La ville de Batna, anciennement tribu du grand peuple berbère, selon le Conseiller rapporteur Urbain. Délimitation de la tribu des Ouled Chelih, cercle de Batna. N° 1351. (Séance du 23 janvier 1867), les ouled chelih font partie du cercle et de la subdivision de batna. a l'emplacement sur lequel est bati ce chef lieu a été prélevé sur leur territoire..

Le nom de Batna est issu de plusieurs versions, du mot arabe (batn) signifiant littéralement « ventre ». Deux versions de la période française, celle de la bivouac de l'arabe N'bet Hena (Nous bivouaquons ici) et une version militaire. La dernière dit que le nom vient du nom de la déesse punique et phénicienne Rabetna, dépourvu du partitif Ra et légèrement déformé au cours du temps.

L'emplacement actuel de la ville faisait partie de la Numidie, où on a construit un temple consacre à la divinité Rabetna. Pendant l'époque de la Numidie cirtéenne sur le territoire de la ville a été construit un fort avec les ruines du temple de Rabetna en avant-poste de leurs positions afin de protéger la garnison centrale de Lambaesis. En 1738 le nom de la ville est apparu pour la première fois sur une carte.

À mi-route entre Constantine et Biskra en 1844, le colonel Buttafoco sous les ordres d'Henri d'Orléans a construit un camp militaire qui va vite devenir une petite ville européenne. En 1855, plusieurs cas de Paludisme et choléra ont touché Batna. De 1871 à 1916, la ville a fait objet d'attaque des soulèvements des Mokrani, Rahmaniya et des Ouled Soltane. Dès 1930, les poussées nationalistes conduiront les militants indigènes vers la lutte armée. Le novembre 1954, la révolution éclate la guerre de libération nationale commence, et les Européens quittent la ville en masse.

Pendant les premières années de l'Indépendance, la ville a connu une croissance économique importante, cette croissance qui va être brutalement freinée pendant le mandat du président Chadli Bendjedid. En 1992 Batna est touché par la guerre civile et paya un lourd tribut, avec plusieurs milliers de victimes en . À l'arrivée de Liamine Zéroual dans la présidence du pays, plusieurs projets ont été relancés à Batna.

Toponymie

Plusieurs théories existent sur l'origine du nom de Batna, en berbère Tabatent. Elle tirerait son nom de l'arabe (batn) signifiant littéralement « ventre », mais qui prend le sens en toponymie, particulièrement au Sahara, dans les Hauts Plateaux et dans le Tell, de « rebord escarpé d'un plateau », de « vallée plate », ou d'« endroit où l'on observe une halte avant d'entreprendre l'escalade d'une montagne »..

D'autres versions existent et réfèrent à la période coloniale. La première est l'hypothèse du bivouac de l'arabe N'bet Hena (Nous bivouaquons ici), phrase dite par des chefs locaux aux soldats français... La seconde est que l'étymologie du nom vient d'une abréviation de la phrase en langue française bataillon nord-africain.

D’après Khaled Bouali, enseignent de l'histoire et critique littéraire à l’université de Batna, le village nègre, qui été destiné par les colons français aux populations noires et locales, provient de l'ancien village sous domination ottomane. Dans ce village, à l'arrivée des soldats français, existaient des ruines de Numidie de l'ancien emplacement qui portait le nom de Rabatna. Le Ra serait un partitif de divinité et Batna, la déesse numido-punique de la face cachée de la lune, déesse du mal et du châtiment de l'orgueil démesuré des humains. Le nom donc de Batna, n'est que le nom de la déesse éponyme, dépourvu de partitif ..

Avant la colonisation française

gauche|vignette|Le mausolée de Medghassen dans les Aurès près de Batna, date de 300 Il s'agit d'un monument numide et du plus ancien mausolée de l'Algérie.

La région de Batna faisait partie de la Numidie et des premiers royaumes indépendants berbères comme l'atteste le monument de Madracen non loin de la ville. À quelques centaines de mètres au nord-est du futur village Nègre, sans doute sous influence carthaginoise, un des anciens aguellids numides le roi Gaïa, ordonna la construction du temple consacré à la divinité Rabetna.

Les vestiges de ce temple, ainsi que trois statuettes représentant la déesse Rabetna furent découverts par un détachement de la légion d'Auguste, dont le siège fut déplacé sous le règne de l'empereur Hadrien, de Thevest (Tébessa) à Lambaesis (Lambèse). Les éléments du détachement romain utilisèrent les pierres du temple écroulé et abandonné depuis longtemps déjà, pour élever un fort en avant-poste de leurs positions afin de protéger la garnison centrale de Lambaesis. Les ruines de ce fort demeurèrent jusqu'à l'arrivée de l'armée française dans ces lieux qui utilisa à son tour ces pierres dans la construction du camp..

Trois principales tribus vivent alors dans la région de la future ville située entre Ich Ali Gabel et Belezma. Il s'agit de Ayth Chlihs dont les habitants vivent entre Hamla ex-Condorcet et Taghit futur Victor Duray. Les Ayth Sidi Yahia dont les habitants vivent à l'emplacement des actuels quartiers de la ville Parc à Fourrage, une partie de Bouakal et jusqu'à Lambèse et ont leur zaouïa. Les Ouled Aadi d'origine hilalienne, possèdent la plus grande partie de la terre de la vallée, et vivent au sud-ouest de l'actuelle ville sur l’axe Tamachit, Bouakal Z’mala et aussi une partie de Kechida. La tribu des Fezzan, Berbères d'origine tripolitaine, se concentre à la Zaouïa de Z’mala.. Les Français la baptisent à leur arrivée « Village Nègre », à cause d'une importante population noire, les Zenagas (qui parlent le berbère subsaharien), des descendants des Sanhadjas. Les Hraktas, tribu berbère, ont des terres pour leurs pâturages et des lieux saints dans cette vallée. Les routes sont protégées par toutes ces tribus contre les razzias des autres tribus proches et les attaques ottomanes. Le commerce est prospère dans cette vallée, les gens passent par cette vallée pour aller à Constantine, venant de Khenchela, d'Arris, de Menaa, de Biskra, etc.

La ville de Batna a existé avant sa création officielle, sous le nom de Baitnah, déjà citée dans les écrits du voyageur britannique Thomas Shaw, dans son livre publié en 1738.

Algérie française (1830-1962) Naissance de la ville

Dans le seuil qui sépare les monts du Belezma de l’Aurès proprement dit, il n’y a en 1840 qu’un terrain marécageux et quelques mechta. Stéphane Gsell dans son atlas archéologique ne signale que quelques vestiges romains épars : des restes d’enceinte et de constructions, un poste de guet au-dessus de Bouzourane, une borne marquant les 8 milles de Lambèse, et, au col de Batna sur la ligne de partage des eaux à , les traces d’une villa romaine importante, avec source, thermes et bassins, pressoir et tombeaux (un sarcophage chrétien)..

Malgré le traité de Tafna, l’armée française franchit les portes de fer et prend Constantine, la même année. Ahmed Bey avait rejoint, à Biskra, un lieutenant d’Abd el-Kader, Mohamed-Seghir. le Duc d’Aumale, nommé gouverneur de Constantine en 1843, décide d’aller continuer la conquête de la France dans les Zibans. Une colonne sous les ordres du colonel Buttafoco se met en route fin janvier 1844 et bivouaque le 12 février juste à mi-route de Biskra () près de l'endroit de l'embranchement des routes des Batna-Bemelle et Batna-Condorcet et de la Mella. Buttafoco se rendant vite compte de la situation stratégique de l'endroit (à mi-chemin entre Constantine et Biskra), l'expédition décide, dès 1844, la construction d'un camp militaire fixe destiné à contrôler les différents axes routiers. Une stèle situe encore l’endroit de ce bivouac près de la ferme des tourelles. une redoute en pierres et fascines est dressée où seront laissés les malades et une partie des provisions.

L’expédition de Biskra s’étant déroulée sans grands problèmes (sauf un combat à M’Chouchène, le 21 mars), les rentrent vers le camp de Batna, assailli en leur absence par les Ouled soltane. Ceux-ci sont repoussés, mais le camp est déplacé en avril à , au sud-est près des ruines du lieu-dit Ras-el-Aïoun-Batna qui se traduit de l'arabe tête des sources de Batna (Village Nègre''', actuellement quartier de Z’mala).. Le camp est désormais destiné à protéger la route du Tell au Sahara. La situation était bien choisie, car Batna est à au-dessus du niveau de la mer. Quelques maisons se bâtissent près du camp : cantines, ateliers, etc. le colonel fait tracer les alignements des futures rues qui vont toutes se couper à angle droit, il bâtit aussi avec les fragments des monuments antiques de Lambèse un musée en plein air.

Image Blasonnement Batna coupé : au premier d'azur à la chaîne de montagnes de sable, à l'arc de triomphe d'or posé sur la ligne de partition et brochant sur le tout, au second parti au I de gueules aux deux clefs d'or passées en sautoir et au II d'or au cèdre arraché de sinople.

Développement vignette|vieux plan de Batna à l’époque de sa fondation et développement. Le décret du 12 septembre 1848, signé par Napoléon III, crée la nouvelle ville, lui donne le nom de Nouvelle-Lambèse, mais celui du 20 juin 1849 lui rend le nom de Batna.. Sources et climat favorisent moins les vergers que la forêt de cèdres et de chênes voisine et les céréales (blé dur et orges). L’Oued Batna permet d’irriguer prairies et jardins à l’ouest (ce secteur est baptisé La Verdure).

Les constructions des quartiers de la ville coloniale est entamée seulement après l'édification de la muraille. Pour assurer la protection des futurs colons. un grand rectangle, orienté du nord vers le sud, représente le premier noyau de la ville naissante.

Plusieurs infrastructures sont construites, La mosquée du Camp est de 1845, les deux écoles (Jules-Ferry et Gambetta) de 1851, la justice de paix de 1853, l’église de 1858. P. Pourchié, premier curé, arrivé en juin 1840 dispose d’une chapelle provisoire au camp. L’église, commencée en 1855, est utilisée dès 1858 et consacrée en 1863, disposant d'un vicaire dès 1850. Des sœurs de la doctrine, arrivées en 1851, tiennent l’école communale jusqu’en 1880, devenue école libre de 1880 1910. L'hôtel d'Orient et d'Angleterre est construit pour accueillir les touristes avant la Première Guerre mondiale, vers 1885; quelques célébrités mondiales y séjournent, dont John Wayne et Mohammed Abdel Wahab..

Un décret de février 1860 fait de Batna une commune de plein exercice. Elle compte alors ( (avant le décret Crémieux de 1870), , et ), avec un conseil municipal élu en 1866.

Paludisme et choléra en 1855 éprouvent soldats et ouvriers. Un bel hôpital militaire est bâti en 1866. Le tremblement de terre de 1867 fait de nombreuses victimes dans la ville. Avant la visite de Napoléon III, du 31 mai 1865 au 3 juin, Bocca (architecte), organise un concours pour construire un arc de triomphe d'un aspect monumental d'une hauteur de douze mètres sur dix de largeur.. Sa place est choisie au rond-point d'où l'on voit les quatre portes de la ville. Les colons, agacés par les vols qu'a provoqués la famine de 1866 et de 1867 dont souffrirent cruellement les habitants de la région, s’opposent en mai 1870 à cette politique d’assimilation..

Les insurrections des Aurès 1871 et 1916 La défaite de l’empereur à Sedan en septembre 1870 et la proclamation de la république réjouissent la population européenne qui désigne, dans l’effervescence, de nouvelles municipalités. l’armée affaiblie, n’intervient pas.