La Grande synagogue chorale de Saint-Pétersbourg (en russe : Санкт-Петербургская Большая Хоральная Синагога), dénommée aussi depuis 2000 la Grande synagogue chorale Edmond Safra, est la deuxième plus grande synagogue d'Europe. Elle a été construite entre 1880 et 1888 et consacrée en 1893: History of the Grand Choral Synagogue of Saint Petersburg.

Le poète Ossip Mandelstam l'a appelée une séductrice somptueuse et exceptionnelle.

Historique Autorisation du Tsar La synagogue de Saint-Pétersbourg n'a pu être construite qu'après l'obtention d'un accord pour sa construction délivré par le tsar Alexandre II le Les textes russes donnent des dates selon le calendrier julien. Le passage du calendrier julien au calendrier grégorien se fait en ajoutant 12 jours pour les années 1800-1900, et 13 jours pour les années 1900-2100. 1869, qui réduit aussi les restrictions pour les Juifs de résider dans la ville. Cette autorisation est obtenue après la soumission d'un memorandum à l'empereur par le responsable de la communauté juive, Evzel Ginzburg, citoyen d'honneur héréditaire de Russie et un des principaux fournisseurs de l'armée impériale russe. thumb|180px|left|Plan de la synagogue refusé par le tsar car . Les architectes ont donc supprimé les deux portes situées de part et d'autre de la porte centrale dans le projet final, réduisant ainsi la largeur du bâtiment L'empereur Alexandre II autorise un certain nombre de Juifs, comme les soldats pensionnés, les personnes avec des diplômes académiques, les marchands de la guilde, les artisans spécialisés et les techniciens à résider à Saint-Pétersbourg, ainsi que dans les autres villes situées en dehors de la zone de Résidence. L'autorisation s'étend aussi aux membres de la famille, ainsi qu'à leurs employés juifs. La population juive de Saint-Pétersbourg va rapidement grossir et en 1870, il y a environ une dizaine d'oratoires dans des maisons juives, mais pas de grande synagogue pour les cérémonies de la communauté juive de la capitale de l'Empire russe.

La communauté décide donc de construire une grande synagogue qui remplacera tous les petits oratoires. En , un appel d'offres est lancé. Le jury spécial, dirigé par V.V. Stassov sélectionne le projet de Bachmann et de Chapochnikov. Ce projet est refusé par Alexandre II qui impose que le bâtiment soit de taille plus modeste. Heureusement les architectes acceptent de retravailler leurs plans gratuitement jusqu'à l'approbation finale par le tsar le . La construction du bâtiment est soumise à de nombreuses conditions et restrictions. Il ne faut pas qu'il y ait d'églises à proximité de la synagogue, ni de routes gouvernementales empruntées par l'empereur. La hauteur du bâtiment est limitée à 47 mètres au lieu des 65 mètres proposés initialement par les architectes. En fait, aucun bâtiment de Saint-Pétersbourg ne devait dépasser 23 mètres, ce qui était la hauteur du palais d'Hiver du tsar, et les exceptions n'étaient autorisées que pour les dômes et les clochers qui servaient en même temps de tours d'observation pour les incendies. L'autorisation impériale d'une hauteur de 47 mètres est accompagnée de nombreuses exigences.

Sa Majesté, constatant qu'une plus modeste apparence convient mieux au bâtiment de la première synagogue dans la capitale, en fonction du statut civique des Juifs dans notre patrie, donne la permission du Tsar pour la construction de la synagoguecitation extraite de l'autorisation donnée par le tsar pour la construction d'une synagogue à Saint-Pétersbourg. (traduction du russe).

Construction de la synagogue thumb|180px|left|Intérieur de la salle de prière principale ("Bolshoi Zal") thumb|180px |right|Porte d'entrée principale du jardin de la synagogue thumb|180px|right|Grille du jardin de la Synagogue Dès le , les représentants des oratoires de la capitale élisent un comité pour la construction de la synagogue, dirigé par Horace Evselevitch Ginzburg, le fils d'Evzel Ginzburg. Des fonds sont levés et les plus gros donateurs sont Evzel Ginzburg (), S. S. Poliakov et I. A. Vavelberg ( chacun), A. M. Warszawski et A.I. Zak ( chacun). De nombreux autres dons s'échelonnent entre et la très modique somme de 2 roubles donnée par un docteur de Kiev. La moitié des sièges sont vendus en propriété héréditaire et les sommes récoltées serviront à la construction. Comme les sommes recueillies sont insuffisantes, la communauté contracte un emprunt de auprès de la Banque commerciale de Saint-Pétersbourg-Moscou. En plus, un prêt est obtenu d'Horace Ginzburg et un autre des frères Samuel et Daniel Poliakov.

Après de nombreux refus de la part de l'administration impériale, la communauté juive obtient l'accord pour acheter la maison d'A. A. Rostovsky et le terrain attenant dans la rue Bolсhaïa Masterskaïa pour y bâtir la synagogue. L'achat se fait le au prix de . Le terrain est situé près du Théâtre Mariinsky.

Les architectes I. I. Chapochnikov, L. Bachmann et V. A. Schröter sont chargés des plans de la synagogue. À la demande de Vladimir Stassov, critique d'art influent et superviseur du projet, les architectes choisissent le style néo-mauresque en s'inspirant en partie de la nouvelle synagogue de Berlin, située dans l'Oranienburger Straße et achevée en 1866. Le projet final est un mélange éclectique de styles néo-byzantin et néo-mauresque avec des motifs arabesques. L'architecte Nicolas Benois, confident du tsar et du gouvernement russe, est nommé curateur du projet.

La construction est effectuée sous la direction du Comité de la construction dirigé par A. A. Kaufmann. L'architecte et le superintendant de la construction est A. V. Malov, aidé entre 1880 et 1888 par ses assistants S. O. Klein et B. I. Hirschowicz.

La Petite synagogue est inaugurée le , premier jour de Souccot. Son plafond en stuc a été réalisé par le sculpteur Moïsseï Israelevitch Anolik et l'Arche Sainte par l'ébéniste Bermann et le doreur Solomon Antovil. Le bâtiment de la petite synagogue va servir de synagogue temporaire jusqu'à la fin de la construction du grand hall de prière. Elle sera utilisée ultérieurement comme oratoire pour les marchands hassidiques.

En 1886, la décoration avec un motif ornemental de la coupole de la Grande synagogue met fin à la construction. Il faudra encore cinq années pour terminer la décoration intérieure. La peinture intérieure et les menuiseries sont réalisées par l'entrepreneur M. Himmelfarb, les bancs du rez-de-chaussée sont produits par l'ébéniste Bermann, le fer forgé des escaliers est fabriqué dans l'usine d'Isidor Goldberg et l'Arche Sainte a été donnée par les fils d'Evzel Ginzburg en mémoire de leur père.

La cérémonie officielle de consécration de la Grande synagogue a lieu le lors d'une grande fête pendant laquelle les responsables de la communauté ouvrent la porte centrale avec une clef en argent avant de pénétrer dans la salle en portant les sept rouleaux de Torah. Le premier à pénétrer est le président de la communauté, le baron H. O. Ginzburg avec le premier rouleau, suivi de M. A. Warszawski et de L. Ya. Poliakov portant des cierges allumés.

L'éclairage électrique de la synagogue ne sera mis en place qu'en 1898. En 1909, un muret en pierre avec une grille en fer forgé est construit pour ceinturer le terrain de la synagogue et remplacer les palissades en bois. Les grilles en fer ainsi que les deux portes avec de chaque côté des lampadaires, sont exécutées selon les plans de l'artiste Ropet.

Pendant la Première Guerre mondiale L'Allemagne déclare la guerre à la Russie le . Le , une prière publique solennelle pour la victoire a lieu dans la Grande synagogue en présence d'une foule nombreuse.

Pendant la guerre, la communauté juive de Pétrograd (nom alors de Saint-Pétersbourg) aménage une partie des locaux de la synagogue en hôpital de 100 lits pour les blessés de guerre, quelle que soit leur religion. De même, la yechiva située à côté de la synagogue est aussi transformée pour des besoins médicaux pendant plusieurs années.

La synagogue pendant la période soviétique Pendant la Révolution russe de 1917 et la guerre civile qui s'ensuit, la communauté juive de Pétrograd perd beaucoup de ses membres, tués ou ayant émigré principalement aux États-Unis. Les autorités soviétiques imposent des restrictions sur les comptes bancaires concernant la synagogue et annoncent aussi la dissolution de la communauté juive de Pétrograd par décret signé de Grigory Zinoviev (lui-même juif).

Pendant les six années suivantes, différentes organisations religieuses juives vont agir, mais séparément sans aucune base légale. Ce n'est qu'en 1923 qu'est liquidé le Narkomnatz (Commissariat du peuple aux questions des nationalités). En , se tient le premier congrès de la Communauté religieuse juive de Léningrad afin de rédiger une charte à faire approuver par les autorités. Cette charte qui demande que le but de la communauté soit de: « administrer les activités religieuses juives et la synagogue chorale, organiser des séances de prière, gérer les propriétés religieuses et organiser des cours de théologie » est approuvée à l'exception du paragraphe concernant les cours de théologie. Le la communauté religieuse juive de Léningrad est officiellement enregistrée. À cette occasion, une réunion spéciale se déroule à la synagogue chorale, et le bureau de la communauté lance un appel à tous les Juifs de rejoindre la communauté en exprimant l'espoir d'une normalisation de la vie religieuse. Mais leurs espoirs seront vains.

Le rabbin M.G. Eisenstadt va exercer ses fonctions de grand-rabbin de Léningrad pendant la période révolutionnaire, avant de se fâcher avec les autorités civiles et quitter l'Union soviétique pour Paris en 1923. Il est remplacé par le rabbin David Kazelenbogen qui participera à la vie active de la communauté jusqu'à sa mort en 1931.

Le rabbin Yosef Yitzchok Schneersohn, sixième Grand-Rabbin de la dynastie hassidique Habad-Loubavitch, fait de Léningrad, son lieu de résidence ainsi que celui de ses amis et adeptes (1924-1927). Les communistes essaient dans un premier temps, mais sans succès, de rechercher la collaboration de ce leader spirituel influent. En 1927, le rabbin Schneersohn est arrêté par la police politique soviétique et emprisonné à la prison de la Chpalernaï sous l'accusation d'activité antisoviétique, passible de la peine capitale. Les protestations internationales forcent les Soviétiques à substituer à la peine capitale un exil forcé à Kostroma. Libéré, il décide d'émigrer: Rachel Altein, Eliezer Y. Zaklikofsky et Israel Jacobson: Out of the Inferno: The Efforts That Led to the Rescue of Rabbi Yosef Yitzchak Schneersohn of Lubavitch from War Torn Europe in 1939-40; éditeur: Merkos L'Inyonei Chinuch; juillet 2002; page 160; .

Par décret du présidium du conseil de la ville de Léningrad daté du , la communauté religieuse juive est dissoute comme bourgeoise et nationaliste. Le , le même conseil ferme la synagogue sous prétexte qu'elle sert les intérêts de la bourgeoisie et de l'aristocratie juive et qu'elle n'est pas fréquentée par les travailleurs juifs, mais quelques Juifs portent l'affaire au VtziK (la cour suprême législative) et la synagogue peut rouvrir le , au grand dam des autorités locales. Pendant la fermeture de la synagogue, la plupart des objets de valeur ont été expropriés et transportés au département Judaïsme du musée Anti-religion ou à la Maison de l'Athéisme de la région de Léningrad,