Samuel Cottereau du Clos, dit DuclosQuatre personnes portent le nom de Samuel du Clos ou Duclos, tous médecins et tous protestants vivants à la même époque (D. Todériciu, P. Costabel, Notes sur trois hommes de science du XVIIe siècle : Samuel Duclos, Henri-Louis Habert de Montmor et Florimond de Beaune, dans Revue d'histoire des sciences, 1974, tome 27, , ) :* Samuel Du Clos « le messin », né à Metz le , mort à Metz le . Il a été médecin et a exercé à Paris entre 1614 et 1616, avant de retourner à Metz,* Samuel du Clos Cottereau (1598-1685), sujet de cet article,* Samuel Du Clos ou Duclos, fils du premier, né à Metz en 1618, mort dans la même ville le ,* Samuel Duclos de Berlin, ou Closs, né à Metz en 1664, mort en 1715, fils du précédent., né en 1598 à Paris et mort en 1685 dans cette même ville, est un chimiste qui fut aussi médecin de Louis XIV. C'est un des membres fondateurs de l'Académie royale des sciences, dans laquelle il dirigea un projet d'analyse des eaux thermales, lança l'étude botanique et chimique des plantes et fit de nombreuses communications sur les fondements de la chimie.
Du Clos insiste sur l'importance des expériences en chimie et propose des interprétations de type mécaniste ou chimique suivant la nature des phénomènes étudiés. Il ne récuse pas toute explication mécaniste mais se refuse à la tentation de la réduction de tous les phénomènes chimiques à des problèmes de mécanique. Il reçoit certains arguments critiques de Boyle contre la chimie des principes ; pour lui, les Trois principes paracelsiens ou les cinq Principes Esprit, Huile, Sel, Phlegme et Terre ne sont pas des corps simples mais sont résolubles en d'autres plus simples avant de l'être radicalement en Eau.
Selon Franckowiak, Samuel Cottereau du Clos illustre parfaitement le passage d'une science chimique comme connaissance des principes à une chimie comme science du vraisemblable. Quoique longtemps ignorée des historiens des sciences, sa pensée reflète splendidement les crises que la chimie dut traverser avant d'arriver à la refondation opérée par Lavoisier.
Biographie Samuel Cottereau du Clos nait à Paris en 1598 d'une famille protestante, sous le règne d'Henri IV (de 1589 à 1610).
Il fait des études de médecine à Paris (Todériciu). Mais sachant qu'il était huguenot et qu'il se passionna toute sa vie pour la médecine alchimique paracelsienne, il y a tout lieu de penser qu'il a aussi reçu une formation en médecine paracelsienne.
Sa jeunesse fut marquée par des querelles acerbes entre les médecins de la Faculté de médecine de Paris, tenants intransigeants de la tradition galénique, et les médecins paracelsiens, qui cherchent à faire accepter quelques éléments de la doctrine spagyrique (alchimique) de Paracelse. Mais en dépit de toutes les controverses, allait toutefois être admise une forme conciliante du paracelsisme qui favorisera l'essor d'une nouvelle forme de l'(al)chimie tournée vers la préparation des remèdes en laboratoire et d'une interrogation sur la nature des éléments constitutifs des corps mixtes.
En ce début du , l'apothicaire Jean Béguin, protégé du roi Henri IV, donne les premiers cours de ce qu'il appela « chimie » mais était en fait, un état intermédiaire entre l'alchimie transmutatoire ancienne et ce qui allait devenir la science chimique. Il publia en 1610, un « cours de chimie », le Tyrocinium chymicum, qui connut un grand succès et marqua le début de la vogue de la chimie.
Samuel Cottereau du Clos fut de ceux qui développèrent une passion pour la (al)chimie et ses applications pharmacologiques. En 1645, il crée son propre laboratoire de chimie. Il y accueillera le futur apothicaire-chimiste Nicaise Le Febvre. Il passe pour ses contemporains pour un homme d'une grande culture, expérimenté dans le domaine de la médecine chimique. Il est associé à l'édition de 1658 publiée à Genève des œuvres de Paracelse (Opera Omnia medico-chemico-chirurgica, tribus voluminibus comprehensa).
La presse dira de lui au moment de son décès que c'était un médecin qui ne s'était pas beaucoup occupé des malades et préférait étudier, faire des expériences de chimie et rechercher la Pierre philosophale (Nouvelle de la République des Lettres, ).
Plus absorbé par ses recherches que par ses patients, du Clos recherchait les échanges avec ceux qui exploraient comme lui, les nouvelles frontières de la philosophie naturelle. Les savants parisiens se réunissaient depuis longtemps en académies privées, au début des lieux de rencontres libres et souvent sans statut. On sait que Samuel du Clos a fréquenté l'académie Montmor, l'ancienne académie MersenneLe cercle philosophique, réuni autour de Marin Mersenne de 1635 à sa mort en 1648, puis autour de Jacques Le Pailleur (jusqu'à sa mort en 1654), se retrouve chez Henri Louis Habert de Montmor, jusqu'à la création de l'Académie royale des sciences en 1666.. Cette académie fréquentée par Huygens traversa une grave crise qui aboutit à sa disparition. À l'origine des tiraillements internes se trouve un groupe d'hommes, qui las des spéculations scolastiques, cherchaient à fonder la connaissance dans l'étude raisonnée des faits soumis au contrôle de l'expérience. Huygens et d'autres reprochent à ces académies privées de favoriser, ou du moins de tolérer, les discussions stériles et les bavardages des cartésiens, alors qu'il faudrait faire des expériences. Mais faire des expériences coûte cher et seul le roi peut en assurer les dépenses. Les savants se tournent alors vers le jeune roi Louis XIV et son ministre Colbert car écrit Sorbière dans un texte envoyé à Colbert. Cet appel fut-il entendu ? Toujours est-il que l'Académie royale des sciences est officiellement constituée et tient sa première séance le dans la Bibliothèque du Roi, rue Vivienne.
Peut-être en raison de sa réputation « d'être extraordinairement habile » en chimie ou parce qu'il a fréquenté le cercle de savants autour de Habert de Montmor, en tous cas il fut nommé membre de l'Académie royale des sciences, dès sa création. Il a alors 68 ans et prend place dans la classe de physiquephysique a un sens plus large que maintenant puisque le Dictionnaire universel de Furetière de 1690, définit la physique comme , puis le Dictionnaire de l'Académie françoise de 1762 définit la physique comme de l'Académie où il sera un des trois académiciens les mieux rétribués. Il devient également responsable du laboratoire.
Peu de choses sont connues sur son activité avant cette époque, car tous ses écrits ont été produits une fois rentré à l'Académie, dans les dernières années de sa vie. Il a laissé deux ouvrages publiés, une cinquantaine de communications présentées à l'Académie et deux manuscrits.
L'analyse des eaux thermales Son premier travail à l'Académie en tant que chimiste, est d'étudier les eaux minérales du royaume, avec Claude Bourdelin, l'autre académicien chimiste. Leur travail donnera lieu à une série de procès-verbaux de l'Académie des sciences à partir de 1667. Puis en 1675, S. du Clos fait paraitre un livre intitulé Observations sur les eaux minérales de plusieurs provinces de France, faites en l'Académie Royale des Sciences en l'année 1670 et 1671, par M. Du Clos.
Toutes les eaux minérales qui ont été apportées et examinées par l'Académie, ont été analysées par distillation ou évaporation afin de déterminer les sels (communs, nitreux, etc.) et les terres qui les composent. On leur faisait subir quelques tests avec une décoction de noix de galle (pour déterminer la présence de fer), de feuilles de chêne, d'écorce de grenades, de myrobolans, etc. On voyait si elles (p. 24-25). En tout, une batterie de 24 tests est proposée par du Clos. Avec les moyens d'analyse limités de l'époque, une soixantaine d'eaux minérales de sources des quatre coins du royaume, sont ainsi méthodiquement examinées, allant des eaux du Mont d'Or en Auvergne, de Bourbonne en Champagne, ou de Digne en Provence, aux eaux de Bagnière, dans la Bigorre.
remarqua plus tard Condorcet. Ce travail est un des premiers exemples de financement public d'une recherche appliquée au bénéfice de l'intérêt général. Il marque le début de la professionnalisation de la science, liée officiellement au pouvoir dont la permanence se substitue aux mécénats individuels et éphémères.
Les Académiciens tinrent séances jusqu'en 1699, dans les locaux de la Bibliothèque du roi (à l'emplacement des n° 6-8 de la rue Vivienne, de la future BnF). Après 1670, Cottereau du Clos peut habiter dans la maison de la Bibliothèque du roi où il a pour voisin, Nicolas Clément, préposé à la garde des estampes de la Bibliothèque.
Toutefois, à partir du milieu des années 1670, il est quelque peu désavoué par la Compagnie (comme on aimait alors appeler l'Académie).
Le projet dHistoire des plantes Samuel Cottereau du Clos participe aussi à un grand projet d'« Histoire des plantes » de l'Académie des sciences. L'intention très novatrice était non seulement, de décrire pour chaque plante, sa morphologie (accompagnée d'un dessin d'après nature), sa culture, ses vertus médicinales, mais aussi d'en faire une analyse chimique et physiologique, sur le modèle des travaux que les académiciens Mariotte et Perrault étaient en train de réaliser sur la circulation de la sève. Du Clos recommande aussi d'examiner les produits de la distillation des plantes pour en saisir la constitution.
Il semble avoir joué un rôle actif dans la préparation du projet. Sous sa direction, Nicolas Marchant était chargé de la partie purement descriptive. L'approche choisie privilégiait l'observation directe faite sur des spécimens, comme le rapporte l' Histoire de l'Académie royale des Sciences en 1670 : (1670).
La tâche était immense et le travail avançait si lentement que d'inévitables changements s'imposaient. En 1671, le jeune botaniste Denis Dodart fut élu à l'Académie et arriva à point nommé pour prendre la direction de l'entreprise. Tous les académiciens furent sollicités pour contribuer à une œuvre qui se voulait collective: S. du Clos, Pierre Borel, Claude Perrault, Jean Galois, Edmé Mariotte, Claude Bourdelin II et Nicolas Marchant.
Ce nouveau projet d'encyclopédie collaborative n'alla pas sans rivalité éditoriale. Samuel du Clos en veut à Dodart pour sa nomination comme responsable éditorial de l'ouvrage. En effet, le nouveau venu est 36 ans plus jeune, entré en 1671 à l'Académie, cinq anq après lui. Dodart est le protégé de Perrault, et gravit les échelons au détriment de sa carrière.
Du Clos qui fut directeur du projet botanique et théoricien de référence en chimie durant les années 1660, voit son autorité fondre durant la décennie suivante. Ses confrères contestent sa conception de l'analyse chimique - et particulièrement de la distillation - comme un modèle explicatif des phénomènes naturels. Les minutes des séances de l'Académie témoignent de ce déclin. De 1667 à 1669, Duclos est très actif sur des sujets allant de la coagulation et des solvants à des analyses détaillées des livres de Boyle, le tout atteignant cinq cents pages dans les minutes - tandis qu'entre 1675 à 1683, il présente peu de papiers, soit seulement vingt pages dans les minutes de l'Académie. Ses origines protestantes, ses théories platoniciennes et paracelsiennes et son âge expliquent en partie ce basculement en faveur du dynamisme de Dodart.
Du Clos est plein de ressentiment pour ce qu'il voit comme une usurpation de son statut. Il contre-attaque en dénigrant l'éditorial de Dodart, son travail académique, ses compétences. Il l'accuse d'écrire mal, dénonce son ignorance, la négligence de ses raisonnements.