vignette|Pléiades dans les sept codes couleurs par période, plus les deux couleurs pour albums et hors-série. La Bibliothèque de la Pléiade, publiée par les éditions Gallimard, est une des collections majeures de l'édition française. La qualité littéraire des écrivains qu'elle réunit et la qualité rédactionnelle de l'appareil critique inclus dans chaque volume font que la collection a acquis le statut d'une édition de prestige et de référence. Être publié dans « la Pléiade » représente une forme de consécration pour les écrivains et peu d’entre eux l'ont été de leur vivant. Désormais, elle publie les œuvres majeures non seulement de la littérature française, mais aussi de la littérature mondiale.

Sa reliure en cuir pleine peau et dorée à l'or en fait une édition de luxe. Imprimés sur papier bible, les exemplaires sont très compactsCependant, selon les époques, le papier étant parfois d'une qualité inférieure, l'épaisseur d'un même volume peut varier de quelques millimètres..

La Bibliothèque de la Pléiade est distincte des autres publications estampillées Pléiade, telles que les Albums de la Pléiade, l'agenda Pléiade, l'Encyclopédie de la Pléiade alors que l'usage fait que, par métonymie, un (ou une) Pléiade désigne un ouvrage appartenant à cette collection.

Historique En , Jacques Schiffrin, un éditeur juif russe originaire de Bakou en Azerbaïdjan, crée Les Éditions de la Pléiade, J. Schiffrin & Cie – localisées au 7, rue Chaptal puis au 6, rue Tournefort et enfin au 2, rue Huyghens – qui préfigurera la future collection homonyme Philippe Roussin, Séminaire « La Bibliothèque de la Pléiade », Collège de France, 11 mars 2020.. Le premier volume paraît en avrilChronologie de l'édition française, moteur de recherche en ligne..

Création de la collection vignette|redresse|Baudelaire, Œuvres complètes, volume de la collection, édition de 1975. En 1931, Jacques Schiffrin crée une collection innovante : la Bibliothèque de la Pléiade, dont le nom évoque tout à la fois la constellation, le groupe des poètes du et un groupe de classiques russes influencés par PouchkineFlorence Noiville, « Avec la mort d'André Schiffrin, l'édition perd un « éditeur différent », Le Monde, 2 décembre 2013.. Schiffrin souhaite proposer au public des œuvres complètes d'auteurs modernes et classiques comme le faisaient déjà les Classiques Garnier, mais en offrant un format poche plus compact et durable grâce au papier bible – inspiré des missels paroissiens dont la durée de vie est garantie plusieurs centaines d'années – et à une reliure en cuir souple. Pour Philippe Roussin, directeur de recherches au CNRS, les caractéristiques de la collection marquent .

Le premier volume, paru le , est le tome 1 de l'œuvre de Charles Baudelaire. Suivent rapidement une douzaine de volumes consacrés principalement aux romanciers et poètes du , français mais également étrangers. Dès sa fondation, la collection s'étend au-delà des classiques, des latins et des grecsÀ ce titre, le premier volume d'un classique se voit consacré à Plutarque en 1937 tandis qu'Homère n'intègre la Bibliothèque de la Pléiade qu'en 1955. ou du Grand Siècle. Les auteurs consacrés par un volume de la Pléiade sont alors introduits par un écrivain notoire (André Gide, André Malraux, Jean Giono…) qui donne un avis subjectif sur l'œuvre. La collection se veut « monument culturel » en construction lente, pour rassembler une « littérature en mouvement », et elle connaît dès sa fondation un franc succès auprès des lecteurs.

Intégration à la NRF André Gide et Jean Schlumberger, créateurs de la Nouvelle Revue française (NRF), s'intéressent au travail de ce nouvel éditeur et réussissent à convaincre Gaston Gallimard d'acquérir la collection pour sa maison d'éditions. La Bibliothèque de la Pléiade intègre les éditions Gallimard le L'histoire de la Pléiade « Mon ami Schiffrin » par André Gide sur le site de Gallimard..

Changement de direction sous l'Occupation En , Jacques Schiffrin est licencié par Gaston Gallimard, qui choisit d'obéir aux lois sur le statut des Juifs ; il s’exile à New York, aux États-Unis. Cette décision provoque la de Roger Martin du Gard et l' d'André Gide. Elle engendre également un conflit juridique et financier entre Gallimard et Schiffrin, portant sur le montant du coût des droits de Schiffrin sur la Pléiade, mise en rapport avec le bénéfice éditorial de la collection pour la maison Gallimard.. En 2011, à l'occasion de la cérémonie de remise de la Légion d'honneur à titre posthume à Schiffrin, le journaliste John R. MacArthur estime dans le quotidien québécois Le Devoir que cette décision contribue à compenser les torts commis par ..

Après l'éviction de Schiffrin, Jean Paulhan récupère la direction de la collection. Selon Thierry Discepolo, la Pléiade est par la suite mise au service de la propagande nazie, en traduisant notamment le théâtre complet de Goethe, sous l'égide d'Ernst Jünger. Dans un droit de réponse, Antoine Gallimard conteste cette assertion en indiquant que : Ernst Jünger était notoirement hostile à Adolf Hitler ; le projet d'éditer Goethe datait d'avant la guerre ; la préface en a été confiée par le responsable de l'édition, le philosophe marxiste Bernard Groethuysen, à André Gide ; l'œuvre de Goethe se situe ; la justice a reconnu que Gaston Gallimard .

Développement Les littératures espagnole et anglaise entrent dans la collection dès les années 1930 avec Cervantès (en 1934) et le théâtre de Shakespeare (en 1938), suivies dans les années 1940 par les littératures allemande et russe avec le théâtre de Goethe (en 1943) et Guerre et Paix de Tolstoï (en 1945). La littérature italienne entre dans la collection dans les années 1950 (après Machiavel en 1952, paraissent les œuvres de Dante en 1965, Goldoni en 1972 et Pirandello en 1977).

Rapidement, la bibliothèque de la Pléiade développe l'appareil critique important qui entoure le texte et offre une approche scientifique, faisant d'elle une collection de référence. La parution, en 1953, des Œuvres d'Antoine de Saint-Exupéry fait entrer la Pléiade dans les collections à succès. Avec Les Portiques, le Club français du livre envisage d'affronter Gallimard sur ce terrain, mais y renonce pour des raisons stratégiques. À partir de la fin des années 1950, la Pléiade publie les textes sacrés (L'Ancien Testament paraît en 1956 et 1959, Le Coran en 1967, puis Le Nouveau Testament en 1971) et les textes philosophiques : après Platon en 1940 et 1943, puis Spinoza en 1954, un volume intitulé Les Stoïciens paraît en 1962 ; le premier volume des œuvres de Marx est publié en 1963 ; ensuite paraissent en 1980 Kant et le premier tome des Philosophes taoïstes.

Dans les années 1960 et 1970, la collection s'étend aux littératures étrangères contemporaines : Hemingway est le premier écrivain étranger du publié dans la collection (en 1966 et 1967) ; il est suivi par Kafka (en 1976), Faulkner (en 1977) et García Lorca (en 1981). La Pléiade explore des corpus nouveaux : les femmes écrivain (Madame de Sévigné de 1953 à 1957, George Sand en 1970 et 1971, Yourcenar en 1982), les classiques chinois (Au bord de l'eau paraît en 1978) et les correspondances : Stendhal (à partir de 1962), Voltaire (début de la première édition en 1963), Baudelaire et Flaubert à partir de 1973 .

Au début des années 1980, la collection atteint son pic quant aux ventes, avec vendus chaque année, avant trois décennies d'érosion lente des ventes. Dans les années 1990, la Pléiade s'ouvre aux littératures norroise (avec les sagas des Islandais), danoise (Hans Christian Andersen), indienne en sanskrit (le Ramayana et les œuvres de Somadeva) et japonaise (œuvres de Jun'ichirō Tanizaki). L'édition des œuvres de Nathalie Sarraute (en 1996) ouvre la voie à la publication des auteurs du Nouveau Roman : Claude Simon (en 2006) et Marguerite Duras (en 2011). La collection commence la publication d'anthologies bilingues de poésie (allemande en 1993, espagnole en 1995, ...). En 1999, Antoine Gallimard crée la Lettre de la Pléiade envoyée trimestriellement aux membres du Cercle de la Pléiade (l'adhésion y est libre et gratuite).

Les années 2000 sont marquées par deux innovations avec l'entrée dans la Pléiade d'auteurs considérés jusqu'alors comme plus « populaires » tels que Robert Louis Stevenson (2001), Walter Scott (2003), Georges Simenon (2003), Boris Vian (2010), Jules Verne (2012), Mark Twain (2015) et Jack London (2017) et l'ouverture de la collection aux sciences humaines et sociales avec des volumes consacrés à Claude Lévi-Strauss (2008) puis à Michel Foucault (2015) et Georges Duby (en 2019). Les littératures norvégienne et portugaise entrent dans la Pléiade avec l'édition des poésies de Fernando Pessoa en 2001 et du théâtre de Henrik Ibsen en 2006.

Dans les années 2010, Gallimard commence la publication d'anthologies thématiques comme Frankenstein et autres romans gothiques (en 2014), Dracula et autres écrits vampyriques (en 2019) et L'Espèce humaine et autres écrits des camps (en 2021). Le rachat en par le groupe Madrigall, la maison mère de Gallimard, des Éditions de Minuit permettra la publication dans la Pléiade des œuvres complètes de Samuel Beckett et d'autres auteurs des Éditions de MinuitLa Vie de la Pléiade, avril 2022. : l'éditeur de Beckett restait opposé jusque dans les années 2010 à la publication de ses œuvres dans la PléiadePeut-on être viré de la Pléiade ? (et autres histoires sur une collection mythique), franceculture.fr, février 2017..

La Pléiade est aujourd'hui une collection à caractère encyclopédique, véritable référence dans le monde universitaire. Caractérisée par la richesse de son contenu et la rigueur de sa forme, elle est considérée comme le « fleuron des Éditions Gallimard » et la « Rolls-Royce de l'édition »..

Albums de la Pléiade

La bibliothèque de la Pléiade publie un album de la Pléiade chaque année depuis 1962. Ces petits volumes sont consacrés à un auteur ou à une période (Les Auteurs de la Révolution française en 1989, le Théâtre classique en 1970) ou un thème (la NRF en 2000) ou une œuvre (le livre du Graal en 2008, le livre des Mille et Une Nuits en 2005). Ils sont offerts par les libraires aux clients qui achètent trois volumes de la Pléiade.

Encyclopédie de la Pléiade

Directeurs littéraires depuis la création de la collection Les directeurs successifs de la Pléiade ont étéCollection Bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, consulté le juillet 2020. : 1931-1940 : Jacques Schiffrin 1940-1946 : Jean Paulhan 1946-1959 : Raymond Gallimard et son fils Michel Gallimard, Robert Gallimard puis Antoine Gallimard 1959-1966 : Jean Ducourneau 1966-1987 : Pierre Buge 1988-1996 : Jacques Cotin Depuis 1996 : Hugues Pradier

Édition italienne La maison d'édition italienne Einaudi a développé en 1992, en collaboration avec Gallimard, une édition identique en tout point à la Pléiade mais en langue italienne et consacrée principalement aux auteurs romains et italiens (Tacite, Ovide, Machiavel, Ugo Foscolo, Cesare Pavese, Beppe Fenoglio…) et à quelques auteurs étrangers (Blaise Pascal, Voltaire, Percy Bysshe Shelley, Alexandre Herzen, Rainer Maria Rilke, Samuel Beckett…). Intitulée Biblioteca della Pléiade, cette collection possède actuellement une cinquantaine de volumes parus et des albums.

Auteurs publiés de leur vivant dans la collection de la Pléiade En 1939, André Gide est le premier à entrer de son vivant dans la collection avec la publication partielle de son journalSite officiel, catalogue par époque.. Un total de dix-huit auteurs ont reçu l'honneur d'être publié de leur vivant.