Félix Vallotton (), est un artiste peintre, graveur, illustrateur, sculpteur, critique d'art et romancier franco-suisse.

Biographie Félix Vallotton est né le à Lausanne dans une famille bourgeoise protestante. Il est le fils d'Adrien Vallotton, industriel chocolatier, et le frère du galeriste d'art Paul Vallotton. En 1882, il entre à l'Académie Julian à Paris, dont les ateliers sont fréquentés par de nombreux artistes postimpressionnistes, dont les futurs nabis. Il s'y lie à Félix Stanislas Jasinski (1862-1901) dont il fera deux portraits peints et qui l'initie à la technique de la pointe sècheVoir la notice ..

En moins de dix ans, le jeune Suisse parvient à se faire un nom auprès de l'avant-garde parisienne. Sa renommée devient internationale grâce à ses gravures sur bois et à ses illustrations en noir et blanc. Il participe régulièrement à des salons artistiques (Salon des artistes français, Salon des indépendants, Salon d'Automne).

Dès 1891, il renouvelle l'art de la xylographieMarina Ducrey, « VALLOTTON FÉLIX - (1865-1925) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 mars 2016. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/felix-vallotton/. Cette initiative a pu être lié à la parution, au mois de , dans Le Mercure de France, de l'article marquant d’Albert Aurier, Le Symbolisme en peinture, appelant à un art « idéiste » et décoratif, d’où seraient bannis . Ses gravures sur bois exposées en 1892 au premier Salon de la Rose-Croix sont remarquées par les nabis, groupe qu'il rallie en 1893 et quitte en 1903. Il s'y lie d'amitié avec Édouard Vuillard (1868-1940)..

Pendant la dernière décennie du son œuvre est également marqué par son travail d'illustrateur, notamment pour La Revue blanche. L'une de ses affiches, La revue La Pépinière est reproduite dans Les Maîtres de l'affiche (1895-1900).

En 1889, il rencontre Hélène Chatenay, dite « la Petite », (vers 1868-1910), une ouvrière qui deviendra son modèle et partagera sa vie.. Mais Vallotton, plus soucieux du devenir de son œuvre que de fonder une famille, épouse, en 1899, Gabrielle Bernheim (1863-1932), fille du marchand de tableaux Alexandre Bernheim, veuve de Gustave Rodrigues-Henriques (1860-1894) et sœur de Josse (1870-1941) et Gaston (1870-1953) Bernheim. Pour faciliter son intégration dans cette grande famille parisienne, le peintre, ancien anarchiste, est contraint à une certaine réserve ; il délaisse alors la gravure au profit de la peinture. En 1900, il obtient la nationalité française par décret le Marina Ducrey, Katia Poletti, Félix Vallotton, 1865-1925. L'œuvre peint, 2005, 45..

En 1899, il est l'un des douze illustrateurs de l'Hommage des artistes à Picquart. Il y représente Jules Méline (1838-1925).

En , il coordonne l'un des numéros les plus surprenants de L'Assiette au beurre (), intitulé « Crimes et châtiments », qui se compose de vingt-trois lithographies, constituant un véritable album d'estampes, imprimées uniquement sur le recto et à détacher selon des perforations pointillées. Durant l'année 1907, Félix Vallotton se consacre à l'écriture d'un roman intitulé La Vie meurtrière.

Il peint d'une manière personnelle, hors des courants contemporains, des scènes d'intérieur, puis des paysages, des nus, des portraits et des natures mortes. Félix Vallotton est un artiste réaliste. Les situations qu'il décrit sont suggérées, sans embellissement ni glorification. Son art est indiscret, souvent traversé d’humour noir et de raillerie grinçante..

Sa première exposition personnelle a lieu à Zurich en 1909. Il expose régulièrement à Paris, notamment en , à la galerie Druet ; le catalogue de cette exposition est préfacé par Octave Mirbeau (1848-1917). Il participe en outre aux expositions d'envergure internationale en Europe et aux États-Unis. En Suisse, sa peinture est principalement diffusée par son frère Paul, directeur dès 1913 de la succursale de la Galerie Bernheim-Jeune à Lausanne, future galerie Paul Vallotton.

vignette|upright=1.3|Œuvre inspirée de la Première Guerre mondiale : Le Bois de la Gruerie et le ravin des Meurissons (1917), Nanterre, La contemporaine. Félix Vallotton est un travailleur acharné, sans cesse à la recherche de nouvelles formes d'expression. Touché par l'horreur de la Première Guerre mondiale, il trouve dans le conflit une source d'inspiration.

Il renoue avec le succès vers la fin de la guerre. Il meurt en 1925, à 60 ans, des suites d'une opération contre un cancer. Il avait écrit :

Il est inhumé à Paris au cimetière du Montparnasse, division.

Fortune critique

Œuvres vignette|Autoportrait de Félix Vallotton, gravure sur bois, 1891.

Félix Vallotton a produit un très grand nombre d’œuvres : répertoriées., et des centaines d'illustrations de livres ou de revues.

Estampes C'est vraisemblablement à l’instigation de son ami Charles Maurin (1856-1914) que Félix Vallotton s’engage en 1891 dans la gravure sur bois, à une époque où la lithographie en couleur était très en vogue.

La xylographie lui permet de réaliser des estampes expressives, en aplats francs de noir sur blanc, qui lui confèrent une renommée internationale. Celles-ci se caractérisent par leurs thèmes singuliers et un style minimaliste très synthétique, incisif, renforcé par l'absence de dégradé : on y voit des scènes de vie marquantes surgir dans un environnement d'un noir profond, exprimant des tensions latentes.

Les tensions sociales (La Manifestation, L’Assassinat, La Charge) et l’hypocrisie des mœurs sont des thèmes récurrents de son œuvre gravé. À partir de 1894, le graveur s’oriente vers des sujets plus intimes où l’arabesque ornementale et l’expansion du noir se déploient.

Entre 1891 et 1901, Félix Vallotton réalise plus de cent vingt gravures sur bois et une cinquantaine de lithographies. Parmi ces xylographies figurent des séries de 6 à 10 planches comme : 1893, Les Petites Baigneuses 1896, Les Instruments de musique 1898, Intimités 1900, L’Exposition universelle 1915, C'est la guerre

À l'exception des instruments de musique et de l'exposition universelle, ces thèmes seront largement repris dans ses peintures.

Illustrations Dans les années 1890, Félix Vallotton a contribué à l'illustration : de nombreuses revues avant-gardistes, comme : Le Courrier français, L'Assiette au beurre, La Revue blanche, Pan, Berlin, Jugend, Munich, The Studio, Londres, The Chap-Book, Chicago, The Scribner's Magazine, New York, etc. ; en 1892, de l’ouvrage Immortels passés, présents ou futurs, par F. Vallotton, L. Joly éditeur ; en 1894, d’un numéro du Courrier français, dans lequel paraît La Sortie () ; de livres, notamment de Paul Verlaine (1844-1896), ou de Gustave Flaubert (1821-1880)(par exemple Trois contes (Un cœur simple), Édition du Centenaire 1821-1921, Librairie de France, Paris, 1929) ; de programmes de théâtre, comme celui de la critique sociale d’August Strindberg (1849-1912), Le Père.

Jusqu'en 1902, il publie dans le Chasseur de chevelures, supplément humoristique de La Revue blanche, plus d'une centaine de (des portraits stylisés en noir et blanc) de célébrités de l'époque.

Portraits vignette|droite|Portrait de monsieur Alexandre Natanson, en 1899. vignette|droite|Les Cinq Peintres, en 1902-1903. De 1894 à 1902, Félix Vallotton réalisa d'innombrables portraits dessinés de célébrités, principalement pour La Revue blanche, Le Cri de Paris, ainsi que pour Le Livre des masques, de Remy de Gourmont (1858-1915). Parmi ceux-ci :

Peintures

Félix Vallotton a commencé sa carrière de peintre en réalisant des portraits, imprégné de la leçon de Hans Holbein le Jeune., et l'a finie avec des natures mortes relativement austères. Mais l'essentiel de son œuvre est plus original. L'auteur, inventif, toujours en quête de nouvelles formes d'expression, réalise des toiles caractérisées par une peinture en aplats de couleurs vives. Il rejoint le mouvement nabi en 1893 et réalise de nombreuses huiles sur carton représentant des scènes de rue dans un style épuré avec perspectives aplaties, telles que La Valse, Coin de rue à Paris, Les Passants… C'est à cette époque qu'il peint le triptyque du Bon Marché.

Il transpose l'esprit de ses xylographies dans ses scènes de tête-à-tête galants, comme La Chambre rouge, où la couleur chaude du décor exprime symboliquement l’intensité des passions ou la transgression des interdits. Témoins de la force des pulsions et de la médiocrité des sentiments, les mises en scène ambivalentes de Vallotton suggèrent plus qu'elles ne disent, suspendant l’action à un moment paroxystique.. La critique sera partagée : les représentations stylisées, si expressives en gravure, déroutent en peinture..

Vallotton s'initie à la photographie en 1889 à Étretat. Sa peinture saisit souvent des sujets de dos, des enfilades de pièces, quelques scènes en plongée (Le Ballon) ou contreplongée (La Loge de théâtre, le monsieur et la dame), tels des clichés photographiques pris sur le vif, mais toujours réinterprétés par l'artiste qui en sublime l'essence.

Vallotton entreprend une relecture de la mythologie, tournant les mythes en dérision, imposant l'image d'une femme désidéalisée et même musclée, insatisfaite (Persée tuant le dragon), témoignant des changements de rapports de force entre hommes et femmes en ce début de .

Il réalise de nombreux nus, comme figés dans des postures insolites, dégageant un érotisme glacial, une solitude pesante. Les baigneuses l'inspirent de façon récurrente ; les couples de femmes également, . Le dessin est précis, souvent stylisé. Vallotton n'embellit pas les corps, il en souligne les lourdeurs (Le Sommeil, 1908 ; Femme au collier bleu, 1925) ou amplifie leurs formes (Baigneuse assise sur un rocher, 1910).

Félix Vallotton peint des femmes noires, à une époque où les préjugés sociaux sont encore dominants.

À partir de 1917, il reprend les voyages et s'adonne à la représentation de paysages dans lesquels il donne libre cours à son style synthétique et à son sens de la couleur. Le vent dans les arbres et les rayons de lumière l'inspirent particulièrement.

Sa dernière œuvre est La Femme au chevalet, que certains interprètent comme un autoportrait en femme.

Statuettes 1904, Femme retenant sa chemise, bronze. 1904, Porteuse d'eau, bronze patiné de brun, .

Galerie

Écrits Vallotton tenait régulièrement un journal depuis 1882, date de son arrivée à Paris. Il en a expurgé, à la fin de sa vie, toutes les pages antérieures à 1914Jean-Paul Morel, postface à La vie est une fumée, de Félix Vallotton, Éditions Mille et une nuits..

Il a écrit également : plusieurs articles en tant que critique d'art ou essais ; quelques romans, dont Les soupirs de Cyprien Morus (Editions des Trois Collines, 1945 ; Infolio, 2015) ; Corbehaut (Le Livre du Mois, 1970 ; Infolio, 2025) ; La Vie meurtrière (1907-1908, une histoire aux traits autobiographiques, Editions de l'Aire, 1979 ; Infolio, 2025), quelques pièces de théâtre, dont deux ont été représentées, Correspondance 1908-1928 (Bibliothèque des Arts, 2013).

Expositions rétrospectives notables - : Félix Vallotton. Le feu sous la glace, Grand Palais, Paris. puis : - : Van Gogh museum, Amsterdam ; - : Musée Mitsubishi Ichigokan, Tokyo. - : Félix Vallotton. Painter of Disquiet, Royal Academy of Arts, Londres... - : Vallotton Forever, Musée cantonal des beaux-arts, Lausanne..

Notes et références Notes

Références

Annexes

Bibliographie Nathalia Brodskaïa, Félix Vallotton, Parkstone International, coll. « Best Of », 2013, 205 p. . Nathalia Brodskaïa, Vallotton, Parkstone International, coll. « Focus », 2013, 256 p. . . . . . Maryline Desbiolles, Vallotton est inadmissible, Éditions du Seuil, 2013, . . . . . Patrick Grainville, Günter Busch, Bernard Dorival et Doris Jakubec, Vallotton, La Bibliothèque des Arts, 1985. Leïla Jarbouai, Félix Vallotton, couples, éditions des Falaises, 2025. . . .

.

Articles connexes

Liste de peintures de Félix Vallotton Les Nabis