L’ordre des Chevaliers de la Foi est une société secrète qui a été fondée en 1810 pour défendre le catholicisme et la monarchie légitime. Durant la période du Premier Empire, il avait pour objectif le rétablissement de la royauté bourbonienne française, puis, durant la Restauration, les Chevaliers se sont organisés dans la tendance parlementaire des ultraroyalistes, avant de se disperser d'eux-mêmes en 1826.
Les caractéristiques des chevaliers La hiérarchie
Les cinq degrés fondamentaux
Initialement Ferdinand de Bertier de Sauvigny a longtemps hésité avant de créer une société secrète, au départ il aurait voulu fonder un ordre laïc de chevaliers tel que celui de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, c'est pourquoi on retrouve une dénomination des grades très proche de la vieille chevalerie.
La hiérarchie secrète de l'ordre laisse ignorer aux grades inférieurs l'existence de degrés supérieurs ainsi que le visage des dirigeants. Chaque dénomination des degrés est influencée par l'idéal chrétien et monarchique qui soumet tous les membres à l'autel et au trône« Le trône de Saint Louis sans la religion de Saint Louis est une supposition absurde », citation de Chateaubriand..
Le premier grade est celui des « associés de charité » qui contribuent seulement en priant et en cotisant. Les « associés » pensaient être dans une association pieuse de chrétiens nostalgiques de l'ancien régime « Dans cette société secrète, les chevaliers de la foi demandaient à leurs membres le secret, une activité charitable, des prières communes. » Issu des mémoires de Ferdinand De Berthier de Sauvigny . Les « écuyers » étaient mis au courant du rétablissement de la chevalerie, mais seuls les « chevaliers » étaient initiés durant une cérémonie. Ensuite « les Chevaliers Hospitaliers » s'occupaient spécialement des soins des prisonniers et des hôpitaux. Le dernier grade, le statut suprême était celui de « Chevaliers de la foi ». Eux seuls connaissent l'étendue de la société et ses objectifs politiques et religieux« […] Pour ses chefs (les membres du conseil supérieur) initiés à tous les buts de cette société, des communications au service de Dieu et de la France par son roi » Issu des mémoires de Ferdinand De Berthier de Sauvigny.. Après la Restauration française l'Ordre a gardé ses grades secrets mais a tourné son activité vers le Parlement.
Les trois cercles du pouvoir interne
Les « Chevaliers de la foi » gouvernent la société grâce à un grand conseil supérieur, composé de , dont certains sont titrés du grade de grand maître. C'est surtout autour du conseil supérieur que va avoir lieu l'activité parlementaire, car après la Restauration, lui seul avait un poids politique sur Louis XVIII et Charles X. Ces derniers donnent des instructions aux « Sénéchaux », qui dirigent les divisions militaires, et qui vont beaucoup servir durant la seconde restauration. Les « Bannières », sont les cellules de base qui correspondent à des zones d'influences départementales.
Les signes et les symboles
La société des chevaliers de la foi ont pour modèle organisationnel la franc-maçonnerie. Ils utilisent eux aussi des mots d'ordres et des signes de reconnaissance. Les simples « chevaliers » ont tous un anneau béni, à l'intérieur duquel était gravé le mot « caritas », les chevaliers hospitaliers avaient un chapelet avec une croix d'ébène et les chevaliers de la foi en avaient un avec une croix d'argent. Ils pratiquaient donc aussi les cérémonies initiatiques. À genoux devant un crucifix, entourés de luminaires, les chevaliers jurent sur les évangiles le secret, l'obéissance, et la fidélité à Dieu, à l'honneur, au Roi, et à la Patrie. Ils recevaient finalement un coup d'épée sur l'épaule et une accolade des autres chevaliers, pour enfin être de vrais chevaliers.
L'implantation Géographie Les chevaliers de la foi ont trouvé un terrain favorable dans les anciennes provinces de Franche-Comté, de Flandre, d'Artois, d'Auvergne, en Aquitaine, en Provence, en Vendée et bien sur dans les grandes villes comme Paris, Bordeaux, Toulouse…
Politique
Les Chevaliers était l'un des seuls groupes politiques au début du constitué et organisé. Par ce fait on pourrait presque parler de « parti politique » surtout pendant la seconde Restauration avec un groupe parlementaire quasiment à ses ordres mais son fonctionnement secret et sa hiérarchie mystique l'éloignent de la notion de « parti ».
Religion
Les fondateurs de la société des Chevaliers de la Foi sont tous passés par La Congrégation. Étant donné l'hésitation de départ sur l'utilité d'une telle organisation, le rapport entre religion et politique est très proche. Les chevaliers ne se montrant pas clairement comme tels par respect du secret qu'ils portaient, n'étaient pas vus comme un groupe influençant le pouvoir. À l'époque on pensait plutôt que c'était la Congrégation qui jouait ce rôle. Mais cela peut s'expliquer par le fait que la plupart des dirigeants des Chevaliers étaient membres de la Congrégation. Après la dissolution en 1826 les chevaliers ont sans doute, mis à part les parlementaires, repris une activité de charité chrétienne.
Les chevaliers célèbres Membres de l'Ordre Ferdinand de Bertier de Sauvigny, fondateur. Anne PierreAnne Pierre de Bertier de Sauvigny (1770-1848), vicomte de Bertier, garde du corps du comte d'Artois (1789), colonel (1815), maréchal de camp (1817), député de Seine-et-Oise (1815), gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi (1825), lieutenant-général honoraire (1830), chevalier de Saint-Louis, cofondateur des Chevaliers de la Foi. et Bénigne Louis de Sauvigny, frères de Ferdinand et cofondateurs. Louis Joseph Alexis de Noailles, ami de Bertier à la Congrégation et cofondateur. Le marquis de Vibraye, cofondateur. Le comte Hippolyte de Solages, époux de la sœur de Ferdinand et cofondateur. Le comte Alfred Louis de Noailles, aide de camp de Bernadotte. Jules de Polignac, dernier ministre de Charles X et membre du conseil supérieur des Chevaliers. Armand de Polignac, frère de Jules. Mathieu Jean Félicité, duc de Montmorency-Laval, ministre des Affaires étrangères ultra en 1821, grand maître des Chevaliers de la foi et membre du conseil supérieur des Chevaliers. Le marquis Eugène-Alexandre de Montmorency-Laval, cousin de Mathieu, frère puîné de l'ambassadeur Anne-Adrien-Pierre de Montmorency-Laval. Adrien de Rougé, parlementaire ultra et chef de l'organisation en 1822. Armand de Robert d'Aquéria, marquis de Rochegude, responsable de l'organisation à Avignon en 1815, officier puis parlementaire ultra. Jean-Baptiste, comte de Villèle, premier ministre de Louis , puis de Charles X et membre du conseil supérieur des Chevaliers. Hippolyte de Barrau, notable, cousin des Solages. Duc Gaspard de Clermont-Tonnerre. François-René de Chateaubriand, célèbre écrivain, leader du parti ultra à la chambre donc très proche des Chevaliers, mais on ne sait pas s'il était lui-même un Chevalier. On peut cependant remarquer qu'en quand le duc de Montmorency a déposé sa démission en conseil du roi, c'est Chateaubriand qui a pris la tête du ministère des Affaires étrangères à sa place. Le comte Joseph-Claude de Clermont-Mont-Saint-Jean, président de la bannière de Paris en 1810. Louis de Gobineau, secrétaire de la bannière de Paris en 1810. Mac-Carthy, Villèle, Montbel, Saint-Géry et Cantalauze ont fait partie de la bannière toulousaine. Gombault, chevalier à Bordeaux. Louis de La Rochejaquelein, chevalier à Bordeaux. Gain-Montagnac, délégué de la Bannière parisienne. François Franchet d'Esperey, directeur général de la police, et membre de l'Ordre. Guy Delavau, préfet de police de Paris en 1821, et membre de l'Ordre. Jean-René-Pierre de Semallé, proche d'Armand de Polignac (il fut fondé de pouvoir par Monsieur avec celui-ci) et organisateur de la manifestation royaliste à Paris le Histoire du Premier Empire: Les Cent-Jours : 1815 de Thierry Lentz. Vincent Bonneau, comte de Launoy, inspecteur général des prisons et agent secret. Pierre-Claude de Maurey d’Orville (1763-1832), historien normand.
Histoire des Chevaliers 1810 : la fondation Ferdinand de Bertier de Sauvigny (1782-1864) est reçu en 1807 à La Congrégation, il participé en 1809 avec ses amis Mathieu de Montmorency et Alexis de Noailles à la propagation de la bulle d'excommunication de Pie VII contre Napoléon« Nous (Ferdinand et son frère) concourûmes aux secours donnés au pape dans sa captivité et à entretenir les communications du Saint Père avec la chrétienté. Enfin, quand l'excommunication fut lancée, (en 1809) nous en fîmes faire de nombreuses copies pour la faire connaître. » Issu de la thèse de Jacques Duroselle, . Durant la période de l’empire, il cherche avec son frère Bénigne-Louis à unifier et regrouper toutes les forces de résistance royalistes. Ils étaient fascinés par la franc-maçonnerie qu'ils pensaient être le principal outil de la Révolution française. Les deux frères souhaitaient transposer le système maçonnique au service de l'Église et du roi, ils ont donc « infiltré » des loges pour en étudier le fonctionnement. Une fois Bénigne-Louis arrêté en 1807 par la police Impériale, Ferdinand a dû réaliser son projet seul. Il a fondé en 1810 l'ordre des Chevaliers de la Foi « Un soir j'avais (Ferdinand de Bertier de Sauvigny) réuni quatre de mes amis, mon frère Bénigne, le marquis de Vibraye, le comte Alexis de Noailles, le comte de Solages, mon beau-frère, et après avoir rappelé les souffrances de notre patrie dont nous nous entretenions souvent, je leur proposai de nous engager par serment à employer tous nos moyens et tous nos efforts pour amener plus tôt ou plus tard la chute du Colosse. Ce serment fut fait; Hippolyte de Solages ne put s'empêcher de dire : « On rirait bien, si l'on connaissait la résolution que cinq individus isolés viennent de prendre de renverser la puissance du Grand Homme. » Je lui répondis avec quelque chaleur que je ne doutais pas que Napoléon lui-même n'en pensât autrement, car la volonté fortement arrêtée et persévérante de quelques hommes de cœur était toujours chose désirable. Trois paysans suisses firent le même serment, et la Suisse fut affranchie de la tyrannie qui pesait sur elle.Dès lors nous nous distribuâmes les rôles à l'étranger, à l'intérieur, dans le clergé et dans l'armée. Une contre-police fort restreinte fut organisée dans Paris. Cette organisation, ce travail, furent continués jusqu'à la première et la seconde Restaurations. » Issu de la thèse de Jacques Duroselle , institution qui repose sur une structure identique à la franc-maçonnerie, sur des valeurs chevaleresques du Moyen Âge et sur une discipline militaire. On peut remarquer par ailleurs que les fondateurs de cette société qui associe trône et autel font partie d'une génération assez jeune ayant vaguement connu l'ancien régime, contrairement à la période de leur formation qui a été la Révolution française et sa déchristianisation. Finalement c'est cette génération royaliste non émigrée qui a fait monter les effectifs des Chevaliers.
1810-1814 : de la clandestinité aux premiers complots
Sous l’Empire, le principal objectif des Chevaliers était de garder le contact avec les royalistes et transmettre les nouvelles d’un hypothétique retour Bourbon. Les ordres et les nouvelles se véhiculaient oralement, aucune trace ne devait rester, au risque de se faire prendre par la police impériale.
Le système et le réseau d’informations royalistes étaient tellement bien rodés que même le courrier officiel n’arrivait pas aussi vite en province.