Les faux minéraux et fossiles sont des minéraux (ou gemmes, c'est-à-dire minéraux remarquables) et fossiles non naturels, fabriqués par l'homme.
Il peut s'agir soit d'un minéral ou fossile naturel transformé par l'homme pour en faire un autre, soit d'un minéral ou fossile entièrement artificiel. On parle aussi de faux lorsque l'appellation n'est pas la bonne : synonymies, fausse appellation. En résumé, il s'agit d'une imitation non délictuelle quand l'objet en porte la précision, ou de contrefaçon quand aucune précision n'est donnée.
S'ils ont existé de tout temps, leur commercialisation est en très forte croissance. Il existe aujourd'hui de très nombreux exemples de faux en minéralogie, gemmologie et paléontologie.
Il existe des critères d'authentification des minéraux et fossiles, mais il est parfois difficile de faire la distinction entre le faux et le vrai. Les faux échantillons vendus pour des vrais constituent une tromperie, mais lorsque la contrefaçon est déclarée, elle peut avoir un intérêt financier, décoratif ou pédagogique pour l'acquéreur. Bien que les roches, météorites et coraux ne soient pas à proprement parler des minéraux ou fossiles, ils sont traités dans cet article.
Définition et enjeux Typologie thumb|Mélange de vrais et faux minéraux vendus sur un marché de Bangkok en Thaïlande. On distingue trois grands types de faux. Un minéral, gemme ou fossile naturel transformé par l'homme : Chauffé : afin d'en changer la couleur pour le faire passer pour un autre minéral (transformation de l'améthyste en citrine…) ; Coloré : très courant avec les agates (par imprégnation) et sur les cristaux de quartz (par métallisation) ; Irradié : processus inverse, faux quartz fumé en quartz, fausse topaze bleue en topaze blanche… Sculpté : afin de faire apparaître une forme non naturelle (cristaux que l'on veut rendre plus spectaculaires comme les fluorites, fossiles auxquels on ajoute de fausses parties molles en sculptant et/ou coloriant la gangue…) ; Collé : collage de différents minéraux afin de les rendre plus beaux (cristaux détachés qui ont pu être fixés sur une gangue nue, soit qu'ils aient été recollés après minage comme les cristaux d'émeraudes colombiennes ou quelques gemmes diverses d'Afghanistan et du Pakistan : apatites, tourmalines, aigues-marines, topazes…, soit qu'ils aient été ajoutés tout à fait arbitrairement comme dans les cinabres chinois) ; Assemblé : assemblage de plusieurs fossiles différents au sein d'une même gangue pour donner l'illusion d'un seul et même fossile ; Autre : fossile naturel mais laqué, restauration abusive… Un minéral, gemme ou fossile entièrement faux : Synthétisé : faux monocristal de quartz, chalcanthite de synthèse… ; Reconstitué : fausse turquoise faite à partir de poudre assemblée à la glu… ; Moulé : faux fossile en plâtre, en ciment coloré… ; Sculpté : faux fossile directement sculpté dans la roche et peint… ; Façonné : géode en poterie… ; Assemblé : faux fossile fait d'inclusions de coquillages dans une gangue en sable-ciment… ; Autre : cristal en plastique ou en résine, scories et autres résidus de l'industrie… Un jeu sur les appellations : Synonymie : une escroquerie plus subtile est de vendre un minéral ou gemme sous un nom désuet, ce qui est rendu possible par l'abondance des synonymes pour certaines espèces décrites avant le . Par exemple, une topaze de Bohême est en fait une citrine. Fausse appellation : une escroquerie plus grave consiste à faire passer un minéral pour un autre. Par exemple, une chrysocolle naturelle peut parfois être vendue comme une turquoise, et une pyrite (« l'or des idiots ») vendue comme pépite d'or.
Il ne faut pas confondre les faux minéraux avec la restauration des minéraux, même si parfois la frontière est « poreuse ».
Il ne faut pas confondre non plus les faux minéraux avec les roches artificielles (matériaux naturels généralement solides et formés, essentiellement ou en totalité, par un assemblage artificiel de minéraux : ciment, brique, mortier, béton…) utilisées comme matériaux de construction. Les roches artificielles utilisées pour la construction sont très nombreuses, par exemple les marbres artificiels qu'on ne confondra pas non plus avec le marbre chiqueté, son imitation en peinture. La synthèse artificielle est surtout intéressante en gemmologie pour les pierres précieuses comme le diamant synthétique.
Historique de leur commercialisation Jusqu'au
Depuis très longtemps, il existe des contrefaçons de pierres précieuses et semi-précieuses, car de tout temps, il y a eu des faussaires et des clients crédules prêts à acheter des faux. On trouve déjà de nombreux témoignages dans l'Antiquité. Les Égyptiens fabriquaient de fausses pierres précieuses, notamment des turquoises. Il semble que les Romains teignaient les agates.
Au Moyen Âge, Jean d'Outremeuse (liégeois du ) écrit le livre Trésorier de philosophie naturelle des pierres précieuses qui regroupe des recettes techniques surtout consacrées à fabriquer de fausses gemmes en colorant par différents moyens des verres pour faire de fausses pierres précieuses qui ornaient des couronnes, croix, reliquaires, et autres objets d'orfèvrerieVoir paragraphe relatif à J d'Outremeuse…
Le commerce de faux fossiles existait déjà au . On fabriquait aussi de faux fossiles afin d'étayer des thèses scientifiques, ou de confondre d'autres scientifiques. Par exemple, les fausses pierres de Wurtzbourg ou sont de faux fossiles fabriqués au (en 1726) afin de tromper le naturaliste Johann Beringer de Wurtzbourg. Ces fossiles sont exposés au musée Teyler de Haarlem aux Pays-Bas.
De la Renaissance à aujourd'hui, de nombreux traités en minéralogie abordent les faux minéraux comme le Mémoire de chimie publié en 1773 de Balthasar Georges Sage, qui donne des exemples de fabrication de minéraux artificiels, comme la malachite artificielle.
On peut aussi citer le traité de minéralogie ou nouvelle exposition du règne minéral publié en 1774 de Jacques Cristoph Valmont de Bomare, qui traite des faux en gemmologie.
En 1835, on trouve une définition des « faux minéraux » dans le Dictionnaire de l'Académie française.
Aux et
On trouve des faux en nombre croissant aujourd'hui, dans le monde entier, où beaucoup sont fabriqués d'abord à destination de l'industrie, mais aussi des touristes. C'est d'abord l'industrie qui est très consommatrice de faux minéraux de synthèse (quartz et diamants de synthèse par exemple), car cela lui permet de réduire ses coûts et de sécuriser ses approvisionnements.
Leur nombre a par ailleurs explosé, car l'intérêt croissant pour les minéraux a suscité la création d'un véritable marché des minéraux (dans tous les pays touristiques, mais aussi dans les bourses aux minéraux). Or ce marché draine une masse croissante d'argent, favorisant l'apparition de faussaires, voyant dans ce marché l'occasion de gagner de l'argent. Il s'agit juste d'une déclinaison du marché de la contrefaçon appliqué au commerce des minéraux.
Leur production, elle, fait face à une industrialisation croissante. Autrefois, la fabrication de faux relevait essentiellement de l'artisanat. C'est d'ailleurs encore le cas dans un certain nombre de pays, comme le Maroc. En revanche, certaines sociétés se sont spécialisées dans la fabrication de faux. Cela peut se faire en toute légalité dans la mesure où ils sont vendus comme tels, comme certains quartz de synthèse destinés à l'industrie ou encore les diamants de synthèse destinés aussi à la joaillerie. On trouve par exemple en Chine des productions intensives de faux cristaux, fabriqués dans des autoclaves de plus de 10 mètres de haut. Leur production est alors exportée dans le monde entier, sans cependant que leur origine artificielle soit toujours mentionnée.
Leurs lieux de commercialisation sont très variables, on en trouve sur les marchés, dans les magasins établis, sur Internet et même dans les bourses aux minéraux. Internet semble avoir fait exploser cette industrie du faux, et l'on trouve sur de nombreux sites de vente en ligne toutes sortes de faux, en provenance de tous pays.
Provenance
Il existe des faux en provenance d'un très grand nombre de pays du monde. Toutefois, certains pays plus que d'autres sont à la source de faux. Pour que la fabrication de faux soit rentable, il faut que plusieurs critères soient remplis : une source abondante de matières premières permettant de faire les faux ; une main-d'œuvre dont le faible coût rend la production de faux profitable ; un débouché à la production de faux, que ce soit le tourisme ou l'exportation.
On comprend pourquoi c'est en général dans les pays en développement, mais pas uniquement, que l'on trouve de véritables industries et commerces de faux minéraux. Évidemment, la spécialisation de chacun est fortement liée à la source des matières premières disponibles dans un pays donné. Parmi les plus connus, et sans jugement de valeur, on peut citer par exemple :
le Brésil : agates colorées, fausses citrines en améthystes, du fait de la très abondante production d'agates naturelles et d'améthystes naturelles, d'un tourisme important ainsi que d'un commerce à l'exportation structuré ; le Maroc : faux fossiles (trilobites en plâtre ou sculptés dans la roche) en raison de l'importance d'extraction de vrais fossiles, rendant ainsi le commerce des copies légitime ; géodes artificielles de galène, à cause de la forte production locale de galène et de l'essor du tourisme local facilitant leur commercialisation ; la Chine : faux fossiles de dinosaures, faux cristaux en tout genre, tant du fait de matières premières abondantes, d'une main-d'œuvre locale peu chère et surtout d'un commerce à l'exportation structuré.
Certains pays très touristiques se contentent d'importer et de commercialiser des faux. C'est en particulier le cas de la Thaïlande, où beaucoup de faux minéraux, gemmes et fossiles sont importés de la Chine toute proche.
Enfin, les pays développés ont eux développé de véritables industries de gemmes synthétiques ou encore de commercialisation de résidus de leurs industries, par exemple : la Russie avec les amétrines de synthèse ; les États-Unis avec les diamants de synthèse en joaillerie : en 2006, principalement deux entreprises se partagent le secteur : Gemesis basée à Sarasota en Floride et Apollo Diamonds basée à Boston dans le MassachusettsNote de synthèse sur la production de diamants synthétiques dans le monde ; la France avec de fausses météorites qui sont en fait des résidus de l'industrie sidérurgique, à base de manganèse et nickel.
Tromperie ou non ? Il faut d'abord évoquer le cas des très nombreux minéraux que les non connaisseurs prennent pour des faux, parce qu'ils ont des formes cristallines géométriques parfaites. C'est le cas notamment des pyrites, fluorites, des calcites… Dans tous ces cas, il n'y a pas tromperie. Ces minéraux n'ont pas été taillés, mais bel et bien trouvés en l'état dans la nature. On découvre en effet dans la nature des formes cristallines. Ces formes présentent un ensemble de faces qui sont dans un rapport de symétrie, c'est-à-dire qui sont équivalentes entre elles par l'application d'opérations d'un groupe ponctuel de symétrie.
Attention toutefois, car certaines formes qui semblent naturelles sont fausses. Ainsi, la grande majorité des octaèdres isolés de la fluorine sont obtenus par clivages (très faciles) d'un cube. Ainsi, à la différence des fluorines taillées, dont il est évident qu'elles ont été artificiellement facettées, celles obtenues par clivages peuvent se faire passer pour naturelles alors que leur forme ne l'est pas. Si ce fait n'est pas mentionné, il y a donc tromperie.