Le terme mirliton désigne un petit instrument de musique populaire, par métonymie il désigne également le procédé organologique dudit instrument et, par extension, a servi à moquer la "mauvaise" qualité de certaines musiques ou poésies.
Étymologie Dans une étude publiée en 2001, Hans Mattauch, de l'université technique de Brunswick, fait remonter à 1723 l'apparition du mot mirliton dans le premier sens de « coiffure de gaze pour femmesHans Mattauch, Le Mirliton enchanteur. Historique d’un mot à la mode en 1723, Revue d'histoire littéraire de la France, 4/2001 (Volume 101), pages 1255-1267. ».
Le lexique du Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL) indique que le mot mirliton apparaît en 1738 pour désigner une monnaie, puis en 1745 pour désigner une « sorte de flûteVoir l'article Mirliton sur le site du CNRTL - Centre national de ressources textuelles et lexicales. ».
L'étymologie exacte du mot mirliton reste inconnue. On peut seulement remarquer que le mot mirliton rappelle le mot mirlitaire, manière comique et péjorative pour désigner les militaires qui apparaît en 1781 chez Rétif de la BretonneRétif de la Bretonne, La Raptomachie, page 381 de La Découverte australe par un homme-volant, ou Le Dédale français, nouvelle très philosophique, , Leipsick 1781..
Instrument
La flûte à mirliton est devenue au fil du temps le mirliton tout court, elle peut être fabriquée simplement à l'aide d'un tube quelconque percé d'un trou, de pelure d'oignon ou d'un papier ciré très fin et d'un élastique, mais est également désormais fabriquée industriellement, généralement en métal ou en matière plastique, à titre d'instrument festif ou à destination des enfants notamment et est aussi dénommé alors kazoo.
Historique
En 1636, Marin Mersenne décrit cet instrument qu'il appelle « eunuque »F. Marin Mersenne, Harmonie universelle, contenant la théorie et la pratique de la musique., S. Cramoisy éditeur, Paris 1636-1637, livre cinquième, pages 229 (illustration), 230 (description écrite). :
Texte mis en français moderne :
L'appellation « flûte eunuque » est aussi utilisée de nos jours en français pour désigner le mirliton. C'est l'un de ses deux noms usuels en anglais : « eunuch flute » ; l'autre est « onion flute », « flûte à l'oignonVoir l'article Flute, or Onion Flute dans l'Encyclopædia Britannica 1911, qui cite le mirliton comme instrument complet. ». De même en allemand, on l'appelait également jadis « Zwiebelflöte » (« flûte à l'oignon »), puisqu'elle comportait dans sa fabrication une pelure d'oignon.
Dans le Guide de l'art instrumental, dictionnaire pratique et raisonné des instruments de musique anciens et modernes publié par Albert Jacquot en 1886Albert Jacquot, Guide de l'art instrumental, dictionnaire pratique et raisonné des instruments de musique anciens et modernes, indiquant tout ce qui se rapporte aux différents types d'instruments en usage depuis l'époque la plus reculée jusqu'à nos jours..., Fischbacher éditeur, Paris 1886. Notice BNF : FRBNF30641583. Texte en ligne : , on trouve sa définition sous un autre nom encore :
Les mirlitons de la foire de Saint-Cloud étaient jadis célèbres : « Mirliton et foire de Saint-Cloud sont synonymes. »
A la foire à Saint-Cloud On y vend de tout ; Le plus fort commerce Bat sur le mirliton Que chaque garçon Paye à son tendronErnest Jaimes, La Fête de Saint-Cloud, chapitre de Le palais impérial de Saint-Cloud, le parc et la ville, pages 19-20, Brunox imprimeur-éditeur, Versailles 1867..
À propos de leur sonorité, Ernest Jaimes écrit, en 1867 :
Instruments apparentés En 1881, en s'inspirant du mirliton et le perfectionnant, le Français Bigot invente le bigophone, instrument beaucoup plus puissant, qui connaîtra une très grande popularité en France, Belgique, Allemagne, durant une cinquantaine d'années. Le bigophone sera vendu dans de nombreux pays : Russie, Suède, Angleterre, etc.
Vont apparaître ensuite des versions américaines du bigophone, connues sous le nom de songophone, vocophone, sonophone ou zobo, qui connaîtront un immense succès aux États-Unis. Ces instruments sont aujourd'hui oubliés par le grand public.
D'autres instruments ressemblent au mirliton, par exemple le kazoo ou gazou.
Le mirliton dans la culture
En 1733, Michel Corrette a composé Le Mirliton, I concerto comique pour trois flûtes ou violons avec la basse-continue. Ouvrage utile aux mélancoliques. Pour des motifs différents, les vers de mirliton et la musique de mirliton sont des expressions péjoratives. Autrefois, on trouvait des poèmes de faible qualité imprimés sur des bandes de papier, enroulées autour du tube de l'instrument. Ce qui est à l'origine de l'expression « vers – ou rimes – de mirliton » pour désigner des vers trop faciles. De son côté, le son du mirliton a donné l'expression musique de mirliton pour désigner une musique sommaire et désagréable à écouter. Dans certaines chansons paillardes, le mirliton est assimilé au pénis, comme dans Le Mirliton de Lisette, de F.-J. Girard en 1848F.-J. Girard, Le Mirliton de Lisette, Chansons nationales et autres, Éditeur : chez tous les marchands de nouveautés, Paris 1848, page 87., et aussi parfois au sexe féminin, comme dans Le Mirliton, chanson de salle de garde en 1911-1913Le Mirliton, Anthologie hospitalière et latinesque, recueil de chansons de salle de garde anciennes et nouvelles, entre-lardées de chansons du Quartier latin, fables, sonnets, charades, élucubrations diverses, etc. Tome 2, par Bernard, Edmond Dardenne dit : Courtepaille ; avec un avant-propos de Taupin, Paris 1911-1913, page 326.. Par analogie de forme, on a donné à une spécialité pâtissière de Pont-Audemer le nom de mirliton de Pont-Audemer. Les dessins portés par une succession de signaux de chemin de fer leur a valu le nom de mirlitons, car ils rappellent la bandelette enroulée avec des poèmes autour du tube en carton de l'instrument populaire. Un signal au dessin différent, ayant la même fonction, employé dans le métro de Paris, a par la suite hérité du même nom.
En 1833, Alfred de Musset écrit une chanson burlesque intitulée Complainte historique et véritable sur le fameux duel qui a eu lieu entre plusieurs hommes de plume très inconnus dans Paris, à l'occasion d'un livre dont il a été beaucoup parlé de différentes manières, ainsi qu'il est relaté dans la présente complainte, à chanter sur l'air de la Complainte du maréchal de SaxePublication posthume.. Son parle des mirlitons : Ils prirent les Dames blanchesOmnibus dont la caisse était peinte en blanc. Pour s'en aller à Meudon Acheter des mirlitons, Afin que Gustave Planche Pût faire baisser le ton A messieurs du Feuilleton. Le mirliton est une chanson célèbre au en France. Sur son air on a placé quantité de chansons. On y trouve notamment les paroles suivantesExtrait de : G. Davenay, AU JOUR LE JOUR, Les destinées du mirliton, Le Figaro, 16 août 1895, page 1, et .Partition de l'air du Mirliton, utilisée pour la chanson de Béranger Le jour des morts. : Mad'moisell', pour s'en servir Il suffit d'une leçon ! Ah ! jouez du mirlitir, Du ton, du mirliton ! En 1885, Aristide Bruant ouvre son célèbre cabaret : Le Mirliton, dans l'ancien local du Chat noir. Il existe jusqu'en 1895. Il crée et dirige également une revue du même nom qui paraît durant 22 ans, d' à avril 1906. Une Danse des mirlitons se trouve au troisième tableau du deuxième acte du ballet de Tchaïkovski Casse-noisette créé à Saint-Pétersbourg en 1892. Le , Brazier et Carmouche donnent une parodie d'Hernani de Victor Hugo au théâtre de la Gaîté, intitulée O qu'nenni ou le Mirliton fatal. Cette parodie s'ajoute aux trois autres qui suivent la première d'Hernani. Malgré les critiques implicites portées par ces parodies, le buzz témoigne de l'intérêt porté à la pièce de Hugo.
Organologie
À l'instar de l'instrument, on peut désigner par mirliton, dans la description organologique d'un instrument de musique, une fine membrane (le plus souvent d'origine végétale ou en matière plastique) vibrante recouvrant un trou, servant de cavité de résonance, mis en branle par la vibration sonore — mais non par le souffle seul — et qu'on rencontre dans de nombreux instruments de musique du monde : flûtes et chalemie traditionnelles comme le dizi chinois notamment, mais aussi xylophones traditionnels (balafon africain, marimba mexicain). Cette membrane a la particularité de déformer et d'amplifier le son en y apportant une brillance et une résonance nasillarde ou métallique Horst Seeger, Musiklexikon in zwei Bänden, Leipzig, 1966..
Le mirliton est classé parmi les membranophones comme instrument à membrane chantante dans la classification Hornbostel-Sachs.
Notes et références
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