Angelica sylvestris, l'Angélique des bois ou Angélique sauvage, est une espèce plantes à fleurs de la famille des Apiacées et du genre Angelica. C'est une grande plante herbacée vivace qui affectionne les zones humides. Elle est naturellement présente dans le Nord-Ouest de l'Eurasie, où elle a traditionnellement fait l'objet d'usages médicinaux et alimentaires, à l'instar de l'espèce domestique voisine Angelica archangelica, mais dans une moindre mesure. Introduite au Canada au , elle y devient depuis la fin des une plante envahissante dans les provinces de l'Est.

Taxonomie L'espèce est décrite pour la première fois au XVIe siècle par Rembert Dodoens sous le nom d'Angelica sylvestris et en 1753 par le naturaliste suédois Carl von Linné sous le nom binomial Angelica sylvestris L., 1753.

Étymologie Le nom « Angélique » désignant la plante en français est attesté au milieu du sous la forme « Angelicque » .. Il est calqué sur l'adjectif latin issu du grec , « messager », spécialisé en « messager de Dieu »., et lui aurait été donné « à cause des vertus qu'elle a contre les venins ».. L'épithète spécifique adjointe par Linné au nom de genre Angelica est un adjectif latin issu du nom (« forêt ») signifiant, pour une plante : « qui vit dans la forêt, appartenant aux forêts, sauvage »..

Noms vulgaires et vernaculaires En français En plus de ses noms vulgaires et normalisés « Angélique des bois » ou « Angélique sauvage », l'espèce est également nommée en français « Angélique des prés », « Angélique sylvestre », « Faux Panais », « Herbe à la fièvre », « Impératoire sauvage » ou encore « Panais sauvage ».

Dans les autres langues L'espèce reçoit diverses appellations dans les langues des nombreux pays où elle est présente..

Synonymes Angelica sylvestris a pour synonymes :

Description Appareil végétatif L'Angélique sylvestre est une grande plante vivace haute de 50 à et pouvant atteindre, voire dépasser, .. Elle dresse au-dessus d'une racine pivotante une épaisse tige glauque ou rougeâtre, fistuleuse (creuse), côtelée, rameuse dans sa partie supérieure... Attachées à de longs pétioles, ses larges feuilles basales ou inférieures, dont le limbe triangulaire peut atteindre , sont bi- ou tripennées et leurs folioles lancéolées à ovales, dentées en scie. D'autres feuilles à mi-hauteur de la tige ont des folioles sessiles de 3 à . La face inférieure des folioles est pubescente. De volumineuses gaines foliaires enserrent le départ des rameaux et des pétioles.

Appareil reproducteur L'inflorescence est formée d'une grande ombelle composée (ombellules de 10 à 20 cm de diamètre) légèrement bombée, portée au sommet de la tige par de nombreux (15 à 40) rayons pubescents, d'autres ombelles plus modestes et en plus petit nombre apparaissant sur des tiges secondaires. L’involucre est le plus souvent absent, les bractéoles nombreuses, linéaires, sont aussi longues que les pédicelles. Les pétales blancs, pouvant tirer sur le verdâtre ou le rosé, sont de forme ovale à obovale, à pointe recourbée.

Les fruits de forme ovale, longs de , aplatis, portent des côtes dorsales filiformes, et des ailes marginales membraneuses plus larges que le méricarpe.

Variabilité La plante présente deux sous-espèces. : Angelica sylvestris subsp. bernardiae Reduron ; Angelica sylvestris subsp. sylvestris.

Biologie La floraison a lieu de juillet à septembre.

Sexualité : androdioïque Ordre de maturation : protandre Pollinisation : entomogame Fruit : akène Dissémination : hydrochore Données issues de « Baseflor. Index botanique, écologique et chorologique de la flore de France »Philippe Julve, 1998 ff. - Baseflor. Index botanique, écologique et chorologique de la flore de France. Version : 23 avril 2004. Cet index est inaccessible le 2 mai 2021 (erreur 404).

Écologie et habitat

L'Angélique sauvage est une espèce vigoureuse des sites humides et relativement fertiles. Elle possède une large gamme d'habitats, qui comprend les prairies humides, les tourbières, les lisières de forêt et les berges des cours d'eau. Les sites périodiquement perturbés sont propices à l'établissement de larges populations. L'espèce peut occasionnellement pousser dans les forêts, sur les terrils et les bords de route, ainsi que dans les prairies soumises au fauchage ou au pâturage fréquents. Elle y est alors généralement représentée par des plantules ou des individus rabougris. Elle se plaît autant sur les sites relativement plats, comme les prairies humides, que sur les pentes plus raides des berges et des versants de vallées. Si, au Royaume-Uni, l'Angélique sauvage croît uniquement aux altitudes inférieures à , elle est présente jusqu'à dans l'Est de l'Anatolie. Dans les Pyrénées, l'espèce est présente aux étages inférieur à montagnard dans les prairies humides et lisières. Elle tolère une grande variété de sols de pH supérieur à 4,0..

Bien que l'espèce soit généralement considérée comme vivace et polycarpique, des observations durant l'hiver indiquent qu'une grande proportion des individus, parfois plus de la moitié, meurent après la floraison. Il est ainsi probable que dans certains habitats, une partie de la population est monocarpique. L'Angélique sauvage a une croissance précoce rapide grâce à la mobilisation des réserves de la racine. À maturité, les plantes produisent un petit nombre de feuilles basales pouvant atteindre de long et une tige florifère pouvant mesurer jusqu'à . Malgré cette grande taille, sa capacité de dominance est faible dans sa zone de distribution native. D'autres espèces des zones humides, comme l'Épilobe à grandes fleurs, ont les avantages supplémentaires d'une multiplication végétative rapide et d'un couvert foliaire plus haut et plus dense. Les populations d'Angélique sauvage consistent souvent en quelques individus matures en fleur, associés à de nombreux jeunes plants avec une ou deux petites feuilles. Il est possible que ces derniers représentent une banque de semis persistants qui dépendent d'une perturbation ultérieure de la végétation pour atteindre leur maturité. La régénération se fait entièrement par graines, et la dispersion par hydrochorie le long des cours d'eau est importante pour la survie de l'espèce.

Répartition En tant qu'espèce indigène, Angelica sylvestris est présente dans le nord de l'écozone paléarctique, à l’exception de sa bordure pacifique, c'est-à-dire dans toute l’EuropeSa présence est cependant douteuse en Sardaigne., en Russie jusqu’en Sibérie centrale, au Kazakhstan, en Mongolie, dans la région du Xinjiang en Chine, ainsi qu'en Turquie, Azerbaïdjan, Syrie et au Liban. En France, elle est présente sur la majeure partie du territoire, à l'exception du pourtour méditerranéen et de la partie centrale de la façade atlantique.

C’est une espèce introduite dans l’Est du Canada, où elle devient envahissante. Sa présence a d’abord été constatée en Nouvelle-Écosse. Elle y aurait été importée, en raison de ses vertus médicinales, par des colons français venus s’établir sur l’île du Cap-Breton au .. Des populations bien établies de la plante ont ensuite été repérées au Nouveau-Brunswick., en Ontario et au Québec. Elle est désormais commune au nord des Grands Lacs, aux abords des cours moyen et inférieur du fleuve Saint-Jean, et son développement est considéré comme une menace préoccupante pour la flore des zones humides de ces régions..

Composants chimiques

La racine et les fruits d’Angelica sylvestris contiennent des furanocoumarines (photosensiblisants) dont l’angélicine et des stérols. Selon une étude turque de 2008, les fruits recèlent plusieurs huiles essentielles dont les principaux constituants terpéniques sont l’α-pinène, le β-phellandrène, l’acétate de bornyle, le limonène, le myrcène, le camphène et des sesquiterpènes tels l’α-chamigrène, le β-sesquiphellandrène, l'epi-α-bisabolol et le (Z)-β-farnésène. Du p-Crésol et du naphtalène, composés aromatiques toxiques, y sont également présents.

Usages Santé Autrefois, Angelica sylvestris était considérée comme une plante magique associée à la magie blanche. Selon une supposée légende, « l'herbe à la fièvre » fut apportée à un moine par un ange qui lui révéla ses vertus : elle protège les enfants, combat la peste, guérit des morsures des bêtes enragées et chasse le diableGuide de visite, les plantes magiques du jardin des neuf carrés de l'abbaye de Royaumont..

En 1600, Le Théâtre d’Agriculture et mesnage des champs, ouvrage pionnier de l’agronomie, affirme que l’Angélique sauvage, de même que la « domestique » (Angelica archangelica ou Angélique officinale), . Mais, deux siècles plus tard, une réédition révisée de cet ouvrage remplace ce texte par : Quelques décennies plus tard, le médecin français François-Joseph Cazin note également que les propriétés de l’Angélique sylvestre et que Dans la édition de la pharmacopée française en vigueur en 2020, seule Angelica officinalis figure dans la liste A des plantes médicinales traditionnellement utilisées : l’espèce sylvestre n’y est pas mentionnée.. En Suède, selon lui, la racine de l'espèce sauvage est employée , et la graine pulvérisée pour détruire les poux..

En Turquie, la racine dA. sylvestris entre dans la composition du mesir, une pâte médicinale inventée au pour soigner la mère du sultan Soliman le magnifique, préparée avec quarante et une épices et plantes fraîches. Dans la ville de Manisa où elle a été inventée, la préparation de cette pâte est commémorée par des festivités annuelles inscrites depuis 2012 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité..

Une étude de 2016 montre que des extraits alcooliques de la racine sont actifs in vitro contre plusieurs souches bactériennes communes, notamment Enterococcus faecium, Listeria monocytogenes ATCC 7644, Bacillus subtilis DSMZ 1971, Staphylococcus epidermidis DSMZ 20044 et Staphylococcus aureus ATCC 25923.

Alimentation Toutes les parties de la plante (tige, pétioles, feuilles, fleurs, fruits, racine) sont comestibles et connaissent des usages culinaires. L'Angélique sauvage est généralement considérée comme le parent pauvre de l'Angélique officinale : son utilisation est tout aussi polyvalente et elle peut remplacer sa cousine cultivée dans la plupart des recettes de plats sucrés et salés., mais sa saveur est jugée plus sauvage. et moins aromatique.. Dans la classification du Codex Alimentarius, les termes « Angélique, feuilles » (code HH 0720, herbes), ainsi que « Angélique, graines » et « Angélique, racine » (codes HS 0720 et HS 3360, épices) s'appliquent aux produits des deux espèces Angelica archangelica et Angelica sylvestris sans distinctions supplémentaires.. L'usage traditionnel le plus répandu est la décoration des gâteaux et des confiseries sous forme confite : les jeunes pousses, les tiges ou les pétioles sont bouillis jusqu'à ce qu'ils soient tendres, puis pelés, et la pulpe charnue est cristallisée par trempage dans un sirop de sucre et cuisson au four. L'Angélique officinale est cependant préférée dans cette utilisation, car ses parties sont moins amères. Les jeunes feuilles et les tiges peuvent aussi être bouillies et consommées comme légumes, ou hachées et ajoutées aux compotes de fruits. Les racines, au goût sucré, et les graines, au parfum aromatique, servent également d'épices.

L'Angélique sauvage semble avoir été largement utilisée en alimentation autour de la Baltique, avant d'avoir été abandonnée à l'époque contemporaine.. La plante fait ainsi partie du matériel archéobotanique identifié sur des sites de fouilles datés du au dans les villes hanséatiques de Kolberg, Dantzig et Elbing (nord de la Pologne)..