En grammaire, l’adverbe est défini traditionnellement comme une partie du discours dont la fonction syntaxique est celle de complément, le plus souvent d’un verbe ou, plus rarement, d’un adjectif ou d’un autre adverbe.....

Dans certaines langues, comme le français ou le roumain, les adverbes sont invariables, ne prenant donc pas d’affixes, sauf quelques exceptions. Dans d’autres langues, comme certaines langues slaves, par exemple le BCMSBosnien, croate, monténégrin et serbe., les adverbes sont partiellement affixables, c’est-à-dire que ceux qui peuvent avoir des degrés de comparaison expriment ceux-ci par des affixes. Il en est de même en hongrois et, de plus, dans cette langue, certains adverbes peuvent recevoir certaines désinences casuelles. Dans les langues romanes, par exemple, ce sont des prépositions qui correspondent à ces affixes.

Dans des grammaires relativement récentes, on traite, parmi les mots considérés traditionnellement comme des adverbes, certains qui ne correspondent pas, dans certaines situations ou jamais, à la définition ci-dessus, n'ayant pas de fonction syntaxique. C’est pourquoi certaines sources qualifient les adverbes de « classe hétérogène ».., en se référant à des grammaires où on les rencontre désignés par le terme « adverbe » qualifié de diverses façons, par exemple : adverbe portant sur toute l’assertion (par exemple : .), adverbe de phrase ; sentence adverb, « adverbe de phrase » ; adverb fără funcție sintactică, « adverbe sans fonction syntaxique »..

Dans certaines grammaires, tous ou une partie de ces mots sans fonction syntaxique sont groupés dans d’autres classes de mots. Celle de Grevisse et Goosse 2007, par exemple, laisse parmi les adverbes des mots sans fonction syntaxique appelés explétifs (ex. Nous disions donc que…), mais inclut dans une classe appelée « mots-phrases » oui et non et, dans une classe appelée « introducteurs » voici et voilà.. Dans les grammaires du hongrois, les mots de ce genre sont délimités des adverbes dans une classe à part, les modalisateurs.. Dans certaines grammaires de cette langue, on distingue des adverbes et des modalisateurs une troisième classe, appelée « particules ».. Dans certaines grammaires du BCMS aussi, on les considère tous comme des particules (grammaire croate). (grammaire serbe)., ou certains comme des particules (grammaire monténégrine). et d’autres comme des modalisateurs..

Classification

On peut grouper les adverbes selon plusieurs points de vue.

Selon leur origine

Adverbes non motivés

Sont non motivés tout d’abord les mots hérités de la langue de base, non analysables par le locuteur. Exemples : mal, mieux, puis (du latin). ; afară, « dehors », bine, « bien », unde, « où » (du latin) ; hanyatt, « sur le dos », rögvest, « aussitôt », tüstént, « tout de suite » (de l’ancien hongrois).

Sont également non motivés les adverbes empruntés à d'autres langues : gratis (latin), illico (latin), incognito (italien). ; prea, « trop » (vieux-slave), taman « justement » (turc), măcar, « au moins » (grec), musai, « obligatoirement » (hongrois), deja (français).

Adverbes motivés

Adverbes par conversion

Certains adverbes sont obtenus par conversion.

Dans certaines langues, ce sont des adjectifs qu’on peut utiliser en tant qu’adverbes sans changement de forme. Ceci est fréquent en allemand ou en roumain, par exemple. Dans cette langue, c’est la forme du masculin singulier de l’adjectif qui peut être adverbe : frumos, « beau/d’une belle façon », greu, « difficile/difficilement », deschis, « ouvert/ouvertement ». Un exemple en allemand est höflich, qui peut tantôt signifier « poli » ou « poliment », en fonction du contexte..

En BCMS, c’est la forme du neutre singulier de certains adjectifs qui est utilisée en tant qu’adverbe (par exemple : dobro, « bon/bien », jasno, « clair/clairement », slabo, « faible/faiblement ».), et la forme du masculin singulier d’autres adjectifs, ceux terminés en -skī et en -jī. L’adverbe peut avoir exactement la même terminaison que l’adjectif, c’est-à-dire en ī long, ou en la variante brève (i) de cette voyelle, ce qui distingue quelque peu l’adverbe de l’adjectif : Primio nas je bratskī/bratski (« Il nous a reçu(e)s comme un frère »), Cijelo je to vrijeme živio pasjī/pasji (« Tout ce temps il a eu une vie de chien ») (littéralement « … a vécu chiennement »)..

En français, les adverbes par conversion sont relativement rares par rapport à d’autres langues. Ce sont quelques adjectifs, comme Il chante faux, Elle s’habille jeune.. Tout à fait exceptionnellement, il y a de tels adverbes accordés avec leur régissant adjectif, comme Ma fenêtre est grande ouverte (André Gide)..

En anglais, il existe quelques cas de conversion adjectif/adverbe : ex. We didn't have to wait long (« Nous n’avons pas dû attendre longtemps »)..

En français, il y a aussi quelques noms utilisés en tant qu’adverbes, comme moitié mort, tomber pile., ainsi que plusieurs prépositions : après, avant, depuis, derrière, devant..

En roumain, sont aussi adverbes les noms des jours de la semaine sans article ou employés avec l’article défini (comme luni, « lundi », lunea, « le lundi »), ainsi que les noms des saisons et de certaines périodes de la journée avec article défini (comme iarna, « en hiver », ziua, « dans la journée ».

En hongrois, il y a plusieurs postpositions (comme a házon kívül, « hors de la maison », différemment de kívül sötét van, « dehors il fait sombre ») et des préfixes verbaux (comme felmegy, « il/elle monte », différemment de fel a hegyre, « haut sur la montagne ») utilisés en tant qu’adverbes.. Il y a aussi des verbes au gérondif qui ont donné des adverbes en changeant de sens : lopva (« en catimini », litt. « en dérobant »), elvétve (« rarement, sporadiquement », litt. « en ratant »), betéve (« par cœur », litt. « en mettant dedans »).

Adverbes dérivés

En français, les adverbes de manière sont dérivés d’adjectifs en ajoutant le suffixe -ment au féminin de ceux-ci : par exemple, grand, -e → grandement ; vif, vive → vivement.. Cette formation est commune à la plupart des langues romanes (italien, espagnol, catalan…). Le suffixe -ment est issu de la grammaticalisation de mente, c’est-à-dire l’ablatif du nom latin mens, mentis (qui signifiait « esprit, faculté intellectuelle de l’esprit »). Ce nom de genre féminin, employé à l’ablatif, suivait des adjectifs pour former des compléments circonstanciels de manière signifiant « dans l’esprit de [ce que dit l’adjectif] » puis « d’une manière [ce que dit l’adjectif] ». Mente s’agglutina par la suite à l’adjectif et devint un véritable suffixe..

En anglais aussi, la dérivation est la source principale d’adverbes, avec un seul suffixe : quick (« rapide ») → quickly (« rapidement »), awful (« terrible ») → awfully (« terriblement »). En vieil anglais, l’adverbe de manière était en principe obtenu par addition de la terminaison -e, originellement le marqueur du datif (ainsi swīþe signifiait « rapidement »). À l'époque du moyen anglais, cette terminaison finit par s’amuïr et disparaître, si bien que l’adjectif et l’adverbe avaient la même forme. C'est à cette époque que le suffixe -lice (qui évolua par la suite en -ly) fut introduit, sans doute pour éviter une ambiguïté entre l'emploi adverbial et l'emploi adjectival, et peut-être sous l’influence du vieux norrois -liga. Issu du proto-germanique *liko, ce suffixe est apparenté au nom lich (« corps, cadavre ») et à la préposition like..

Le hongrois ressemble aux deux langues ci-dessus quant à la productivité de la dérivation d’adverbes ayant pour bases des adjectifs, mais aussi des numéraux. De plus, il y a plusieurs suffixes de dérivation d’adverbes : magas (« haut ») → magasan (« hautement »), konok (« obstiné ») → konokul (« obstinément »), öt (« cinq ») → ötször (« cinq fois »), öt → öten (« à cinq », par exemple, personnes qui participent à une action)..

En roumain, un tel procédé est plus rare, puisque beaucoup d’adjectifs peuvent avoir un emploi adverbial, mais il existe des adverbes dérivés d’adjectifs : orb (« aveugle ») → orbește (« aveuglément »). Il y en a également dérivés de noms : șoim (« faucon ») → șoimește (« à la manière d’un faucon »), et de verbes : a se târî (« ramper ») → târâș (« en rampant »).

En BCMS, on dérive des adverbes à partir de noms : zima (« hiver ») → zimus (« cet hiver »), dan (« jour ») → danas (« aujourd’hui ») et de verbes : hteti (« vouloir ») → nehotice (« involontairement »).

Adverbes composés

La composition est un autre procédé d’enrichissement du lexique par des adverbes : avant-hier, longtemps. ; forthwith (« aussitôt »), henceforth (« désormais ») ; alaltăieri (« avant-hier »), oricând (« n’importe quand ») ; éjjel-nappal (« jour et nuit »), ideig-óráig (« un certain temps », litt. « jusqu’à temps - jusqu’à heure ») ; (BCMS) zatim (« ensuite »), bogzna (« Dieu sait »)..

Locutions adverbiales

Une locution adverbiale est un groupe de mots figé (non analysable) qui apparaît avec le sens global d’un adverbe. Certains contiennent des mots qui sont devenus hors d'usage et qui ne survivent que dans la locution (comme à bon escient)..

Selon leur sens

La classification sémantique (selon leur sens) des adverbes diffère d’une grammaire à une autre, y compris dans celles d’une même langue.

La grammaire française de Grevisse et Goosse (2007), par exemple, distingue dans ce sens des adverbes. : de manière : proprement dits : Il travaille bien ; de degré : Il travaille beaucoup ; de degré nul ou de négation : Il ne travaille pas ; de lieu : Julie habite ailleurs ; de temps : Jean partira demain ; d’aspect, proches à la fois des adverbes de manière et des adverbes de temps : Le train a surgi soudain, Il a dormi longtemps ; marquant une relation logique : Sa fille partira donc, Elle est pourtant intelligente ; explétifs, servant, par exemple, à renforcer ou à atténuer l’expression : Je crois bien qu’il est en voyage, Nous disions donc que… ; anaphoriques, dont la plupart concernent des relations logiques : Si vous voulez partir, dites-nous auparavant ce que nous devons faire, Il est malheureux, donc nous devons l’aider.

Adverbes à forme variable

Dans certaines langues, il y a des adverbes qui peuvent recevoir certains affixes.

En français, les adverbes qui peuvent avoir des degrés de comparaison – la plupart de ceux en -ment, la plupart des adjectifs employés adverbialement avec des verbes, les adverbes loin, près, longtemps, souvent, tôt, tard, vite, beaucoup, peu, bien, mal, certaines locutions adverbiales – expriment ces degrés comme les adjectifs, de façon analytique, sauf les quatre derniers, qui les expriment partiellement par des formes supplétives. Dans d’autres langues, le comparatif de supériorité et le superlatif relatif de supériorité sont indiqués de façon synthétique, par des affixes.

En BCMS, on utilise le suffixe -e pour marquer le comparatif de supériorité, et on ajoute à cette forme un préfixe pour exprimer le superlatif relatif de supériorité : blizu « près » → bliže « plus près » → najbliže « le plus près »..

En hongrois, le procédé est analogue, ex. messze « loin » → messzebb « plus loin » → legmesszebb « le plus loin ».

En anglais, la plupart des adverbes ont des degrés formés de façon analytique (ex. often « souvent » – more often « plus souvent », most often « le plus souvent ») mais quelques-uns les forment de façon synthétique, par des suffixes, ex. soon « tôt » → sooner « plus tôt » – the soonest « le plus souvent »..