Karl von Stremayr est un homme politique autrichien, né à Graz le et mort à Pottschach le .
Plus jeune député au Parlement de Francfort, plusieurs fois ministre de Cisleithanie, avant de devenir ministre-président d'Autriche du au , et enfin président de la Cour suprême autrichienne, il est un personnage clef de l'histoire politique de l'empire d'Autriche dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle.
Libéral à l'origine, juriste accompli, il se montre particulièrement actif sur tous les thèmes qui définissent la vie politique de l'Empire : la question allemande, qu'il refuse de voir exclusivement à travers le prisme du dualisme austro-prussien, le problème des nationalités, auquel il souhaite apporter une solution fédéraliste, mais aussi le Kulturkampf, l'éducation et la promotion des arts et des sciences. Sa grande loyauté vis-à-vis de l'Empereur François-Joseph, sa connaissance intime des rouages de la bureaucratie impériale ainsi que sa grande habileté politique lui ont permis de construire un héritage politique dont certains vestiges subsistent encore à ce jour.
Vie
Enfance, adolescence et études Carl Borromée Anton Franz Seraph Ritter von Stremayr était issu de la famille noble de Stremayr et fils du pharmacien militaire de Haute-Autriche Franz Josef von Stremayr (1793-1843) ainsi que de son épouse Caroline, née Rieger (1800-1880).
Il est né le premier de neuf enfants à Graz, où il a aussi passé son enfance. En 1832, quand son père fut promu et transféré à Mantoue (Royaume de Lombardie-Vénétie) et que toute la famille s’y installa, il resta à Graz à l’âge de dix ans avec ses grands-parents et continua à fréquenter le lycée de Graz.
En raison de la promotion de son grand-père, qui fut transféré à Klagenfurt, il a fréquenté pendant un an le lycée de Klagenfurt. Quand son grand-père mourut en 1839, sa grand-mère revint avec lui à Graz.
Il a ensuite commencé à Vienne des études de philosophie, a appris non seulement le latin, mais aussi l’italien, le français et l’anglais, puis le slovène et le serbo-croate. Il y a également découvert les classiques romains et grecs avec des camarades de classe partageant les mêmes idées. En 1841, il commence ses études de droit à la Faculté de droit de l’université de Graz, car il ne souhaitait pas faire une carrière militaire, conformément aux souhaits de ses parents.
Lorsque son père et sa grand-mère décèdent en 1843, en tant que fils aîné, il doit assurer la subsistance de sa famille en dispensant des cours particuliers pendant ses études. L’une de ses élèves était Bertha Hope, qui devint plus tard sa femme.
À l’automne 1845, il termina ses études juridiques à Graz.
Carrière en tant que juriste En 1845, il commence un an de pratique civile et criminelle au tribunal de Graz et, en 1846, il passe un examen juridique en allemand et en italien à la cour d’appel de Klagenfurt.
C’est pourquoi, dès 1846, il obtient son doctorat en tant que « doctor juris utriusque » et entre comme stagiaire non rémunéré à la procurature financière royale et impériale de Graz. Il rejoint ainsi la fonction publique le .
Politique
Révolution de mars 1848 et Assemblée nationale de Francfort Lors de la révolution de , sa qualité de juriste ainsi que sa participation au Grazer Zeitung fit de lui un candidat potentiel pour les élections au Parlement de Francfort, même s'il n’avait à ce moment-là que peu d’ambitions politiques. Après avoir présenté des propositions modérées et réalistes face aux autres candidats à Kindberg, en Styrie, il fut élu député et envoyé immédiatement à Francfort.
A Francfort, il a assisté aux dernières réunions du pré-Parlement et aux réunions préliminaires d’ouverture de l’Assemblée nationale. Le , en tant que plus jeune membre de l’Assemblée, il a été le premier à entrer dans la tribune à l’église Saint-Paul de Francfort pour lire l’adresse de bienvenue de l’ancien Bundestag à la nouvelle Assemblée nationale.
A la recherche de députés partageant ses opinions, il rejoignit le centre libéral.
Les lettres nombreuses (94 lettres du au ) échangées entre lui et sa future épouse, Bertha Hope, décrivent avec précision son enthousiasme ainsi que ses déceptions en tant que député à Francfort. Dans cette atmosphère politique caractérisée par l’exubérance et par la méconnaissance naïve de la réalité politique, il était ambitieux comme tous les autres députés, mais se rendit très vite compte de l’impossibilité de faire valoir ses espoirs libéraux. Après l’élection de l’archiduc Johann par le Parlement de Francfort et sa première apparition devant l'assemblée, il écrivit ainsi :« L’archiduc Johann a parcouru les rangs des députés, [...] sa bouche proférant la violence contre tous les rois et les princes d’Allemagne. [...] De nombreux peuples, des peuples entiers, n’ont pas encore saisi la grandeur de l’événement, l’importance de cet acte pour l'histoire du monde ; j'espère que viendra avec le recul le remords, et que les cieux empêcheront que ne s'ensuivent ces torrents de sang qui ont accompagné presque toutes les grandes œuvres de l’histoire. [...] Je me suis représenté la situation de l’Allemagne, de ses Etats et de ses peuples, et je n’ai pas su me réjouir [...]. »Dans le cadre de l’insurrection populaire de Francfort de , et en raison du cessez-le-feu de Malmö, il réussit lui-même à échapper à une pluie de balles mortelles, tandis qu’à quelques pas de lui, un officier autrichien est mortellement touché.
En ce qui concerne les trois premiers articles établis par la commission constitutionnelle du Parlement de Francfort, il n’a pas voulu laisser le débat se limiter à une alternative entre la solution petite-allemande et la solution grande-allemande et s’est battu dans son premier discours le pour une solution qui les dépasserait toutes deux :« Messieurs ! Ceux-ci [les membres de la commission constitutionnelle] ont pensé, à juste titre, que l’Autriche pourrait être unie en une fédération d’États, que cette fédération resterait intimement liée par la personne de l’empereur et par des traités entre les différents États autrichiens, que, comme le permettait autrefois l'union des États allemands, dans l’intérêt des peuples non germaniques représentés à Vienne, des députés soient envoyés, et qu’ils exercent le même rôle au sein du gouvernement. Pourquoi une union entre les États non germano-autrichiens et les autres, dans un État fédéral, ne pourrait-elle pas être réalisée ? [...] Je ne comprends pas non plus que l’Autriche se désintègre de cette manière, je reconnais seulement que les liens qui unissent l’Autriche doivent être transformés en fonction de son évolution historique. »Cette proposition de Stremayr constituait, au sein de l’église Saint-Paul, la première tentative concrète pour résoudre la question allemande. Certes, la forme sous laquelle cette union devait advenir demeurait confuse ; elle n'en demeurait pas moins possible d’un point de vue juridique. Le plan de Stremayr échoua, ne serait-ce que parce qu’il n’avait pas pris suffisamment en considération les facteurs politiques à l'œuvre : la maison des Habsbourg ne pouvait accepter un détachement des territoires germano-autrichiens de son empire. Le plan de Stremayr n'a pas été discuté et a donc été condamné à rester comme une proposition juridique purement théorique.
Lorsque les députés autrichiens furent révoqués en , Stremayr, déçu et désenchanté, retourna à Graz. Du à la fin du mois de , à l’université de Graz, il étudia la loi romaine et le droit canonique, à la suite d'August Chabert, décédé d'un cancer gastrique à Vienne le et considéré comme l’un des pères de l'histoire du droit autrichien.
Vie familiale En tant qu’ancien député libéral de Francfort, potentiellement révolutionnaire, ses perspectives de carrière furent assombries dans un premier temps, et Stremayr ne parvient à obtenir que la fonction mal rémunérée de stagiaire à la chambre de Styrie. Ce n’est qu’en 1850 que sa nomination comme substitut du procureur a créé la base financière d’un éventuel mariage, qui eut lieu le dans la cathédrale de Graz avec Bertha Hope.
De cette union naquirent un fils et cinq filles :
Bertha (1851-1928), qui épousa en 1873 Emil Hardt Anna (1853-1861), qui mourut du typhus Antonie (1855-1876), qui épousa en 1873 le Premier lieutenant Richard Lüders ; elle décéda après la naissance de leur deuxième enfant Maria, qui épousa son beau-frère, le veuf Richard Lüders, en 1878 après la mort de sa sœur aînée Antonie, après avoir obtenu une dispense de l’État et de l’Église. Stremayr a ensuite décrit la situation de l’époque comme suit :
« Son mariage avec le veuf de sa sœur était une belle image de tolérance : mariage d'une catholique avec un époux protestant [...], il fut accompli par un pasteur évangélique sous l’assistance d'un curé catholique, après que mon cher ami, Mgr Kutschker, a obtenu la dispense de l’État et de l’Église. »
Karl (1863-1864), frère jumeau de Caroline, mort d’une pneumonie Caroline (1863-1919), sœur jumelle de Karl, qui épousa en 1884 le général Johann Edler von Schemua
Le , c’est-à-dire un an après la mort de Karl von Stremayr, par résolution impériale, sa fille aînée - il n’avait plus de descendant mâle - Bertha von Hardt, obtint pour ses deux fils Karl et Emil Ritter von Hardt l’association des noms Hardt-Stremayr.
Des supérieurs réactionnaires Lorsque, en , les députés autrichiens sont révoqués de Francfort, Stremayr doit également rentrer chez lui, où la réaction a succédé à la révolution. Le directeur du Gubernium, von Marquet, a reçu Stremayr, qui était toujours un stagiaire non rémunéré de la procurature de Chambre de Styrie, en ces termes : « Vous osez revenir en Autriche après votre comportement dans l’église Saint-Paul ? » Cependant, lorsque Stremayr a rappelé les relations personnelles qui l'unissaient au ministre de la Justice de l’époque, M. Schmerling, la rancune de von Marquet s’est apaisée et Stremayr a de nouveau été autorisé à exercer sa fonction de stagiaire sans fin. Après que Stremayr a été nommé procureur public, dans le cadre d’une constitution qu’il n’a pourtant pas acceptée, ses supérieurs réactionnaires n’e se montraient pas satisfaits de l’administration de Stremayr et il était rétrogradé à chaque occasion. Après que trois de ses frères se sont lancés dans la carrière militaire et que ses sœurs aient contribué au ménage par le travail manuel, il n’avait plus qu’à s’occuper de ses propres enfants, et plus de sa fratrie.
Il a donc continué sa carrière de professeur privé de droit romain à l’Université de Graz sur la base de deux traités de droit romain :
L’actio pauliana en droit commun et autrichien Une contribution à la déclaration de la L. 5 § 10 D. de inst. act. (Dig. 14,3,5,10)
Il a également travaillé en tant que collaborateur, puis sous pseudonyme en tant que rédacteur en chef du Grazer Zeitung.
En 1860, lui et ses aînées, Bertha, Anna et Antonie, ont contracté le typhus, ce qui a de nouveau mis toute la famille dans une grande détresse financière. Pire encore, cette situation entraîna la mort de sa fille, Anna, et la mort de la servante et de la gardienne.
Au Landtag de Styrie Après l'adoption de la constitution de , des élections sont convoquées pour désigner le parlement régional de Styrie. Encore affaibli par la maladie, Stremayr est présenté sans son intervention comme candidat pour la ville de Graz. Il est élu député du Landtag pour la périphérie de Graz et siège au parlement régional pendant les 18 années suivantes, dont neuf ans en tant que membre de la branche exécutive du Land.