La fédération de France du Front de libération nationale, appelée parfois « septième wilaya », est une organisation du Front de libération nationale (FLN) sur le sol français durant la guerre d'Algérie, dotée d'un appareil bureaucratique militarisé, destiné à mobiliser la communauté algérienne de France métropolitaine pour la guerre et à contrôler tous les aspects de leur vie en prévision de leur retour dans l'Algérie indépendante.
Lancée en sous l'impulsion de Mohamed Lebjaoui, sa principale mission au départ était de soustraire la communauté algérienne de France de l'influence du Mouvement national algérien (MNA) incarné par le leader nationaliste Messali Hadj. La guerre fratricide que vont se livrer les groupes de choc du FLN et ceux du MNA par des meurtriers va faire plus de et de . La fédération de France prend le dessus définitivement en . Elle est alors dirigée par Omar Boudaoud et Ali Haroun. C'est la première fois dans l'histoire qu'un mouvement d'indépendance perpètre des attaques sur le sol du colonisateur.
La fédération de France tente d'influencer l'opinion publique, les intellectuels et les milieux politiques français. Elle prépare également l'ouverture d'un second front par l'Organisation spéciale (OS). Du au , ses commandos exécutent en France et contre 181 objectifs économiques, militaires ou politiques ciblés, sans recourir au terrorisme aveugle. Des attaques plus sélectives visent en 1960 et 1961 les agents de force de police auxiliaire, qui sont les harkis de la préfecture de police de Paris. Pendant les négociations de entre la France et le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), la Fédération suspend les attentats le , puis les reprend contre les policiers, qui réagissent violemment à partir de la fin août. Le , elle organise des manifestations pacifiques de protestation contre le couvre-feu imposé aux « Français musulmans » par le préfet de police de Paris, Maurice Papon. Le gouvernement, qui veut reprendre les négociations en position de force, couvre une répression féroce, ordonnée ou tolérée par le préfet de police qui se solde par un bilan encore controversé (des dizaines de morts et des centaines de blessés, sur plus de arrêtés et plus de ). Si la bataille de Paris n'a jamais imité le terrorisme aveugle de la bataille d'Alger, la « septième wilaya » n'a pas été la moins efficace.
Histoire Le FLN et la communauté algérienne de métropole La communauté algérienne connaît une forte expansion depuis le début du . En , elle comptait et passe à en puis en et en . Une part importante, d'environ , dont et en , se trouve concentrée dans le département de la Seine ; on atteint en y ajoutant la population de la périphérie, notamment celle du département de Seine-et-Oise. Il s'agit essentiellement d'une immigration d'hommes jeunes, souvent mariés, dont beaucoup ont laissé leur famille en Algérie. Illettrés pour la plupart, ils sont employés en tant que manœuvres, parfois comme ouvriers qualifiés et vivent principalement dans les bidonvilles de Nanterre, Aubervilliers, Argenteuil, Bezons ou dans les quartiers les plus modestes de Paris à la Goutte d'Or, à Ménilmontant, à Saint-Merri, à la porte d'Italie et en proche banlieue.
Mouvement de libération anti-coloniale créé en par des anciens de l'Organisation spéciale (OS) du MTLD, le FLN se distingue en développant une stratégie insurrectionnelle et se trouve en conflit avec le Mouvement national algérien (MNA), nouveau parti de Messali HadjL'OS, qui était le bras armé clandestin du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), le parti nationaliste fondé en par Messali Hadj, fut démantelé par la police française à la fin de l'année .. Il est aussi une structure de pouvoir qui vise, suivant le modèle stalinien, à en assurer le monopole à une minorité bureaucratique, elle-même traversée de tensions entre différents clans. Pour affirmer son hégémonie sur l'ensemble de la population algérienne, il mène contre son rival, dès Après l'arrestation de Terbouche Mourad, premier chef de la fédération de France du FLN, l'enquête révéla que lors d'une réunion tenue à Zurich le , Mohamed Boudiaf, Ali Mahsas et Yacef Saadi avaient décidé de « liquider » les principaux dirigeants du MNA, à commencer par Messali Hadj.., un combat dont le massacre de Melouza, en , fait apparaître la cruauté. La même année, il supplante définitivement le MNA qui ne disparaît pas complètement pour autant, la lutte fratricide se prolongeant jusqu'à l'indépendance. Chaque mouvement veut apparaître comme la seule émanation du nationalisme algérien et donc comme le seul interlocuteur du gouvernement français dans les négociations pour l'indépendance. C'est dans le ressort de la fédération de France que cette rivalité est la plus sanglante ; entre le et le , elle fait dont Le , Louis Joxe alors ministre d'état chargé des Affaires algériennes annonce et d'Algériens du fait de ces affrontements entre le et le . Deux mois plus tard, le quotidien Le Monde fait état d'environ et de pour toute la durée de la guerre civile entre Algériens... Sur les comptabilisés à partir de 1957, 291 entre et font et parmi les Algériens.
L'un des enjeux principaux de l'affrontement entre les deux organisations nationalistes est la perception de . À la cotisation mensuelle comprise entre 5 % et 9 % du salaire, s'ajoutent des contributions exceptionnelles deux ou trois fois par an, lors de différentes fêtes ; les commerçants, quant à eux, doivent verser une taxe proportionnelle à leur chiffre d'affaires. Le principe de l', qui consiste à exiger le règlement des cotisations non pas depuis la date d'adhésion du sympathisant, mais depuis celle de la création du mouvement, le , crée des situations insurmontablesLes Algériens concernés ne peuvent plus envoyer de mandat à leur famille et se cachent pour échapper aux collecteurs de fonds et éviter les sanctions de l'organisation.. Une autre source de revenu vient de la prostitution : les proxénètes et les prostituées sont lourdement taxés. Au total, représente près de 80 % du budget du GPRA, les 20 % restants provenant de la Ligue arabe dont les versements sont d'ailleurs aléatoires. L'armée de libération nationale qui affronte les puissantes forces françaises en Afrique du nord est ainsi largement financée par les travailleurs algériens en France.
L'autorité du FLN s'étend à de nombreux domaines de la vie quotidienne. Il impose les prescriptions associées à l'islam au travers de comités de justice locaux qui réglementent le mariage et le divorce, les conflits commerciaux, obligent à une amende toute personne buvant de l'alcool, jurant, se bagarrant, ne payant pas son loyer, s'adonnant au jeu, changeant d'adresse sans autorisation, n'assistant pas aux réunions ou ne participant pas aux actions de boycott. À partir de l'été 1961, la coercition qui pèse sur cette communauté érigée en contre-société avec ses comités d'hygiène, de justice sociale et de justice s'alourdit sur ceux qui refusent les règles. Ceux qui contreviennent aux interdits tirés du Coran, s'ils refusent de s'amender, encourent l'élimination ; de même que les époux de métropolitaines, les Algériens faisant appel aux tribunaux français, les femmes algériennes ne suivant pas les principes érigés par le FLN, etc.. L'arrivisme des cadres ajoute ses effets à ceux de ces pratiques. Soumis à l'exigence d'améliorer les recettes financières pour grimper dans la hiérarchie, les multiplient sous divers prétextes les amendes et les comptabilisent en gonflant le chiffre des . Il s'avère très difficile d'échapper à l'emprise du FLN, au point que les Algériens qui demandent la protection de la police s'entendent plutôt répondre d'acquitter leurs cotisations, vu l'impossibilité de garantir leur sécurité. La décision de condamner à mort un Algérien se prend au sein de la fédération. Quand il s'agit d'un militant ou sympathisant, elle n'est plus du ressort d'un seul responsable mais relève des comités de justice.
Pour Jean-Paul Brunet, cette organisation qui entend imposer sa loi sans discussion aucune et régenter la vie entière de la communauté, y compris les aspects ethniques, sociaux, culturels et religieux, procède d'un mouvement totalitaire. Selon Gilbert Meynier, la fédération de France, qui est porteuse des espoirs de la majorité des Algériens de France, les considère surtout comme une masse de cotisants : elle ne leur concédera un rôle moins passif que tardivement, en conduisant et encadrant leur foule désarmée dans la manifestation du , et cela malgré les réticences du GPRA.
L'historiographie « par le haut » de la fédération de France du FLN donne une vision assez rigide de ce qu'était cette organisation qui produisit un discours sur elle-même la montrant comme tentaculaire et réussissant à encadrer et mobiliser la masse des Algériens vivant en France au profit de la lutte pour l'indépendance, les archives de police donnent la même vision d'une organisation totalitaire. L'historienne Sylvie Thénault montre que d'autres archives, comme celle de l'avocat du FLN Jean-Jacques de Félice, permettent de faire une histoire « par le bas », et permettent de savoir comment fonctionnait notamment le collectif des avocats de FLN. Il en ressort que ce fonctionnement était beaucoup plus souple que l'image qu'en donne l'historiographie « par le haut »Jean-Jacques de Félice, avocat militant des droits de l’homme..
Organisation du FLN en France Dans un contexte de guerre coloniale qui déborde en métropole, la ligne de la direction de la fédération de France se définit par le mot d'ordre « Le pouvoir est au bout du fusil ».
La direction de la Fédération organise le quadrillage systématique de la population algérienne afin de la prendre en main et de la soustraire au MNA. L'activité essentielle consiste à encaisser les cotisations, versées volontairement ou si besoin avec l'intervention des groupes de choc, et à acheminer les fonds grâce à l'aide de réseaux français de soutienLes porteurs de valises français sont considérés comme des coopérants techniques.. Une autre tâche est la prospection des recrues. Il existe aussi une commission de presse et d'information (CPI), puis, au moins théoriquement, des commissions de justice, des commissions d'hygiène, des enquêtes sociales et les importants comités de soutien aux détenus. Cependant, le niveau intellectuel de l'encadrement est fort bas comparé à celui des wilayas d'Algérie.
Jusqu'en , le FLN est organisé selon une structure pyramidale classique qui permet aux cadres un bon contact avec la base, mais qui rend l'appareil perméable à l'investigation policière. Une réunion du comité fédéral et des responsables des wilayas de France, qui se tient fin à Cologne, décide de porter à bref délai la guerre en métropole. Ce « second front » est vu comme un moyen, en générant un climat d'insécurité en France, d'y fixer un maximum de forces françaises et d'alléger d'autant le dispositif de guerre pesant sur l'Algérie. C'est tenir pour négligeable la disparité des forces en présence et les coups que les émigrés ne peuvent manquer de subir de la répression. Lorsque les autorités françaises comprennent que les de France représentent un potentiel de combattants considérable, la décision de le démanteler pour lutter efficacement contre la révolution algérienne s'impose d'elle-même.