L’opération Kita (japonais : 北号作戦, kita pouvant se traduire par « nord ») est le retour au Japon en , lors de la Seconde Guerre mondiale, de deux navires des forces japonaises de classe Ise (hybride cuirassé-porte-avions), depuis Singapour . Le départ de la force japonaise a été détecté par les Alliés, mais les tentatives de l'attaquer avec des sous-marins et des avions ont été infructueux. Pourtant, en raison du blocus du Japon par les Alliés qui s'intensifie, les cuirassé-porte-avions de classe Ise et leurs navires d'escorte sont parmi les derniers navires de la Marine impériale japonaise à réussir à retourner au Japon, en provenant du Pacifique du Sud-Ouest, avant la fin de la guerre.

La Force d'achèvement est le nom donné à ces navires japonais qui ont été chargés de réserves d'hydrocarbures et d'autres matières premières avant leur départ de Singapour qui a été observé par un sous-marin britannique le . Cependant, ce sous-marin, en conjonction avec d'autres provenant de l'US Navy, a échoué dans ses tentatives d'attaque du 11 au . Des avions des United States Army Air Forces (USAAF) ont aussi tenté d'attaquer la Force d'achèvement le 13 et mais les conditions climatiques défavorables ont empêché le bombardement. Les navires japonais ont aussi subi une autre attaque le par un sous-marin, sans pertes matérielles ou humaines. Finalement, la Force d'achèvement a atteint sa destination, Kure, sans blessés ni pertes.

Le contexte Au cours de l'année , les voies d'approvisionnement en hydrocarbures en provenance d'Asie du Sud-Est sont coupées par les attaques des sous-marins des Alliés, et les importations japonaises d'autres produits sont également drastiquement réduites. À ce stade de la guerre, les réserves d'hydrocarbures de l'empire du Japon sont largement épuisées. Les sous-marins de l'US Navy ont aussi coulé plusieurs navires de guerre de la Marine impériale japonaise en 1944, dont le croiseur de bataille Kongō, sept porte-avions, deux croiseurs lourds et sept légersBlair (2001), . Au début de , le gouvernement japonais estime que toutes les voies pour les convois maritimes provenant du sud finiront par être coupées par les Alliés, et tente donc d'augmenter les approvisionnements en hydrocarbures apportés par les pétroliers avec l'utilisation de barils chargés sur des navires de charge ; plusieurs porte-avions de la Marine impériale japonaise ont aussi servi à transporter des barils d'hydrocarbures du Singapour au JaponPrados (1995), .

Le , les deux navires de classe Ise, hybrides cuirassé-porte-avions — lIse et lHyūga, groupés dans la Quatrième Division de Porte-avions, sous les ordres du contre-amiral Matsuda Chiaki — quittent l'archipel japonais dans le but de rejoindre les forces de la Marine impériale japonaise dans le Pacifique du Sud-OuestWhitley (1998), Hackett et al. (2011)Les deux cuirassés de classe Ise possédaient des ponts d'envol et des hangars, à la suite de modifications importantes ayant eu lieu de 1942 à 1944. Même s'ils étaient chacun capable de porter 22 hydravion à flotteurs, un manque de pilotes a empêché l'utilisation des navires dans ce rôle de porte-avions.Worth (2001), . Ce déploiement vise à renforcer les éléments restant de la Marine impériale japonaise tout en ayant l'avantage de placer les navires à proximité d'une source de carburantWillmott (2002), . Au départ du Japon, chacun des cuirassé-porte-avions est chargé d'environ de munitions, pour ravitailler les forces responsables de la défense de Manille, aux Philippines. Les deux navires sont contraints de déposer leur cargaison dans les îles Spratleys à partir du en raison des bombardements intenses des Alliés sur Manille. Les deux hybrides de classe Ise appareillent ensuite pour les îles Lingga le , arrivant deux jours après. Grâce à des informations acquises à la suite du décodage de signaux radio japonais, les Alliés sont au courant de ce déplacement et leurs sous-marins reçoivent l’ordre de surveiller ces navires ; toutefois ils ne parviennent pas à intercepter lIse ou lHyūga dans leur trajet vers SingapourPrados (1995), . Les deux cuirassés-porte-avions sont ensuite déployés à Vịnh Cam Ranh, en Indochine, en , avant de revenir à Singapour le . La Troisième flotte américaine part à la recherche des navires japonais lors du raid en mer de Chine méridionale du au mais échoue à localiser lIse ou lHyūga.

La préparation vignette|Porte-avions Hyūga après conversion Au début de , les Ise, Hyūga et une escorte d'autres navires moins grands ont reçu les ordres de partir pour le Japon dans le cadre de ce qui est désigné l'opération Kita. Cette opération a pour but le retour de quelques-uns des navires de la Marine impériale japonais situés dans le Pacifique du Sud-Ouest, tous chargés de ravitaillementsLacroix and Wells (1997), . Les navires sélectionnés pour accompagner les cuirassés-porte-avions sont le croiseur Ōyodo, dont l'accession à la Quatrième division de porte-avions a lieu le , et les destroyers Asashimo, Hatsushimo et KasumiLacroix and Wells (1997), . La Quatrième division de porte-avions a été désignée la Force d'achèvement.

Les navires de la Force d'achèvement sont partis des îles Lingga le et ont commencé à charger leurs cargaisons à Singapour le lendemain. Un peu avant son amarrage, lIse a subi de faibles dégâts lorsqu'il a heurté une mine qui avait été placée par un avion allié. Les six navires ont été chargés de ravitaillements et des réparations provisoires ont été effectuées sur lIse lors de leur séance à Singapour. LHyūga a pris pour cargaison de carburant d'aviation ainsi que d'essence et 440 travailleurs de champs pétrolifères. LIse a été chargé avec de carburant d'aviation et 551 travailleurs de champs pétrolifères ; chacun des cuirassés-porte-avions a aussi pris de caoutchouc, d'étain et d'autres métauxLacroix and Wells (1997), . L'Ōyodo a porté d'étain, de tungstène, de carburant d'aviation, de caoutchouc, de zinc et de mercure. Encore de caoutchouc et d'étain ont été partagés entre les trois destroyers.

Grâce au déchiffrement, les agences de renseignement militaire des Alliés ont été au courant de la composition et des objectifs de la Force d'achèvement. Les services du renseignement d'origine électromagnétique des Alliés ont attentivement surveillé les transmissions de radio dans la région du Singapour, et les renseignements « ultra » conséquents ont fourni des détails sur le mouvement des deux cuirassés-porte-avions à Singapour, leurs préparations pour le retour au Japon et le trajet qu'ils suivrontBlair (2001), Holmes (1979), . Dans le but d'arrêter les Ise et Hyūga d'atteindre le Japon, un objectif qu'a valorisé le commandant des sous-marins alliés dans le Pacifique du Sud-Ouest, le contre-amiral James Fife, Jr., ce dernier a posté 15 sous-marins le long du trajet attenduBlair (2001), . Un plan évoquant des attaques coordonnées par l'US Navy et les USAAF a été développéCraven and Cate (1953), . À ce moment, quatre cuirassés ont été assignés à la Septième flotte américaine pour garder la tête de pont des Alliés au golfe de Lingayen à Luçon, aux Philippines, face aux attaques possibles des forces japonaises stationnées sur les îles Lingga et dans la mer intérieure de Seto, jusqu'à ce que les éléments de l'USAAF dans la région deviennent suffisamment forts pour assumer cette responsabilitéMorison (1959), Ces quatre cuirassés sont les , , et .Morison (1959), , 303–304. Au début de février, les forces de l'USAAF dans les Philippines se sont concentrées sur l'apport de l'aide à l'United States Army dans la Campagne des Philippines et sur le bombardement des installations japonaises sur l'île de Formose. Une campagne intensive contre la navigation japonaise dans la mer de Chine méridionale avait été envisagée mais n'avait pas encore commencéCraven and Cate (1953), , 491–492.

Le trajet thumb|300px|alt=Carte de l'Asie du Sud-Est et de l'Est entre Singapour et le Japon indiquant le trajet approximatif de la Force d'achèvement|Le trajet entre Singapour et le Japon de la Force d'achèvementBlair (2001), , 848.

La Force d'achèvement est parti de Singapour le soir du . La date du départ a été choisie à cause des mauvaises conditions climatiques prévues le long du trajet vers le Japon. Le sous-marin britannique HMS Tantalus a observé le départ du port des navires et a tenté de les attaquer le , mais la présence d'avions japonais a rendu cette tache impossible. Après cette action, le Tantalus a envoyé un rapport de contact, par radio, à l'état-major de FifeBlair (2001), . Les quatre cuirassés de l'US Navy du golfe de Lingayen sont aussi partis le vers les bases des États-Unis dans le Pacifique où ils ont subi des réparations et se sont préparés pour leur rôle dans l'invasion de l'Okinawa. Les navires ont quitté les Philippines le sans avoir joué un rôle dans les efforts d'interception de la Force d'achèvementMorison (1959), .

Des sous-marins de l'US Navy ont essayé, sans succès, d'attaquer les navires japonais le . À , environ, l' a détecté la Force d'achèvement à une distance de , avec son radar, et a envoyé son rapport de contact. Une heure plus tard, l' a aussi détecté les navires japonais à une distance de . Dans les quatorze heures suivantes, les sous-marins Blackfin, Charr, Flounder, Pargo et Tuna ont essayé d'atteindre une position de laquelle ils pourraient attaquer les navires japonais mais ils n'ont pas réussi. Cela a été le même cas pour un autre groupe de sous-marins plus au nord, les USS Guavina, et .

Des patrouilles des USAAF ont établi le contact avec la Force d'achèvement le ; à la suite de cela, ces Japonais ont été, de manière ininterrompue, suivis par les radars des USAAF et les avions de l'US Navy. Une force de bombardiers lourds B-24 Liberator et de bombardiers moyens B-25 Mitchell, escortés par 48 avions de chasse P-51 Mustang a été envoyée depuis plusieurs bases sur les îles de Leyte et de Mindoro pour attaquer les navires japonais. Malgré un rendez-vous réussi, près de la Force d'achèvement, une couverture nuageuse a rendu impossible l'observation des navires. La force de frappe américaine a dû revenir aux bases puisque le bombardement sans visibilité guidé par radar est interdit pour empêcher des attaques accidentelles sur les sous-marins des Alliés dans la régionCraven and Cate (1953), . Ce même jour, les destroyers australiens et ont quitté le golfe de Lingayen pour se placer environ à l'ouest de Manille, où ils se sont préparés pour le sauvetage éventuel des équipages des avions qui pourraient être descendus en attaquant la Force d'achèvementGill (1968), .

D'autres sous-marins ont essayé d'attaquer la force japonaise le . Trois sous-marins – les USS Bergall, Blower et Guitarro – ont été déployés le long de son trajet, et le Bergall a observé les navires japonais à . À ce moment-là, le sous-marin est submergé et a tenté de se placer en position de tir, mais n'a pas pu se rapprocher à moins de de la force japonaise. Néanmoins, le Bergall a lancé six torpilles, vers les navires japonais, qui ont toutes raté leur but. Le Blower a aussi tenté d'exécuter une attaque submergée, mais ses cinq torpilles ont manqué le cuirassé-porte-avions et lŌyodo, les deux navires visés. Les USS Bashaw et , les deux sous-marins les plus au nord de ceux postés sur le trajet attendu par le contre-amiral Fife, ont affronté le Force d'achèvement l'après-midi du . Le Bashaw a aperçu les navires japonais lorsqu'ils sont sortis d'un grain composé d'averses de pluie à , mais un des cuirassé-porte-avions a aussi aperçu le sous-marin et a lancé une attaque aérienne avec un avion. Lorsque le cuirassé-porte-avions a pilonné le Bashaw avec sa batterie principal, ce dernier a dû plonger ; ni le Bashaw ni le Flasher n'ont pu intercepter la Force d'achèvement. Pendant cette période, les autres sous-marins situés aux environs ont continué à poursuivre les navires japonais mais n'ont pas rétabli le contactBlair (2001), .