Kamel Daoud, né le dans la wilaya de Mostaganem en Algérie, est un écrivain et journaliste algérien naturalisé français en 2020.

Il est lauréat du prix Goncourt du premier roman en 2015 pour Meursault, contre-enquête et du prix Goncourt en 2024 pour Houris.

Famille et formation

Né le 17 juin 1970 dans la wilaya de Mostaganem« Le prix littéraire Mohamed Dib décerné au journaliste-écrivain Kamel Daoud », Le Midi libre, 11 mai 2008., Kamel Daoud est le fils d'un gendarme et d'une femme de la bourgeoisie terrienne de Mesra, et l'aîné d'une fratrie de six enfantsAdam Shatz, « L'étranger en son pays », Vanity Fair n°25, juillet 2015, p. 46-53.Jean-Louis Le Touzet, « Kamel Daoud. Bouteflikafka », Libération, 15 avril 2014..

Après un baccalauréat scientifique, il fait des études de lettres françaises. S'il écrit en français et non en arabe littéral, c'est, dit-il, parce que « Kamel Daoud, l'invité surprise des prix littéraires », Le Figaro littéraire, 16 octobre 2014..

Islamiste durant l'adolescence, il quitte cette mouvance à l'âge de 18 ans. Il se dit plus tard tenté par une aventure religieuse de l'âge de 14 ans à 16-17 ans. Il cesse à 18 ans de prier et s'éloigne définitivement de la religion. Il participe à la manifestation antigouvernementale du à Mostaganem. Il ne se pense plus comme musulman pratiquant :

Journalisme En 1994, à 24 ans, il entre au journal francophone Le Quotidien d'Oran, y publie trois ans plus tard sa première chronique, intitulée « Raina raikoum » (« Notre opinion, votre opinion »)« Kamel Daoud’s Daily Dose of Subversion », Berfrois.. Il y est ensuite rédacteur en chef pendant huit ans.

Quotidiennement, Kamel Daoud y « égratigne » les autorités du pays, l’islam politique, les services aux publics, le malaise général. Selon lui, il a pu avoir, au sein de ce journal « conservateur », la liberté d'être « caustique »Entretien avec Kamel Daoud, chroniqueur au QO, Algérie Focus, ., notamment envers Abdelaziz Bouteflika, même si parfois il a dû publier ses articles sur Facebook en raison de l'autocensure du journal pour conserver ses annonceurs.

Kamel Daoud et ses collègues de Quotidien d'Oran assurent la couverture médiatique des événements de la guerre civile algérienne (1992-2002). Il rapporte qu'une sorte de routine dramatique s’installe après les massacres où il va interroger les militaires et les rescapés. C'est ainsi qu'il couvre le massacre de Ramka et Had Chekala dans l’Ouarsenis où il rapporte à sa rédaction le chiffre de , alors que les autorités donnent un estimatif inférieur à . Affecté par ces récits, il écrit ses articles et ..

Chroniqueur dans différents médias, il est éditorialiste du journal électronique Algérie-focus et ses articles sont également publiés dans Slate Afrique., avant de reprendre une chronique régulière dans Liberté, intitulée « L'Autre Algérie », jusqu'à ce que le journal cesse de paraître en 2022.

En , il est brièvement arrêté dans lors d'une manifestation dans le cadre du printemps arabe.

Il engage en 2014 une collaboration avec l'hebdomadaire Le Point, consacrée par la remise du prix Jean-Luc Lagardère du journaliste de l'année 2016« Kamel Daoud journaliste de l'année ! », Le Point, 11 février 2016.

Le , dans l'émission On n'est pas couché sur France 2, Kamel Daoud déclare à propos de son rapport à l'islam.. : Cela lui vaut d'être frappé d'une fatwa par Abdelfattah Hamadache, un militant salafiste qui appelle à son exécution : « Kamel Daoud sous le coup d'une fatwa », lepoint.fr, 17 décembre 2014.. Un tribunal condamne Abdelfattah Hamadache pour « menaces de mort », avant qu'une cour d'appel classe le dossier pour « incompétence territoriale »« Affaire Kamel Daoud-Hamadache : le tribunal d’Oran se déclare incompétent », Algéria-watch, 9 juin 2016..

Après les agressions sexuelles du nouvel an 2016 dans plusieurs pays européens, par des centaines d’hommes, en général d’origine maghrébine, à l'encontre de centaines de femmes, Kamel Daoud publie dans La Repubblica, Le Monde et The New York Times une tribune où il dénonce le au sein du monde arabo-musulman. Il est alors accusé par des intellectuels français et maghrébins de faire le jeu des tenants d'un et de servir de vecteur à un . D'autres personnalités le soutiennent considérant que son seul tort est de mentionner ces perversions. Blessé par cette polémique, il annonce dans un premier temps renoncer au journalisme pour se consacrer à la littérature, puis il revient sur sa décision et mène toujours les deux activités...

Kamel Daoud soutient le Hirak (2019-2021) qu'il qualifie de toutefois il le juge comme . Le journaliste Adlene Mohammedi, du média Orient XXI, considère Kamel Daoud comme le « chantre de l’ordre établi » quand il décrète l'échec du Hirak sans tenir compte des manifestants qui exigent la fin du pouvoir de l'armée et l’instauration d’un régime civil. Il reprend, selon le journaliste, la communication du ..

En 2021, Kamel Daoud et Adlène Meddi interviewent le président Abdelmadjid Tebboune dans les jardins du palais d'El Mouradia, ce qui atteste alors des relations cordiales qu'il entretient avec le pouvoir algérien. Les deux journalistes publient l'interview, , dans Le Point.

Mais ces relations avec le pouvoir algérien se dégradent, en , lors de la visite officielle en Algérie du président français Emmanuel Macron. En effet, il invite ce dernier à Oran pour un dîner privé, une visite de Disco Maghreb, mythique label de raï, et une prestation de breakdance dans un gymnase, le tout se terminant à trois heures du matin. La présidence algérienne, non informée de cette visite, s'en offusque. De plus, ultérieurement, il relate dans Le Point un entretien avec Emmanuel Macron où il se décrit comme un « traître » à l’idéologie de la guerre mémorielle en AlgérieBiographie de Kamel Daoud sur l'Encyclopædia Universalis par Denise Brahimi, introduction. dialoguant avec un président qui n’a pas participé à la « guerre entre la France et l’Algérie ». Il est alors classé par les autorités algériennes comme sympathisant de la droite extrême, celle qui porte aux nues l’Algérie française et n'accepte pas la repentance.

Littérature

Kamel Daoud commence à publier au début des années 2000, d’abord un récit paru en Algérie seulement, La Fable du nain (2002), puis des recueils de nouvelles dont Minotaure 504 (2011), sélectionné pour le prix Goncourt de la nouvelle et pour le prix Wepler-Fondation La PosteJeune Afrique du 9-15 octobre 2011, . qui échoit finalement à Éric Laurrent.

En sort son roman Meursault, contre-enquête, une réécriture de L'Étranger d'Albert Camus. : le narrateur est en effet le frère de « l'Arabe » tué par MeursaultMeursault, contre-enquête, Éditions Barzakh.. Le roman évoque les désillusions que la politisation de l'islam a entraînées pour les Algériens Adam Gopnik, « The next thing. Michel Houellebecq's Francophobic satire », The New Yorker, 26 janvier 2015.. En Algérie, le livre est l'objet d'un malentendu. Kamel Daoud déclare à ce sujet :

L'ouvrage obtient en 2014 le prix François-Mauriac de la région Aquitaine et le prix des cinq continents de la Francophonie. Présent dans la dernière sélection du prix Goncourt 2014« Emmanuel Carrère absent de la première sélection du Goncourt », lemonde.fr, 4 septembre 2014.., il est à une voix de le remporter (4 votes contre 5« Prix Goncourt 2014 », L'Express du 5 novembre 2014. pour Lydie SalvayreYacine Farah, « Kamel Daoud, si près du but… », El Watan, 6 novembre 2014.). L'année suivante, il est couronné du prix Goncourt du premier roman 2015.

En 2015, Meursault, contre-enquête est adapté en monologue théâtral par Philippe Berling, metteur en scène et directeur du Théâtre liberté de Toulon. Sous le titre MeursaultsArticle sur Livres Hebdo du 26 mars 2015., l'adaptation est jouée au festival d'AvignonDu 21 au 25 juillet 2015., au théâtre Benoît-XII. En 2026, Malek Bensmaïl adapte le roman au cinéma pour sa première œuvre de fiction, intitulée L'ArabeL’Arabe de Malek Bensmail sort enfin !, L'Expression, 25 janvier 2026.

Kamel Daoud s'intéresse également au travail artistique de Picasso comme à celui d'Adel Abdessemed. En 2019, Kamel Daoud est le premier titulaire de la chaire d'écrivain en résidence de l'Institut d'études politiques de Paris, au côté de Marie Darrieussecq..

En 2024, il est lauréat du prix Goncourt pour son roman Houris, couronné également par le prix Landerneau des lecteurs 2024 et le prix des lecteurs des Écrivains du Sud 2025.

Affaires judiciaires

Condamnations par contumace en Algérie

À la suite de la fatwa initiée par Abdelfattah Hamadache en 2014, des détracteurs l’accusent de violences à l'encontre de son ex-épouse. Kamel Daoud indique avoir été condamné, en 2016, par contumace pour violences conjugales et avoir porté plainte contre le média qui a diffusé ces accusations. Mais, selon l'écrivain, le juge oranais l’a informé que le dossier traitant cette plainte a été perdu..

En , il est visé par deux mandats d'arrêt internationaux émis par l'Algérie.

Kamel Daoud annonce avoir été condamné en Algérie, le , à trois ans de prison ferme et à une amende de cinq millions de dinars dans l’affaire l’opposant à l'Association nationale des victimes du terrorisme (ANVT). Cette condamnation s’appuie sur l’article 46 de l’ordonnance mettant en œuvre la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, un texte de 2005, qui punit l’utilisation ou l’exploitation des « blessures de la tragédie nationale » pour « porter atteinte aux institutions de l’Etat » ou « ternir l’image de l’Algérie ». Cette décision judiciaire fait suite à des accusations liées à l’utilisation d’éléments de la vie personnelle de la plaignante, Saâda Arbane, dans le roman Houris. Étant jugé par contumace, l’auteur n’a pas pu être représenté par un avocat et n’a pas pu obtenir le texte de sa condamnation.

Accusation d'atteinte à la vie privée en France

En , Saâda Arbane, une femme rescapée du terrorisme islamiste pendant la guerre civile algérienne (1992-2002), affirme que des éléments de sa vie privée, partagés en thérapie, auraient été utilisés comme matériau littéraire pour le roman Houris, sans son consentement. Elle met en cause l’écrivain Kamel Daoud et son épouse, qui a été sa psychologue. L’affaire suscite un débat sur l’éthique littéraire et le secret médical.

Plusieurs médias algériens et internationaux couvrent cette affaire. Des plaintes sont déposées en Algérie et en France pour violation du secret professionnel et diffamation. Ainsi, le , Kamel Daoud reçoit une assignation à comparaître devant le tribunal judiciaire de Paris par voie d'huissier.. Le 8 septembre 2026, il est relaxé par le tribunal correctionnel de Paris dans le procès en diffamation engagé par Saâda Arbane, cette procédure portait sur les propos tenus par l'écrivain dans Le Figaro. Dans son jugement, le tribunal estime que et en conséquence que .

Vie privée Père de deux enfants, il divorce en 2008.

Ayant peur d'être arrêté en Algérie, il décide en , de s’exiler avec sa famille en France – pays dont il détient la nationalité depuis 2020.

Publications Romans La Fable du nain, Oran, Dar El Gharb, 2003 Ô Pharaon, Oran, Dar El Gharb, 2005 ( éd. Barzakh, 2013 et Actes Sud, 2014) Prix François-Mauriac de la région Aquitaine 2014 Prix des cinq continents de la francophonie 2014 Finaliste du prix Goncourt 2014 Prix Goncourt du premier roman 2015. Liste GoncourtListe Goncourt et lauréats, site officiel de l'Académie Goncourt. : le choix de l'Orient 2014, le choix roumain 2014, le choix serbe 2015 ( éd. Barzakh et Actes Sud, 2017). Prix Méditerranée 2018

Prix Landerneau des lecteurs 2024 Prix Goncourt 2024

Nouvelles La Préface du nègre, recueil de nouvelles publié sous divers titres avec des contenus variés : La Préface du nègre, Alger, Éditions Barzakh, 2008 Le Minotaure 504, Paris, Sabine Wespieser, 2011