L’Empire byzantin fut gouverné par la dynastie des Paléologues de 1261 à 1453, c’est-à-dire la période comprise entre la reconquête de Constantinople sur les Latins par et la prise de la Ville par les Ottomans conduits par . Bien que la monarchie byzantine ne soit pas héréditaire, la dynastie des Paléologues s’est maintenue au pouvoir plus longtemps qu’aucune autre sur le trône, en s’assurant la loyauté des citoyens de l’empire d'Orient, presque tous de langue grecque depuis que les régions ayant d’autres langues étaient passées sous domination slave en Europe et turque en Asie mineure.

Cependant, la dynastie dut faire face à la décrépitude de l’Empire depuis sa division au à la suite de la quatrième croisadeMango (2002), p. 255., à son endettement envers les Génois, aux déboires d’ et de et au ressentiment populaire provoqué par les concessions du patriarcat œcuménique de Constantinople face à l’église de Rome au deuxième concile de Lyon..

À partir de 1263, les Turcs seldjoukides, karamanlides, ottomans et autres, ayant conquis Anatolie, jadis cœur de l’empire, intensifièrent leurs raids, s’emparant graduellement des territoires byzantins d’Asie mineure, à l’exception de l’empire de Trébizonde gouverné par la dynastie des Comnènes. Les ghazis (combattants émérites turcs) recevaient, à l’issue des raids à caractère religieux inspirés par l’islam, de vastes domaines agricolesMantran, pp. 18-19.. Les Paléologue dont les ressources s’amoindrissaient peu à peu durent également lutter contre les États chrétiens européens : le second empire bulgare, l’empire serbe, les restes de l’empire latin, les chevaliers hospitaliers de Jérusalem sans parler des Vénitiens et des Génois désireux d’établir des comptoirs commerciaux dans l’empire.

À la perte de leurs possessions sur le plan extérieur s’ajoutèrent deux guerres civiles désastreuses, des épidémies de peste et le tremblement de terre qui détruisit Gallipoli en 1354, laquelle, évacuée par ses habitants, fut bientôt occupée par les Turcs ottomans., lesquels investirent, à partir de là, l’Europe du Sud-Est, de sorte qu’en 1380, l’empire byzantin se réduisait à Constantinople, quelques îles égéennes et quelques territoires isolés (Chalcidique, Thessalonique, Mistra…). Toutefois, les puissantes murailles de Constantinople, la diplomatie byzantine, une habile exploitation des querelles domestiques et des menaces extérieures sur leurs ennemis, ainsi que l’invasion de l’Anatolie par Tamerlan, permirent à l'empire de survivre jusqu’en . Ce qui restait de l’empire byzantin après la chute de Constantinople, le despotat de Morée, l’empire de Trébizonde et la principauté de Théodoros en Crimée, sont alors rapidement conquis par les ottomans et leurs alliés peu après.

La faiblesse politique de l’empire fut toutefois compensée par un renouveau des arts et des lettres ; certains parlèrent même de « Renaissance paléologienne ». Parallèlement, l’émigration des intellectuels byzantins vers l’Ouest devait jouer un rôle important dans la Renaissance italienne..

Toile de fond

vignette|À l’issue de la quatrième croisade, l’Empire byzantin est divisé entre l’Empire latin avec la capitale Constantinople, l’Empire de Nicée des Paléologue, l’Empire de Trébizonde des Comnène et le despotat d'Épire des Doukas.

Après la quatrième Croisade, l’empire byzantin a été divisé entre les États successeurs (Nicée, Épire et Trébizonde), un grand nombre de territoires francs, latins et vénitiens, en théorie vassaux de l’Empire latin de Constantinople. De plus, la désagrégation de l’empire byzantin avait permis aux Bulgares, aux Serbes et aux différents émirats turcomans d’Anatolie d’étendre leurs territoires. Bien que l’Épire ait constitué le plus solide des trois États grecs successeurs, c’est l’empire de Nicée qui reprit Constantinople en 1261Mango (2002), p. 254; Treadgold, pp. 710-716..

L’empire de Nicée réussit d’abord à assurer son indépendance aussi bien face aux « Latins » à l’Ouest qu’aux Turcs seldjoukides à l’Est. La bataille d'Antioche du Méandre permit de repousser les forces turques, déjà affaiblies par la mort du sultan seldjoukide devant Nicée.. À l’Ouest, un traité de paix fixa en 1214 les frontières entre les deux empires : les « Latins » conservaient la côte nord-ouest de l’Asie Mineure depuis le golfe d’Adramyttion sur la mer Égée jusqu’à l’embouchure du Sangare sur la mer Noire tandis que l’empire de Nicée conservait le reste du pays (soit le Nord-Ouest de l’Anatolie) jusqu’à la frontière seldjoukideOstrogorsky, p. 452..

En 1258, de trône de l’empire de Nicée était occupé par , un garçon de . Après le meurtre du régent désigné, la régence échut à Michel Paléologue. D’origine aristocratique, militaire de profession et profondément ambitieux, celui-ci fut bientôt promu mégaduc (grand amiral commandant la flotte de guerre), puis despote. En ou en , il reçut le titre de Basileus (« souverain ») en qualité d’associé du petit Jean IVOstrogorsky, p. 471..

(1261-1282)

L’empire de Nicée était parvenu en 1246 à récupérer sur les Bulgares la Thrace, et sur les Serbes la Macédoine et Thessalonique. En 1261, profitant de l'éloignement de l’armée latine de Constantinople, le général byzantin Alexis Stratégopoulos réussit à s’emparer de la ville avec une troupe d’à peine ..

Après la reconquête de la capitale, ordonna de crever les yeux du jeune en pour le rendre impropre à régner : ce geste injustifié et cruelEn théorie l’aveuglement d’un souverain, presque toujours assorti de la relégation dans un monastère, sanctionnait une défaite ou une erreur de jugement majeure, ce qui n’était pas le cas du jeune : Alain Ducellier, Le Drame de Byzance : idéal et échec d'une société chrétienne, Hachette Littérature, collection Pluriel, 1998. (Critique de la Revue des études byzantines). lui valut d’être excommunié par le patriarche Arsène ce à quoi Michel répondit en faisant déposer le patriarche et en le remplaçant par ..

La restauration de Constantinople

thumb|alt=cathédrale de la Sainte-Sagesse|Sainte-Sophie, ou cathédrale de la Sainte-Sagesse, à Constantinople.

La quatrième croisade et l’administration latine avaient ruiné Constantinople : entreprit d’en restaurer la splendeur, en particulier des monastères, édifices publics et murs d’enceinte. Hagia Sophia, pillée par les croisés en 1204, fut rendue au culte orthodoxe et rénovée. On renforça le port de Kontoskàlion et les murs de la ville contre toute nouvelle expédition des Latins. De nombreux hôpitaux, hospices, marchés, aqueducs, fontaines, bains publics, rues et églises furent érigés, grâce entre autres au mécénat privé. Pour les marchands musulmans et juifs établis en ville, dont la mosquée et les synagogues avaient été détruites par les Latins, de nouveaux édifices furent élevés. Toutes ces restaurations coûtaient cher et des taxes élevées furent nécessaires. En dépit de cela, la ville progressa et de nouveaux contacts intellectuels et diplomatiques furent établis, notamment avec les Mamelouks qui combattaient des ennemis communs, c’est-à-dire les Latins auxquels s’ajoutèrent plus tard les Turcs ottomansMango (2002), pp. 256-257; Bréhier, p. 321..

Politique étrangère vignette|L'Empire byzantin sous vers . Depuis l’invasion des Turcomans, la situation était chaotique dans le sultanat de Roum. tenta de protéger sa frontière en faisant remettre en état les forteresses le long du fleuve Sangarios (aujourd’hui Sakarya), marquant la frontière entre les deux empiresMantran, p. 18.. La plus importante menace à laquelle Byzance devait faire face ne venait cependant pas des Turcs, mais des « Latins » : n'ignorait pas que Vénitiens et Francs souhaitaient rétablir leur autorité sur Constantinople.

La situation s’aggrava lorsque Charles d’Anjou, frère du roi de France, conquit en 1266 la Sicile, jusqu’alors aux mains des Hohenstaufen. L’année suivante, le pape conclut un pacte avec Charles, selon lequel ce dernier se verrait concéder de nouveaux territoires en Orient s’il aidait à mettre sur pied une nouvelle croisade contre Constantinople (ville chrétienne, mais schismatique aux yeux de la papauté). Charles n’ayant pu mettre son projet à exécution dans les délais, Michel en profita pour négocier une union entre les Églises de Rome et de Constantinople en 1274, éloignant ainsi la menace d’une nouvelle croisade.

thumb|alt=Vêpres siciliennes|left|Les Vêpres siciliennes, tableau de Francesco Hayez (1791-1882), Galleria Nazionale d'Arte Moderna

Malheureusement pour , le successeur du pape Clément, , ne crut pas en la bonne foi de l’empereur. L’Église grecque fut excommuniée et Charles reçut à nouveau l’autorisation du pape d’envahir Constantinople. se tourna alors vers le roi d’Aragon, , dont il appuya financièrement les efforts pour s’emparer de la Sicile qui appartenait à Charles. Ces efforts furent récompensés par les « Vêpres siciliennes » qui renversèrent le roi angevin de Sicile et le remplacèrent par le roi d’Aragon en 1281..

Tout le reste de sa vie, Michel lutta pour chasser les Latins de Grèce et assurer ses positions face aux Bulgares dans les Balkans. Il y réussit fort bien, regagnant plusieurs îles de la mer Égée et prenant pied dans cette partie du Péloponnèse qui deviendra le despotat de Morée. Toutefois, les campagnes de l’empereur à l’Ouest eurent pour effet d’épuiser les ressources financières et humaines de l’empire tout en négligeant les provinces d’Asie où une nouvelle menace se faisait jour, entre autres par la puissance croissante du beylicat d’Ertuğrul, fondateur de l'empire ottoman, qui prit Thebasion, devenue SöğütMantran, p. 19 ; Treadgold, p. 745.

Politique intérieure

La politique étrangère de reposait essentiellement sur la diplomatie ; toutefois, ses projets de construction et ses campagnes militaires contre ce qui restait de l’empire latin s’avéraient onéreux ; d’autant plus que l’armée comptait dans ses rangs de plus en plus de mercenaires, plus onéreuses que les troupes régulières. Sa politique intérieure favorisa la noblesse dont il se rapprocha par un certain nombre d’alliances matrimoniales. Comme les grands propriétaires échappaient de plus en plus à l’obligation de l’impôt, c’est sur la paysannerie que retombait le gros du fardeau fiscal, trait que ne manquèrent pas d’exploiter les Ottomans par la suite en promettant aux paysans d’alléger leur fardeau. Par ailleurs, la monnaie d’or byzantine, l’hyperpère, jusque-là monnaie d’échange autour de la Méditerranée, continua à se dévaluer, si bien qu’on commença à lui préférer la monnaie plus stable des républiques italiennesBréhier, pp. 321-322; Ostrogorsky, pp. 503-506..

thumb|alt=hyperpyron de Manuel I|L'hyperpyron était légèrement plus petit que le solidus. Il resta en circulation, quoique fréquemment déprécié, jusqu'à la chute de l'empire. Ici, celui de Manuel I