l'italienne, en couleurL'édition1893 est en couleur, selon le BDM et François Caradec. En 1895, l'album est réédité en noir et blanc, en petit format, avec culs-de-lampe inédits. Michel Béra, Michel Denni, Philippe Mellot, BDM Trésors de la bande dessinée : 2009-2010, Paris, L'Amateur, 2008, 353. . — L'exemplaire reproduit sur le site gallica.bnf.fr est en noir et blanc, il est pourtant donné pour être l'édition de 1893. Il ne porte pas de date. Christophe, La Famille Fenouillard, sur gallica.bnf.fr, Paris, Armand Colin, s. d. (consulté le 11 janvier 2016)., de , . Il paraît chez Armand Colin. « Une partie de campagne », l'aventure de la famille Cornouillet, n'y figure pas. « La famille Fenouillard à l'Exposition » n'y figure pas non plus. Le « Deuxième voyage de la famille Fenouillard » y est remanié par Christophe : il compte maintenant cinq planches au lieu de trois, et le format passe à l'italienne. Agénor Fenouillard n'est plus ni bijoutier parisien ni négociant parisien retiré à Saint-Remy-sur-Deule ; il est à Saint-Remy-sur-Deule. Textes et dessins sont de Christophe. L'album est plusieurs fois rééditéJean-Michel Hoerner, « La Famille Fenouillard : une œuvre prémonitoire ? » sur cairn.info, Hérodote, , La Découverte, avril 2007, 190-198, note 5..
Autres parutions en album La Famille Fenouillard, Paris, Armand Colin, 1895. Première réédition. Petit format, avec culs-de-lampe inédits. Noir et blanc.