César, le Rhône pour mémoire est une exposition qui s'est déroulée au musée départemental Arles antique, dit musée bleu, du au . Son but a été de faire le bilan de vingt ans de fouilles subaquatiques dans le Rhône à la hauteur d'Arles. Sa qualité lui a valu le label d'intérêt national, tandis que le portrait présumé de Jules César exposé déclenchait une controverse internationalePatrick Devys, , ..
Duplex Arelate vignette|gauche|redresse|Neptune : la partie manquante de la jambe gauche a été retrouvée depuis sa découverte. vignette|redresse|Maquette d'un navire fluviomaritime romain.|alt=Maquette d'un navire fluviomaritime romain transportant des dolia. Les fouilles archéologiques subaquatiques se sont déroulées tant à Arles qu'à Trinquetaille, ports fluviaux et maritimes, connus sous l'Antiquité sous le nom de duplex Arelate, Arles la double. La cité romaine recevait sur les rives gauche et droite du fleuve, voiliers et galères venus de tout le bassin méditerranéen puis redistribuait leurs cargaisons, via le Rhône, la Saône et la Moselle, dans les différentes provinces du nord de l'Europe. L'intérêt du double port s'explique par la présence de la barre du Rhône qui tenait à distance les navires de haute mer au tirant d’eau et au tonnage importants, d'où l'utilisation de navires fluviomaritimes.
De plus, le port arlésien était organisé pour recevoir tous les bâtiments de commerce en aval ou en amont du pont de barques qui unissaient Trinquetaille à Arles, ce qui obligeait à un déchargement des marchandises et permettait aux nautes arlésiens de récupérer à leur profit le trafic fluvial et maritimePatrick Devys, , ..
Entre 380 et 390, le poète Ausone L'ordo urbium nobilium d'Ausone, article de Jean-Pierre Reboul sur unicaen.fr, consulté le 24 mai 2008, brosse un portrait de la ville d'Arles dans son ouvrage recensant les dix-sept villes les plus importantes de l'Empire et fournit la première description de cet ouvrage unissant le double port :
Les objets retirés du fleuve, près de 700, sont des amphores italiques, gauloises, ibériques, contenant vin, huile d'olive ou garum, aux lingots de plomb, en passant par les barres de fer et du bronze ciselé. Les restes d'épaves ont permis de dresser une typologie des navires accostant à la duplex Arelate. Certaines de celles-ci sont remontées à la surface, comme le chaland de de long qui a nécessité trois interventions de relevage le 12 juillet, puis le et le 10 août 2011Le chaland romain sort de l'eau par morceauxOpération Arles-Rhône 3.
La découverte de pièces exceptionnelles destinées à Trinquetaille, ont permis de comprendre que ce quartier d'Arles était pourvu d'une parure monumentale insoupçonnée. Parmi les chapiteaux et futs de colonne gisaient un grand Neptune de marbre, un Bacchus juvénile, une Victoire en bronze doré, une statue de captif d'influence hellénistique et surtout la tête en marbre de Jules César, portrait inédit du fondateur de la colonie romaine d'Arles qui a été daté de -46Patrick Devys, , ..
Controverse
vignette|redresse|Portrait présumé de Jules César.
Le portrait présumé de Jules César est un buste en marbre grandeur nature montrant un homme vieillissant. Il a été sorti du Rhône à l'automne 2007, par une équipe de la recherche archéologique subaquatique"Bust from riverbed reveals face of Julius Caesar". C'est au cours de cette même campagne que les plongeurs ont dégagé un Marsyas de style hellénistique et une sculpture en marbre grandeur nature de NeptuneDépartement des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm).
Cette découverte a fait la une de nombreux grands médiasBust from riverbed reveals face of Julius Caesar: archeologist CBC newsDes Racines et des Ailes, France 3 . Le réalisme du portrait le place dans la tradition de la sculpture de la fin de la République romaine. Luc Long, directeur de l'équipe qui a fouillé le Rhône, a suggéré qu'il s'agissait d'un portrait de Jules César et qu'il devrait être daté d'environ 46 avant notre ère. Ce qui a permis à Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication, d'expliquer que c'était la plus ancienne représentation connue de CésarPremier communiqué (13 mai 2008) Second communiqué (20 mai 2008).
Luc Long a suggéré que ce buste a été discrètement éliminé après l'assassinat de César en 44 avant notre ère, quand la possession de ses portraits était devenu politiquement suspecte (courte période de damnatio memoriae, le buste du condamné post mortem pouvant servir de remblai). , a-t-il déclaré au moment de la révélation de la découverteFrance24: Un buste de Jules César découvert à Arles, 14 mai 2008.
vignette|redresse|Denier de César émis en -44 (réf. Cohen22).Vénus debout tient une Victoire.
Ce qui n'a pas empêché quelques personnalités de la presse et de l'archéologie de faire des objections. Mary Beard, spécialiste de la Rome antique et contributrice du journal The Times Literary Supplement, a déclaré qu'il n'y avait aucune raison d'identifier ce buste comme étant celui de César, en accusant au passage les inventeurs d'avoir organisé un coup de publicitéMary Beard, The face of Julius Caesar? Come off it!, TLS 14 mai 2008. Ce buste aurait pu montrer le portrait de n'importe qui.
Puis ce fut le tour de , directeur de l'Institut archéologique allemand de RomeLe César d'Arles ne serait pas César, qui notait le manque de ressemblance avec les pièces émises au cours des dernières années de la vie du dictateur, et avec le buste Tusculum de César. Ce qui lui a permis de dater celui d'Arles de l'époque augustéennePaul Zanker, Der Echte war energischer, distanzierter, ironischer, in Sueddeutsche Zeitung, 25 mai 2008.
Quant à Nathan T. Elkins, du Department of Art de l'Université BaylorNathan T. Elkins sur le site baylor.academia.edu, il émet des doutes dans un forum sur internet consacré à la numismatique et à l'archéologie, et propose le comme date probable de l'immersion des statues dans le Rhône, indiquant même que ce buste d'origine hellénistique ne serait qu'une copie romaineNathan T. Elkins, 'Oldest Bust' of Julius Caesar found in France?" (14 mai 2008).
Enfin Yann Le Bohec fait remarquer que les portraits de César sur les monnaies sont différents avec un homme au front fuyant, un nez busqué, de petites lèvres ourlées, un front très marqué et la pomme d'Adam proéminente.
Aujourd'hui, les bustes reconnus de César et cohérents avec les pièces de monnaie à son effigie sont ceux de Chiaramonti et de Tusculum.
Quid de César ? Michel L'Hour, chef du département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM), quand il déclarait, en 2008, , ne pouvait se douter que celui-ci allait provoquer la constitution d'un « clan des anti-César ». Même réduite, cette contestation a fait prendre aux scientifiques des positions très fermes pour défendre l'identification premièreQuid de César ?, France 2 10 juillet 2010.
Christian Goudineau, professeur au Collège de France, confirme : Quid de César ?, entretien avec Christian Goudineau.
Luc Long, responsable de l'équipe du DRASSM qui a travaillé dans le Rhône, explique : Quid de César ?, entretien avec Luc Long.
Claude Sintes, directeur du Musée de l'Arles antique, n'hésite pas à critiquer la position de l'archéologue allemand : Quid de César ?, entretien avec Claude Sintes.
Jean-Paul Demoule, ancien président de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP), tente de comprendre pourquoi une telle pièce a ce succès médiatique et procure un tel engouement populaire : Quid de César ?, entretien avec Jean-Paul Demoule.
Notes et références
Voir aussi Marie-Hélène Morot-Sir pièce de théâtre On a volé le Buste de César, juin 2012
Bibliographie Patrick Devys, César, le Rhône pour mémoire. Vingt ans de fouilles dans le fleuve à Arles, L'Accent de Provence, , Éd. A. Barthélemy, Avignon-Le Pontet, 2009. Collectif, César, et le Rhône. Chefs-d'œuvre antiques d'Arles, éditions Snoeck, 2019,
Catégorie:Exposition d'intérêt national Catégorie:Musée de l'Arles antique