est le dixième album studio du groupe britannique de rock progressif Pink Floyd, sorti le au Royaume-Uni.

Cet album-concept brosse une critique acerbe et virulente des conditions socio-politiques au Royaume-Uni vers la fin des années 1970 et marque une transition notable sur le plan du style musical de Pink Floyd par rapport à ses travaux antérieurs. L'album est enregistré aux studios du groupe, Britannia Row, à Londres, mais sa production est ponctuée par les premiers signes de désaccord entre les membres de la formation, qui culmineront avec le départ du claviériste Richard Wright deux ans plus tard. La pochette de l'album, conçue par Roger Waters et photographiée par le collectif de graphisme Hipgnosis, montre un cochon flottant entre deux cheminées de la Battersea Power Station.

Le concept d’ trouve son inspiration dans le livre La Ferme des animaux de George Orwell et reprend les grandes lignes du roman : le cynisme, l'agressivité et la critique sociale en utilisant des archétypes animaux. rompt singulièrement avec les thèmes explorés par Pink Floyd dans Wish You Were Here ou The Dark Side of the Moon, prenant un ton nettement politique au sein d'une scène musicale anglaise marquée par l'ascension fulgurante du punk.

L'album reçoit à sa sortie un accueil critique favorable, atteignant la seconde place des charts au Royaume-Uni et la troisième place du Billboard 200 aux États-Unis. Bien qu'il n'ait figuré dans les charts américaines que pour une période de six mois, il est certifié quatre fois disque de platine par la RIAA du fait des ventes continues après sa parution. Les vastes salles dans lesquelles joue Pink Floyd lors de la tournée In the Flesh et l'incident de Montréal, où Waters crache sur un fan, précipitent l'écriture d'un nouvel album-concept, qui deviendra The Wall.

Historique Contexte En 1975, Pink Floyd sort , qui atteint la première place des charts au Royaume-Uni et aux États-Unis. La même année, le groupe fait l'acquisition d'un immeuble de trois étages au 35 Britannia Row à Islington, dans le nord de Londres. Il s'agit d'une ancienne chapelle qui est reconvertie en studio d'enregistrement ainsi qu'en entrepôt pour l'équipement son et lumières du groupe. Son contrat avec EMI lui accordant un accès illimité aux studios Abbey Road en échange d'un pourcentage sur ses ventes vient d'expirer et les musiciens craignent de voir le coût de leurs séances d'enregistrement augmenter. En créant leur propre studio, ils se libèrent de cette crainte et s'offrent un espace qu'ils sont libres d'employer à leur guise.

Enregistrement En , le groupe commence à travailler sur dans ses nouveaux locaux à Britannia Row ; l'enregistrement dure jusqu'en , avec quelques retouches début 1977. L'album est mixé par l'ingénieur du son Brian Humphries, qui a déjà travaillé avec Pink Floyd lors de ses concerts et lors des sessions de Wish You Were Here. Une partie des morceaux de l'album s'inspirent de thèmes déjà inclus dans le répertoire de scène du groupe : , déjà joué en concert avant même la parution de , devient Dogs, tandis que Sheep est tiré d'un morceau auparavant appelé Raving and Drooling. Les morceaux sont retravaillés pour s'adapter au concept et séparés par une composition de Waters, Pigs (Three Different Ones). L'album contient une autre nouvelle composition de Waters, Pigs on the Wing, écrite pour la femme dont il est épris à l'époque : Carolyne Anne Christie, femme de , manager des Grateful Dead. Cette chanson est divisée en deux parties pour commencer et finir l'album. À l'exception de Dogs, co-écrit par David Gilmour, les cinq titres de l'album sont écrits par Waters. Gilmour est distrait par la naissance de son premier enfant et participe peu à l'écriture de l'album, tandis que ni Mason ni Wright ne contribuent autant que sur les albums précédents. Animals est ainsi le premier album de Pink Floyd qui ne contient pas de crédit d'écriture pour Wright.

Pendant l'enregistrement, le groupe discute de l'embauche d'un guitariste pour les futures tournées, et Snowy White est donc invité en studio. Lorsque Waters et Mason effacent par inadvertance l'un des solos de guitare de Gilmour, on demande à White d'enregistrer un solo pour . Celui-ci n'est inclus que dans la version cartouche huit pistes de l'album et permet de former une boucle entre les deux parties, mais est abandonné sur vinyle. White fait partie du groupe pour la tournée d’Animals, sans être mentionné sur les programmes, et assure seul l'ouverture de chaque concert en interprétant l'introduction de Sheep à la basse.

Au sujet de l'enregistrement d’, Mason a déclaré :

Parution et accueil

La sortie de l'album fait suite à la diffusion par , deux jours plus tôt, de The Pink Floyd Story et à une conférence de presse à la Battersea Power Station le même jour. La diffusion doit à l'origine être une exclusivité pour la station de radio basée à Londres, qui diffuse The Pink Floyd Story depuis la mi-décembre, mais une copie est donnée à John Peel, qui joue la face A de l'album dans son émission sur la BBC Radio 1 un jour plus tôt.

Animals sort au Royaume-Uni le , et aux États-Unis le .

New Musical Express qualifie Animals de , tandis que Karl Dallas de Melody Maker décrit l'album comme . Frank Rose de Rolling Stone n'est pas impressionné par l'album, déclarant : . Cependant, en , Rolling Stone place l'album à la treizième place des 50 meilleurs albums progressifs de tous les temps. Robert Christgau de The Village Voice attribue à l'album la note B+ et trouve la réaction négative trop cynique, estimant que l'album fonctionne simplement comme .

Dans son autobiographie de 2004 intitulée Inside Out, Nick Mason suggère que la dureté perçue de l'album par rapport aux précédentes sorties de Pink Floyd pourrait être le résultat d'une et d'une réaction inconsciente aux accusations du mouvement punk selon lesquelles des groupes comme Pink Floyd représentaient des . Animals est certifié 4× Platine par la RIAA le .

Postérité thumb|Un cochon volant a été ré-installé devant la Battersea Power Station pour promouvoir la réédition du catalogue de disques de Pink Floyd, en 2011. Le jour même de la sortie d’Animals, Pink Floyd entame la tournée In the Flesh à Dortmund avant de parcourir l'Europe continentale en février, le Royaume-Uni en mars, et les États-Unis pendant trois semaines entre avril et mai, puis trois autres semaines en juin et juillet. Il s'agit alors de la première tournée de Pink Floyd conçue pour promouvoir un album en particulier. Le groupe utilise alors plusieurs modèles de cochons gonflables lors de certains concerts en plein air. Un des modèles est gonflé à l'hélium tandis que son ventre est rempli de propane et est utilisé pour créer des déflagrations au-dessus du public. À une occasion, le propane est remplacé par un mélange d'oxygène et d'acétylène, produisant une explosion massive. Le cochon devient un véritable symbole du groupe, ce qui donne des idées aux promoteurs : à San Francisco, Bill Graham installe un enclos rempli de porcs dans les coulisses de la scène et à Munich, va jusqu'à offrir au groupe un porcelet. La garde de l'animal est confiée à Warwick McCredie, responsable de tournée du groupe, qui parvient à le faufiler dans sa chambre d'hôtel, dont les murs sont entièrement recouverts de miroirs. Pendant la nuit, celle-ci est complètement ravagée par le porcelet qui détruit tous les miroirs à sa hauteur et défèque dans toute la chambre.

À cette époque, le groupe est rejoint par d'autres artistes tels que Dick Parry et Snowy White, mais les relations entre les membres commencent à se tendre. White déclare que l'ambiance était lors de sa rencontre avec le reste du groupe aux studios Britannia Row. C'est notamment la répartition des redevances qui crée des conflits car elle se fait au nombre de chansons sur lesquelles chaque artiste est crédité : bien que Gilmour soit en grande partie responsable de Dogs, qui dure plus de et occupe presque toute la face A de l'album, il reçoit moins que Waters pour Pigs on the Wing, qui dure moins de trois minutes, mais en deux parties. Au sujet des relations difficiles entre les membres du groupe, Wright commente : . Mason déclare quant à lui : . Waters commence à arriver seul aux concerts et à partir dès la fin de chaque représentation. À une occasion, Wright rentre en Angleterre en menaçant de quitter le groupe. Animals étant le premier album de Pink Floyd sans aucun crédit d'écriture pour Wright, ce dernier déclare que .

La taille des salles devient également un problème : à Chicago, les promoteurs affirment avoir vendu les du stade Soldier Field (après quoi la vente des billets aurait dû être arrêtée), mais Waters et le manager du groupe Steve O'Rourke sont méfiants et font appel à un hélicoptère, un photographe et un avocat pour finalement découvrir que le nombre réel de places est de , soit un manque à gagner de pour le groupe. La fin de la tournée est un passage à vide pour Gilmour, qui estime que le groupe a désormais atteint le succès souhaité initialement, et qu'il n'y a plus rien d'autre à espérer. En , lors du dernier concert de la tournée au stade olympique de Montréal, un petit groupe de fans au premier rang du public irrite Waters à tel point qu'il crache sur l'un d'entre eux. Il n'est pas le seul à se sentir déprimé de jouer devant un public aussi nombreux, puisque Gilmour refuse de faire un troisième rappel, alors que le groupe a pris l'habitude de faire un dernier rappel après chaque concert en jouant du blues pendant que les techniciens rassemblent le matériel. Waters s'entretient ensuite avec le producteur Bob Ezrin et lui fait part de l'aliénation qu'il a ressentie pendant la tournée et de l'envie qu'il a parfois de construire un mur pour se séparer du public. L'incident du crachat va plus tard former la base d'un nouveau concept, qui deviendra l'un des albums les plus populaires du groupe, The Wall.

Initialement sorti chez Harvest Records au Royaume-Uni et Columbia Records aux États-Unis, Animals est publié sur CD en 1985 et aux États-Unis en 1987, puis réédité sous forme de CD remasterisé numériquement avec de nouvelles illustrations en 1994 et sous forme d'album vinyle en édition limitée remasterisé numériquement en 1997. La même année, une édition anniversaire sort aux États-Unis, suivie en 2000 par une réédition de Capitol Records. L'album est également inclus dans le coffret Shine On de 1992, dans le coffret Oh, By the Way en 2007 et dans la série de rééditions en 2011, à la fois dans le coffret et sous forme de CD seul en édition .

Dans une interview accordée à Rolling Stone en , Waters déclare qu'il avait demandé la sortie d'un vinyle remasterisé d’Animals, mais que l'idée avait été rejetée par Gilmour et Mason. En 2021, un projet de réédition de l'album provoque de nouvelles tensions entre Waters et Gilmour en raisons des notes de pochettes.. Cette réédition sort finalement le ..

Caractéristiques artistiques Concept vignette|upright|Le concept de l'album reprend les grandes lignes de La Ferme des animaux, un livre de George Orwell.