vignette|Ancre à jas en Loire à Cosne-sur-Loire. Une ancre est un objet embarqué, souvent lourd et en métal et destiné à stabiliser des bateaux à un endroit spécifique sur les fonds rocheux, vaseux ou sableux. Il y a deux catégories de mouillage (ou ancrage), les mouillages provisoires et les ancrages permanents. Un ancrage permanent est pris sur un coffre ou un corps mort, retenu au fond par une ou plusieurs ancres. Il ne peut être déplacé par les moyens propres du navire qui s'y amarre. Le mouillage provisoire est permis par l'ancre logée à bord dans son écubier et virée du fond lorsque le navire quitte son mouillage. gauche|vignette|Une maille d'ancre élément de la ligne de mouillage, au musée maritime de Bilbao. Un ancrage fonctionne en s’opposant à la force exercée par le navire qui y est relié. Une ancre temporaire moderne se compose habituellement d'une barre centrale appelée verge, et d'une surface plate appelée pelle, pointue, pour pénétrer les fonds ou se fixer sous une roche et créer la force de tenue ; les ancres modernes peuvent également comporter un lest au niveau de la pointe. À l’extrémité de la verge, un anneau, l'organeau, permet de fixer la ligne de mouillage par l’intermédiaire d’une manille ou d’un émerillon. vignette|droite|alt=Ancre de pierre.|Ancre de pierre. Un ancrage permanent peut être constitué de différentes manières. Un bloc rocheux, dans lequel est scellée une patte de fixation pour relier une chaîne, peut très bien faire l’affaire, de même qu’un objet lourd (bloc, masse de béton) immergé dans les fonds. Des amarrages modernes peuvent être réalisés par des ancres-vis à sable qui ressemblent à des vis surdimensionnées enfoncées profondément dans les fonds marins, ou sur des fonds rocheux par de grosses chevilles bloquées dans un trou foré pneumatiquement dans la roche, ou par une variété d’autres moyens permettant d’obtenir un point d’ancrage dans les fonds (ancres pyramides, ancres champignons, etc.). Ces points d’ancrage peuvent être uniques ou en étoile comportant généralement jusqu’à trois points reliés ensemble par une courte et forte chaîne et un émerillon central. Suivant sa position, le navire sera toujours aligné avec une ou deux de ces ancres.

Évolution historique Les premières ancres étaient probablement composées de blocs rocheux, comme l’ancre de Biblos, qui remonte au moins à l'âge du bronze. Beaucoup d'ancrages modernes sont encore réalisés à l’aide de gros blocs rocheux ou de béton. Cependant, l'utilisation d’une masse importante pour résister aux forces d’une tempête ne peut être conçue que comme ancrage permanent.

Les marins de l'antiquité gréco-romaine utilisaient déjà des ancres à jas assez semblables dans leur forme à l'illustration ci-dessous, toutefois, ne disposant pas des outils de forge moderne, leur construction était mixte : jas en plomb relativement facile à mouler et dont le poids donnait de la tenue à l'ancre, verge et pattes en bois, avec des pointes (correspondant aux pelles) en fer forgé armant le bois et facilitant la "croche" de la patte. vignette|Ancre en pierre antique retrouvée à proximité de Fos-sur-Mer et présentée lors de l'exposition « Hissez l'ancre, levez les voiles ! Navires et navigation à l'époque romaine » au Musée de l'Arles Antique

De nos jours les plongeurs autonomes ne retrouvent pratiquement que les jas de plomb, le reste de l'ancre ayant été détruit par les organismes marins (tarets). On peut en voir dans de nombreux musées maritimes des rivages méditerranéens et un exemplaire est visible à la base aéronavale d'Aspretto, offert par le CINC (le Centre d'instruction des Nageurs de combat qui y était installé, jusqu'au milieu des années 1980). La taille et le poids du Jas peut, par une règle de proportionnalité, donner une approximation de la taille du navire qui l'utilisait.

L’ancre dite ancre de Gorgone est une ancre primitive qui est toujours utilisée de nos jours : elle comporte une paire de planches de bois en croix, lestées par une roche. Les bras en bois sont orientés pour pénétrer le fond, et la roche.

Presque tous les développements actuels combinent ces deux fonctions, une masse favorisant la pénétration et une surface garantissant la « tenue » de l’ancre, autrement dit afin de l'empêcher de « chasser ». left|thumb|upright=1.1|Ancre à jas A : manille B : organeau C : jasD : verge E : bec F : patteG : diamant H : pelle

Historiquement, le lien entre l'ancre et le navire est d'abord un câble en fibre végétale. Samuel Brown (1776-1852) innove sur le HMS Penelope en 1806 en utilisant des chaînes en fer. La société qu'il fonde fournira par la suite toutes les chaînes de la Royal Navy jusqu'en 1916.

Le remplacement des câbles d'ancre par des chaînes améliore la tenue de l'ancre par effet d'amortissement, car le poids de la chaîne forme une courbe qui permet d'atténuer les pics de tension de la ligne de mouillage et donc de lui éviter de rompre ou de faire chasser l'ancre ; de plus la résistance à la rupture d'une chaîne est largement supérieure à celle d'un câble. Toutefois les chaînes d'ancre ne peuvent pas, comme les câbles de chanvre, s'enrouler sur le fût cylindrique du cabestan ce qui complique le levage de l'ancre et implique une manœuvre fastidieuse : « faire marguerite », c'est-à-dire fixer un câble de chanvre sur la chaîne au ras de la flottaison, l'embraquer au maximum, et recommencer autant de fois que nécessaire. Ce n'est qu'au milieu du qu'un officier de marine français, Benoît Barbotin invente une solution ingénieuse à laquelle son nom est resté attaché, une couronne à empreinte, sorte d'engrenage creux placé à la base de la poupée (le cylindre vertical du cabestan ou horizontal du guindeau) et permettant de mettre la chaîne en prise directe et de la « virer » comme un câble.

Vocabulaire tenue (correspondant au verbe tenir) : propriété d'une ancre de bien s'accrocher au fond ; mouiller : envoyer une ancre par le fond avec sa ligne de mouillage (chaîne ou oin), afin d'immobiliser le navire (ou la bouée) (substantif mouillage) ; chasser : se déplacer sur le fond, quand il s'agit d'une ancre (substantif chasse) ; cabaner : pour une ancre, glisser sur le fond sans s'y accrocher ; crocher : (en parlant d'une ancre) se fixer au fond ; surjaler : faire un tour de chaîne autour du jas de l'ancre ; surpatter : faire un tour de chaîne autour d'une patte de l'ancre ; bitture : partie d'une chaîne élongée sur le pont, filant librement avec l'ancre lors du mouillageDictionnaire du CNTRL, bitture ; affourcher : mouiller sur deux ancres en V (ou en fourche) pour mieux tenir ; empenneler : mouiller deux ancres l'une derrière l'autre pour améliorer la tenue ; la première ancre empêche la chasse de la deuxième ancre ; déraper : arracher du fond l'ancre, afin de lever l’ancreDictionnaire du CNTRL déraper. ; à pic : le fait pour une ancre qui a été dérapée de pendre au bout de la ligne de mouillage ; à poste : le fait pour une ancre d’être sur le pont ; écubier : conduit cylindrique pratiqué dans la coque d'un bateau servant à faire passer la chaîne de l'ancre. Voir davier ; guindeau : cabestan servant à remonter l'ancre et la chaîne ; barbotin : couronne à empreinte par où passe la chaîne ; davier : pièce d'accastillage située à l'avant du bateau par où passe la chaîne d'ancre ; ancre de miséricorde : ancre que l'on stocke au pied du grand mât, qui est la plus solide du bateau et que l'on n'utilise que dans les cas graves ; diamant : sur une ancre, croisée de la verge et des pattesPetit dictionnaire de marine R. Grüss (1943) ou plus généralement extrémité de la verge du côté de la pelle ; étalingure : de cordage entre la cale et la chaîne destiné à être coupé en cas d'urgence (« étalingure de cale »). La fixation entre la chaîne et l'ancre s'appelle « étalingure d'ancre » ; jas : barre transversale sur une ancre, elle a pour but de faire basculer l'ancre lors de la traction pour que l'une des pattes croche ; ancre à jas : ancre munie d'un jas et de deux pattes ; ancre à jet : ancre destinée à haler pour faire changer de place le navire, appelée ainsi parce que cette opération se fait en mouillant pour obtenir un point d'appui pour le halage. Il ne faut pas confondre une « ancre à jet » avec une « ancre à jas » ; orin : cordage attaché à une ancre: soit à l'organeau, quand ce n'est pas une chaîne, soit en prolongation de la chaîne, dans le cas d'une ligne de mouillage mixe, pour en diminuer le poids, soit au diamant pour la faire déraper plus facilement au moment de quitter le mouillage. L'action de placer un orin sur une ancre au moment de mouiller s'appelle « oringuer » et est très utile si l'on craint que l'ancre ne croche un objet du fond ou une roche ; élonger une ligne de mouillage : la déployer, l'étendre sur toute sa longueur ; élonger une ancre : la faire porter et mouiller par une embarcationélonger dans le dictionnaire du CNTRL..

« Mouiller l'ancre » ou « jeter l'ancre » vignette|Ancre à patte articulée type Marrel. Certains puristes (comme Le Clère 1960. cité par le dictionnaire du CNTRL.) disent qu'en langage maritime on ne doit pas dire « jeter l'ancre » mais « mouiller l'ancre », quoiqu'on trouve la première expression dans de nombreux dictionnairesVoir par exemple, ou .. Notons, par exemple, qu'une loi du (publiée au Journal officiel du et citée par le Grand dictionnaire universel du Grand dictionnaire universel du de Pierre Larousse utilise la première expression, plus précisément la loi dit qu'il est interdit de jeter l'ancre dans le rayon d'évitage d'un feu flottant ou d'une bouée. Dans Le Trésor de Rackham le Rouge, le Capitaine Haddock dit à Tintin () « Nous allons jeter l’ancre et, demain matin nous irons explorer les lieux », utilisant ainsi la « formule livresque » proscrite par Le Clère. Enfin, une recherche dans le corpus du quotidien Le Monde donne neuf occurrences de l'expression « jeter l'ancre » contre une seule référence de « mouiller l'ancre ».

Notons aussi que, comme son nom l'indique, l'« ancre à jet » est conçue pour être jetéeRubrique « élonger un ancre à jet, la mouiller dans . Ceci semble suggérer qu'on « mouille » une ancre à jet en la « jetant ». .

Conceptions des ancres contemporaines La gamme des différents modèles est large, mais elles peuvent être classées en ancres crochets, charrues, plates, et diverses.

Les ancres en crochet emploient une surface relativement petite fixée sur un bras étroit et lourd pour pénétrer profondément dans les fonds problématiques tels que les algues, ou le sable dur. les versions les plus communes sont l'ancre à jas et le grappin. Les ancres charrue rappellent par leur forme les antiques charrues et sont conçues pour pénétrer d’elles-mêmes les fonds lorsqu’une force de traction leur est appliquée. Elles sont considérées comme polyvalentes pour la plupart des fonds marins, de la vase au rocher. Les ancres plates utilisent une surface importante pour créer une tenue élevée lorsqu’elles sont profondément enfoncées dans les fonds. Bien qu'elles aient moins de capacité à pénétrer et qu’elles soient instables, leur poids léger les rend très populaires. Ancres diverses : les ancres claw ont une forme conçue pour pénétrer facilement les fonds marins. Les ancres concaves utilisent au mieux cette caractéristique pour obtenir une tenue plus élevée.

Au cours des 20 dernières années, de nouvelles conceptions d'ancres sont apparues. Suivant l’augmentation de la popularité des embarcations de plaisance, ces ancres sont habituellement conçues pour les petits et moyens navires. thumb|Bossoir d'ancre Ancre à jas thumb|Ancre à jas du milieu du (Musée maritime du Cap-Sizun à Audierne).